À l'instar des Têtes de Moine, les excellents clitocybes géotrope, dont les mois de novembre et décembre constituent habituellement le temps fort, mais qui sont quasiment introuvables depuis la Toussaint, la saison des champignons 2025 s'effacera rapidement de nos mémoires, seules les interrogations inquiètes et à ce jour sans réponse qu'elle souleva chez certains d'entre nous lui survivront.
Les morilles sauvent le printemps...
Pourtant, tout avait plutôt bien commencé. Après deux saisons faméliques et qui ont donné à craindre que leur fin était proche dans nos plaines surchauffées, les morilles se sont reprises pour se rapprocher des standards antérieurs.
Le démarrage fut laborieux, un peu plus tardif qu'à l'accoutumée, les toutes premières m'apparaissant le 27 mars, sans doute en liaison avec des précipitations assez disparates et modiques les jours précédents.
Pour une fois, la première décade d'avril nous a épargné les outrages de ces bouffées de chaleurs létales qui l'an dernier encore avaient avorté la pousse. Bien au contraire, à la faveur de l'installation d'un temps durablement pluvieux et tiède à partir du 10, j'ai pu voir de jolies morilles naître et prendre leurs aises dans l'ail des ours de ma petite ripisylve. La pousse s'est étalée jusqu'au 21 avril, la rive droite, défigurée par le cataclysme de 2018, connaissant enfin un rebond après quelques années bien faiblardes.
En élargissant à l'ensemble de mes morillières de plaine, le tableau reste quand même mitigé, un résultat en légère érosion dans la plupart des placiers, un seul en progression. Il est possible que le meilleur d'entre eux ait été visité avant mon passage, ce qui expliquerait pourquoi je n'y ai rien trouvé.
Si les morilles nous ont valu quelques instants de joie et d'espérance à l'aube de la saison, il n'en fut pas de même pour les mousserons, en régression partout, bien plus rares que les années précédentes et en bien des endroits introuvables.
La traversée du désert...
Après l'extinction des morilles et des mousserons, et alors qu'un fin limier résidant aux confins du Béarn et de la Soule m'avait fait part de la trouvaille de ses premiers cèpes d'été dès la fin du mois de mars, c'est une misère fongique d'une intensité rare qui a prévalu dans mes terres jusque dans les derniers jours de l'été. À l'instar de la saison 2024, les premiers cèpes me sont apparus très tard, le 20 juin, et par la suite, les trouvailles se sont avérées très rares et espacées, au matin du 28 août, je totalisais péniblement 9 bolets, un record digne des pires saisons du passé. J'ajoute que ces cèpes n'avaient pas fière allure, stipe maigrelet et chapeau atrophié, ce qui est souvent la signature des années de vaches maigres.
Un temps, j'ai mis ce démarrage aussi tardif que faiblard sur le compte d'un mois de mai assez humide et faiblement ensoleillé, freinant la hausse des températures des sols, nécessaire à l'activité mycélienne. Et puis, après le réchauffement sensible des premiers jours de juin et l'épisode caniculaire survenu en fin de mois, assez vite, il a fallu déchanter, mes bois sont restés étrangement déserts dans la traversée de l'été, même après les pluies de la deuxième quinzaine de juillet. Le néant total dans la mesure où l'ensemble des espèces, russules, amanites, tricholomes, collybies, etc !, étaient affectées.
Après avoir écarté bien des hypothèses, j'en suis venu à penser que nos sols étaient sans doute encore saturés des pluies exceptionnelles de la fin de l'été et de l'automne 2024, qu'un hiver et un printemps assez humides, mais surtout très peu ensoleillés, n'avaient pas permis d'absorber, et que tant que les écosystèmes ne connaitraient pas de stress hydrique, il se trouverait fort peu de champignons par ici. Il incombait donc à la canicule du mois d'août de réussir là où sa devancière de fin-juin avait échoué : faire basculer le cours d'une saison qui sans cela était entièrement vouée aux limbes.
La lumière au bout du tunnel...
La situation s'est débloquée, du moins en partie et temporairement, après la canicule de la première quinzaine d'août, bien plus forte que la première et les pluies diluviennes qui y ont mis fin. Suffisamment en tout cas pour rendre le sourire aux amateurs et refaire quelques conserves pour les repas de famille, les soirées amicales, les fêtes et tout simplement se faire plaisir.
La pousse de cèpes thermophiles a démarré assez vite en fait, vers le 28 août, puis est montée rapidement en puissance pour culminer avant la fin de la première décade de septembre. Après quoi elle a décliné au fil des jours pour s'éteindre en dernière décade. Elle ne s'est pas généralisée, loin de là, à l'intérieur d'un même bois, on a pu voir cohabiter des placiers tapissés de cèpes avec d'autres où strictement aucun ne s'est montré. Sur un plan strictement statistique, parce que les chiffres sont parfois plus parlants que ma prose, les pousses d'octobre 2020 et d'octobre 2022, consécutives à une canicule d'intensité comparable à celle de l'été 2025, ont totalisé 2 à 2,5 fois plus de cèpes et même la pousse de la fin-août 2024, au sortir d'un été un peu moins chaud, fut d'une intensité légèrement supérieure.
À l'apogée des cèpes, on a vu sortir les oronges, parfois de forts beaux spécimens, après quelques tentatives isolées et désespérées au mois d'août. Mais la pousse en fut assez brève et moins impressionnante que ce que l'on a pu vivre au sortir d'étés récents.
À vrai dire, les sols humides et l'ambiance modérément chaude de ce mois de septembre ont surtout profité aux girolles, qu'on voyait, minuscules, rongeant leur frein à l'ombre des bois à cause de la fournaise dès le mois de juin, et qui n'ont pas manqué l'occasion d'une levée à peine moins spectaculaire que celle de l'automne 2024.
Les trompettes de la mort, en assez grand nombre, mais pas partout, les pieds de mouton et dans une moindre mesure, les chanterelles en tube, espèces foisonnant en avançant dans l'automne, habituellement, ont pris le relai des cèpes et emboîté le pas des girolles en glissant vers le mois d'octobre, mais leurs effectifs apparaissaient de plus en plus clairsemés au fur et à mesure qu'on approchait de la Toussaint, et il n'y a pas eu véritablement de repousse en novembre. Sans retomber dans le désert fongique déprimant des mois précédents, bien trop tôt, le manque d'eau d'un second semestre globalement sec a limité de façon significative la fin d'une saison décidément bien compliquée et contrariée.
Dans ces conditions, on se doit d'ailleurs de saluer la jolie petite pousse de cèpes d'été qui s'est établie sur les bords de chemins et les orées à partir du 6 novembre, anéantie par les gelées et les pluies froides en dernière décade.
Les Marteroets reviennent tard et partent (bien trop) vite...
Petite pousse d'aestivalis d'autant plus appréciable que la saison des Marteroets 2026 ne laissera pas un souvenir impérissable à la plupart d'entre nous.
La saison des cèpes de Bordeaux, par ici le plus tardif et le plus éphémère de tous les cèpes, est toujours un évènement guetté par les amateurs. C'était encore plus vrai cette année quand on se souvient que la saison 2024 n'avait pas dépassé la date du 10 octobre, le roi n'échappant pas au naufrage généralisé dû aux pluies diluviennes. Et pour empirer notre fébrilité, des températures de sols trop élevées jusque très tard en septembre, qui font qu'il m'a fallu patienter jusqu'au 3 octobre, à peine moins d'un an révolu, pour déceler le premier bouchon.
Ce bouchon avait dans son sillage une pousse de faible intensité, mais donnant vie à de forts jolis spécimens, qui culmina en fin de première décade. Si quelques placiers, parfois un arbre particulier au sein d'un placier plus vaste, ont pu montrer de belles troupes de Marteroets, parfois même itérativement, cette pousse ne s'est pas étendue à toutes mes cépères, pas plus que celle de novembre, quelques semaines plus tard. Et de toutes façons, la remontée des températures du sol a très vite stoppé son expansion, la circonscrivant même aux versants nord les plus froids et humides où elle s'est éteinte.
Les édulis sont revenus en fin de première décade de novembre, concomitamment à la petite pousse d'aestivalis, à partir du 6. La pousse fut globalement moindre que sa devancière d'octobre, tout aussi localisée, exception faite de certains bois de crête dont les sols étaient sans doute encore un peu trop chauds lors de la première session et qui m'ont procuré quelques instants d'ultime jubilation le 15 novembre, après quoi, le gel et la pluie froide ont, bien plus tôt qu'à l'accoutumée, mis fin à la saison.
Épilogue...
Vous savez l'essentiel, le départ des derniers cèpes nous donne à voir l'arrière-saison pour ce qu'elle est, depuis la mi-novembre, je traverse le néant fongique de mes paysages familiers. Les clitocybes géotrope qui l'an dernier avaient déserté les bas-fonds inondés pour quêter un peu de lumière et de douceur sur les hauteurs où ils abondaient jusqu'au temps des fêtes, sont beaucoup plus rares, introuvables même. Ce constat vaut pour des espèces moins prisées comme les clitocybes nébuleux et les pieds bleus, seuls les hygrophores des prés font montre d'un millésime honorable. J'ai dans l'idée que le manque d'eau, récurrent depuis quelques mois (l'humidité de surface liée au faible ensoleillement et donc à un moindre évaporation, faisant illusion), n'est pas étranger à cette fin de saison sinistrée, les espèces précitées étant particulièrement hygrophiles.
Dans le contexte du réchauffement climatique, avec des étés caniculaires se prolongeant de plus en plus aisément, fût-ce de façon édulcorée, jusque vers la Toussaint, et des températures de sol, déjà fortement sujettes à inertie, qui peinent à baisser, puis à se tenir sous le plafond de 15°C indispensable à la venue et à l'installation de cette espèce, les Marteroets ou cèpes de Bordeaux ont bien du mal à réaliser une saison pleine ces dernières années. Et il n'est pas exclu que dans un avenir plus ou moins lointain, ils deviennent introuvables certains automnes. Il n'est pas rare de les voir apparaître à la faveur d'un rafraichissement significatif de septembre, puis disparaître en octobre pour reparaître en pointillé dans le courant des mois de novembre et de décembre, sans jamais parvenir à une pousse digne de ce nom.
Hélas, le millésime 2025 ne déroge guère à cette tendance. À cette nuance près qu'il a fallu attendre les premiers jours d'octobre, après les fortes pluies du 20 au 22 septembre et un net fléchissement des températures les jours suivants, surtout les nuits d'ailleurs, pour qu'enfin, quelques bouchons apparaissent. On peut même parler d'une petite pousse culminant entre le 7 et le 11 octobre, mais qui reste très inférieure à celles que j'ai pu observer dans le courant d'automnes antérieurs, sans parler de l'anthologique mois de novembre 2023.
Cette pousse modique n'a pas tenu dans la durée, les Marteroets se repliant dans leurs placiers les plus frais avant de disparaître, au fur et à mesure que les températures remontaient.
Le roi des cèpes est bien revenu en novembre, concomitamment à la jolie petite pousse de bordure des aestivalis, à partir du 6, mais il s'agissait de spécimens le plus souvent isolés, les trouvailles journalières approchant rarement la dizaine. À l'exception notable d'un joli bois de crête peuplé de chênes et de châtaigniers, dont le sol était sans doute encore un peu trop chaud début-octobre, et qui m'a gratifié d'une pousse localisée le 15 novembre. Par la suite, avec le gel récurrent, la saison s'est éteinte assez rapidement, décembre ne comptant qu'un Marteroet trouvé le 6.
Au final, le millésime 2025 des Marteroets s'avère d'une intensité bien faible, que l'on peut à peine qualifier de médiocre, car il n'y a eu aucune pousse réelle comme en 2021 ou 2022. C'est tout de même mieux qu'en 2024 où tout avait sombré sous le déluge après le 10 octobre. L'automne qui s'achève est aussi sauvé de la monotonie ambiante par la beauté de certains spécimens trouvés. Pour le reste, je signale que nombre de mes placiers ont montré très peu, voire pas de Marteroets cette saison, c'est d'ailleurs le cas de certains écosystèmes artificiels de mon terroir, d'ordinaire valeur refuge par temps de disette, et qui là, sans explication évidente, n'ont donné vie qu'à quelques spécimens.
Sur la lancée de la pousse de cèpes du mois de septembre, l'automne 2025 a fait montre d'une activité et d'une diversité fongiques bien supérieures à celle du printemps et de l'été. Les trompettes, les pieds de mouton prenant le relai pour les gourmets, même s'il convient de préciser qu'à l'instar des cèpes, ces espèces n'ont pas investi tous leurs placiers. Les températures tendant à remonter et certaines portions des sous-bois restant humides malgré un octobre bien sec, à la mi-octobre, on a vu ressortir çà et là quelques rares cèpes avec les meuniers pour lever de rideau.
Dans ce contexte, avec le retour de pluies modérées, mais durables en deuxième quinzaine, alors que les sols restaient désespérément trop chauds pour une venue durable et significative des Marteroets, je me suis pris à rêver d'une ultime pousse de thermophiles vers la Toussaint, comme il advient souvent.
Bizarrement, les jours qui ont suivi le retour de ces précipitations ont coïncidé avec une disparition des rares cèpes d'été et cèpes noirs qui semblaient sur le retour et en voyant se rapprocher l'échéance du 1er novembre, la perplexité me gagnait en me disant que ma prophétie avait sans doute péché par optimisme en cette année si déroutante.
Finalement, la nature étant aussi facétieuse que complexe, cette pousse a bien eu lieu. Les premiers cèpes d'été se signalant de façon assez spectaculaire à partir du 6 novembre en bordure des petites routes, des chemins et en lisière, en quête de soleil, concomitamment à une pousse modeste de Marteroets, lesquels optèrent plutôt pour l'ombre des couverts en versant nord. Étrange pousse de novembre 2025, montrant localement de ravissants chapelets d'aestivalis, toujours à la lumière, sur les orées, quand l'intérieur de la totalité de mes bois les plus intarissables à l'accoutumée n'en a pas montré un seul. Il y eut également de rares cèpes noirs, à l'unité, dans les mêmes écosystèmes, mais pas d'oronges. Les cèpes d'été ont résisté très courageusement à l'arrivée brutale du froid et des gelées à partir du 15 novembre, mais ceux qu'on a pu trouver par la suite, gelés et gorgés d'eau, étaient de qualité bien moindre. La maladie, les fortes intempéries et les évènements familiaux me tenant durablement à l'écart des bois, je trouverai le dernier le 10 décembre, dans les mêmes conditions.
Si cette pousse de novembre, au sortir d'une saison si compliquée, nous a procuré beaucoup de joie par ses trouvailles tardives de cèpes superbes, elle ne dissipe en aucune façon les doutes qui ont animé les plus consciencieux d'entre nous depuis le printemps. Après le sursaut partiel de septembre, l'intégralité de l'antre des bois n'a cette fois pas remis le couvert et toutes les attentions se tournent d'ores et déjà vers le printemps 2026 pour voir comment la situation évolue. De mon côté, je note avec tristesse que certains de mes placiers de bordure qui donnaient des formes de cèpes aussi splendides qu'atypiques n'ont pas remontré le moindre spécimen depuis la canicule monstrueuse de 2022, à se demander si le mycélium ne succombe pas bien plus vite qu'on ne veut le croire à ces embardées inédites du climat...
Les soucis matériels, les tracasseries diverses et avariées, les évènements familiaux et ma santé durablement fragilisée (mais en amélioration nette), le dernier trimestre 2025 s'est avéré particulièrement éprouvant pour ma part et j'ai dû mettre en pause la tenue de ce blog alors qu'il y avait beaucoup à narrer et analyser. Me voici de retour.
Alors que les pluies de la deuxième quinzaine de juillet, restées sans réponse dans les bois, m'avaient plongé dans la plus grande perplexité, celles de la dernière décade du mois d'août ont marqué un tournant majeur et appréciable dans la saison. Il faut dire que la canicule et l'aridité des deux premières décades ont causé un stress hydrique bien plus sévère que celles de la fin-juin, au sortir d'un printemps assez humide et peu ensoleillé.
Je fus bien surpris en constatant que les premiers bouchons de cèpes noirs sortaient une semaine à peine après les pluies orageuses diluviennes de la nuit du 20 au 21 août dans certains placiers, quand d'ordinaire on se doit de rajouter un délai supplémentaire d'environ une semaine à celui habituel de 7 à 8 jours après une bonne pluie. Pour être plus précis, il s'agit principalement des bas-fonds mais aussi de quelques cepèras plus-haut perchées. J'ai dans l'idée que le mycélium y était encore actif après les pluies de fin-juillet, ce qui aurait permis ce démarrage rapide.
Cependant, la grande majorité des placiers restants a réagi au cours des jours suivants, bien avant le délai envisagé de 12 à 14 jours. Cette pousse tant attendue est rapidement montée en puissance dans les premiers jours du mois de septembre, contrairement à nos espérances, il n'y a pas vraiment eu de deuxième vague suite aux nouvelles pluies diluviennes des derniers jours du mois et des tout premiers du mois suivant, mais plutôt un rebond appréciable à partir du 5, qui a permis de prolonger la fête jusqu'au 9.
Après quoi les nouveaux cèpes se sont faits nettement plus rares, ne se trouvant plus qu'à l'unité entre le 14 et le 27 septembre qui peut être considéré comme la date de l'extinction.
Après des mois d'une indigence rare et fort inquiétante, cette pousse de septembre 2025 a redonné le sourire aux passionnés et sonné le grand réveil du règne fongique, car par la suite, l'automne a montré un visage bien plus ravissant dans nos écosystèmes que le désert total des mois précédents. Reste que, un peu comme l'an dernier, des pans entiers de nos sous-bois, incluant des placiers habituellement très prolifiques, n'ont pas montré le moindre cèpe. Au sein même de certains placiers, j'ai noté, nos sans m'interroger, des "tâches" totalement franches de bolets et d'autres où ils foisonnaient. Sur un plan strictement statistique, cette pousse est inférieure de plus de 50% et parfois même des deux tiers, aux pousses de septembre 2022 et d'octobre 2020 qui faisaient suite à une canicule d'intensité comparable. Elle permet à la saison 2025 de se rapprocher des standards des années du 21° siècle, "dopés" par le réchauffement climatique, sans jamais les atteindre. Car par la suite, les cèpes sont redevenus très rares dans mes placiers de comptage et sans cette parenthèse, je ne pense pas que j'aurais totalisé 50 cèpes cette année. (Vous savez, l'histoire de la citrouille transformée en carrosse par la canicule dont j'ai parlé dans un autre article...)
Cette pousse de cèpes thermophiles, il faisait encore bien trop chaud jusque très tard en septembre pour voir poindre les Marteroets, fut assortie d'une belle levée d'oronges mais en bien moindre quantité qu'en septembre 2020 par exemple, et suivie d'une magnifique multiplication de girolles, très légèrement inférieure à l'anthologique millésime de 2024.
Difficile de se lancer dans la rédaction d'un article pour dire qu'on est submergé par l'incertitude... L'aridité de mes réflexions n'a d'égal que le caractère insondable d'une saison fongique jusque là marquée par une indigence extrême. Du haut de près d'un demi-siècle de comptage méticuleux, je n'avais jamais dénombré aussi peu de cèpes au soir de l'été. En élargissant à tous les placiers que je parcours régulièrement lors de mes randonnées, j'arrive péniblement à 15 bolets. À vrai dire, nos couverts restent désespérément vides de champignons, à l'exception de très rares oronges début-août et de quelques bolets appendiculés héroïques dans le courant de l'été. Cette situation inédite inquiète et déroute bien des théories.
Le seul fait nouveau depuis mon dernier article c'est qu'après de longues semaines de sécheresse, de fortes chaleurs et deux premières décades d'août caniculaires, des pluies torrentielles sont advenues entre la soirée du 19 et la matinée du 20 août, des orages descendants des Landes générant un cumul de 75 mm en moins de 12 heures. Il n'en fallait pas davantage pour que les cèpes refissent surface dans les conversations : "ça va pousser maintenant !" "Avec toute cette eau sur la terre brûlante dans 8 jours il y aura des bagnoles au bord des bois !"
Alors oui, dans le contexte d'une saison habituelle, 75 mm de pluie froide sur un sol surchauffé et des écosystèmes assoiffés, le fameux stress hydrique, ce serait largement suffisant pour soutenir un belle levée de cèpes. Mais là, alors que la misère est dans nos bois depuis l'automne 2024 et que les plus de 30 mm tombés fin juillet ne m'ont valu que cinq ou six cèpes, je me garderai bien de céder à l'optimisme et de vous vendre du rêve.
Tout d'abord, il convient de relativiser grandement ce chiffre de 75 mm en le replaçant dans son contexte. Que valent 75 mm de pluie tombés en 10 heures, de façon isolée, sur un sol argileux rendu dur comme du béton par des semaines de canicule et de sécheresse ? Surtout quand on ajoute que de tels abats d'eau sont advenus sans le travail propédeutique habituel de précipitations plus faibles, indispensable au sortir d'une période sèche. Quel fut le pourcentage du ruissellement ? Combien fut préempté par la végétation en proie à un stress hydrique extrême ? Sans négliger l'évaporation avec le retour rapide du soleil et de températures élevées. Bref, sur 75 mm de pluie tombés il y a 8 jours, combien auront été efficaces pour faire pousser des cèpes ? J'ai peur qu'il y ait des déçus car nous risquons fort de devoir nous satisfaire de peu, pour commencer, si toutefois 2025 daigne commencer...
En outre, la plupart des prévisions ignorent un terme primordial de l'équation : après une longue période de sécheresse et de chaleur il faut rallonger d'une bonne semaine le délai nécessaire pour voir apparaître les cèpes juvéniles, si l'on admet qu'en temps normal, sur des sols argileux comme les miens, les premiers, pour la plupart minuscules, sont visibles à partir de j+8 ou j+9, au sortir du mois d'août 2025 ce sera plutôt J+14 à J+15. Ce qui nous amène au milieu de la première semaine de septembre pour pouvoir enfin vérifier si le miracle a opéré...
Car ma perplexité tient principalement aux particularités aussi entêtantes que têtues d'une saison qui ne fait absolument rien comme les autres, se complaisant systématiquement dans le néant fongique et déclinant de façon intransigeante toutes les possibilités d'amendement offertes par les conditions météorologiques. Par le passé, on trouve exemple de nombreuses saisons cépiques rendues prolifiques par la doublette magique stress hydrique/choc thermo-hydrique ultérieur. À juste titre, certains collègues me parlent de 2003 ou de 2006 mais on pourrait en citer d'autres, 1998, 2013, etc... Sauf qu'en 2003 et 2006 par exemple, il se trouvait déjà des cèpes au printemps et parfois joliment. À ceux qui objectent la chaleur excessive depuis le mois de juin, je rappelle qu'en 2022 qui a établi tous les records en la matière, les cèpes foisonnaient dès le mois de mai et à la moindre pause orageuse dans un été torride. Cette année, après les cumuls modérées mais néanmoins suffisants de fin-juillet, les premiers jours d'août nous ont laissés seuls face au vide des sous-bois.
Reste que le ciel a fait sa part, même si j'émets des réserves légitimes au sujet de l'ampleur de la pousse à venir, chat échaudé craignant l'eau froide, nul doute que cet apport en eau aura au moins sorti le mycélium de sa dormance. Et il convient d'ailleurs de surveiller attentivement nos pluviomètres ces prochains jours et semaines, car de bons cumuls pourraient mener à terme le "travail" mis en train par le déluge soudain de la semaine passée. À supposer bien entendu que la mise au régime andalous et sans eau de l'été qui s'achève ait enfin ramené le règne fongique à de meilleures dispositions. Ce sur quoi j'espère que nous y verrons plus clair au moment du prochain article.
Adishatz
PS (du dimanche 31 août) : Dans la composition de cet article, il me semble à postériori que j'ai omis deux éléments intéressants. 1 La lumière pourrait (re)venir des bas-fonds, en gros les veines de cours d'eau à l'humidité persistante et les fonds de coteaux ou de collines en versants nord, tous les écosystèmes qui à l'accoutumée voient peu le soleil et donc ne sèchent et ne se réchauffent que tardivement. Ils sont la "valeur-refuge" du mycélium lors des étés très chauds et très secs et ils peuvent donner lieu à des poussées spectaculaires à la fin du mois d'août ou en septembre. Ironie du sort ce sont aussi ces biotopes qui ont vu très peu de cèpes l'an dernier car ils n'avaient pas eu le temps de sécher et de se réchauffer lorsque les abats d'eau du mois d'août ont mis fin à la courte période de fortes chaleurs. 2 Il arrive souvent après une période de canicule et de sécheresse intenses que le mycélium mette en train les premiers cèpes noirs à la première averse et sans attendre le déluge dans les écosystèmes où il n'était pas entré en dormance. On peut alors trouver quelques cèpes isolés, dont on se demande comment ils ont pu sortir, dans le délai habituel de 7 à 9 jours après la pluie, du moins en apparence. Je pense pour ma part que le déluge qui intervient peu de temps après la première ondée/averse permet au mycélium de mener à bien les cèpes sporadiques qu'elle a fait naître.
La saison 2025 des cèpes (et de la plupart des espèces de champignons) bat des records d'indigence. Saisissons ce prétexte tout à la fois excellent et déprimant pour traiter enfin une question qui habite nombre d'entre nous et motive bien des discussions enflammées au fil des années : existe-t-il des années "avec" et des années "sans" dans le domaine de la mycologie et plus particulièrement celui des cèpes, lesquels, contrairement à d'autres espèces très populaires comme les morilles, les mousserons et les oronges, couvrent environ les deux-tiers d'une année sur le plan chronologique ?
Quelques remarques préalables
On ne peut aborder convenablement ce sujet si on ne tient pas compte des quatre remarques suivantes. Ne jamais oublier d'abord que les conditions météorologiques et le climat sont au premier rang des facteurs en covariance qui prédéterminent le déroulement d'une saison et sa tenue. Les conditions météorologiques observées au cours d'une même saison peuvent s'avérer totalement favorables, simplement correctes/convenables ou franchement limitantes voire castratrices. Les années de sécheresse drastique, de bout en bout (qui sont extrêmement rares, heureusement,) rendent impossible toute activité mycélienne sur de très longues périodes, et les années humides et faiblement ensoleillées, générant des pluies régulières plus ou moins espacées au fil de l'été et entretenant une humidité constante dans les bois en l'absence de chaleur excessive, favorisent plutôt des pousses modiques, à la grande saison. Au temps qu'il fait au moment où le passionné l'observe, se superpose l'influence du temps qu'il a fait et qui peut dans bien des cas s'avérer déterminante : les longues périodes de sécheresse et de canicule estivale mais aussi les grands froids hivernaux (de plus en plus rares) et les basses saisons tempétueuses, constituent des agressions plus ou moins violentes contre le mycélium et son hôte, engageant la bonne santé si ce n'est la survie de l'espèce et déclenchant dès que les conditions seront réunies une réaction de survie dont nos paniers s'alourdiront. Pour coiffer le tout, une théorie intéressante mais assez difficile à valider, tient que le mycélium aurait la propriété de reporter ses fructifications rendues nécessaires par un accident climatique sur une autre année lorsque les conditions climatiques de l'année suivant cet "accident" s'avèrent trop défavorables.
Une bonne appréciation de la tenue de la saison des cèpes doit aussi toujours tenir compte du fait que cette dernière n'est pas linéaire et les périodes évaluées doivent être comparées avec les périodes équivalentes des saisons écoulées. Même si notre expérience est parsemée d'exceptions heureuses les pousses intervenant avant le 15 août n'atteignent qu'assez rarement l'intensité de celles qui surviennent à la grande saison, en septembre et octobre. Tout simplement parce que jusque tard dans l'été le flux des échanges entre le mycélium et son arbre-hôte est majoritairement tourné vers l'accomplissement des cycles du végétal quand l'automne s'apparente à un renvoi d'ascenseur.
Ensuite, parler d'année "avec" ou d'année "sans" met en lumière les grands passionnés, les assidus qui visitent régulièrement leurs "coins," des premiers aestivalis de mai ou d'avril jusqu'aux derniers Marteroets émergeant de la feuillée givrée au temps de la dinde et des marrons glacés. Ceux pour qui la saison commence après les orages de septembre et ne survit pas aux gelées blanches d'avant Toussaint n'ont qu'une vision très parcellaire et souvent biaisée de l'ensemble. Une saison "avec" sera celle où le chercheur aura éprouvé du plaisir presque quotidiennement dans sa traversée des bois, quelques cèpes à l'unité y suffisant volontiers dans les premières semaines, même avec des conditions météorologiques médiocres tandis qu'une saison "sans" se signalera par un désert fongique interminable jusqu'à la fin de l'été et une unique pousse, modeste dans le meilleur des cas, famélique le plus souvent, en septembre ou octobre, malgré des conditions plus que correctes.
Enfin, nous ne devons jamais oublier que ce qui relève de notre point de vue de passionnés et observateurs assidus des qualificatifs de "année avec" ou "année sans" ne correspond pas forcément au ressenti du mycélium lui-même, les années d'abondance étant toujours la réponse à un stress et les années sans champignons, sauf lorsqu'elles sont corrélés à un climat totalement défavorable, reflétant souvent la bonne santé et la quiétude d'une espèce.
Typologie succincte des saisons des cèpes
Tout comme aucune année n'est identique à une autre sur le plan climatique, aucune saison des cèpes ne ressemble en tout point à une autre. Nonobstant, au fil des décennies se dégagent quelques constantes permettant de rattacher la plupart des saisons traversées à un type.
En guise de point de repère, si je devais définir une saison type, de référence, elle démarrerait avant la mi-mai, le mycélium des premiers aestivalis manifestement piqué au vif par un hiver rigoureux, un début de printemps assez chaud et sec, ou d'autres intempéries antérieures, chaque sortie forestière en mai-juin s'agrémentant de quelques jolies trouvailles avant une véritable pousse un peu plus consistante entre mi-juin et début-juillet qui verrait les têtes noires entrer dans la danse. Avec la hausse des températures et l'espacement des pluies, les cèpes se feraient plus discrets sans disparaître totalement dans le courant du plein été où ils tendraient à rechercher la fraîcheur des fonds de coteaux et des veines de cours d'eau. Puis les abats d'eau de fin-août ou de septembre sur un sol surchauffé et exsangue déclencheraient la grande pousse annuelle de cèpes thermophiles tant attendue, avant que les températures en baisse et les pluies réfrigérantes de l'automne ne donnassent aux Marteroets de clôturer le bal, de la Toussaint à mi-décembre.
En réalité, deux extrêmes bornent nos saisons des cèpes. L'année "sans," dont les saisons 1993, 2000, 1989, 2001 et 2023 sont quelques unes des illustrations les plus abouties, désespère les amateurs d'un bout à l'autre et finit même par les perdre. La fréquentation des bois diminue dès que les gens se font passer le mot que "cette année y en a pas..." Les premiers cèpes apparaissent très tardivement, fin-juin voire courant juillet. Ils sont très rares, de petite taille et le plus souvent malformés, le pied est plus chétif qu'à l'accoutumée et le chapeau peine à se développer. Les trouvailles sont très espacées durant l'été et, l'automne venu, il faut parfois même se satisfaire de quelques jolis spécimens seulement. Les saisons "sans" naissent tout aussi bien d'une météorologie très défavorable à l'activité mycélienne que d'une absence de nécessité de fructifier quand la pérennité d'une espèce est hors de danger. Elles s'avèreront d'autant plus exaspérantes pour l'amateur que les conditions météo lui apparaitront le plus souvent optimales pour que "ça pousse." Bien que leur traversée soit déprimante, ces années blanches tombent aussi à point nommé pour nous faire mieux apprécier d'autres millésimes au résultat médiocre ou leur exact contraire, les années "avec" qui nous enthousiasment par leur intensité infaillible et leurs chiffres vertigineux réalisés le plus souvent à la grande saison.
Ces années "avec," dont l'appréciation finale varie du bon à l'exceptionnel ou à l'anthologique, se signalent souvent par une apparition précoce voire très précoce des premiers cèpes, en première décade de mai ou même en première quinzaine d'avril. Attention toutefois, une météo très défavorable en début de saison peut simplement retarder le coup d'envoi d'une saison mirifique. Les années bénies du quêteur se trahissent très vite par la facilité avec laquelle les cèpes poussent dès le printemps, même avec des pluies modestes et des conditions médiocres. Parfois, époustouflés, on se surprend à se demander de quoi les cèpes poussent tellement la poussière se soulève à notre passage et il m'est arrivé de trouver encore des têtes noires sur des sols totalement déshydratés un bon mois et demi après le dernière arrosage dans ce genre de configuration. Dès que les conditions l'autorisent c'est un véritable foisonnement et on peut observer dès les mois de juin ou juillet des pousses surpassant l'intensité de la grande pousse automnale de bien des saisons correctes. Lorsque les cèpes ont la fureur de vivre plusieurs pousses de grande envergure se produisent au cours d'une même saison comme ce fut le cas en 2011 et 2014, par contre il faut compter sur un bon mois et demi de "repos" mycélien entre deux grandes levées. Et l'occurrence d'un été (très) chaud et (très) sec peut propulser l'ensemble de la saison dans l'exceptionnel si la pluie revient à temps et en quantité dans le courant de l'automne.
Or il arrive parfois qu'une saison manifestement partie pour tutoyer les sommets rate sa sortie ou négocie mal son virage du mois d'août et de l'entrée dans l'automne à cause de pluies revenues trop tardivement (en queue de poisson, avec les gelées sur le porte-bagages à la Toussaint) ou d'un basculement général durable des conditions vers un temps sec à très sec dans le courant de l'été. Je pense particulièrement à la saison 2015 qui avait levé les plus grands espoirs dans la traversée d'un printemps et d'un début d'été établissant au fil des semaines des records que seul 2022, mais avec un dénouement beaucoup plus heureux, a pu reproduire depuis. La fin de l'été 2015 s'était montrée beaucoup plus sèche et à des pluies trop limitées pour subvenir à une pousse d'envergure s'était ajouté un très net et durable rafraîchissement dans le courant du mois de septembre, favorable à l'apparition assez précoce des premiers Marteroets mais beaucoup moins aux aestivalis et aux aereus. Après un mois d'octobre sec et toujours frais, sanctionné par les premières gelées très précoces, les cèpes thermophiles avait tenté un retour fin-novembre à la faveur d'un net redoux, puis un autre héroïque avant Noël, après une gelée à -3°C début-décembre, mais malgré sa persévérance 2015 n'avait jamais pu retrouver l'allant des premiers mois et, bien que très appréciable, son résultat final est nettement en deçà de l'espoir d'un destin grandiose qu'elle avait très longtemps légitimé.
Inversement, et c'est de plus en plus fréquent avec le réchauffement climatique, il arrive qu'un été très chaud et (très) sec métamorphose la citrouille en carrosse. À l'aube de ma passion assidue, ces renversements de tendance existaient déjà mais étaient bien plus rares, une saison des cèpes qui se fendait d'un printemps bien pingre ne connaissait le plus souvent, dans le meilleur des cas, que de légers infléchissements à la hausse en avançant. Je me souviens par exemple du fameux millésime 1976 où nos meilleurs placiers ne nous avaient concédé qu'un seul tête noire de tout l'automne. De nos jours les étés de plus en plus chauds et arides causent un stress hydrique sévère aux écosystèmes et à l'instar de 1998, 2013, ou de façon encore plus éclatante, de 2020, aux premiers abats d'eau significatifs de l'automne, on assiste à une réaction spectaculaire du mycélium qui le temps d'une seule pousse hisse l'ensemble d'une saison jusque là au mieux convenable, dans le concert des plus "productives," mathématiquement. Pourtant je ne suis pas certain que le chercheur assidu garde un excellent souvenir d'une année de ce type, une pousse mirifique de deux à trois semaines, qui plus est "épuisante" parce qu'explosive ( = Le mycélium fait éclore des parterres de cèpes minuscules qui poussent et passent à très grande vitesse, nécessitant donc une cueillette intensive et sportive pour qui veut réaliser un peu de conserve) et qui décline et s'éteint tout aussi vite, à l'instar de celle de septembre 2003. Car contrairement au conte, le carrosse redevient citrouille en déconfiture bien avant minuit et le chercheur qui se voit replongé dans la médiocrité de la saison jusqu'à l'instinction, n'en retire donc pas autant d'émotion que lors d'un millésime au long cours, comme 1986, 2006, 2011 ou 2022.
Très atypique, peu courant mais pas rare, le cinquième et dernier scénario saisonnier ne manque pas d'alimenter mes réflexions. Les cèpes commencent à pousser correctement assez tôt dans le printemps, le temps est convenable, et puis soudain, les conditions devenant plus humides en début d'été on assiste à une montée en puissance graduelle de la pousse qui atteint une intensité similaire à celles des grandes pousses automnales moyennes en juillet, avant de décliner dès les premiers jours du mois d'août au fur et à mesure que la météo devient beaucoup plus sèche. De sorte que, le restant de la saison se passe avec très peu de cèpes et à la fin, on finit pas se rendre compte que le mycélium a tout "envoyé" tant que les conditions le permettaient et qu'on a bien fait de ne pas partir en vacances en plein été. Tout se passe comme si la courbe de fructification du mycélium suivait de très près celle des précipitations. Et, sans possibilité d'y répondre, je me pose souvent la question d'une forme de prescience au niveau du mycélium des cèpes, un sens qui lui permettrait dans certains cas d'anticiper un basculement climatique vers des conditions hautement défavorables. Car ce scénario se déroule toujours avant un été et un automne beaucoup plus secs.
L'influence du réchauffement climatique
Ces cinq scénarios type étant posés, les saisons des cèpes sont très fortement affectées par le réchauffement climatique global qui est de plus en plus vertigineux depuis le début de ce siècle. Parallèlement, par delà les fluctuations propres à chaque millésime, j'observe une hausse assez régulière des effectifs annuels de cèpes entre 2003 et 2022 même si la décennie en cours a aussi fait montre de quelques gros ratés comme 2023 et peut-être... 2025 ? Le réchauffement climatique fausse donc quelque peu l'appréciation que nous pouvons avoir d'une année "avec" au fil des décennies car une saison "avec" dans le contexte d'un climat plus chaud avec une tendance à des étés plus chauds et plus secs, générera au final (un peu) plus de cèpes qu'une année "avec" dans le contexte d'un climat plus frais d'1°C.
La théorie populaire des années en 6...
Dans la catégorie des années "avec", les saisons 1986 et 2006 font figure de géantes. Curieusement, dans la traversée du plus grand millésime "cépique" de la fin du 20° siècle, mes aïeux, qui avaient encore bon pied bon oeil, m'avaient fait état d'une croyance profondément ancrée dans l'imaginaire collectif de la campagne de Salies et de Sauveterre : il existerait un cycle de 20 ans dont les années en 6 constitueraient le paroxysme et le point de chute, caractérisé par une multiplication inouïe de cèpes jusque dans des placiers où on n'en avait jamais vus, où on n'en avait plus vu depuis 20 ans et où on n'en voyait quasiment plus les vingt années suivantes. Gamin, au terme d'une enquête de voisinage intéressée, j'avais appris par les plus âgés que la saison 1946 dans l'après-guerre avait été faramineuse, d'autres se souvenaient de 1966 mais c'était plus confus. Bien qu'étant conscient que coïncidence ne vaut pas corrélation, je fus bien amusé et les propos des anciens hantèrent mes pensées au cours de la saison 2006 alors que la pousse renouait avec les sommets de 1986 et que tout le pays sertissait des bocaux plein les étagères. "Tu verras bien en 2006, avait prophétisé ma grand-mère." Ah ça pour voir, j'avais vu. Je ne suis pas convaincu du bienfondé de cette théorie mais je ne suis pas non plus en mesure de la réfuter. 2026 qui approche à grand pas s'en chargera peut-être...
Et 2025 dans tout ça ?
Bien évidemment, au fil de la lecture, je sens que certains brulent d'une question. Et en 2025, à quoi peut-on s'attendre ? Que peut-on espérer ? À l'heure où j'écris, le verdict est irréfragable, 2025 est une saison "sans", peut-être même la pire de toutes, du moins dans mon terroir de prospection. Entre un démarrage misérable et très longtemps empêché par un printemps chagrin et des sols saturés en eau par les pluies des mois précédents et l'extrême rareté actuelle des trouvailles après de longues semaines chaudes et sèches et en dépit d'une fin-juillet plus humide, tout indique que "ça veut pas" et ce qui m'inquiète le plus c'est que les cèpes n'ont pas, au moins temporairement, refait surface après la grande bascule de la mi-juin de l'assez chaud et humide (avec encore de bons orages) vers le très chaud et le sec, contrairement à leur habitude. "Tu vas voir ! Quand il aura fait bien chaud, ça va pousser, oui ! me certifient certains amis et autres confrères rencontrés au hasard de mes sorties." Il est vrai que normalement, en pareil cas, avec le retour de fortes pluies et de températures plus raisonnables, on en est quittes pour une belle pousse, sauf que cette année rien n'est normal et donc je me garderai bien de vous vendre du rêve. Aucun scénario n'est écrit d'avance en la matière et par exemple, le retour de bonnes pluies avant les premiers frimas n'est pas acquis.
Alors que l'automne 2024 a plongé le règne fongique béarnais dans un coma dépassé dont il n'est, à la date où je rédige, toujours pas sorti, la courte saison des morilles, qui nourrissent nos inquiétudes ces dernières années, était particulièrement guettée. Et l'occurrence d'un mois de mars assez chaud et plutôt sec n'aidait pas à l'optimisme.
Aussi c'est avec un certain soulagement que j'accueillis les premières le 27 mars, filiation de passages pluvieux assez faiblards intervenus à partir du 23 mars. Une bonne semaine de retard par rapport aux années précédentes. Les morilles juvéniles étaient un peu plus nombreuses à la date du 31 mars, malgré un ciel toujours aussi avare.
Je fus un peu surpris en constatant qu'une pousse un peu plus importante s'est déclenchée entre le 1er et le 6 avril en l'absence de conditions météorologiques plus amènes et alors qu'une nouvelle hausse annoncée des températures faisait craindre un scénario à la avril 2024.
Pour une fois, le coup de chaud se limita à une pointe à 25°C le 8 avril et par la suite le retour de conditions beaucoup plus humides et fraîches a permis aux morilles d'accomplir leur destin jusqu'au début de la dernière décade du mois, la pousse prenant encore de l'ampleur entre le 10 et le 13 avril avant de plafonner puis de s'éteindre dans le silence des ripisylves et des parterres d'ail des ours.
Sur ma seule morillère d'élection, 2025 termine à 48 spécimens recensés, c'est plus du double de l'an dernier et près de quatre fois le résultat de 2023, un des plus piètres des vingt dernières années. On est très en deçà des standards des années 2000 mais on ne peut que se réjouir, même si cela demande confirmation, en observant que la courbe est enfin repartie à la hausse. Sur l'ensemble des placiers parcourus entre la fin du mois de mars et du mois d'avril le ressenti est autrement plus mitigé, des morilles en comité bien restreint dans la plupart des cas, une ou deux grosses déceptions en constatant que certains de mes rares "coins" mirifiques avaient passé leur tour et, de façon minoritaire une ou deux bonnes surprises dans des sites fréquentés. Les amateurs sont en droit de se demander ce que cette saison aurait donné avec des pluies plus abondantes fin-mars...
Je referme cette toujours trop brève parenthèse morilles 2025 sur une réflexion inspirée par la contemplation de quelques très beaux sujets épanouis sous les ailes luxuriantes de l'ail des ours en deuxième quinzaine d'avril. On s'accorde pour dire qu'une végétation trop haute et trop avancée est un facteur limitant de la pousse des morilles, le mycélium renonçant, comme d'emblée disqualifié avant même le départ d'une course perdue d'avance. Or c'est aussi cette couverture végétale qui permet à quelques morilles courageuses de prospérer et de perpétuer l'espèce en tempérant la chaleur et l'ardeur des coups de soleil dans la traversée du mois d'avril.
La chose devient si rare ces dernières années, en cette mi-juillet, alors que les mousserons, leurs contemporains, ont fortement déçu, et que les cèpes ont migré avec Tintin sur la face cachée de la Lune, les morilles, même timidement, constituent pour notre seul motif d'espoir et de satisfaction.
Je traverse des heures insolites. Mes nuits sont peuplées de cèpes. Je rêve de chapeaux roux émergeant de la litière du dernier automne et de têtes noires coiffées par ces chattons de juin dont l'odeur puissante et singulière donne toujours le coup d'envoi de mes étés. Voilà qu'il me semble voir des cèpes comme un voyageur mourant de soif croit apercevoir des étendues d'eau dans le lointain des sables désertiques.
Depuis la pousse soudaine et atypique de la fin du mois d'août 2024 mes écosystèmes ont sombré dans une indigence fongique telle que la simple rencontre d'une russule émétique vous transporte de joie. Les amanites et les russules sont rarissimes et les bolets autres que cèpes tout bonnement introuvables. Seules les girolles dans des conditions moins favorables (il fait plus chaud et plus sec) envoient timidement des signaux indiquant qu'avec un peu moins de chaleur et davantage de pluie la fièvre jaune pourrait repartir comme en 2024.
Les mois d'avril et de mai ont sensiblement reproduit les mêmes conditions défavorables à la venue des premiers cèpes que l'an dernier. Même modérée, l'instabilité orageuse tenace a généré des précipitations froides itératives sur des sols encore saturés en eau et peinant à se réchauffer. Aux abats d'eau record du début de l'automne ont succédé un hiver et un début de printemps si faiblement ensoleillés qu'il y eut très peu d'évaporation. Hormis les milieux à découvert, les écosystèmes n'ont commencé à sécher que très tardivement et on sait depuis longtemps que ces conditions humides font le vide dans nos paniers.
Il aura donc fallu attendre une dernière semaine de mai beaucoup plus ensoleillée et ponctuée d'un pic de chaleur pour que je décelasse un premier aestivalis le 5 juin, à l'expérience et de très haute lutte. Mais très vite il fallut se rendre à l'évidence, ce cèpe était désespérément seul dans les bois de ma connaissance.
Par la suite ni les orages assortis de grêle de la première quinzaine ni la hausse sensible des températures observée dans le courant d'un mois de juin de plus en plus ensoleillé et sec n'ont réellement infléchi la tendance, on a bien vu quelques cèpes à l'unité entre le 20 et le 26 juin mais les sujets étaient chétifs, manifestement en souffrance, ce qui n'est pas sans me rappeler ceux de la saison 2023 de sinistre mémoire.
Depuis le 26 juin l'activité fongique est retournée à la poussière. Seuls quelques palomets, signatures des saisons chaudes, sourdent encore de l'argile. Si l'on admet que le sol des sous-bois était encore riche en eau avant la grande bascule vers la chaleur et l'aridité à la mi-juin, peut-être devrons-nous tout simplement attendre que le stress hydrique opère pour que la situation se débloque dans le courant de l'été ou de l'automne. La belle saison ayant ce pouvoir de transformer des citrouilles en carrosse. À condition bien sûr qu'il pleuve en quantité dans des délais raisonnables.
Ceci étant posé je me garderai bien de tout pronostic pour la bonne et simple raison que ce que j'observe dans mes écosystèmes est inédit et que l'explication facile, et donc tentante, de sols trop froids et durablement saturés en eau en début de saison, peut nous faire passer à côté d'un problème beaucoup plus grave, de nature à influer sur l'année entière voire au-delà. Avec le climat déjanté et extrême qui est notre lot, le vivant est soumis à rude épreuve...
En attendant croisons les doigts et continuons à rêver...
Comme Mulat Barbe, le berger de 1000 ans moins un jour, je finis par me demander si je reverrai avant de quitter ce monde ma verte campagne de Lasbordes sous blanc manteau de neige. Naguère, ce spectacle enchanteur se donnait à admirer au moins une fois par hiver, le temps d'une matinée, rarement plus d'une ou deux journées. Depuis la fin du mois de février 2018 plus aucune chute de neige avec tenue au sol ne s'est produite par ici et jamais un si long délai n'avait été observée jusque là.
Sale temps sur le climat, sale temps sur les hommes retranchés ou (en)trainés dans la folie furieuse et les passions morbides d'une poignée de décideurs tout puissants et leurs larbins forcenés qu'on appelle abusivement "politiques" pour entretenir l'illusion de tous ceux qui n'ont pas encore compris le manège et retarder le plus possible le moment où ils en descendront comme nous l'avons fait. Débranche...
Dans ces circonstances crépusculaires, nous chercherons à nous consoler en constatant que localement, sur le plan des températures, à ce jour, l'hiver a été correct, contrairement au précédent.
Janvier :
La matinée du 1er de l'an aura marqué le point d'orgue de la période froide assez vive qui a caractérisé les fêtes de fin d'année 2024. Une gelée sévère, -5°C, puis une rapide remontée à 7°C dans l'après-midi.
Du 2 au 11 janvier dans une ambiance radoucie mais sans excès (9 à 14°C en après-midi,) plusieurs perturbations actives survolent la contrée à jour passé, générant des précipitations copieuses (un cumul de 66 mm.
Dans la nuit du 11 au 12 janvier un très net basculement des vents au nord, doublé d'un retour de l'anticyclone, favorise un refroidissement spectaculaire. Après un retour des gelées dès la matinée du 12 (-2°C) la journée du lundi 13 est glaciale, sans doute la plus froide de l'hiver. Il gèle à -7°C en fin de nuit et on atteint péniblement 1°C en début d'après-midi. La nuit suivante promettait d'être encore plus froide mais la survenue de nuages bas imprévus a enrayé la mécanique, on se satisfera de -5°C. Le temps reste sec et très froid jusqu'au 19 janvier où il gèle encore à -4°C tandis que les après-midis restent bloqués à 3 ou 4°C.
Entre le 20 et le 30 janvier, le flux zonal revient en force. La bascule des vents au sud-ouest dans un premier temps sonne le glas des gelées tout en faisant remonter les températures maximales entre 11 et 16°C. Il favorise aussi des précipitations modiques et espacées car les paquets nuageux les plus généreux restent bloqués en Espagne par effet de foehn. Jusqu'à ce qu'une nouvelle bascule des vents au nord-ouest nous rabatte des précipitations plus copieuses (26 mm) et fasse redescendre les températures maximales sous les 10°C, les minimales résistant pour un temps à l'appel des gelées.
La dernière journée du mois est sèche et assez froide (2 et 8°C,) en prélude à un début de mois de février un peu plus hivernal...
Au final, le mois de janvier 2025 affiche des températures légèrement plus élevées que les normales mais avec quelques bonnes sensations hivernales en deuxième décade, le froid radiatif ayant quelque peu prolongé en basse-couche les effets de l'advection des 11 et 12. Il s'avère aussi très légèrement déficitaire sur le plan des précipitations mais avec le très faible ensoleillement qui est notre lot depuis la fin du mois d'août nos sols restent saturés et rien ne sèche.
Février :
Après une première journée pluvieuse (6mm) ce dernier mois de l'hiver va marquer une pause, on se gardera encore de parler de rupture, avec l'interminable séquence de pluie et d'ensoleillement déficitaire qui a couru de la mi-août à la totalité du mois de janvier.
Dans une ambiance froide ou fraîche (faibles gelées autour de -1 ou 0°C, températures maximales de 8 à 12°C) les journées du 2 au 6 février sont ensoleillées.
Le flux zonal reprend temporairement du 7 au 13 février mais il est davantage contesté et dévié par les poussées anticycloniques plus pressantes qu'au cours des mois précédentes et il génère moins de pluie, hormis les 15 mm du 7 et du 8. Après deux faibles gelées (0°C) le 8 et le 9, les températures s'orientent sensiblement à la hausse à partir du 10 février. À l'instar de ce qu'il advient depuis près de dix ans, l'hiver semble avoir perdu la main sur les deux dernières décades de février dans le climat actuel.
Du 14 au 24 février les temps est très ensoleillé et très doux (hormis un bref passage pluvieux le 22.) Les températures maximales remontent entre 5 et 9°C et les maximales dépassent quotidiennement la barre des 15°C avec un pic à 20°C le 20.
Le retour de la pluie dans la soirée du 24 précède un retour à la normale des températures (12 à 13°C pour les maximales et matinées frisquettes entre 1 et 2°C.) Les précipitations modiques observées entre le 24 et le 26 février (moins de 7 mm) prennent un caractère de giboulées. Puis le temps se remet au sec jusqu'à l'expiration du mois.
Pour la première fois depuis le mois d'août 2024, on observe un déficit sensible des précipitations en ce mois de février (approchant les 50%.) Après un janvier et un décembre offrant parfois de bonnes sensations hivernales, ce dernier mois de l'hiver termine sur une anomalie thermique positive d'un bon degré.
Bilan de l'hiver :
Malgré quelques bonnes périodes froides en décembre et janvier l'hiver 2024-2025 termine en anomalie thermique positive d'environ 1°C. À l'heure où je rédige, le 1er mars, la basse saison totalise 26 gelées ce qui est bien peu par rapport aux standards du 20° siècle, même s'il faudra attendre fin-avril ou début-mai pour des statistiques définitives.
Certains souriront en parcourant ces lignes, mais il se fait que, alors que nos sols sont encore bien gras, ce mois de février nettement déficitaire faisant suite à un mois de janvier tangent fait basculer la pluviométrie de l'ensemble de l'hiver en léger déficit de précipitation. Après une nette décélération observée en novembre les derniers mois ont été beaucoup moins pluvieux (surtout quantitativement) que les mois de septembre et d'octobre. Il va être intéressant de voir comment tout cela va évoluer dans le courant du printemps météorologique, installation d'un temps plus sec ou simple embellie avant un retour de l'instabilité ?
Mars :
Dans la continuité des derniers jours de février le temps reste ensoleillé et presque entièrement sec jusqu'au 8 mars. Les trois premiers jours du mois sont particulièrement frais avec trois gelées dont deux à -2°C le 1er et -3°C le 2. Les températures maximales ne descendent pas sous les 10°C, on a connu beaucoup plus froid par le passé au mois de mars. À partir du 4 net redoux en après-midi, jusqu'à 21°C le 7 et fin des gelées.
Après une lente dégradation entre le 9 et le 11 mars en matinée un fort passage pluvieux intervient du mardi 11 au jeudi 13 mars à la mi-journée (environ 45 mm de pluie), assortie de giboulées de grêle le 12. Les températures maximales s'abaissent entre 8 et 11C du 12 au 16 mars, malgré une amélioration rapide des conditions météorologiques et quatre nouvelles gelées entre -2 et 0°C viennent abonder les statistiques de la basse saison..
Du 17 au 28 mars le temps est instable mais les précipitations sont généralement brèves et les cumuls modiques. Après être remontées entre 17 et 20°C du 18 au 22, les températures maximales se stabilisent autour des 15°C quand les minimales sont relativement douces pour la période, dépassant le plus souvent les 5°C.
Les trois derniers jours du mois sont ensoleillés et progressivement plus doux (19°C le 31) après une ultime petite gelée le 30.
Au bilan ce mois de mars termine en déficit de précipitations d'un bon tiers par rapport aux normales, il semble confirmer la tendance observée en février après plusieurs mois de pluviométrie remarquable. Les températures minimales sont assez basses, l'effet de huit gelées qui sont venues améliorer le score jusque là assez piètre de l'hiver. Malgré de fortes variations tout au long du mois les maximales en léger excédent tirent la moyenne mensuelle un peu au-dessus des normales. Cela devient hélas une habitude, malgré de bonnes incursions froides à l'instar des derniers mois de décembre et janvier, la prégnance des masses d'air douces ou chaudes est telle que la balance finit toujours par pencher du côté de l'anomalie positive de températures.
Avril :
Malgré un faible passage pluvio-orageux dans la nuit du 2 au 3 la tendance sèche entrevue en février et mars traverse la quasi totalité de la première décade puisque le changement vers un temps beaucoup plus perturbé n'adviendra que dans l'après-midi du jeudi 10 avril avec le retour de la pluie. Sur toute cette période les températures diurnes sont très douces voire chaudes avec deux pics à 25°C le 8 et le 9, ou encore 24°C le 10 et 23°C le 1er. On reste tout de même en deçà des maximas très élevés de la première décade d'avril 2024. Avec une seule valeur à 3°C le 3, et un niveau global oscillant entre 5 et 10°C, les températures minimales sont également assez élevées pour cette époque de l'année.
La pluie qui est revenue dans l'après-midi du 10 avait dans son sillage une très longue période de temps beaucoup plus perturbé qui sera notre lot jusqu'au 27 avril à la mi-journée. Associés aux premiers orages de printemps les averses et les passages pluvieux se succèdent avec parfois des cumuls copieux (près de 50 mm entre 14 et le 17, 33 mm entre le 18 et le 20.) Malgré quelques pics isolés à 23°C à la faveur du basculement temporaire du flux au sud-ouest le 18 et le 25 les températures de ce long couloir perturbé sont nettement plus basses que celles de la première décade, généralement comprises entre 12 et 18°C en après-midi et descendant à 3°C les 16 et 23 avril en matinée, les minimales fluctuant le plus souvent entre 5 et 8°C. Notons au passage que les éléments nous ont pour cette fois épargnés les gelées tardives qui sont quasiment incontournables lorsque le temps se dégrade sensiblement en avril après un mois de mars bien (trop?) printanier.
Les conditions météorologiques s'améliorent radicalement dans l'après-midi du 27 avril et les trois derniers jours du mois nous tournent résolument vers le mois de mai qui est toujours la dernière marche avant l'été, même si chacun sait qu'en climatologie aussi une marche peut être ratée. Soleil radieux, rares nuages vers les Pyrénées et hausse sensible des températures, jusqu'à 27°C le 29 et 26°C le 30.
Au final le mois d'avril 2025 affiche des températures supérieures aux normales mensuelles, pour changer, même si nous n'avons pas renoué avec les niveaux inquiétants des premiers jours de son prédécesseur en 2024. En revanche, et ce n'était pas forcément anticipé par les modèles saisonniers, la pluviométrie de ce quatrième mois de l'année est légèrement excédentaire après deux mois qui avaient accusé un déficit. Pour le coup la question est de savoir si ce retour à des précipitations excédentaires va s'inscrire dans la durée, auquel cas les deux mois de février et mars un peu plus secs n'auront été qu'un court répit dans une remarquable séquence pluvieuse inaugurée en août 2024, ou si, au contraire, le régime des précipitations va repasser en dessous des normales dès le mois de mai. Certains spécialistes, forts de leurs modèles, tablent sur un été orageux vers les Pyrénées, au vu des errements de ces mêmes projections saisonnières depuis quelques années, la prudence est de mise...
Mai :
Un cas d'école pour illustrer à quel point quelques valeurs très élevées de températures isolées dans une courbe bien atone peuvent infléchir la moyenne à la hausse (en l'occurrence supérieure à 22°C) et altérer la perception de l'ensemble quand la médiane proche de 21°C correspond déjà mieux au sentiment de chacun sur la période envisagée. Ce cas de figure devient fréquent, semble-t-il, en toute saison dans le contexte du réchauffement climatique. On peut vivre 90% d'un mois de mai en pantalon, en pull ou en sweat et puis deux ou trois journées exceptionnellement chaudes viennent vous dire que le mois fut au-dessus des normales, as usual...
Après une première journée ensoleillée et chaude, 26°C, sur la lancée de la fin du mois d'avril, le temps se gâte durablement jusqu'au 22 mai, en cours de nuit. Seules les journées des 7, 8, 16, 17, 18 et 20 mai seront exemptes de pluie, mais pas forcément très agréables. Cette dégradation donne lieu à de splendides développements de cumulonimbus débouchant sur des orages violents comme celui du samedi 3 mai qui a généré une courte averse de grêlons jusqu'à 2 cm de diamètre. Les précipitations orageuses sont souvent copieuses ( plus de 32 mm le 5 et le 6 et plus 42 mm entre le 9 et le 11.) Malgré un pic isolés 27°c le 18, les températures maximales qui ont dévissé à partir du 3 mai oscillent le plus souvent entre 16 et 20°C, peinant à dépasser cette valeur. Mais cette baisse est compensée par la bonne tenue des températures nocturnes, en dépit d'une faiblesse à 4°C le 7 et le 8, fluctuant le plus souvent entre 8 et 12°C.
Dans la matinée du 22 mai le temps se met au sec jusqu'à la fin du mois mais la sensation n'est pas forcément très agréable car l'évolution nuageuse diurne doublée d'un vent dominant de nord à nord-ouest limite la hausse des températures en dessous de 24°C jusqu'au 27. Par la suite le flux tourne à l'est puis au sud-est, l'atmosphère s'assèche et le ciel se nettoie, déroulant le tapis rouge au premier gros pic de chaleur significatif de l'année, 30°C le 29 et 35°C le 30, avant que le vent d'ouest dès l'après-midi ne vienne écrêter et chasser dans les terres cette bouffée torride. L'orage sec retentit dans la soirée et la dernière journée du mois est modérément estivale et sèche, culminant à 27°C après une nuit très douce, 16°.
Mai 2025 termine en excédent modéré de précipitation, fort heureusement les nombreux orages observés n'ont pas donné lieu aux précipitations exceptionnelles, aux crues et au coulées de boue observées à maintes reprises localement en mai et juin 2024.
Même si l'on décomptait les deux pics isolés à 30 et 35°C les températures mensuelles seraient supérieures aux normales d'environ 1°C, la première décade de mai n'a vu que de façon très atténuée les quelques traditionnelles nuits s'abaissant sous les 5°C et qui font redouter aux jardiniers la gelée tardive.
Bilan du printemps 2025 :
Après un mois de mars assez sec qui a pu un temps légitimer d'hypothèse que le trimestre serait déficitaire, le mois d'avril a recollé aux normales et le mois de mai a dépassé les siennes. On termine donc à l'équilibre. Je ris un peu dans ma barbe et je retiens mes mots lorsque j'entends ici ou là parler de sécheresse. Pour le nord et d'autres régions soit, mais localement, même si les quantités de pluie se sont normalisées depuis décembre, on vit encore sur les réserves constituées entre mi-août et octobre 2024 et ceux qui comme moi vivent au contact réel de la nature savent qu'à la moindre averse les sols dégueulent...
Concernant les températures il n'y a hélas rien de nouveau, nous sommes localement happés par l'ascenseur vertigineux du réchauffement climatique global et même lorsque la réalité nous semble au mieux mitigée, une somme de températures ternes à 22 ou 23°C accouchera toujours sur le plan mathématique d'une moyenne plus élevée que la normale. On est plus d'1 °C au-dessus de cette dernière sur le trimestre.
Juin :
Le pic de très fortes chaleurs des derniers jours de mai n'a pas vu le mois de juin. Dès le premier jour du mois, et jusqu'au 5, le Béarn est affecté par une nouvelle dégradation orageuse assortie de précipitations copieuses (cumul de 35 mm.)
Jusqu'au 8 juin, si le temps s'améliore, les températures maximales un peu fraîches fluctuent entre 18 et 24°C. Après une nuit frisquette (9°C) les températures repartent sensiblement à la hausse à partir du 9. Dans des conditions lourdes et orageuses on dépasse quotidiennement 30°c entre le 10 et le 13 juin. Dans la soirée du 11, Salies et Sauveterre sont balayés par les vents très violents associés à la remontée d'un orage à l'intensité électrique rare et aux pluies diluviennes qui s'est formé de l'autre côté des Pyrénées en Navarre avant de franchir la barrière montagneuse pour foncer sur Bidache puis Dax. Ces vents violents d'ouest puis nord-ouest ont duré dix minutes et généré des chutes de branches d'arbres sur le haut de Lasbordes. Deux jours plus tard, le vendredi 13 juin, en début de soirée, alors que le tonnerre gronde la nuit est tombée en quelques minutes sur Salies et sa campagne. Il s'en est suivi une longue et puissante averse assortie de quelques grêlons de taille respectable, la densité étant trop faible pour causer des dégâts aux cultures. Mais, comme disaient mes aïeux en cas pareil : "il a du grêler quelque part." Cette période mouvementée s'est refermée avec un passage orageux moins arrosé le dimanche 15.
La chaleur dont on sentait bien qu'elle était à la manoeuvre depuis la dernière décade de mai a terrassé l'indécrottable instabilité du premier semestre 2025 à la date du lundi 16 juin. Hormis un orage assez venteux encore mais très faiblement pluvieux le 25 (1,5mm) il n'a quasiment pas plus durant la deuxième quinzaine du mois de juin et sous l'effet d'une chaleur constante et parfois intense (35°C le 20 et le 29, 37°C le 30, ) la végétation a très rapidement perdu de sa superbe.
Bilan de juin :
Juin 2025 affiche une anomalie positive de températures proche de 3°C localement, c'est beaucoup, surtout quand on sait que cette anomalie thermique couvre tout le premier semestre 2025 et au-delà.
Sur le plan des précipitations, cette fois il n'y a pas eu d'échappatoire. La deuxième quinzaine très sèche a fait basculer la totalité du mois dans le négatif même si ce déficit n'a pour l'instant rien de dramatique ni d'exceptionnel. Il faudra suivre l'évolution dans le courant de l'été.
Juillet :
Il n'y a pas de "trumpisation des esprits." C'est juste que le retour au pouvoir outre-atlantique d'un dirigeant climatosceptique et très politiquement incorrect dans ses propos, sert sur un plateau d'argent un formidable prétexte à la classe dirigeante européenne et mondialiste, qui par delà son verbe policé et ses discours convenus, ne se soucie pas davantage que lui de l'environnement, du réchauffement climatique et du bien-être économique et social des populations, à jeter par-dessus bord tous ses engagements de campagne à destination des militants et citoyens un peu naïfs dont le bulletin de vote est indispensable à remporter des élections, tout en soutenant qu'elle n'a pas le choix, qu'elle est désolée mais que c'est plus fort qu'elle. Il y a bien moins de "trumpisation des esprits" que d'insignes hypocrites qui tombent le masque et cherchent à se défausser...
Malgré quelques journées isolées de répit (24°C le 2 et 23°C le 7,) une petite faiblesse à 23 / 24°C le 14 et le 15, et des nuits un peu fraîches entre le 8 et le 11 (10°C le 9,) dans la continuité de juin mais de façon atténuée, la première quinzaine de juillet s'est avérée très chaude avec quelques pointes à 36°C le premier jour et 33 à 34°C le 10 et le 11, mais surtout très sèche avec un seul passage pluvieux à 9 bons millimètres entre le 6 et le 7. Avec ces températures dépassant souvent les 30°C on a pu entendre le tonnerre gronder dans le lointain en soirée ou en fin de nuit, mais sans aucune incidence locale.
Après un ultime pic de chaleur culminant à 35°C le 17 le temps a radicalement changé d'humeur à partir du 18 juillet. Le flux a basculé au nord-ouest sur la façade atlantique de l'Europe dans un contexte faiblement anticyclonique, autorisant quelques passages pluvieux appréciables (près de 5 mm le 19, plus de 14 mm le 23 et le 24 ou encore 5 bons millimètres le 27 et le 28.) Ambiance plus ennuagée, parfois même couverte, brumes et rosées plus présentes en fin de nuit, il n'en fallait pas plus pour que nos paysages reverdissent. Surtout que les températures ont bien dévissé, hormis un pic à 29°C le 22 on ne dépasse plus 22 à 26°C en journée. Sur cette période les températures minimales observées sont majoritairement inférieures à 15°C.
Bilan de juillet :
La deuxième quinzaine plus fraîche a nettement lissé l'anomalie positive de températures qui étaient déjà en légère érosion en première quinzaine par rapport à juin. Il en résulte que juillet termine sur une anomalie positive contenue. Je note au passage que les températures maximales plafonnant à 25/26°C observées en dernière décade du mois lorsque les vents de nord-ouest à nord nous rabattait continuellement l'air frais en provenance d'Islande, correspondent au températures maximales moyennes qui étaient notre lot dans les années 1980. Ce qui est tenu pour assez frais aujourd'hui constituait la normale dans un passé pas si lointain. C'est aussi et surtout à cela qu'on reconnait le réchauffement climatique.
La deuxième quinzaine a fait grand bien à nos écosystèmes et à nos potagers avec quelques arrosages espacés qui, bien que modestes, ont au moins temporairement mis un frein à la sécheresse qui s'installait depuis la mi-juin. De ce fait, juillet termine en déficit pluviométrique contrôlé, plus faible qu'un temps redouté. Par contre je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle pour ceux qui comme moi s'inquiètent de la saison des cèpes...
Août :
La parenthèse fraîche de la dernière décade de juillet a été mise sur le recul dès les trois premiers jours du mois avec une remontée des températures entre 27 et 29°C, malgré une nuit un peu fraîche à 11°C le 3. Un premier pic caniculaire est même observé le 4 août, 35°C. Il faut dire que le soleil va régner sans partage ou presque jusqu'au 17 août, à peine contesté par quelques développements nuageux d'aspect pré-orageux vers les reliefs.
La période du 7 au 17 août est particulièrement chaude avec deux épisodes caniculaires intenses dépassant nettement les 40°C le 10 et le 11, puis le 15. Cette canicule d'août 2025 reste tout de même en deçà de son illustre devancière de 2003 car une brise côtière fort appréciable vient presque tous les jours, en soirée et jusqu'en milieu de matinée faire baisser le mercure. De ce fait les températures nocturnes et minimales restent supportables entre 13 et 18°C
Par la suite le temps tourne à l'orage et les températures baissent à partir du 18 août. Les maximales descendent même entre 22 et et 24°C du 18 au 22. Après une valse hésitation dans le ciel de puissants orages assortis d'averses torrentielles plongent des Landes dans la nuit du 20 au 21. Elles génèrent un cumul de 75mm.
Après une brève parenthèse sèche et plus chaude entre le 23 et le 25 août (32 et 33°C,) les derniers jours du mois sont caractérisés par un passage pluvieux océanique extrêmement copieux, on cumulera plus de 70 mm au 1er septembre. Cette dernière semaine de l'été s'avère également beaucoup plus fraîche puisqu'on y a pas dépassé 20 à 24°C
Bilan du mois d'août :
Malgré le pic de chaleur des 23 et 25 août la séquence plus fraîche survenue à partir du 18 a fortement lissé l'anomalie positive de températures qui termine à 1 bon degré au-dessus des normales.
Après un mois de juin et un mois de juillet assez secs le mois d'août termine en fort excédent pluviométrique de l'ordre de 125%, mais ce chiffre cache de fortes disparités entre une première quinzaine très sèche et une deuxième marquée par des passages pluvieux brefs mais intenses.
Bilan de l'été :
Un mois de juillet plus modéré et une fin août rafraîchie ont ramené l'anomalie positive de températures à un peu plus d'1 degré sur l'ensemble de la saison.
De même une deuxième quinzaine d'août très arrosée a fortement contribué à rapprocher la pluviométrie du trimestre des normales, mais la tendance de fond de cet été 2025 fut assez sèche.
Septembre :
Le premier jour du mois est copieusement arrosé (7,6 mm) sur la lancée des derniers jours d'août. Par la suite, hormis un passage pluvieux modéré (10 mm) le 8, le temps est globalement sec et ensoleillé avant un changement radical dans la soirée du 20 septembre. L'ambiance est estivale jusqu'au 7 avec un pic à 33°C le 6. Les températures maximales accusent une petite faiblesse, peinant à dépasser les 20°C entre le 8 et le 15 septembre avant une nette remontée . 4 journées consécutives entre 30 et 33°C du 17 au 20 septembre. Toutefois, sur l'ensemble des deux premières décades du mois les températures minimales ne descendent que très rarement sous les 10°C
Une très nette mais brève dégradation survient dans la soirée du 20, générant près de 67 mm de pluies orageuses à la fin de l'épisode, dans la soirée du 23. Cette dégradation s'accompagne d'une très nette baisse des températures avec des minimales s'abaissant à 6°C et des maximales oscillant entre 16 et 18°C.
Les trois derniers jours du mois sont à nouveau plus chauds (22 à 24°C) et globalement ensoleillés.
Bilan de septembre :
Après les fortes pluies de la fin du mois d'août, septembre renoue avec la tendance sèche qui s'est installée depuis le mois de juin et l'épisode pluvieux du 20 au 23 ne suffit pas à combler un déficit approchant les 25%.
À la faveur de nuits très douces les températures du mois sont d'un bon niveau et conformes aux normes d'une fin d'été.
Octobre :
Exception faite d'un passage pluvieux modéré (10 mm) le 4 et le 5, les deux premières décades d'octobres 2025 s'avèrent particulièrement ensoleillées et douces, les températures diurnes dépassant régulièrement les 20°C et s'élevant jusqu'à 23°C les 12 et 13 octobre et 24°C le 18, et les températures minimales ne s'abaissant que très rarement en dessous de 7°C (5°C le 6 octobre.)
À partir du dimanche 19 un changement radical donne le véritable coup d'envoi de l'automne. Les passages pluvieux sont presque quotidiens et les températures, surtout les maximales, se tassent entre 14 et 18°C après un dernier pic à 23°C le 22.
Bilan d'octobre :
Malgré une dernière décade modérément pluvieuse le mois d'octobre 2025 est fortement déficitaire en pluie, de l'ordre de -50%.
La tendance douce des températures minimales tient les moyennes un peu au-dessus des normales mensuelles.
Novembre :
Jusqu'au 8 le temps est globalement instable avec quelques passages pluvieux très copieux (24 mm du 5 au 7 et 39 mm le 8) et doux, les maximales évoluant le plus souvent entre 16 et 19°C et les minimales peinant toujours à descendre sous les 7°C.
Du 9 au 14 novembre un intermède très doux, fait grimper le mercure à près de 30°C dans le département, mon thermomètre se contentant de 26°C le 12 sous un puissant effet de foehn.
Or la dépression responsable de cette bouffée de chaleur traverse le pays à partir du 15 et à l'arrière, sous les pluies parfois copieuses, de l'air beaucoup plus froid se rabat sur nous. Les températures plongent sous les 15°C à partir du 17, la dégringolade s'arrêtant à 3°C dans l'après-midi du 21. Du 18 au 29 novembre, 8 gelées sont observées, dont une minimale à -3°C le 22, mais encore -2°C le 21 et le 27. Il n'avait plus gelé autant en novembre depuis au moins 15 ans. Ce refroidissement s'accompagne et alimente des pluies copieuses et froides, on a pu voir quelques flocons de neige en surfusion sous certaines averses. Du 26 au 29 novembre le temps est sec, plutôt ensoleillé, mais toujours frais, on n'atteint pas les 10°C après les gelées matinales.
Bilan de novembre :
Après plusieurs mois en déficit, novembre 2025 renoue avec un excédent pluviométrique d'un bon tiers.
La deuxième quinzaine du mois bien froide a fortement lissé l'anomalie chaude générée par le coup de foenh du 10 au 14. On termine proche des normales pour une fois.
Bilan de l'automne :
Malgré un mois de novembre bien arrosé, l'automne 2025 reste globalement sec et affiche des températures un peu supérieures aux normales. La deuxième quinzaine de novembre, bien froide, a tout de même bien atténué l'excédent.
Si le caractère primordial du facteur climatique dans la fortune du chercheur de champignons ne souffre pas l'ombre d'un débat, rarement ce dernier aura autant pesé en notre défaveur qu'en cette année 2024. Et c'est avec un certain soulagement que je vous retrouve à l'aube de 2025 pour en parler. Car on a beau dire que les "vrais" savent se satisfaire de peu, entre le peu et le néant absolu il y a une nuance appréciable et ces dernières semaines firent à beaucoup l'effet d'un interminable cortège funèbre, à cette nuance près qu'on espère toujours qu'ici ou là le cher disparu aura mis sur notre chemin quelque signe de vie.
Un printemps des morilles sur le gril...
Cela devient hélas une habitude, les pics de chaleur à plus de 30 degrés des premières semaines d'avril contrarient, écourtent et amoindrissement gravement la saison des morilles. Cette année, les petites fées des ripisylves n'étaient pas très en avance, les premières pointant seulement le 28 mars, en tout petit comité, juste avant le coup de chalumeau. Il est d'ailleurs fort probable qu'à quelques individus près cette première pousse ait tout bonnement avorté. Malgré tout, une deuxième, un peu plus importante, verra le jour, à partir du 8 avril, et certaines morilles survivront tant bien que mal au deuxième coup de chalumeau, plus modéré, ce qui leur donnera de prendre leurs aises au cours d'une seconde quinzaine humide et fraîche. Reste que le bilan 2024 est bien maigre, 19 morilles dans ma morillère fétiche, c'est un peu mieux qu'en 2023 mais c'est très en deçà des standards des années précédentes et je n'ose même pas comparer avec ceux de la décennie 2000. Dans toutes les autres morillères de plaine de ma connaissance, le tableau est également famélique. Plus inquiétant encore, l'indigence observée à très basse-altitude ces dernières saisons semble gagner les stations de certains fonds de vallées pyrénéennes ou de "basse-montagne" où pour la première fois nos sorties ont donné lieu à très peu de trouvailles. Quelques semaines plus tard en altitude, la saison des morilles coniques a également tourné court et presque à vide...
Dans ce contexte, seuls les mousserons, bien que moins en vu qu'en 2023, ont rendu une copie honorable...
Des cèpes qui se font attendre...
Alors que le coup de chalumeau de la première quinzaine d'avril, coïncidant avec l'apparition des premières russules et d'amanites, laissait espérer un démarrage prochain du seigneur des beaux jours, les conditions fraîches et pluvieuses de la deuxième quinzaine et du mois de mai ont considérablement retardé sa venue, rendant l'attente encore plus fébrile après la saison 2023 que l'on sait... Finalement c'est avec un certain soulagement que les premiers furent accueillis, à partir du 10 juin, à la faveur d'une remontée des températures les jours précédents.
Par la suite, dans la traversée des mois de juin et de juillet, je ne boudai pas mon plaisir en constatant que sans renouer avec l'exubérance de certains étés récents, les bolets comestibles étaient nettement plus à leur avantage qu'au cours du précédent.
Un bon mois d'août pour dissiper les doutes...
L'occurrence d'un mois de juillet assez chaud, mais surtout nettement plus sec que les mois précédents, suivi d'une première décade d'août bien chaude et ponctuée par un pic caniculaire à près de 40°C le 11, aura vraisemblablement permis à la saison des cèpes de basculer localement et temporairement dans une toute autre dimension après la survenue d'un intense arrosage pluvio-orageux entre la soirée du 13 et la matinée du 14 août, secteur Salies et Sauveterre de Béarn (100 à 150 mm.) Dès le 21 août une pousse de cèpes se déclenche dans certains bois des environs et gagne très rapidement en intensité. Les cèpes poussent et foisonnent jusque sur le talus de petites routes très fréquentées et de nombreux automobilistes (dont certains amateurs de ma connaissance) fendent ces haies d'honneur sans les remarquer tellement 2023 les a sevrés du divin bolet. Cette pousse va durer 10 jours, le temps de faire mes conserves dans la plus grande discrétion, aidé en cela par le fait qu'à quelques hectomètres de distance, parfois dans le même bois, de nombreux placiers et leurs habitués n'ont pas vu le moindre cèpe. Les bas-fonds, les plaines, beaucoup de versants nord (dont certains excellents à l'accoutumée) n'auront pas vu un chapeau marron de la saison quand les bois de crête et bien exposés auront fait montre de dix jours de folie. Avant que la pluie, qui ne nous a jamais lâchés après le 15 août, ne remette tout le monde au même régime d'indigence absolue, décourageant jusqu'aux Marteroets pourtant réputés hygrophiles, qui sont apparus timidement à la mi-septembre mais dont les dernières trouvailles n'ont pas dépassé le 10 octobre pour ma part.
Malgré quelques tentatives héroïques de redémarrage jusque début-novembre, notamment sur les bordures surélevées et ensoleillées, cette pousse de cèpes n'a pas eu de suite et les oronges dont on a pu trouver quelques forts beaux exemplaires en assez grand nombre n'ont pas survécu au 20 septembre. Les espèces thermophiles ont été très rares en 2024, à commencer par les bolets bleuissant rondouillards et les excellents bolets appendiculés n'ont pas poussé dans tous les placiers que je leur connais.
Sur la remarquable disparité de cette pousse (et dans une moindre mesure de l'ensemble de la saison des cèpes,) je suis d'avis que quelque chose s'est joué entre le pic de chaleur caniculaire du 11 août et le déluge des 13 et 14. À ce moment-là certains écosystèmes, les hauteurs, les crêtes exposées, avaient commencé à basculer en stress hydrique (sans excès) et ces écosystèmes ont par ailleurs peut-être bénéficié d'un reliquat de pousse en attente de la saison 2023. En revanche, les bas-fonds, les plaines bordant les cours d'eau et de nombreux secteurs en versant nord commençaient à peine à sécher et à chauffer, or ce même apport d'eau les a définitivement replongés dans l'excédent hydrique chronique. À titre personnel je serais curieux de savoir ce que la saison des cèpes 2024 aurait donné un peu partout avec ces conditions modérément chaudes et sèches jusqu'à la fin du mois d'août et pourquoi pas, débordant en septembre (il a peut-être tenu à quelques jours ou semaines que la saison sourit un peu plus pour tout le monde.) Quoi qu'il en soit je suis nettement moins alarmiste que l'an dernier sur le sujet dans la mesure où je fus aux premières loges pour constater que dès que les cèpes ont été en mesure de pousser, là où les conditions pré-requises étaient réunies, ils ont poussé et pas qu'un peu...
Puisque les chiffres sont indispensables pour établir des comparaisons la levée de cèpes de la dernière décade du mois d'août m'a gratifié de plus de 500 bolets, c'est bien en deçà des poussées prodigieuses et assez récentes de 2020 ou 2022 mais c'est d'autant plus remarquable que jusque dans mes bosquets de comptage l'amplitude fut énorme entre quelques placiers qui ont délivrés pléthore de cèpes, d'autres (assez nombreux,) quelques uns mais loin de leur maximum observé, et d'autres enfin n'ont rien concédé de la saison. Sur ces seules dix dernières journées d'août, 2024 est très rapidement monté à la 7ème place du classement, mais l'indigence de l'automne ne lui a jamais permis de se rapprocher à moins de 100 spécimens des saisons qui la précèdent. À noter que ces dernières ont toutes réalisés plus de 50% des effectifs record de 2022...
La fièvre jaune...
Outre cette trop brève, disparate, mais localement spectaculaire pousse de cèpes de la dernière décade d'août, la rédemption de la saison 2024 tient à cette multiplication de girolles qui s'est emparée des sous-bois nord-béarnais dès la fin du mois de mai, sans jamais faiblir dans la traversée de l'été pour repartir de plus belle début septembre et culminer entre la deuxième quinzaine de ce même mois et la mi-octobre. Pour ma part je n'avais jamais dénombré autant de girolles dans mes coteaux malgré des décennies de prospection assidue. Il y en avait partout, jusque dans des bois où je n'en avais jamais vu. Réponse heureuse du mycélium à une belle saison exceptionnellement pluvieuse et modérément chaude, et pour l'observateur soucieux que je suis des équilibres naturels, motif de joie inespérée alors que jusqu'à ces dernières années tout donnait à penser que cette espèce était en régression.
Avec les fortes pluies de septembre les amateurs ont également pu goûter une fort belle pousse de trompettes de la mort, souvent dans les mêmes habitats et en compagnie des girolles, mais pas partout, si les craterelles ont foisonné dans certains bois, notamment en versant nord, d'autres pourtant à faible distance n'en ont pas vu une seule. La remarque vaut pour les pieds de mouton que l'on rencontre encore par endroit en ce début janvier.
Un arrière-automne sur les chemins de crêtes...
L'extinction des girolles et des trompettes après la mi-octobre, précipitée par les pluies diluviennes qui n'ont faibli qu'après la Toussaint, a sonné le glas de la plupart des espèces connues de ma campagne béarnaise. Même les plus hygrophiles ont accusé le coup et des champignons très appréciés comme les Têtes de Moine et les Hygrophores des prés ont déserté les bas-fonds et les plaines saturés pour se réfugier dans leurs stations tout en haut des collines sur les lignes de crête, au dernier soleil... Reproduisant à l'identique cet étonnant contraste observé au mois d'août à l'occasion de la pousse des cèpes.
À l'heure où j'écris il est bien trop tôt pour aborder les conséquences possibles de cette année 2024 exceptionnellement pluvieuse sur la saison fongique qui s'ouvre à nous. Surtout que, à l'instar de ce qui s'est passé au mois d'août dans mes terres, tout indique que les situations les plus mal embarquées voire désespérées peuvent très vite évoluer favorablement (ou défavorablement) dans ce domaine. Ce qui me semble certain c'est qu'une longue période sans pluie ne serait pas de trop pour que les sols absorbent les excédents de surface avant la fin de l'hiver et le début de la saison des morilles... (Sans négliger qu'un peu de soleil nous ferait grand bien.)
Partager, transmettre des connaissances et des expériences, donner à réfléchir, sensibiliser et divertir. Mais aussi militer et s'indigner si nécessaire. Bienvenu(e)s sur ce blog d'un écoterroiriste amoureux de la civilisation lente, du bien vivre, de la nature et des mots. Mycologie, climatologie, écriture et langue gasconne vous seront proposées au fil des saisons et au gré de mon inspiration.