Saison des morilles 2026 : la débandade...
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Adishatz,
Je suis une sentinelle d'un monde qui se meurt, l'inventeur inconsolable d'écosystèmes chaque année plus dépeuplés, affaiblis et appauvris. Et la saison 2026 des morilles morte-née avait des accents crépusculaires préfigurant l'anéantissement, inéluctable.
Il faut dire qu'alors que la végétation des ripisylves était déjà très avancée à la fin du mois de mars, le climat nous a repassé le plat désormais récurrent et mortifère des premiers jours du mois d'avril à plus de 30°C dans un contexte de déficit hydrique plus marqué que les années précédentes. C'était de trop et les morilles ont préféré rester à quai.
Entre le 27 mars où je décelai ma première, miniature, famélique, et le 17 avril où les dernières m'apparaissaient, sclérosées prématurément, à l'ombre d'une souche emportée par les crues de 2018, c'est à peine si ma morillière référentielle en a mis en train 5, toutes avortées. Pour la première fois depuis sa découverte en 2005, l'étiage particulièrement bas et alarmant des 10 spécimens n'a pas été atteint et par-delà les fluctuations propres à chaque saison, l'année Zéro n'a jamais semblé aussi proche à cet endroit.
En élargissant mon décompte à l'ensemble de mes placiers perdus dans l'immensité des berges des gaves, je totalise péniblement une dizaine de morilles. Il apparaît qu'une pousse plus précoce, si modeste fût-elle, ait fait le bonheur de certaines connaissances dans les premiers jours d'avril. Mais après le 15 on ne recensait plus que de rares épaves protégées par la frondaison ici ou là.
Ce millésime 2026 calamiteux prend une résonance bien particulière, car dans un même temps mon enquête si ardue au sujet des morilles dans mon bassin de vie a connu des avancées significatives. Depuis les années 1999-2000, époque où j'ai pris conscience que ce champignon pouvait se trouver en Béarn des Gaves, j'ai consacré énormément de mon temps libre printanier à arpenter soigneusement les berges de nos gaves, rivières, ruisseaux et rus, y compris des sources perchées très haut dans les collines. Très vite, j'ai dénombré toutes les espèces associées, et parfois en grand nombre, les morillons, les verpes, les pézizes veinées, me confortant dans mes convictions qu'elles pouvaient être là.
Assez vite aussi, dans le courant des années 2000, alors que ma quête du Graal avait fini par aboutir dans le giron des gaves et plus haut en montagne, j'ai noté que ces espèces étaient en déclin rapide et cette tendance s'est affirmée au cours de la décennie suivante tant et si bien que je n'ai plus trouvé de morillons et de verpes depuis près de cinq ans et que les pézizes veinées semblent également de plus en plus rares et clairsemées.
Tenter d'expliquer l'effacement déplorable des ascomycètes printaniers apparentés pouvant fournir un début d'explication à cette quête des morilles toujours défaite, j'ai envisagé plusieurs paramètres, mais celui qui s'impose d'évidence plus de 25 ans après mes premiers pas de morilleur passionné et inquiet, est le réchauffement climatique et le recul du froid. Les morillons, verpes et pézizes veinées étaient bien plus abondants dans mon Entre-deux-Gaves au sortir des hivers froids de 2002 à 2010 et leurs populations se sont effondrées à partir du moment où le climat béarnais est entré en phase de fort réchauffement. Même si certains confrères ont pu se réjouir de pousses de morilles mirifiques après tel ou tel hiver très doux, le froid semble être un facteur important dans leur cycle et les températures moyennes actuelles nous en éloignent de plus en plus avec la diminution du nombre de gelées et la disparition de la neige.
Voici quelques semaines, un voisin de mon âge a versé une pièce intéressante à mon dossier. Il m'a cité le nom de personnes habitant une localité voisine et qui avaient pour habitude de venir cueillir des morilles sur les berges d'un des cours d'eau des environs (que j'ai fouillées en long, en large et en travers, et pour tout dire en vain, depuis). Les faits, connus selon lui, et qui remontent à plusieurs décennies, corroborent le témoignage d'un autre de mes voisins, Marcellou, qui me narrait avoir trouvé des morilles, (lesquelles furent identifiées par le grand pharmacien et spécialiste de Salies), sur la même portion du cours d'eau.
Ces témoignages confirment ce que je pense depuis fort longtemps. Non que le Béarn des Gaves fût une terre de morilles (on ne parlait jamais de ce champignon dans le voisinage) il y a eu sur certains de nos cours d'eau quelques morillières, parfois connues de rares initiés, Ces morillières étaient en voie d'extinction et avaient peut-être déjà toutes disparu au moment où je me suis intéressé à ce champignon. Cette révélation m'est d'autant plus pénible qu'avec le réchauffement climatique qui ne faiblit pas, les années que nous traversons sont probablement en train de porter le coup de grâce.
Adishatz.
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