Saison des champignons 2025 : Les meilleures choses ont une fin, les moins bonnes aussi...
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Adishatz,
À l'instar des Têtes de Moine, les excellents clitocybes géotrope, dont les mois de novembre et décembre constituent habituellement le temps fort, mais qui sont quasiment introuvables depuis la Toussaint, la saison des champignons 2025 s'effacera rapidement de nos mémoires, seules les interrogations inquiètes et à ce jour sans réponse qu'elle souleva chez certains d'entre nous lui survivront.
Les morilles sauvent le printemps...
Pourtant, tout avait plutôt bien commencé. Après deux saisons faméliques et qui ont donné à craindre que leur fin était proche dans nos plaines surchauffées, les morilles se sont reprises pour se rapprocher des standards antérieurs.
Le démarrage fut laborieux, un peu plus tardif qu'à l'accoutumée, les toutes premières m'apparaissant le 27 mars, sans doute en liaison avec des précipitations assez disparates et modiques les jours précédents.
Pour une fois, la première décade d'avril nous a épargné les outrages de ces bouffées de chaleurs létales qui l'an dernier encore avaient avorté la pousse. Bien au contraire, à la faveur de l'installation d'un temps durablement pluvieux et tiède à partir du 10, j'ai pu voir de jolies morilles naître et prendre leurs aises dans l'ail des ours de ma petite ripisylve. La pousse s'est étalée jusqu'au 21 avril, la rive droite, défigurée par le cataclysme de 2018, connaissant enfin un rebond après quelques années bien faiblardes.
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En élargissant à l'ensemble de mes morillières de plaine, le tableau reste quand même mitigé, un résultat en légère érosion dans la plupart des placiers, un seul en progression. Il est possible que le meilleur d'entre eux ait été visité avant mon passage, ce qui expliquerait pourquoi je n'y ai rien trouvé.
Si les morilles nous ont valu quelques instants de joie et d'espérance à l'aube de la saison, il n'en fut pas de même pour les mousserons, en régression partout, bien plus rares que les années précédentes et en bien des endroits introuvables.
La traversée du désert...
Après l'extinction des morilles et des mousserons, et alors qu'un fin limier résidant aux confins du Béarn et de la Soule m'avait fait part de la trouvaille de ses premiers cèpes d'été dès la fin du mois de mars, c'est une misère fongique d'une intensité rare qui a prévalu dans mes terres jusque dans les derniers jours de l'été. À l'instar de la saison 2024, les premiers cèpes me sont apparus très tard, le 20 juin, et par la suite, les trouvailles se sont avérées très rares et espacées, au matin du 28 août, je totalisais péniblement 9 bolets, un record digne des pires saisons du passé. J'ajoute que ces cèpes n'avaient pas fière allure, stipe maigrelet et chapeau atrophié, ce qui est souvent la signature des années de vaches maigres.
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Un temps, j'ai mis ce démarrage aussi tardif que faiblard sur le compte d'un mois de mai assez humide et faiblement ensoleillé, freinant la hausse des températures des sols, nécessaire à l'activité mycélienne. Et puis, après le réchauffement sensible des premiers jours de juin et l'épisode caniculaire survenu en fin de mois, assez vite, il a fallu déchanter, mes bois sont restés étrangement déserts dans la traversée de l'été, même après les pluies de la deuxième quinzaine de juillet. Le néant total dans la mesure où l'ensemble des espèces, russules, amanites, tricholomes, collybies, etc !, étaient affectées.
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Après avoir écarté bien des hypothèses, j'en suis venu à penser que nos sols étaient sans doute encore saturés des pluies exceptionnelles de la fin de l'été et de l'automne 2024, qu'un hiver et un printemps assez humides, mais surtout très peu ensoleillés, n'avaient pas permis d'absorber, et que tant que les écosystèmes ne connaitraient pas de stress hydrique, il se trouverait fort peu de champignons par ici. Il incombait donc à la canicule du mois d'août de réussir là où sa devancière de fin-juin avait échoué : faire basculer le cours d'une saison qui sans cela était entièrement vouée aux limbes.
La lumière au bout du tunnel...
La situation s'est débloquée, du moins en partie et temporairement, après la canicule de la première quinzaine d'août, bien plus forte que la première et les pluies diluviennes qui y ont mis fin. Suffisamment en tout cas pour rendre le sourire aux amateurs et refaire quelques conserves pour les repas de famille, les soirées amicales, les fêtes et tout simplement se faire plaisir.
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La pousse de cèpes thermophiles a démarré assez vite en fait, vers le 28 août, puis est montée rapidement en puissance pour culminer avant la fin de la première décade de septembre. Après quoi elle a décliné au fil des jours pour s'éteindre en dernière décade. Elle ne s'est pas généralisée, loin de là, à l'intérieur d'un même bois, on a pu voir cohabiter des placiers tapissés de cèpes avec d'autres où strictement aucun ne s'est montré. Sur un plan strictement statistique, parce que les chiffres sont parfois plus parlants que ma prose, les pousses d'octobre 2020 et d'octobre 2022, consécutives à une canicule d'intensité comparable à celle de l'été 2025, ont totalisé 2 à 2,5 fois plus de cèpes et même la pousse de la fin-août 2024, au sortir d'un été un peu moins chaud, fut d'une intensité légèrement supérieure.
À l'apogée des cèpes, on a vu sortir les oronges, parfois de forts beaux spécimens, après quelques tentatives isolées et désespérées au mois d'août. Mais la pousse en fut assez brève et moins impressionnante que ce que l'on a pu vivre au sortir d'étés récents.
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À vrai dire, les sols humides et l'ambiance modérément chaude de ce mois de septembre ont surtout profité aux girolles, qu'on voyait, minuscules, rongeant leur frein à l'ombre des bois à cause de la fournaise dès le mois de juin, et qui n'ont pas manqué l'occasion d'une levée à peine moins spectaculaire que celle de l'automne 2024.
Les trompettes de la mort, en assez grand nombre, mais pas partout, les pieds de mouton et dans une moindre mesure, les chanterelles en tube, espèces foisonnant en avançant dans l'automne, habituellement, ont pris le relai des cèpes et emboîté le pas des girolles en glissant vers le mois d'octobre, mais leurs effectifs apparaissaient de plus en plus clairsemés au fur et à mesure qu'on approchait de la Toussaint, et il n'y a pas eu véritablement de repousse en novembre. Sans retomber dans le désert fongique déprimant des mois précédents, bien trop tôt, le manque d'eau d'un second semestre globalement sec a limité de façon significative la fin d'une saison décidément bien compliquée et contrariée.
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Dans ces conditions, on se doit d'ailleurs de saluer la jolie petite pousse de cèpes d'été qui s'est établie sur les bords de chemins et les orées à partir du 6 novembre, anéantie par les gelées et les pluies froides en dernière décade.
Les Marteroets reviennent tard et partent (bien trop) vite...
Petite pousse d'aestivalis d'autant plus appréciable que la saison des Marteroets 2026 ne laissera pas un souvenir impérissable à la plupart d'entre nous.
La saison des cèpes de Bordeaux, par ici le plus tardif et le plus éphémère de tous les cèpes, est toujours un évènement guetté par les amateurs. C'était encore plus vrai cette année quand on se souvient que la saison 2024 n'avait pas dépassé la date du 10 octobre, le roi n'échappant pas au naufrage généralisé dû aux pluies diluviennes. Et pour empirer notre fébrilité, des températures de sols trop élevées jusque très tard en septembre, qui font qu'il m'a fallu patienter jusqu'au 3 octobre, à peine moins d'un an révolu, pour déceler le premier bouchon.
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Ce bouchon avait dans son sillage une pousse de faible intensité, mais donnant vie à de forts jolis spécimens, qui culmina en fin de première décade. Si quelques placiers, parfois un arbre particulier au sein d'un placier plus vaste, ont pu montrer de belles troupes de Marteroets, parfois même itérativement, cette pousse ne s'est pas étendue à toutes mes cépères, pas plus que celle de novembre, quelques semaines plus tard. Et de toutes façons, la remontée des températures du sol a très vite stoppé son expansion, la circonscrivant même aux versants nord les plus froids et humides où elle s'est éteinte.
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Les édulis sont revenus en fin de première décade de novembre, concomitamment à la petite pousse d'aestivalis, à partir du 6. La pousse fut globalement moindre que sa devancière d'octobre, tout aussi localisée, exception faite de certains bois de crête dont les sols étaient sans doute encore un peu trop chauds lors de la première session et qui m'ont procuré quelques instants d'ultime jubilation le 15 novembre, après quoi, le gel et la pluie froide ont, bien plus tôt qu'à l'accoutumée, mis fin à la saison.
Épilogue...
Vous savez l'essentiel, le départ des derniers cèpes nous donne à voir l'arrière-saison pour ce qu'elle est, depuis la mi-novembre, je traverse le néant fongique de mes paysages familiers. Les clitocybes géotrope qui l'an dernier avaient déserté les bas-fonds inondés pour quêter un peu de lumière et de douceur sur les hauteurs où ils abondaient jusqu'au temps des fêtes, sont beaucoup plus rares, introuvables même. Ce constat vaut pour des espèces moins prisées comme les clitocybes nébuleux et les pieds bleus, seuls les hygrophores des prés font montre d'un millésime honorable. J'ai dans l'idée que le manque d'eau, récurrent depuis quelques mois (l'humidité de surface liée au faible ensoleillement et donc à un moindre évaporation, faisant illusion), n'est pas étranger à cette fin de saison sinistrée, les espèces précitées étant particulièrement hygrophiles.
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Adishatz