Saison des cèpes 2026 : rendez-vous en terre inconnue...
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Adishatz,
Je n'imaginais pas à quel point ça pouvait être lassant les cigales. Jadis, entendre la cymbalisation d'une cigale était rarissime dans mon Béarn pyrénéen et atlantique. La chose ne se produisait qu'au bout de plusieurs journées de cagnard des plus fortes canicules du 20° siècle et constituait un véritable évènement. Aux premières loges duquel je convoquais Mémé Nancie, qui était férue des sons de la nature. En cet été 2026, jusque tard dans la nuit bois et guérets cymbalaient de partout. créant une ambiance inédite.
Du reste, je ne sais pas ce que valent les cigales en omelette. Si quelqu'un a goûté... 😉🤣Parce que, concernant ce qui motive la lecture de ce blog chez beaucoup d'entre vous, on n'a jamais été aussi proches du néant total et les conditions météorologiques sans précédent dans les relevés de l'été en cours n'autorisent aucune certitude quant aux scénarios de la fin de saison.
Pour résumer, depuis mon précédent article les cèpes ont très timidement tenté de renouer avec une activité saisonnière plus normale, mais l'occurrence de la canicule exceptionnelle de la deuxième quinzaine de juin a très rapidement stoppé leur élan. Jusqu'à il y a deux bonnes semaines les sous-bois que je fréquente assidument étaient marqués au coin du désert fongique, seuls un ou deux bolets appendiculés isolés se faisaient jour. Depuis la fin du mois de juillet, à la faveur d'une rétrogradation des températures à des niveaux de canicule plus ordinaire et de quelques orages isolés, on a vu éclore des petites troupes de bolets thermophiles, presque toujours le long des chemins poussiéreux et dans la veine des cours d'eau. Bolets appendiculés, de Quélet, vieux-rose, radicant, de rares amanites et russules aussi. Lundi dernier, voilà que je suis tombé nez-à-nez avec un cèpe noir sénescent en plein milieu d'une piste de randonnée, et quelques hectomètres plus loin, les premières oronges en bord de route. Malgré tous les efforts déployés l'embellie s'est arrêtée là.
Concernant la suite et la fin de la saison, j'aimerais vous vendre du rêve comme à l'accoutumée lorsqu'un été aussi aride que torride tombe sous la mitraille des cumulonimbus. Par souci d'honnêteté, je ne le puis. Pour que les champignons puissent pousser, il faut d'abord que la pluie revienne avant les premiers frimas, nous ne savons pas ce que sera le temps de l'automne 2026 dans le contexte d'un climat transfiguré par le réchauffement, sans parler d'El Niño d'une intensité jamais vue qui rebat sans doute les cartes sur l'ensemble du globe.
Nous ne savons pas non plus quel sera l'état de santé global du mycélium au sortir de cet été. Comme je l'ai déjà indiqué dans mes articles précédents, j'observe que la réponse du mycélium à la fournaise m'apparaît moins cinglante et beaucoup plus parcellaire depuis que 2022 avait battu tous les records. J'observe même avec inquiétude que des pans entiers de mes placiers jusque-là très réactifs sont restés sans réponse depuis. Nous négligeons trop le fait que l'abondance soudaine des cèpes, et d'autres espèces de champignons, est une réaction vitale du mycélium à une souffrance extrême qui lui a été infligée par un facteur externe comme la météo et la chaleur. Nous voulons oublier aussi qu'il y a des limites à la résistance de tout être vivant et que le mycélium peut tout simplement mourir de chaud, comme nous.
Bref, le déroulement de cet été me plonge dans des considérations graves et je ne sais pas, après ce que nous avons vécu, si un "tsunami de cèpes" à la 2022, 2020, 2006 ou 1986 est souhaitable. De plus en plus de gens autour de nous commencent à prendre conscience que quelque chose de grave est en cours et qu'il y a urgence, et même si en tant que passionné, j'adorerais revivre ces heures grandioses, je me dis qu'une ruée dans les bois assortie de coffres et de buffets pleins réinstallerait bientôt chez beaucoup l'illusion contre-intuitive de l'abondance avec ce sentiment que tout va bien...
Après, pas plus que vous, je ne suis maître du scénario à venir, je suspends tout pronostic parce que ce que nous vivons est absolument hors cadre, je n'ai rien de comparable sur quoi ébaucher une tendance. Quoiqu'il advienne peut-être aurions-nous intérêt à faire preuve d'un peu de retenue dans nos éventuelles cueillettes de l'automne, je sais, c'est difficile, parce que, comme on dit en sport, le vivant est au rupteur...
Adishatz,