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Le Blog de Cristau de Hauguernes
24 juin 2026

Saison des cèpes 2026 : encore un printemps pour rien...

Adishatz,

La vie est aux abois, la vie est en souffrance et craque de toutes parts, comme les feuilles sous nos pas dans les bois en ce moment. Quatre ans après, la saison des cèpes 2022 semble de plus en plus avoir constitué tout à la fois l'apogée d'une période faramineuse et le tournant vers quelque chose de bien moins réjouissant. Après 2023, 2024 et 2025, le printemps météorologique 2026 s'est avéré d'une indigence rare dans des sous-bois déserts, en contraste saisissant avec le foisonnement fongique des printemps de 2010 à 2022, où les cèpes sortaient après la moindre averse et parfois en nombre.

Il faut dire que mai nous a joué un bien mauvais tour, interrompant l'activité mycélienne en noyant le sol sous des pluies très froides en première quinzaine, alors qu'un mois d'avril bien chaud avait créé les conditions d'une entame précoce et que de ce fait, les premiers cèpes d'été m'étaient signalés ici et là dans les tout premiers jours, puis asséchant promptement le tout dans l'ambiance surchauffée de la dernière décade. Alors que j'avais trouvé mon premier le 12, plus aucun cèpe n'a pu sortir par la suite. Les girolles qui pointaient timidement leurs clous après les abats d'eau ont totalement disparu depuis et j'ai vraiment le sentiment d'un quatrième printemps pour rien...

Sans présumer de la suite, je m'interroge de plus en plus sur l'influence à long terme de ces épisodes caniculaires à répétition et de plus en plus intenses sur le mycélium des cèpes. Certes, les chercheurs (scientifiques) sont plutôt de l'avis que ce champignon est thermophile et que donc un climat plus chaud pourrait l'inciter à se montrer davantage. Et nos observations de terrain depuis l'aube du siècle allaient plutôt dans ce sens. Or, depuis 2022 le soufflet semble bien retombé, pas celui des températures, nous alignons des printemps au démarrage tardif, pingre, et les canicules estivales peinent à transcender les saisons comme elles le faisaient si bien jusque-là.

Tout est question de limite, jusqu'à quel point une agression extérieure déclenche-t-elle un réflexe vital parfois spectaculaire comme peut l'être une pousse de cèpes, et à partir de quel seuil la souffrance infligée à l'être vivant est-elle si atroce qu'il s'épuise et meurt. Dans le sillage de la canicule Armageddon de l'été 2022 j'ai déploré la cessation de certains placiers de mon terroir. En particulier un bardeau de mon bois qui me gratifiait chaque saison de plusieurs dizaines de splendides cèpes d'été très fermes et robustes, présentant des zones cuivré ou rouille sur le chapeau, forme unique liée à un arbre-hôte.

J'aimerais tant me tromper, peut-être dans quelques semaines, quand la fournaise aura expiré sous des citernes d'eau, sombrerons-nous dans la liesse de bois regorgeant de chapeaux en tout genre et de toute couleur, jusqu'à reléguer pour un temps les lourdes interrogations présentes. Et pourtant, par-delà les apparences, elles seront loin d'être levées.

Adishatz !

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