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Le Blog de Cristau de Hauguernes
26 août 2025

Saison des cèpes 2025 : pronostic réservé...

Adishatz,

Difficile de se lancer dans la rédaction d'un article pour dire qu'on est submergé par l'incertitude... L'aridité de mes réflexions n'a d'égal que le caractère insondable d'une saison fongique jusque là marquée par une indigence extrême. Du haut de près d'un demi-siècle de comptage méticuleux, je n'avais jamais dénombré aussi peu de cèpes au soir de l'été. En élargissant à tous les placiers que je parcours régulièrement lors de mes randonnées, j'arrive péniblement à 15 bolets. À vrai dire, nos couverts restent désespérément vides de champignons, à l'exception de très rares oronges début-août et de quelques bolets appendiculés héroïques dans le courant de l'été. Cette situation inédite inquiète et déroute bien des théories.

Le seul fait nouveau depuis mon dernier article c'est qu'après de longues semaines de sécheresse, de fortes chaleurs et deux premières décades d'août caniculaires, des pluies torrentielles sont advenues entre la soirée du 19 et la matinée du 20 août, des orages descendants des Landes générant un cumul de 75 mm en moins de 12 heures. Il n'en fallait pas davantage pour que les cèpes refissent surface dans les conversations : "ça va pousser maintenant !" "Avec toute cette eau sur la terre brûlante dans 8 jours il y aura des bagnoles au bord des bois !"

Alors oui, dans le contexte d'une saison habituelle, 75 mm de pluie froide sur un sol surchauffé et des écosystèmes assoiffés, le fameux stress hydrique, ce serait largement suffisant pour soutenir un belle levée de cèpes. Mais là, alors que la misère est dans nos bois depuis l'automne 2024 et que les plus de 30 mm tombés fin juillet ne m'ont valu que cinq ou six cèpes, je me garderai bien de céder à l'optimisme et de vous vendre du rêve.

Tout d'abord, il convient de relativiser grandement ce chiffre de 75 mm en le replaçant dans son contexte. Que valent 75 mm de pluie tombés en 10 heures, de façon isolée, sur un sol argileux rendu dur comme du béton par des semaines de canicule et de sécheresse ? Surtout quand on ajoute que de tels abats d'eau sont advenus sans le travail propédeutique habituel de précipitations plus faibles, indispensable au sortir d'une période sèche. Quel fut le pourcentage du ruissellement ? Combien fut préempté par la végétation en proie à un stress hydrique extrême ? Sans négliger l'évaporation avec le retour rapide du soleil et de températures élevées. Bref, sur 75 mm de pluie tombés il y a 8 jours, combien auront été efficaces pour faire pousser des cèpes ? J'ai peur qu'il y ait des déçus car nous risquons fort de devoir nous satisfaire de peu, pour commencer, si toutefois 2025 daigne commencer...

En outre, la plupart des prévisions ignorent un terme primordial de l'équation : après une longue période de sécheresse et de chaleur il faut rallonger d'une bonne semaine le délai nécessaire pour voir apparaître les cèpes juvéniles, si l'on admet qu'en temps normal, sur des sols argileux comme les miens, les premiers, pour la plupart minuscules, sont visibles à partir de j+8 ou j+9, au sortir du mois d'août 2025 ce sera plutôt J+14 à J+15. Ce qui nous amène au milieu de la première semaine de septembre pour pouvoir enfin vérifier si le miracle a opéré...

Car ma perplexité tient principalement aux particularités aussi entêtantes que têtues d'une saison qui ne fait absolument rien comme les autres, se complaisant systématiquement dans le néant fongique et déclinant de façon intransigeante toutes les possibilités d'amendement offertes par les conditions météorologiques. Par le passé, on trouve exemple de nombreuses saisons cépiques rendues prolifiques par la doublette magique stress hydrique/choc thermo-hydrique ultérieur. À juste titre, certains collègues me parlent de 2003 ou de 2006 mais on pourrait en citer d'autres, 1998, 2013, etc... Sauf qu'en 2003 et 2006 par exemple, il se trouvait déjà des cèpes au printemps et parfois joliment. À ceux qui objectent la chaleur excessive depuis le mois de juin, je rappelle qu'en 2022 qui a établi tous les records en la matière, les cèpes foisonnaient dès le mois de mai et à la moindre pause orageuse dans un été torride. Cette année, après les cumuls modérées mais néanmoins suffisants de fin-juillet, les premiers jours d'août nous ont laissés seuls face au vide des sous-bois.

 

Reste que le ciel a fait sa part, même si j'émets des réserves légitimes au sujet de l'ampleur de la pousse à venir, chat échaudé craignant l'eau froide, nul doute que cet apport en eau aura au moins sorti le mycélium de sa dormance. Et il convient d'ailleurs de surveiller attentivement nos pluviomètres ces prochains jours et semaines, car de bons cumuls pourraient mener à terme le "travail" mis en train par le déluge soudain de la semaine passée. À supposer bien entendu que la mise au régime andalous et sans eau de l'été qui s'achève ait enfin ramené le règne fongique à de meilleures dispositions. Ce sur quoi j'espère que nous y verrons plus clair au moment du prochain article.

Adishatz

PS (du dimanche 31 août) : Dans la composition de cet article, il me semble à postériori que j'ai omis deux éléments intéressants. 1 La lumière pourrait (re)venir des bas-fonds, en gros les veines de cours d'eau à l'humidité persistante et les fonds de coteaux ou de collines en versants nord, tous les écosystèmes qui à l'accoutumée voient peu le soleil et donc ne sèchent et ne se réchauffent que tardivement. Ils sont la "valeur-refuge" du mycélium lors des étés très chauds et très secs et ils peuvent donner lieu à des poussées spectaculaires à la fin du mois d'août ou en septembre. Ironie du sort ce sont aussi ces biotopes qui ont vu très peu de cèpes l'an dernier car ils n'avaient pas eu le temps de sécher et de se réchauffer lorsque les abats d'eau du mois d'août ont mis fin à la courte période de fortes chaleurs. 2 Il arrive souvent après une période de canicule et de sécheresse intenses que le mycélium mette en train les premiers cèpes noirs à la première averse et sans attendre le déluge dans les écosystèmes où il n'était pas entré en dormance. On peut alors trouver quelques cèpes isolés, dont on se demande comment ils ont pu sortir, dans le délai habituel de 7 à 9 jours après la pluie, du moins en apparence. Je pense pour ma part que le déluge qui intervient peu de temps après la première ondée/averse permet au mycélium de mener à bien les cèpes sporadiques qu'elle a fait naître.

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