Adishatz,

Difficile d'éviter les orages dans les Pyrénées en ce mois de juillet. Samedi matin, le coup d'oeil jeté aux radars de précipitations sur Internet n'était pas très rassûrant, des cohortes d'altocumulus remontaient d'Espagne et sous les plus développés, il commençait à pleuvoir le long du relief depuis la côte basque jusqu'aux contreforts de la Soule. Malgré cela, il fallait encore se fier aux prévisions de Météo France qui s'entêtait à ne voir que quelques développements nuageux improductifs sous un soleil de plomb pour le restant de la journée. De fait la remontée de la vallée du gave d'Oloron de Sauveterre jusqu'à la campagne supérieure de Geüs s'est effectuée dans le brouillard, quelques gouttes grossières s'écrasant sur mon parebrise entre Asasp-Arros et Issor. Mais c'est une forêt d'Issaux presqu'exempte de rosée qui m'attendait au bout du voyage sous un franc soleil.

Les cèpes ne m'attendaient pas à la descente de la voiture contrairement à la randonnée précédente, mais l'activité fongique restait soutenue. Sans le boulet de la rosée la progression vers l'étage moyen fut plus rapide et agréable. Elle confirma l'impression défavorable laissée par le dimanche précédent. Aucun épipactis ne se signalait dans les paysages traversés et il fallait que je me range à l'idée que rien ne paraîtrait avant l'été 2018 dans la hêtraie.

Après avoir fluctué un moment le long du col de Labays j'abordais les rampes plus sévères mais régulières qui mènent aux plateaux vers 1100 mètres et aux sapinières d'altitude. Mon premier objectif était le très sauvage et reculé plateau karstique de Coeyloge où je suspecte fortement la présence d'épipogons voire de goodyères, espèce signalée en vallée d'Ossau voisine. Mais au démarrage du chemin j'avise une jolie station de spatulaires flavides, spatularia flavida, champignons singuliers habitués des mousses et des litières de feuilles et d'aiguilles.

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Le plateau de Coeyloge est un décor de films fantastiques ou d'aventure, à perte de vue des hêtres et des sapins poussés sur des dalles et des roches karstiques recouvertes d'une mousse luxuriante. Constellé de gouffres qui font la joie des spéléologues, son exploration requiert énormément de prudence car il est truffé de crevasses dont certaines se dissimulent parfois sous des vieilles souches tombées et recouvertes de feuilles au fil des années. Difficile aujourd'hui de l'imaginer, pourtant la marine royale a exploité cette forêt et des hommes ont vaqué et vécu dans ce no man's land, comme en témoignent les constructions en pierre que j'ai découvertes en pistant les orchidées.

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La quête première s'avérant décevante, la soif d'aventure et de découverte me happa alors que je venais de distinguer un vague sentier qui s'élevait en pente douce depuis le chemin principal. Plutôt que de revenir fastidieusement sur mes pas une petite voix me disait de le suivre autant que faire ce pouvait. Il faut vous dire que, même sans une connaissance parfaite des lieux je sais très bien où une randonnée en forêt d'Issaux peut retomber sur ses pieds...

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Au bout de quelques minutes de marche assez technique mais au faible dénivelé, j'aperçois de la lumière au-dessus de la forêt cathédrale d'émeraude et j'entends des cloches. Une prairie s'avance où paissent des vaches et juste à la lisière, sur un carré de 30 mètres de côté, m'attend la fortune qui sourit aux audacieux, deux bons kilos de girolles trapues et gaillardes avec un cèpe de Bordeaux dévoré au milieu pour berger. C'est de ce promontoire que j'aperçois, dans le prolongement de la lisière, les escarpements de la Pierre Saint Martin et le Pic d'Arlas.

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Quelques minutes plus tard je débouche sur une étroite bande herbeuse coincée entre la forêt et le Pic de Guilhers qui me domine de trois cent bons mètres. Des bolets blafards, boletus luridus, qui font envie, flanquent les hêtres. C'est à cet endroit que je pique nique à l'ombre, tandis que de fins altocumulus blancs naviguent dans l'azur du ciel.

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Ces découvertes matinales doublées du casse croûte et du café brûlant m'ont regaillardi. Près d'un kilomètre plus loin, au terme de la bande herbeuse, presque sans effort, quelle n'est pas ma surprise de rejoindre la route familière de la Pierre Saint Martin, que je remonte prudemment sur plus d'un kilomètre car mon propos est de trouver au plus vite le sentier de randonnée qui conduit à la cabane de Camplong et au-delà, à celle d'Ichèus puis au col de Boesou, au départ de la station. La remontée s'opère dans un paysage étonnant d'ilots de pins à crochets et de petits hêtres, habités par des troupes de bolets blafards dont l'omniprésence est intéressante, le tout dans un écrin de verdure où dominent les oeillets de Montpellier, dianthus monspessulanus, et les campanules de Scheundzer, campanula scheundzeri.

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Entre ma méconnaissance du site et le labyrinthe de circuits aménagés et balisés pour les touristes, trouver la bonne voie sans s'égarer s'avéra une opération particulièrement sensible... Qui me conduisit au pied du télésiège du Mailhné devant un panonceau : "Arres de Camplong". Moment le plus pénible de la randonnée sans aucun doute, remonter le pierrier surchauffé qui tient lieu de piste de ski en plein cagnard. Là où j'ai commencé à puiser dans mes réserves d'eau.

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Le départ du sentier vers Camplong se trouvait à gauche de la piste, subrepticement, fort heureusement matérialisé par un cairn. Me voilà serpentant dans cet univers intarissable de rochers calcaires et de pins, autant de jardins de rocaille où les ancolies et les chardons bleus des Pyrénées rivalisent de beauté au faîte de l'été. jusqu'à apercevoir, au bout d'une progression malaisée et contrainte, le majestueux rocher de l'Osque et les imposantes Tourelles, veillant sur les prairies et les landes de Sent Houns.

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Peu avant la cabane de Camplong que j'aperçois 100 mètres plus bas et comme je venais de dépasser à distance respectueuse un troupeau de vaches que la chaleur inquiétait, j'attrape la sente qui conduit au plateau de Barlagne environ 200 mètres plus haut en dénivelé. C'est là, juste avant la traditionnelle séance photo, que je fais un sort presque définitif à mes réserves d'eau. Au sud, le Massif de la Pierre étale ses splendeurs, tandis qu'à l'opposé les monts d'Arette répondent comme ils peuvent, avec le Guilhers et le Soulaing et qu'au levant, les massifs de Sesque et du Pic d'Ossau sont en proie aux vélléités orageuses de fins d'après-midi en montagne. Pour le reste je suis un peu déçu en constatant qu'il y a très peu de fleurs à cet endroit pourtant très bien pourvu à l'accoutumée.

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Plus l'oeuvre des sabots des vaches que la sévérité de la pente, la descente du plateau de Barlagne vers celui du Cournau où se trouve une source aménagée via les sapinières, à travers des paysages magnifiques, est des plus éprouvantes car le pied d'appui doit porter tout le poids du corps sans glisser.

La halte buvette à la source du Cournau fut d'autant plus appréciée que j'avais vidé mon dernier thermos depuis longtemps, que l'insolation des Bourrugues commençait à me cuire et que l'eau y coulait fraîche à souhait.

Moins d'une heure plus tard j'étais de retour à la voiture près des Uelhs d'Issauç mais, pas au bout de mes surprises. La nuit était presque tombée sur la forêt lorsque, après avoir franchi le pont qui délimite l'entrée dans les gorges étroites et sinueuses du Lourdios une paire d'yeux m'apparut dans le faisceau de mes feux de route. Peu après, distinguant une paire d'oreilles pointues je reconnus un jeune renard qui détala devant moi sur près de cent mètres avant de sauter dans les fourrés. Quelques hectomètres plus loin, peu avant le Pas-deth-cuu, un deuxième renardeau. Loin de décamper celui-là se tapit dans l'herbe de l'accotement et fit le mort. Parvenu à sa hauteur, vitres baissées, dans mon humeur badine, je lui lançai : "et booonjour !" L'animal ne broncha pas. Alors, ouvrant la portière je m'y recollai : "et booonjour". Le renard se leva et vint vers moi, un instant, puis se ravisa et disparut à son tour dans les broussailles. Je repris ma route et un peu plus loin, après le Pas-deth-cuu, c'est à n'y pas croire... Un troisième renardeau, ce dernier saute immédiatement dans le buis sans demander son reste. Ah mes amis, je n'avais jamais vu autant de renards de ma vie. Et cette multiplication a probablement à voir avec celle prodigieuse des mulots et des campagnols constatée dans les Pyrénées ce printemps

Adishatz !