Le Blog de Cristau de Hauguernes

30 septembre 2018

Saison des cèpes 2018 : une histoire d'eau.

baer-01-08-18-02

Adishatz,

Près d'un mois s'est écoulé depuis mon dernier article et déjà l'année négocie le grand virage qui nous conduit vers la Toussaint et les heures sombres de la basse saison. Ces dernières semaines n'ont vu aucune évolution notoire dans mon terroir si ce n'est que la sécheresse s'est nettement enkystée dans le paysage. C'est à peine si les pluies orageuses modérées des 5 et 6 septembre ont accouché d'une petite pousse de cèpes noirs en deuxième quinzaine et favorisé l'éclosion de quelques oronges jusqu'à ces derniers jours. À noter toutefois que de belles pousses sont observées en ce moment-même dans certains secteurs du Béarn qui ont connu un orage plus conséquent le 12.

Des facteurs diamétralement opposés aboutissant parfois aux mêmes effets la sécheresse en cours est un frein aussi puissant à l'activité fongique que le fut jusqu'au début du mois d'août une ambiance trop pluvieuse sur des sols déjà trempes. Au passage, je ne vous cacherai pas que je ne vois jamais d'un très bon oeil l'occurence d'un trimestre mai - juin - juillet trop pluvieux et frais (ou pas trop chaud), d'une part parce que le passé climatique récent témoigne de retournements radicaux de configuration en Béarn, avec établissement d'un temps très sec en août - septembre - octobre pour la grande saison des champignons (ce fut le cas par exemple en 1985, 1988 et 2001). Et d'autre part parce que je soupçonne ces belles saisons pluvieuses et douces de favoriser la reproduction du mycélium de certaines espèces sans passer par le stade champignon.

La situation est à peine plus souriante en montagne où les cèpes de Bordeaux sont pour l'instant peu abondants et dans leur très grande majorité contenus au-dessus de 1200 mètres d'altitude par les températures très élevées qui caractérisent ce mois de septembre. On peut encore avoir de belles pousses dans les pentes en octobre à condition qu'il pleuve assez mais il va falloir compter avec le froid au fur et à mesure qu'on approchera de novembre.

En plaine l'absence de pluies récentes reporte à la mi-octobre au plus tôt toute espérance de pousse, sous réserve bien sûr qu'il pleuve cette semaine ce qui pour l'heure n'est pas prévu. En réalité selon les climatologues il faudrait attendre la période du 10 au 15 octobre pour voir enfin la situation se débloquer et le ciel se lâcher. Mais à cette échéance lointaine il faudrait aussi compter sur des températures beaucoup plus fraîches car le froid serait en embuscade. Autant dire que la saison 2018 pourrait se terminer en queu de poisson pour les cèpes thermophiles, les sols se refroidissant trop rapidement. Mais même en l'absence de refroidissement sensible et durable rien ne dit que les cèpes noirs et les cèpes d'été sortiraient en masse dans mes terres nord-béarnaises. C'est qu'aucun des facteurs de grande pousse ne me semble réuni cette année, la chaleur estivale fut constante mais jamais accablante (contrairement à 2003, 2013, 2015 ou 2016 par exemple) et la sécheresse des sols ne s'est installée que très tardivement, impactant peu le cycle des arbres. Dans ces conditions une poussée modérée me semble plus probable.

Dans tous les cas je reste sur l'intuition qui m'habite depuis les premières heures d'un printemps cafouilleux, le Marterouët ou cèpe de Bordeaux, beaucoup plus hygrophile et moins sensible au froid, pourrait bien porter à lui seul le lustre de toute une saison. À moins qu'il ne soit d'humeur aussi boudeuse que ses deux frères.

Adishatz !


03 septembre 2018

Saison des cèpes 2018 : le grand morne

baer-26-07-18-02

Adishatz,

Je peine à renouveler mes titres tant la saison des cèpes 2018 en Béarn nous tient dans la perplexité bien plus qu'elle nous procure des moments de jubilation. Je vis aussi avec le sentiment de me répéter depuis le mois de mai et j'ai jugé préférable d'espacer mes articles sur le sujet. Précisons aussi que les albums photos que chacun peut voir sur ce blog font un peu illusion car j'ai photographié à peu près tout ce que j'ai trouvé et tout cela contient dans trois ou quatre placiers depuis le mois de mai.

Ceci dit, avant de me tourner vers la suite et la fin de la saison et d'envisager quelques issues, disons quelques mots sur l'été et le mois d'août qui vient de s'achever, non sans avoir opéré un revirement majeur des conditions atmosphériques avec l'installation d'un temps beaucoup plus sec après des mois de pluies excédentaires, ce qui a eu pour conséquence de mettre au point mort une saison fongique déjà moribonde.

Deux orages assortis de grêle et de fortes pluies ont affecté mes coteaux de Salies et de Sauveterre dans la première quinzaine du mois de juillet, le temps restant globalement instable jusqu'en première décade d'août. Dans la foulée de ces orages on a vu les cèpes s'enhardir quelque peu mais les pousses de juillet et de début-août sont restées très en deçà de celles des années précédentes d'autant plus que de mes meilleurs bois et placiers habituels, très rares furent ceux qui en délivrèrent. C'est si vrai qu'à l'heure où j'écris, 90% de mes stations n'ont pas produit de boletus en 2018. Dans ce contexte, les girolles ont été les grandes gagnantes de l'été, nous gratifiant de magnifiques levées entre le 14 juillet et le 15 août. Les oronges quant à elles, semblent avoir très mal vécu cet été trop pluvieux quoique chaud. Je n'en dénombre que 4 à ce jour, malgré des kilomètres de marche sur leur trace, et d'apparition fort tardive, le 23 août. Curieusement, c'est cette époque de l'été que choisirent les cèpes, alors que les bois commençaient enfin à craquer sous les pas, pour se montrer un peu en lisière de certaines lignes de crête.

Sur les raisons de cette indigence, tout en remarquant que des pousses exceptionnelles ont été observées récemment dans des régions voisines plus continentales, là où le temps fut à la fois plus sec et plus chaud depuis l'hiver, mon premier diagnostic ou pronostic semblait être le bon dès le mois de mai, trop de pluie en Béarn depuis l'hiver 2018 presque sans discontinuer. S'agissant des seuls secteurs de Salies et Sauveterre, je m'interroge de plus en plus sur l'impact réel des pluies exceptionnelles de début juin et des inondations qui s'ensuivirent. On sait que le mycélium ne goûte guère la noyade mais jusqu'à quel point ? Surtout que les sols de certains de mes placiers ont été décapés sur plusieurs centimètres.

Pour la suite et la fin de la saison on baigne dans l'incertitude et tout ce que nous savons de 2018 n'invite pas à l'optimisme. La sécheresse, ou du moins une longue période sans pluie, semble enfin là. Même si intervenant après le 15 août ce changement m'apparaît un peu tardif pour induire le fameux stress hydrique car le cycle végétatif des arbres s'achève, il laisse la porte ouverte à une fin de saison convenable, surtout s'il perdure avec des températures élevées et que la pluie revient à temps, bien entendu. Et puis, comme je l'ai exprimé dans mes messages précédents, au cas où l'automne des cèpes thermophiles ne décollerait pas, le salut de 2018 pourrait venir du troisième larron, le Marterouët ou cèpe de Bordeaux, plus tardif et dont le mycélium semble apprécier les fins de printemps pluvieuses et les étés chauds...

Adishatz !