Le Blog de Cristau de Hauguernes

13 juin 2016

Salies de béarn, Terre d'Orchidées

sx-867-2016

Adishatz,

Comment peut-on se dire fondu de nature et ne pas s'arrêter un temps devant la beauté singulière des orchidées ! Encore que, en ces temps veules de green washing décomplexé, beaucoup trouvent habile de proclamer urbi et orbi un amour indéfectible et désintéressé de la nature et des fleurs qui lui tiennent lieu de devanture, pour mieux entrer dans le temple et profaner. Pour ma part, mon intérêt pour la botanique s'est affirmé et structuré au tout début des années 2000, à partir de la mycologie (ou plutôt de la champignonnologie) qui reste mon domaine de prédilection, et très vite je me suis entiché des orchidées de mon terroir (et bien au-delà) qui embellissaient mes nombreuses randonnées printanières. Un peu plus tard, prenant appui sur mes observations de terrain et les ouvrages de vulgarisation qui m'aidaient à déterminer les espèces les plus communes, je me suis pris à dresser un inventaire des orchidées présentes dans la région de Salies. Le présent article n'est donc que la vitrine ou le bilan provisoire d'une recherche toujours en cours.

Mais avant d'expliquer ma démarche et d'en présenter les premières trouvailles il m'a semblé nécessaire d'apposer de façon très succinte quelques généralités concernant les orchidées. Pour une connaissance plus approfondie je vous renvoie à des ouvrages doctes que l'on peut trouver en librairie ainsi qu'à des sites Internet dédiés.

L'appellation orchidée est un héritage du philosophe grec antique Théophraste, né vers -371 et mort vers -288. "Orkhidion" en grec, devenu "orchis" en latin, désignait le "testicule" en référence à la forme des tubercules souterrains de certaines espèces d'orchidées terrestres des régions tempérées, évoquant vaguement cette partie de l'anatomie masculine.

Pour l'heure, la plupart des travaux de recherche datent l'apparition des orchidées vers -75 à -86 millions d'années. Il s'agit d'une lignée de plantes herbacées autotrophes, c'est à dire qu'elles produisent de la matière organique par réduction de matière inorganique pour se nourrir, les végétaux autotrophes étant d'intérêt vital car constituant le premier maillon d'une chaîne alimentaire, ou mycothophes car elles portent sur leurs racines des mycorhizes et se développent en relation avec un champignon microscopique afin de pallier l'absence de réserve dans leur graine ainsi que de radicelles au niveau des racines.

Les orchidées viennent dans les régions tempérées mais principalement dans les zones tropicales. Elles peuvent être terrestres ou épiphytes, ce qui signifie qu'elles utilisent parfois un autre végétal comme support. Toutefois, il ne faut pas confondre épiphytes et parasites, les végétaux épiphytes ne prélèvent rien au détriment de leur hôte.

Venant à partir de rhizomes ou de tubercules, les orchidées appartiennent à la catégorie des plantes monocotylédones, à savoir que leur plantule (jeune plante ne comportant que quelques feuilles et issue de l'embryon d'une graine) ne comporte qu'une seule feuille primordiale constitutive de la graine ou "cotylédon".

À ce jour on dénombre entre 25 000 et 30 000 espèces d'orchidées regroupées en 850 genres de par le monde. Leurs graines sont généralement minuscules tandis que la taille des orchidées adultes varie considérablement. Ainsi, Bulbophyllum minutissimum, une orchidée australienne, la plus petite espèce connue, mesure de 1 à 5 millimètres et pèse entre 1 et 2 grammes. Tandis que Grammatophyllum Speciosum peut peser plus d'une tonne et développer des tiges d'environ 3 mètres de long.

Outre les dimensions, l'aspect des orchidées est également très variable, certaines espèces présentant des feuilles plus ou moins réduites ou développées, voire de simples écailles, sans parler des fleurs, qui font toute la séduction de cette famille et ont facilité des regroupements par genre (orchis, sérapias, ophrys, etc...). C'est peut-être aussi cette extrême variété, signature d'une adaptabilité exceptionnelle, qui leur a permis de coloniser tous les écosystèmes terrestres à l'exception des déserts et des cours d'eau.

La famille des orchidées se différencie de la plupart des autres espèces végétales par leur mode de vie et de reproduction très économe en ressources :
- Le nombre d'étamines qui sont les organes mâles de reproduction chez les végétaux supérieurs ou angiospermes est réduit.
- Elles vivent en symbiose avec un champignon.
- Leur métobolisme est de type CAM : Métabolisme Acide Crassuléen. Il s'agit d'une photosynthèse permettant à certaines plantes terrestres chlorophylliennes de fixer le carbone, autrement dit de convertir le carbone inorganique ( CO2 ) en composés organiques tels que des glucides.

Quelques remarques au sujet de l'inventaire

Le recensement des orchidées de la région de Salies trouve ses origines de façon informelle il y a une petite dizaine d'années, au gré de mes nombreuses randonnées bucoliques à travers la campagne de Salies et de Sauveterre durant les weekends et vacances de printemps. Puis s'est structuré au fur et à mesure que je découvrais de nouvelles espèces et stations et me prenais à archiver des photos dans des dossiers sur mes disques durs. Pour l'essentiel le territoire couvert par l'inventaire s'étend au sud de la commune de Salies, jusqu'aux confins du village de Castagnède à l'ouest par les chemins de Montségur et de Mür. Les secteurs d'Oràas vers les Salines et d'Athos-Aspis vers les basses vallées du Heurèr et de l'Arriouthèque ont également fait l'objet de sorties régulières. Plus au sud et à l'est les communes de Sauveterre (notamment les environs de la côte de Mina, très intéressants), de Burgaronne et d'Orion entre la petite route de crête de Lasbordes et celle des Antys, ont livré de belles stations, ainsi que la petite côte de Lacazette qui relie le fond de Beigmau à la route de Lasbordes à Orion. De part et d'autre de ces voies de circulation, jusqu'à certaines friches à peine décelables sur les cartes ign, de nombreuses prairies et bordures propices ont été maintes fois visitées. Et malgré tout, il me reste beaucoup à faire car le territoire est immense, l'accès souvent malaisé et certaines espèces d'orchidées plus rares ou localisées ont probablement échappé à ma vigilance.

D'une manière générale une station à orchidées lorsqu'elle est pérenne abrite plusieurs espèces, et la découverte d'une espèce (très) commune invite le naturaliste à ralentir l'allure et ouvrir grand les yeux car de plus rares peuvent se trouver dans les parages. Il arrive aussi qu'une espèce en remplace une autre d'une année à l'autre. Enfin il existe des stations transitoires, provisoires, notamment en bordure des petites routes qui semblent être bien malgré elles des voies de circulation et de colonisation de nouveaux territoires privilégiées par les orchidées. Ainsi peut on voir ponctuellement un pied d'ophrys tel que l'abeille (apifera), très répandu, taper le stop dans les herbes hautes au pied d'un talus sans que l'espèce y reparaisse au cours des printemps suivants.

En l'état de mes investigations, les environs de Salies de Béarn abritent au minimum 16 espèces d'orchidées réparties en 9 genres, de façon pérenne et que je peux observer chaque année dans un rayon de cinq kilomètres autour de mon domicile. C'est un chiffre d'autant plus encourageant que je pense raisonnablement être en mesure d'atteindre ces prochaines années le seuil des 20 espèces qui qualifie les "mailles" héxagonales les plus riches. Dans l'espérance de cet évènement heureux voici un état des lieux des orhidées déjà recensées dans ce terroir du nord-ouest du Béarn.

Genre Orchis

genre-orchis

 Si pour certains chanceux, la saison des orchidées dans le département débute par le beaucoup plus rare oprhys de Mars, pour la plupart des habitants des environs de Salies et de Sauveterre, elle démarre par le beaucoup plus commun mais néanmoins superbe orchis mâle, orchis mascula.

om-771-2016

Il apparaît parfois fin-mars, mais plus surement en première décade d'avril, c'est lui qu'on voit aux premiers beaux jours sur les talus des petites routes et les bordures de bois, en compagnie des grandes fougères et des pousses de marguerite avec qui il partage un certain goût pour les sols plutôt acides. Outre son inflorescence massive qui le rend immédiatement repérable, on le reconnaît à ses tons de violet et à son labelle évoquant vaguement un pingouin ou un manchot.

om-2204-2016

Beaucoup plus rare, du moins dans l'Entre-deux-Gaves, puisque je n'ai trouvé qu'un pied, en 2014 et 2016... au fond de mon pré, ce qui n'est pas pour me déplaîre, l'orchis bouffon ou orchis morio.

am-52-2016

Assez semblable à orchis mâle dont il est en grande partie contemporain, l'orchis bouffon se reconnaît à ses sépales veinées de verdâtre, lui conférant un aspect en casque et à la partie centrale de son labelle plus claire et ornée de petits points.

am-59-2016

Genre Anacamptis

Deux représentants du genre anacamptis ont été recensés dans nos coteaux. Le premier est l'orchis pyramidal, anacamptis pyramidalis, tout aussi répandu que l'orchis mâle dont il est contemporain.

ap-35-2016-2

La floraison de l'anacamptis pyramidal peu après la mi-avril, son inflorescence en pyramide ou en épi, dans des tons de roses ou de fushia qui lui sont propres, facilite grandement son identification pour les débutants. Tout comme orchis mascula il affectionne les bords de petites routes, les talus coincés entre les bois et les fossés, où poussent la fougère, les bruyères et les marguerites. Mais il aime les milieux thermophiles (chauds) et calcicoles (calcaires). On le rencontrera souvent près des haies de troënes, d'aubépines et de noisetiers, parfois dans les premiers mètres du couvert à l'ombre, mais tout aussi bien en pleine prairie.

ap-71-2016

Un peu plus tard encore, fin-avril courant-mai, jusqu'aux premières fortes chaleurs, en parcourant l'herbe haute des prairies, principalement en zones humides et ombragées, on peut voir le sublime anacamptis à larges feuilles, anacamptis laxiflora, s'élancer au sens propre comme au figuré, dans une course à la vie à la mort contre le reste de la végétation.

al-638-2016

Il ressemble assez à l'orchis mâle mais ses fleurs sont beaucoup plus espacées, ses tons sont nettement plus intenses, entre le fushia, le violet voire le pourpre, et il est bien plus élancé compte tenu de la concurrence végétale.

al-841-2016

Genre ophrys

genre-ophrys

Dans la famille des orchidées, le genre ophrys est vraisemblablement celui qui suscite le plus de fascination et d'admiration chez le naturaliste tout autant que l'orchidophile. On ne se lasse pas de ce labelle original imitant plus ou moins fidèlement un insecte ou un volatile et on s'évertue de longues minutes durant à obtenir les photographies les plus saisissantes. Tout en précisant que le résultat de mes recherches est d'autant plus provisoire concernant ce genre qu'il sait mieux que les autres fondre ses sujets dans les prairies ou la végétation des lisières et bords de routes, en cette fin de printemps 2016 je dénombre trois espèces d'ophrys dans la région de Salies. La plus commune est l'ophrys abeille, ophrys apifera, très ubiquiste, qui peut pousser isolément mais le plus souvent en groupes, parfois denses, dans des stations pérennes ou "accidentelles".

oa-47-2014

On reconnaît l'ophrys abeille à ses sépales généralement rejetés en arrière, à son labelle globuleux flanqué de lobes latéraux plus ou moins coniques et très poilus, à son appendice dissimulé sous le labelle, et surtout au bec de son gynostème recourbé en S. L'ophrys abeille est très commune depuis la deuxième quinzaine d'avril jusqu'à mi-juin, au bord des routes ainsi que dans certaines friches où pousse une végétation acidophile (fougères, marguerites, ...), dans les prairies à condition que l'herbe ne soit pas trop haute et parfois même dans les bois clairs où je l'ai rencontrée en compagnie de la listère ovale.

oa-2996-2016

Dans les mêmes écosystèmes et en grande partie contemporaine, mais de rencontre moins fréquente car plus arque-boutée sur quelques stations, l'ophrys bécasse, ophrys scolopax, est également bien représentée en pays salisien.

os-01964-2016

On la reconnaît à son labelle plus petit que celui de l'ophrys abeille, au lobe central fortement rabattu vers l'arrière tandis que l'extrémité de son gynostème évoque un cou, une tête et un bec d'oiseau. L'ophrys bécasse pousse souvent un petits groupes serrés de plusieurs individus gravitant autour d'une même station. Contrairement à l'ophrys abeille il est moins fréquent de rencontrer un spécimen isolé.

os-01956-2016

Beaucoup plus rare puisque je ne lui ai trouvé qu'une seule station (importante), mais incontestablement la plus gracile et la plus délicate à photographier de toutes les espèces du genre, l'ophrys mouche, ophrys insectifera, qui ne déteste pas la compagnie d'autres orchidées telles qu'apifera, préfère l'ombre ou la mi-ombre des orées ou des bois clairs calcicoles et thermophiles à la pleine-lumière des prairies ou de certains talus de petites routes.

oi-26-2014

La floraison de l'ophrys mouche débute peu après la mi-avril, et il faut avoir l'oeil pour la repérer parmi la végétation à l'ombre des pré-bois. On la reconnaît à ses sépales verts bien étalés, presque en crucifix, à ses pétales fins et courts, très sombres, tout comme la fleur, pendante et assez effilée. Elle forme souvent des groupes allant jusqu'à une dizaine de spécimens.

oi-110-2016

Genre sérapias

genre-serapia

Même si on peut les rencontrer en compagnie d'autres espèces d'orchidées dans l'herbe et sur les talus des bords de route, notamment pour le premier, c'est vers les prairies et les champs non traités qu'il faut regarder pour découvrir les deux représentants du genre sérapias de notre terroir. Le premier est le plus répandu, formant des troupes atteignant parfois des centaines d'individus en chapelets. Il s'agit du sérapias langue, serapias lingua, dont la floraison commence habituellement en deuxième quinzaine d'avril.

sl-42-2016

Bien que celui-ci soit extrêmement variable en coloris, du blanc au rouge très foncé mais le plus souvent rose, on le reconnaît aisément à son labelle en forme de langue tirée caractéristique. À la base duquel on note également une callosité brillante tirant sur le pourpre voire le noir.

sl-21-2015

Un peu moins répandu mais très présent dans les paysages de Salies et de Sauveterre, le sérapias à long labelle, serapias vomeracea, apparaît généralement avec le mois de mai et sa floraison s'étale parfois jusqu'en deuxième quinzaine de juin.

sv-103-2014

Il s'agit d'une belle espèce, plus vigoureuse que la précédente, elle se signale donc plus immédiatement au regard de par sa taille ainsi que par la pilosité plus abondante et les coloris de son labelle entre rouge vif et brun chocolat. Elle privélégie les prairies où l'herbe ne lui fait pas trop concurrence, non loin des marguerites et de certaines rhinanthes. Il arrive qu'on la rencontre isolément, mais le plus souvent elle pousse en troupes de plusieurs individus, généralement moins nombreux et moins serrés que les sérapias langue. Le sérapia à long labelle colonise également les talus des bords de routes, particulièrement les sols mis à découvert par d'anciens chantiers et où aucune végétation ne trouve encore à s'établir. C'est cette belle plante que l'on voit entre autres, de part et d'autre de la route de Salies à Sauveterre, vers le sommet de la côte de Mina.

sv-2134-2016

Genre Dactylorhiza

C'est au début de mois de mai qu'on peut voir s'ériger un peu partout dans la campagne salisienne les deux représentants de ce genre. Le premier est le dactylorhiza tacheté, dactylorhiza maculata, est une espèce très élancée et qui forme des colonies parfois extrêmement denses dans les écosystèmes où elle s'établit, avec une forte prédilection pour les bords de routes ou de chemins et les landes acidophiles où poussent la fougère aigle et les bruyères.

dm-2233-2016

On reconnaît le dactylorhiza tacheté, outre son port élancé, à l'extrêmité pointue de ses feuilles maculées, aux motifs pourpres violacés plus ou moins évidents de ses fleurs blanchâtres, et surtout à l'aspect peu marqué du lobe médian de son labelle.

dm-475-2016

C'est à la même époque et partageant les mêmes biotopes que vient le dactylorhiza de Fuchs, dactylorhiza Fuchsii, qui ressemble beaucoup au précédent dont il a longtemps été considéré comme une simple variété, mais qui s'en distingue par l'extrémité de ses feuilles arrondies et les divisions nettement plus marquées de son labelle trilobé.

of-2653-2016

Les dactylorhiza sont avec les céphalantères et les platanthères, beaucoup plus discrètes dans nos terres, le bouquet final de la grande saison des orchidées en plaine. Aussi c'est toujours avec un brin de nostalgie qu'on les voit poindre.

of-2656-2016

Genre Listère

Les pêcheurs à la ligne sont incontestablement parmi les mieux placés pour rencontrer fortuitement le seul représentant de ce genre dans notre terroir, tant la listère ovale, listera ovata, est inféodée aux zones humides, ombragées et fraîches des bords de cours d'eau et d'étangs. On l'identifie à ses deux grandes feuilles ovales, à la dominante verdâtre de toutes ses parties incluant les fleurs, très petites.

lo-43-2016

La listère ovale pousse dans les ripisylves des cours d'eau peuplées de frênes et d'aulnes et les fonds de bois humides en compagnie des parisettes à quatre angles et des Sceaux de Salomon Multiflore depuis le début du mois d'avril jusqu'à la fin du mois de mai.

lo-52-2014

Genre platanthère

Très souvent en compagnie des dactylorhiza maculés et de Fuchs, mais beaucoup plus rare, dans les landes acidophiles à fougères et bruyères et sur les bords de route, à partir de la fin mai mais plus assurément en juin, on peut admirer la singulière platanthère des montagnes, platanthera chlorantha qui est pour l'heure le seul représentant du genre en terres salisiennes, encore que j'ai peut-être déjà aussi rencontré la platanthère à deux feuilles, platanthera bifolia, qui lui ressemble beaucoup, dans les mêmes milieux. Ceci constitue un point d'incertitude que les prochaines saisons devraient permettre de lever.

pc-60-2015

La platanthère des montagnes, ou platanthère verdâtre, s'identifie à ses fleurs blanc verdâtre, à son éperon recourbé dont l'extrémité est épaissie, et surtout à son anthère dont les loges polliniques sont divergentes et fortement écartées à la base.

pc-2967-2016

Genre céphalanthère

À ce jour, malgré des heures et des centaines de kilomètres de prospection je ne suis pas parvenu à découvrir de station pérenne à l'unique représentante du genre dans nos coteaux, la très jolie céphalanthère à longues feuilles, cephalanthera longifolia. Laquelle se manifeste cependant chaque année, de façon isolée, vers le centre équestre de Burgaronne entre autres.

cl-74-2013

La céphalanthère à longues feuilles fleurit habituellement de la deuxième quinzaine de mai à la fin-juin. Elle est reconnaissable à ses fleurs entièrement blanches, constituant un épi dense, son labelle blanc est muni de crêtes tâchées de jaune.

cl-6312-2015

Genre spiranthe

Si la grande majorité des orchidées qui peuplent nos paysages de l'Entre-deux-Gaves fleurissent depuis le mois de mars jusqu'à la fin du mois de juin, le genre spiranthe fait exception à la règle. Si trouver la spiranthe d'été, spirantha aestivalis, beaucoup plus rare, constitue l'un des Graal des orchidophiles dont je suis, Pascal Moncapjuzan, mon ancien camarade du collège et voisin du quartier Lasbordes, m'a signalé une importante station de spiranthe d'automne, spiranthes spiralis, dans le jardin familial. Pour ma part, j'ai rencontré cette espèce près du lycée de Mourenx au mois de septembre dernier.

spiranthe-d-automne-03-2015

On reconnaît la spiranthe d'automne à ses feuilles formant une rosette, généralement excentrée par rapport à la tige, autour de laquelle des fleurs blanc-verdâtre s'enroulent en spirale. En outre, compte tenu de l'époque de floraison on ne peut guère se tromper. Il semble que cette espèce, menacée par la disparition des pelouses sèches dans les milieux naturels, ait trouvé en les talus e pelouses fréquemment entretenus des faubourgs de nos villes un écosystème de substitution. Des mesures de protection gagneraient à être mises en place.

ss-58-2015

Les orchidées du pays salisien, un inventaire à poursuivre, une richesse à préserver et valoriser

Comme je conclus cet article dont vous pouvez visionner davantage de photos dans un album dédié, j'attire votre attention sur la mise en place il y a deux ans d'une plateforme de signalement et recensement en ligne des orchidées par la SFO, Société Française d'Orchidophilie, orchisauvage. Où tout un chacun sans érudition ni matériel requis autre que de bonnes chaussures de marche, un smartphone pour prendre quelques photos et un bon ouvrage de vulgarisation décrivant les espèces les plus communes, peut à tout moment signaler la présence d'une orchidée dans son environnement, via des formulaires. J'invite les plus motivés d'entre vous et tout ceux que les orchidées intéressent à s'inscrire sur cette plateforme afin de centraliser les informations collectées. Ce qui permettrait en oûtre d'enrichir l'inventaire entrepris pour la région de Salies et les communes limitrophes.

Enfin, les orchidées constituent une richesse à préserver et valoriser bien plus qu'elles ne le sont. Leur présence en nombre signe en creux le bon état de santé général d'un terroir qui gagnerait à en faire un de ses fleurons. Une mesure de protection et de pérennisation consisterait par exemple à établir une cartographie précise des secteurs de talus de route qui concentrent les espèces moins communes, parfois de toutes petites portions de quelques dizaines de mètres qu'il conviendrait de ne pas faucher avant les tout derniers jours de juin, sans que cela contrevienne à l'harmonie de nos paysages ni à la sécurité routière. Aujourd'hui, malgré la mise en place il y a peu d'un plan de fauchage plus protecteur de la faune et de la flore des bords de route, faut-il aussi y voir l'effet des aléas climatiques grandissant, beaucoup trop de pieds d'orchidées périssent encore chaque année avant d'avoir fleuri.

Adishatz


20 avril 2016

"Jesus"* de Riule e la multiplicacion deus mossarons / "Jésus" de Rioule et la multiplication des mousserons...

cg-743

Adishatz,

Que me'n tornavi dimenge vrèspe peus caminòts deus costalats, d'aver hèit vesita a las paucas maurilhas de l'an. E que'm pensavi dab degrèu aus mossarons qui lhèu non vienoren pas au rende-ve dab la prima peu purmèr còp despuish mei de dètz ans.

Just s'avèvi pujat l'arpalhon de Labor, qu'avisèi au "Jesus" de Riule qui m'arribava de cap suu camin, permor qu'èra l'òra de passejar la caniula. Qu'avièm drin de prosei, de bitsègas e de parpalhòus, d'aqueth primtemps qui sap shens que plàver, deu vent hred qui'ns hiça e deus tribalhs peus camps qui n'avançan pas. Lèu Jesus que'n arribè a'm questionar suus cèths...

- Ne n'i a pas guaire, ce'u responoi, los cèps que pòden aténder, mes n'èi pas enquèra trobat nat mossaron ad aquera epòca de l'an e l'ahar que vad inquietant.

En bèth devisant, que hasom amassa un tròç de camin, permor adara que'u trigava de se'n tornar tà casa a la calor. E just au moment de har los adishatz, sobtament que m'escridèi... Aquiu, dens l'èrba grassa, a quauquas encamadas de Riule, de l'aute part deu camin, un miragle :

- Mossarons ! Que n'i a pertot !

Ad aquestes mots, Jesus que m'arriba, estomagat. Ne'n avè pas jamei vist ad aqueste endret. Jo tanpauc, per aver los uelhs qui s'espian tà dreta e tà esquèrra a cada còp qui'm passeji a la sason. Los ditz que'm prudan a fin e a mesura que'us tiri de las camas d'ortiga, mes l'esmav de la tròba que hè drin desbrombar la pena de la cuelhuda.

Mei anar mei que'm vedi los mossarons com creats farcejaires e qui se'n arriden com torçuts de'ns espiar a har passèris endeballes deus lors estujòus estant. De temps en quan pr'aquò que son tròp endavant-hèits e que'us dam las tornas dab ua bera paderada...

...

Je rentrais dimanche après-midi par les petits chemins de mes coteaux, après avoir rendu visite à mes rares morilles de l'année. Et je songeais à regret aux mousserons qui ne viendraient peut-être pas à la rencontre du printemps pour la première fois depuis plus de dix ans.

À peine avais-je gravi le casse-pattes de Labour, j'aperçus "Jésus" de Rioule venant vers moi, car c'était l'heure de promener les toutous. Nous engageâmes un brin de conversation, de tout et de rien, de ce printemps qui n'en finissait pas de pleuvoir, du vent froid qui nous transperçait et des travaux dans les champs qui n'avançaient pas. Rapidement Jésus aborda la question des champignons...

- Il y en a très peu, répondis-je, pour les cèpes on n'est pas pressés, mais je n'ai pas encore trouvé de mousseron à cette époque et l'affaire devient préoccupante.

Tout en devisant, nous fîmes un bout de chemin ensemble, parce qu'à présent il lui tardait de rentrer chez lui, bien au chaud. Et juste au moment de prendre congé, subitement je m'écriai... Là, dans l'herbe grasse, à quelques mètres de Rioule, de l'autre côté de la route, un miracle :

- Des mousserons ! Il y en a partout !

À ces mots, Jésus me rejoint, fort étonné. Il n'en avait jamais vus à cet endroit. Pas plus que moi, bien que j'aie les yeux qui trainent à droite et à gauche à chaque fois que je randonne à la saison. Mes doigts s'irritent au fur et à mesure que je les extirpe des pieds d'orties, mais l'émotion de la trouvaille fait quelque peu oublier la difficulté de la cueillette.

De plus en plus je me représente les mousserons comme des êtres facétieux et qui se tordent de rire en nous regardant aller et venir en vain de leur cachette. Il arrive cependant qu'ils s'enhardissent trop et que nous prenions notre revanche sous forme d'une belle poêlée...

Adishatz...

 

* Jésus est le surnom de notre voisin et ami, Marcel Lavielle, bien connu des habitants de Salies et de Sauveterre...

19 avril 2016

Sale temps pour les ascomycètes printaniers...

mv-02-04-16-405

Adishatz,

Les nouvelles en provenance des ripisylves, à tout le moins celles du sud-ouest à très basse altitude, ne sont pas bonnes, c'est peu de le dire. Fort heureusement un hiver à la douceur gravissime nous avait prévenus du désert fongique. À cette date, et alors que la saison est inéluctablement trainée vers son terme par la marche des jours qui nous rapproche de mai, mes longues déambulations à travers les ripisylves du Nord-Béarn n'auront pas vu l'ébauche d'une verpe ou d'un morillon, juste quelques pézizes veinées beaucoup plus rares encore que ces dernières années vers la source des cours.

Ô comme il semble loin le temps, de ces fières années 2000, aux hivers beaucoup plus sévères, où l'on voyait par centaines, verpes coniques et mitrophores s'ériger en tourelles, parmi la ficaire, les carottes sauvages, les anémones sylvie tandis qu'à quelques mètres les venosa cernaient les frênes et les berges de leurs cercles denses.

Parmi les causes de cette défection, l'avènement d'hivers beaucoup plus doux après le terrible mois de février 2012 s'impose d'évidence. Je m'interroge aussi sur les méfaits d'un réchauffement climatique dont les statistiques planétaires inclinent à penser qu'il serait en phase de forte accélération depuis deux ans. L'élévation des températures globales n'est-elle pas en train de contrarier fortement, sinon de compromettre le cycle de ces espèces du premier printemps, lesquelles, contraintes par des hivers interminablement sombres et pluvieux (photopériode) et des printemps rapidement trop chauds, n'auraient ni le temps de développer convenablement leurs sporophores, ni la possibilité de s'adapter pour venir plus tôt ? Enfin, on ne saurait écarter l'impact de la pollution des sols, quand on sait que tout ce qui est émis en amont dévale et s'enkyste dans les ripisylves pour de très longues années. Même si sur ce plan les choses semblent s'améliorer depuis une quinzaine d'années, nous payons peut-être des décennies de laisser-faire inconscient au nom du productivisme et dont une conséquence visible est l'éradication presque totale des ascomycètes printaniers des berges de nos ruisseaux quelques centaines de mètres en aval de leur source, détail très significatif...

Dans ce contexte bien sinistre et alarmant, la seule consolation, mais de taille, tient dans la résistance des morilles. Lesquelles, après l'effondrement de leurs effectifs opéré au printemps 2011, tendent à se stabiliser, à des niveaux certes très bas (25 à 60 morilles annuelles dans ma morillère secrète contre jusqu'à 300 spécimens dans les années 2000), mais suffisants pour considérer que le déclin semble endigué, dans l'espoir d'hypothétiques saisons plus propices.

Les premières mitres sont apparues dès le 26 mars, on renoue donc avec la norme de la dernière décade de mars, après l'attente interminable qui m'avait tenu fébrilement jusqu'au 11 avril en 2015. Dans le contexte d'un mois d'avril plus instable et moins chaud sur le plan des températures, la pousse, bien que faible, a pu prendre ses aises sur toute la première quinzaine, les morilles utilisant à merveille les abris offerts par la végétation en avance contre les premières ardeurs du soleil. De sorte que j'en repérais encore de nouvelles, adultes, lors de ma dernière visite de courtoisie, dimanche.

À plus long terme, si le retour inéluctable de périodes hivernales plus froides devrait favoriser un regain, fût-il temporaire de ces ascomycètes printaniers, je ne vous cacherai pas ma plus vive inquiétude quant à la survie de ces espèces que le réchauffement climatique s'accélérant semble déjà chasser de nos plaines du sud-ouest. Et ce n'est pas le témoignage précieux d'un de mes voisins, qui me narrait dimanche, comment il trouvait jadis des morilles jusque sur les berges d'un ruisseau à un bon kilomètre de mon domicile qui infléchira à la hausse mes sombres pensées...

Adishatz !

Posté par cristau à 12:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 mars 2016

Essai de projection fongique 2016 (au 6 mars 2016...)

mv-11-04-15-35

Adishatz a tots,

La saison 2015 qui m'aura délivré son dernier cèpe d'été le 9 janvier, pulvérisant son propre record du 31 décembre (un edulis) et laissant désormais à plus de 15 jours l'ancien record de 1989 pour l'espèce estivale, a surpris les observateurs de par son démarrage précoce et l'intensité exceptionnelle de son premier semestre, même si la rigueur de l'hiver et la vague de froid de la première décade de février étaient de bons présages. Quoi que la sécheresse qui a prédominé à partir de l'été et les températures du sol devenues trop froides depuis la fin du mois de septembre malgré des mois de novembre et décembre extrêmement doux n'ont pas permis la pleine expression du potentiel mycélien des cèpes thermophiles sur lesquels portent mes projections dans mes coteaux où edulis est très rare, l'intensité de la saison ne s'est jamais démentie et on a même donc vu de vaillants aestivalis ressortir après Noël. On peut de ce fait considérer que les projections saisonnières pour l'exercice 2016 ont été validées dans les grandes lignes.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à fortiori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches (stress hydrique) sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest (la saison 2009 en Béarn fut excellente), ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver 2014, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des hivers 2012-2013 et 2013-2014.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui des sites de la Chaine Météo ou de Météo-Villes qui fournissent un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps vérifié au sortir de l'hiver puis lors du premier semestre autorisera une projection fongique un peu plus affine, dans la mesure où les accidents climatiques survenant après le mois de juillet semblent impacter davantage la saison suivante que celle en cours.

Un hiver 2015-2016 désespérément doux, dans un premier temps très sec puis très pluvieux...

Malgré un net rafraîchissement dès le 1er septembre, des gelées extrêmement précoces à la mi-octobre, les mois de novembre et de décembre 2015 se sont avérés désespérément secs et doux, et le coup de froid et les pluies diluviennes de la dernière décade de novembre n'y avaient rien changé. Dès le 1er janvier cependant on a vu revenir la pluie en force et les mois de janvier et février affichent un excédent mensuel proche de 200%. Concomitamment quoi que les températures ont perdu de leur superbe depuis la fin de l'année 2015, aucune vague de froid significative n'est venue infléchir la tendance générale d'un hiver beaucoup trop doux. Où les gelées sont restées rares et la seule journée froide que j'aie comptabilisée remonte à fin novembre. En deuxième quinzaine de février et en ce début de mois de mars la déception est d'autant plus grande que l'on sent bien que le froid est à l'offensive sans parvenir à s'imposer. Si dans un passé récent, des saisons mirifiques en cèpes ont démontré que ces derniers réagissaient fort bien aux basses-saisons très pluvieuses pour peu que les printemps suivants soient assez ensoleillés et chauds, les hivers doux, voire très doux, en l'absence totale de gelées et de froid, ne promettent en rien le bonheur, que ce soit en sous-bois à la saison des cèpes, où dans les ripisylves au printemps des morilles. Et il convient d'ajouter qu'à la date où j'écris aucune tempête majeure ou série de tempêtes modérées ne sont venues inquiéter le mycélium dans sa relation à l'arbre hôte au pied des Pyrénées, ce qui n'est pas pour nous déplaire au demeurant. Autant dire que rien ne semble jouer en notre faveur pour l'instant.

Pour les deux prochains mois, les tendances saisonnières dont nous disposons et qu'il convient d'appréhender avec beaucoup de réserve, persistent à nous prévenir d'un temps globalement frais, pour ne pas dire froid, et (très instable).

Saison des champignons 2016 : pour la première fois depuis 2010 le temps pourrait avantager les morilles au détriment des cèpes...

Sur la foi de ces projections saisonnières, dont il faut reconnaître qu'elles avaient vu juste concernant l'hiver, la poursuite d'un temps pluvieux à caractère de giboulées dans une ambiance fraîche voire froide pourrait enfin créer les conditions d'un beau printemps des morilles depuis les plaines jusqu'en altitude (si tant est que ces dernières ont un impérieux besoin de vivre ce qui n'est pas la moindre des énigmes) tout en repoussant les premiers cèpes au mieux en dernière décade d'avril, localement, voire en mai.

La mission du printemps qui s'ouvre s'annonce d'autant plus délicate qu'après un aussi faible hiver la mise en place d'une période (très) chaude et (très) sèche, dans la durée, avant l'été, semble indispensable à motiver une bonne tenue de la saison des cèpes. Il va donc de soi que si la tendance (très) humide et (très) fraîche devait se prolonger en mai et juin, la situation pourrait rapidement sentir le roussi. Même si le seul été 2013 chaud et sec avait suffi à assurer une très belle pousse automnale après 8 mois exécrables de déluge et de fraîcheur.

Adishatz !

26 février 2016

L'ajòu, (Pèir de Camogran) / Mon grand-père (Pierre Camougrand)

Numérisation_20160226

L'ajòu (Pèir de Camogran)

Que'u trobavi devath deu hangar au carrinquet de la sega. Lo cèu qu'èra gris, escur, emplogit, de totas parts las tòlas que s'esgotavan en aqueth vrèspe de novème. En bèth escalhar lenha tà har buscalhs peu larèr, Pèir de Camogran, l'ajòu, que'm devisava, en hant lusir l'arnaut, de las berors, de las enigmas e deus enjòcs deu monde. Que sabè suu tèit deu hangar la musica de l'aigat o de la plogina e que m'ensenhava ric per ric los crums e las nublas dab lo nom latin. Au cant que'm disè lo nom deus ausèths dens lo plèish o au bòsc de Hornèu miejancèr. E sobtament, dab mots escricats, las soas pensadas que's viravan de cap tà l'òmi cadut dens los retortelhs de l'istòria e de la destinada, d'aquera vita qui mei que tot e mei que tots aimava.

Qu'èra vadut en 1905, lo cinc de setème, ainat d'ua familha de tres, a Peirotin, ua maisoòta deus costalats de Lasbòrdas. Eretèr d'un endretòt mentavut Haut-Bernés, tota la soa existéncia que s'èra virada cap au tribalh de la tèrra, aquera tèrra excusèca qui l'avè panat lo pair peus combats de Verdun en 1917, e a l'enmelhoracion de la sòrta de l'òmi, lo son hrair. Que l'aperavan Pèir Lo Tòrt e que vadore lo son prèsta-nom com escrivan. En efeit que claudiquejava drin, dempuish qu'ua vielha dolor mau curada deu malh l'avè diminuit. Pr'aquò que hó reformat en 1939 de l'armada en guèrra contra los Alemands e que tornè a Haut-Bernés dab los de casa. Mes au lòc de's contentar d'aqueth truquet de la sòrta, que hiquè las soas conviccions au servici de la Resisténcia locau. D'aqueth temps, la linha de demarcacion que mieipartiva lo bordalat de Lasbòrdas. Ua de las activitats màgers deus Resistents deu parçan que consistiva donc en ajudar los Judius e tots los secutats a passar l'òsca de la libertat a la risca de perir.

Pèir de Camogran qu'avè un sens pregon de l'aunor e deu dever. Militant sindicalista agricòle hòrt de d'òra, que participè a ua de las mei bèras conquistas deu segle vintau entaus paisanòts : l'avalida de l'estatut de meitadèr. Au-darrèr de la guèrra que s'investí dens la politica locau com militant socialista. Mantun còp que hó eslegit conselhèr municipau de Salias. E mei se n'avè pas sabut hà's prevàler las ideas, la soa toleréncia e la soa hidança en l'òmi qu'aperavan amistats de totas parts. Haut-Bernés, ostau de dus solèrs dab la bòrda de l'aute part de la parguia qu'alurava un maine on amics e capulats e's vienèn prosejar dab lo mèste. E com aqueste hicava los mots dab maestria au servici de las soas conviccions las debatudas que podèn tiéner tot lo vrèspe shens vencedor. En hant se vielh, que's retirè drin de la batèsta politica. Mes las soas ideas que demoravan e n'esitè pas jamei a préner la soa pluma entà demandar precisions o díser lo son desacòrd, estosse a un deputat tà qui avè votat.

Cada més d'aost que'm hasè seguir suu triportaire dinc a l'eslanada de Mosqueròs on se debanava enqüèra ua hèira de l'agricultura. Qu'ei aquiu, au miei deus sons parions qui s'estava miélher. Que s'estancava a devisar dab l'un e l'aute de l'anar de l'ostau e deu ben.

A Haut-Bernés, tot dimenge, la familhòta esparrisclada que s'arrenodava. Vielhas rencuras, desavièrs, gelosias, com au perhons de totas las familhas tradicionaus, enter las hilhas e la hemna, aqueth rituau n'anava pas tostemps de liç e lo ton que pujava a còps a fin e a mesura qui las posturas s'encapborrivan. Se la dretura e la dimension deu personatge e sufivan quasi tostemps ad impausar arrespècte e resèrva, que'u vedi enquèra a lhevà's la cana qui avè tostemps a portada de man e trucar dus o tres còps suu canton de la taula quan la peleja passava mesura. Autanlèu las combatièras que's caravan e un silenci escamussat que s'installava on sonque s'audivan a petrilhar los buscalhs contra la cauhapança.

Pèir de Camogrand qu'èra l'anèth darrèr d'ua cadena rompida per la mort de l'ainat Jan deu maishant mau, l'eretèr d'ua vielha civilizacion qui predisèva la plaça e la mission de cadun e qui sacralizava l'idea de la dignitat. Paisan letrat e poèta, quan deishè de har anar l'endret, que's gahè a escríver dus libes. Lo purmèr, Salies au temps des Piquetalos, que pintrava lo víver salièr dens la purmera tirada deu segle vintau. Lo dusau, La vie à Salies de Béarn sous l'occupation allemande, dens loquau tratava màgerment deus hèits de la Resisténcia locau, qu'aperè uas reaccions de las vriulentas permor l'epòca istorica qu'èra mauclara e lo subjècte enquèra sensiu. "Que soi un hilh deu terrador a la memòria de la soa petita patria." Atau qu'arresumiva lo prètz-hèit de la soa òbra. Au demiei de laquau uas peças poeticas intimas e melanconiosas en biarnés, mustra de l'estacament qui avè entad aquesta varienta locau de l'occitan gascon.

Lo 13 de novème de 1991, draperat d'ua dignitat esmiraglanta, que hasó lo darrèr sumsit. Uas òras abans de perir, just quan peus ridèus un arrai de lua e's pausava sus la soa cara, que digó shens flaquir a l'ajòla qui'u tienè la man : "Que soi dab la mea navera companha..."

 

Mon grand-père (Pierre Camougrand)

 

Je le trouvais sous le hangar au grincement de la scie. Le ciel était gris, sombre, pluvieux, de tous côtés les tôles s'égouttaient en cet après-midi de novembre. Tout en fendant du bois pour faire des bûches pour le foyer, Pierre Camougrand, mon grand-père, m'entretenait, l'oeil brillant, des beautés, des énigmes et des enjeux de notre monde. Il reconnaissait sur le toit du hangar la musique de l'averse ou de la bruine et il m'expliquait par le détail les formations nuageuses cumuliformes et stratiformes avec leur nom latin. Au chant il me disait le nom des oiseaux dans la haie ou au bois de Hourneau mitoyen Et soudain, avec des mots choisis, ses pensées se tournaient vers l'homme plongé dans les méandres de l'histoire et du destin, de cette vie que plus que tout et plus que tous il chérissait.

Il était né en 1905, le cinq septembre, ainé de trois enfants, à Pierrotin, une maisonnette des coteaux de Lasbordes. Héritier d'une petite propriété nommée Haut-Bernés, toute son existence s'était tournée vers le travail de la terre, cette terre ombrageuse qui lui avait volé son père dans les combats de Verdun en 1917, et à l'amélioration des conditions de vie de l'homme, son frère. On l'appelait Pierre Le Boiteux et cela deviendrait son prête-nom d'écrivain. En effet il boitait un peu, depuis qu'une vielle douleur mal soignée à la hanche l'avait handicapé. Ce pourquoi il fut réformé en 1939 de l'armée en guerre contre les Allemands et il revint à Haut-Bernés auprès des siens. Mais loin de se contenter de ce coup de pouce du destin, il mit ses convictions au service de la Résistance locale. en ce temps-là, la ligne de démarcation coupait en deux le quartier Lasbordes. Une des principales activités des Résistants de pays consistait donc à aider les Juifs et tous les persécutés à franchir la frontière de la liberté au péril de leur vie.

Pierre Camougrand avait un sens profond de l'honneur et du devoir. Très tôt militant syndicaliste agricole, il participa à une des plus belles conquêtes du vingtième siècle pour la petite paysannerie : l'abolition du statut de métayer. Après la guerre il s'impliqua dans la vie politique locale en tant que militant socialiste. Il fut plusieurs fois élu conseiller municipal de Salies. Même s'il n'avait pas pu faire prévaloir ses idées, sa tolérance et sa foi en l'homme lui valaient des amitiés de tous bords. Haut-Bernés, demeure à deux étages avec sa grange de l'autre côté de la cour avait des allures de manoir où amis et personnalités venaient s'entretenir avec le maître. Et comme celui-ci mettait avec talent les mots au service de ses convictions les débats pouvaient durer tout l'après-midi sans vainqueur. En vieillissant, il se mit un peu en retrait des joutes politiques. Mais ses idées étaient intactes et il n'hésita jamais à prendrer la plume pour demander des précisions ou dire son désaccord, fût-ce à un député pour qui il avait voté.

Chaque mois d'août il m'emmenait sur son triporteur jusqu'à la grande plaine de Mosquéros où se tenait encore une foire de l'agriculture. C'est là, au milieu de ses pairs qu'il se plaisait le plus. il s'arrêtait pour parler avec l'un et l'autre de la tenue de la maison et de l'exploitation.

À Haut-Bernés, chaque dimanche, les enfants éparpillés se retrouvaient. Vieilles rancunes, désaccords, jalousies, comme au sein de toutes les famillles traditionnelles, entre les filles et son épouse, ce rituel n'était pas toujours sans heurt et le ton montait parfois au fur et à mesure que les postures se cabraient. Si la droiture et la dimension du personnage suffisaient presque toujours à imposer respect et retenue, je le vois encore lever la cane qu'il avait toujours à portée de main et frapper deux ou trois coups sur le coin de la table quand la querelle allait trop loin. Aussitôt les débatteuses se taisaient et un silence pincé s'installait où on entendait seulement pétiller les bûches contre la plaque de la cheminée.

Pierre Camougrand était le dernier maillon d'une chaîne rompue par la mort de son fils ainé Jean, du cancer, l'héritier d'une vieille civilisation qui predisait la place et la mission de chacun et qui plaçait au-dessus de tout la notion de dignité. Paysan éclairé et poète, lorsqu'il cessa l'exploitation de ses terres, il s'attâcha à écrire deux livres. Le premier, Salies au temps des Piquetalos, dépeignait le mode de vie salisien dans la première moitié du vigntième siècle. Le second, La vie à Salies de Béarn sous l'occupation allemande, dans lequel il traitait essentiellement des faits de la Résistance locale, lui valut quelques réactions violentes parce que l'époque historique était confuse et le sujet encore sensible. "Je suis un fils du terroir à la mémoire de sa petite patrie." C'est ainsi qu'il synthétisait le propos de son oeuvre. Parmi laquelle quelques pièces poétiques intimes et mélancholiques en béarnais, preuve de l'attachement qu'il avait pour cette variante locale de l'occitan gascon.

Le 13 novembre 1991, drappé d'une dignité admirable, il rendit son dernier soupir. Quelques heures avant de mourir, à l'instant où à travers les rideaux, un rayon de Lune se posait sur son visage, il dit sans flancher à ma grand-mère qui lui tenait la main : "Je suis avec ma nouvelle compagne..."

Adishatz !

 


20 février 2016

L'escòla / L'école

escòla-41

L'escòla

"Ua escòla qui barra la clau qu'ei un vilatge qui's moreish". B'an rason de créder aquesta expression populara. Si passatz peu bordalat de Lasbòrdas, a uas camadas deu caminau de Salias a Sauvatèrra, que destriaratz lhèu ua bastissi hauturosa dab frinèstas haut pitadas e parets espessas, costejada d'un cobèrt escur e airejat. Lhèu qu'aubiraratz davant tres o quate platanas talhadas e bodonhadas, e au hons de la cort omprejada los comuns. Dab la portalada qui s'espia au caminau e au País Basc, aquera bastissi vodada au silenci qu'ei la defunta escòla de Lasbòrdas. En 1991 los anilhets deus chins que s'ataisèn e dab eths que's rompó la cadena entinoada detzenats d'ans avè peus hilhs deu parçan.

Au dehens qu'èra ua escòla de la mòda vielha, shens qu'ua sala on los eslhèves e s'espartivan deu cors preparatòri au CM2. Las taulas a lasquaus èran bessoadas duas cadièras de husta apitadas sus tubelhs de hèr torrat e pintrat de verd, que portavan enquèra los dus trauquets on los nostes davancèrs e pausavan la tinta entau pòrta-pluma. Dab Mèste Herou que hesom anar l'estilò. Aqueth regent gessit de Sauvatèrra que miava las classas dab autoritat mes shens passar mesura. Que s'avè hèit virar las taulas cap ad eth. De tau mòde qui los marmús èran riales. Qu'eram lavetz per las annadas 75 - 76. La joentud de Lasbòrdas que tienè tota la sala. Se demoravi de l'aute part deu caminau en ua maisoòta qui aperan lo Taa dab un casau e un vielh putz desanat, uns camaradas qu'avèn de caminar un bon quilomètre tad arribar de las bòrdas estremadas.

D'estar un gojaton saunejaire, carat, empensat, suau, ipersensiu e bèth drin temeruc, non serà pas jamei de bon víver en un pati d'escòla. E com èri hilh d'uganauds e de socialistas hens aqueras tèrras endarreridas on la senta glèisa abestiva enquèra las amnas, qu'aperèi lèu las tormentacions. Atacas, escarnis, gelosèr d'innocentàs e de tumahús, solide, mes tanben mustra de l'intoleréncia nècia, tà díser de la mauvolença e deu mesprètz au perhons d'uas familhas. Qu'esvitavi los patacs au mei har. E quan lo regent e cridava la fin de la recreacion que m'èra un bèth solaç de tornar en classa. Ailàs, la paciéncia e la suaudor n'an pas tostemps rason de las tenhas. Manca de saber tostemps virà'm las moscas, rialament uns trucs que shisclavan e que s'i escadèn non podè miélher. Atau, un matin que petèi net duas dents au qui mei me hurgava. Au vrèspe, lo gran pair d'aqueth predator que's presentè a l'escòla entà cridà'm de totas e que'm miacè deus gendarmas. Aquesta escèna n'estó pas tà m'encoratjar a dar las tornas.

De hèit déjà que hugivi inconscientament l'escassetat, lo borriquèr, lo desbocament, l'indigéncia e l'incuriositat intellectuau qui semblan estar la nòrma, la pèira-caire de las nostas societats modèrnas, on, segon l'exemple deus programas télé, tà guardar lo tropèth e qu'arrés non sòrtia mei intelligent, que cau divertir e tirà'u tot tà baish. Lo monde deus grans que m'atirava mei e de quant. Los ahars e los aharòts de casa e deu vesiat, lo tribalh, las actualitats, la politica, las questions metafisicas e las sciéncias naturaus tanben. A l'escòla, que vodavi ua admiracion aus qui se destriavan per l'intelligéncia, l'integritat e la valor. Atau un dia, Mossenh Herou que remetó un arrelòtge au Jan Marc Duplaa, lo cabdèt d'ua familha de paisans deu bordalat, gojaton agradiu e valent, e qui èra lo miélher eslhève.

En demorant las classas o tà aucupar las recreacions los jòcs ne mancavan pas. Segon lo voler majoritari e l'umor deu cèu, l'escòla que's mieipartiva en dus camps e que hasevam au bòlo presoèr, au fot, mei rialament au basquet. D'aqueth temps, que i èran activitats sexuadas : au pè de las platanas un tropet de gojatons que's pelejavan en hant a las canicas quan a quauques pams las damiselas e sautavan las escalas purmèr que lo regent e convoquèsse ua navera tienuda d'aprendissatge.

Dab Mossenh Bourgeois, l'anar de l'escòla que cambiè e mei se los metòds deu son davancèr e èran tot shens que damnatjós entaus eslhèves. L'arribada deu navèth regent que s'avienè de hèit dab ua refòrma au pregon deu purmèr grat, tan per çò deus ritmes com deus contienuts. Mei anar mei las disciplinas fondamentaus que horen matièras, hitaspassant se lo cas èra lo començar deu vrèspe. Quau s'atelère mei a destibar los petitons en bèth desvelhar los esperits per activitats artisticas, ludicas, o de descobèrta deu monde. E com Armand Bourgeois, mèste inspirat e estrambordat de tempèri, n'èra pas hreiterós d'ideas, aquera part deu dia d'escòla qu'estó aucupada non podè miélher. Un dia, esbaluhats, que'ns arribè un bèth aquari, dab los péishs, las plantas aquaticas e los apèrs qui caló tiéner. L'arronet de l'aquari e lo balet deus pesquits qui'ns espiavan en hant boishòrlas qu'emplivan l'espaci d'un ambient de suaudor. Ua temptativa d'introduccion de conilhs que mauescadó lèu, permor aqueras bèstias, b'at saben, que son sauta-la-brosta e mau educadas. Ua petita estacion meteorologica que hó installada dens lo pargue miejancèr de Chague, e per l'autonada, lo mèste que'ns miava peus entorns desterrar los cèths, que trobavam màgerment pepiòtas e bosiguets. Ua dia, quan la padera e s'anonciava leugèra, au començar deu vrèspe que tustèn a la pòrta de l'escòla. Qu'èra Maria de Pecaut, ua de las caras deu bordalat. Drin tòrta, aveudada joena e mair d'ua familha numerosa, aquesta hemna qu'èra d'ua bontat shens pariona. Ne'u s'èra pas escapat lo regent que volè har tastar la moleta aus chins e que's hasó ençà en aparant lo cèth negre unic qui èra anada cuélher au son bòsc de matin. Aquesta escèna que se m'ei demorada ancorada au pregon.

Mes las innovacions pedagogicas que toquèn tanben au hèit de las arts e de l'informatica. A la fin de las annadas 70 lo purmèr Atari que s'arrecaptè a l'escòla e, los uelhs escarcalhats, que ns'inicièm a jòcs videò deus simplàs sus ua vielha télé catodica. Torneis d'escacs o de damas deus ahuecats dab platèus e peças de husta vernissats qu'estón mantun còp organizats. Ua adaptacion cinematografica de Merlin l'encantaire que hó rodada per las enviroas e dab la participacion deus poblants deu bordalat. Enfin, com Armand Bourgeois èra un apassionat de pintrura, eth medish pintre de valor, que sabom lèu har drin anar lo pincèu. Per çò de men qu'èri mei escarp tà manejar lo credon o lo pòrta-pluma dab la tinta de China. E se'n vau de mentàver l'ensaj de natura morta qui s'estuja au miei deus vielhs papèrs en un armari de casa ?

En 1979 un eveniment màger que'm cambiè los gatons. Que quitèm lo Taa tà'ns arrecaptar a de bon hens l'ostau qui los pairs s'avèn hèit bastit de la sudor au ras deus ajòus a Hauguernes, a mei de cinc cent mètres de l'escòla peu camin deu corbaish. Que hó l'un deus actos fondators de la mea existéncia en conferì'u un sens, un hiu conductor qui èri a annadas-lutz d'aubirar. Que hó lo parat de descobrir las regaudidas de la bicicleta, dobladas per l'arpalhon en suspart de la maison Picon.

En 1982, qu'arribè au bordalat un anglés, nomenat Timothey Jenkins. Qu'èra un estudiant gessit de l'universitat d'Oxford vienut a noste tà's documentar la tèsa sus la lenga Biarnesa... E òc aqueth parlar vegonhós, qui los mens pairs comprenèn shens parlà'u, qui los pairins marmusavan com un secret de casa tà non pas qu'entendi, qu'interessava a un estudiant anglés. Timothey Jenkins que minjé mantun còp a la nosta taula e que seguí drin las escòlas de Mossenh Bourgeois en bèth encontrar los poblants de Lasbòrdas qui sabèn la lenga. Que'u vedi enquèra sus la soa bicicleta de corsa quan me passava en camin.

Las vacanças d'estiu de 1982 que barrèn lo capitol de l'escòla de Lasbordas on Mossenh Bourgeois m'avè hèit doblar lo CM2 permor qu'èri bèth drin tròp joen e que'm calè ahortir drin lo caractèr purmèr de partir tau collègi. Déjà que semblavi tot hèit tà las lengas e la literatura.

 

L'école

"Une école qui ferme c'est un village qui meurt". On a de bonnes raisons de croire cette expression populaire. Si vous passez par le quartier Lasbordes, à quelques enjambées de la grande route de Salies à Sauveterre, peut-être distinguerez-vous un bâtiment altier aux fenêtres haut placées et aux murs épais, flanqué d'un préau sombre et aéré. Peut-être apercevrez-vous devant trois ou quatre platanes taillés et boursouflés, et au fond de la cour ombragée les sanitaires. Avec son grand portail tourné vers la route et le Pays Basque, cet édifice voué au silence est la défunte école de Lasbordes. En 1991 les cris de joie des petits se sont tus et avec eux se rompit la chaîne inaugurée des dizaines d'années auparavant par les enfants du terroir.

À l'intérieur c'était une école à l'ancienne, une seule salle où les élèves se répartissaient du cours préparatoire au CM2. Les tables auxquelles étaient jumelées deux chaises en bois montées sur des tubes en fer glacé et peint en vert, portaient encore les deux petits trous où nos prédécesseurs posaient l'encre pour le porte-plume. Avec Monsieur Hérou nous utilisâmes le stylo. Cet instituteur originaire de Sauveterre menait ses classes avec autorité mais sans excès. il avait fait tourner les tables vers lui. De telle sorte que les chuchotements éaient rares. Nous étions alors dans les années 75 - 76. La jeunesse de Lasbordes occupait toute la salle. Si j'habitais de l'autre côté de la grande route dans une petite maison qu'on appelait le Taa avec un jardin et un vieux puits abandonné, certains camarades devaient marcher un bon kilomètre pour arriver des fermes éloignées.

D'être un jeune garçon rêveur, taciturne, pensif, placide, hypersensible et assez timide, ne sera jamais facile à vivre dans une cour d'école. Et comme j'étais fils de protestants et de socialistes dans ces terres conservatrices où la sainte église abêtissait encore les âmes, j'appelai vite les brimades. Agressions, moqueries, jalousie d'imbéciles et de bagarreurs, certes, mais aussi témoignage de l'intolérance stupide, pour ne pas dire de la malveillance et du mépris au sein de certaines familles. J'évitais d'en venir aux mains autant que possible. Et quand l'instituteur proclamait la fin de la récréation le retour en classe m'était un grand soulagement. Hélas, la patience et la maitrise de soi n'ont pas toujours raison des "teignes". Faute de pouvoir toujours me débarrasser des gêneurs, rarement quelques coups fusaient et faisaient mouche. Ainsi, un matin je brisai net deux dents à celui qui n'avait de cesse de me harceler. L'après-midi, le grand-père de ce prédateur se présenta à l'école pour me sermoner vertement et me menaça des gendarmes. Cette scène ne fut pas pour m'encourager à me défendre.

De fait déjà je fuyais inconsciamment la médiocrité, la bêtise, la vulgarité, l'indigence et l'incuriosité intellectuelle qui semblent être la norme, la pierre d'angle de nos sociétés modernes, où, à l'instar des programmes télé, pour garder le troupeau et que personne ne sorte plus intelligent, il faut divertir et tout tirer vers le bas. Le monde des adultes m'attirait bien davantage. Les affaires familiales et du voisinage, petites et grandes, le travail, les actualités, la politique, les questions métaphysiques et les sciences naturelles également. À l'école, je vouais une admiration à ceux qui se signalaient par leur intelligence, leur intégrité et leur valeur. Ainsi un jour, Monsieur Hérou remit une montre à Jean Marc Duplaa, le cadet d'une famille de paysans du quartier, jeune garçon agréable et vaillant, et qui était son meilleur élève.

En attendant le début des cours ou pour occuper les récréations les jeux ne manquaient pas. Selon la volonté majoritaire et l'humeur du ciel, l'école se divisait en deux camps et nous jouions au ballon prisonnier, au foot, plus rarement au basket. En ce temps là, il existaient quelques activiéts sexuées : au pied des platanes un petit groupe de garçons se chamaillait en jouant aux billes tandis qu'à quelques mètres les demoiselles jouaient à la marelle avant que le maître ne convoquât une nouvelle session d'apprentissage.

Avec Monsieur Bourgeois, la marche de l'école changea même si les méthodes de son devancier étaient tout sauf préjudiciable aux élèves. L'arrivée du nouvel instituteur coïncidait de fait avec une réforme de fond en comble du premier degré, tant pour ce qui est des rythmes que des contenus. De plus en plus les disciplines fondamentales occuperaient la matinée, empiétant le cas échéant sur le début de l'après-midi. Lequel s'attacherait davantage à détendre les enfants tout en éveillant les esprits par des activités artistiques, ludiques, ou de découverte du monde. Et comme Armand Bourgeois, maître inspiré et enthousiaste de tempèrament, n'était pas aride d'idées, cette partie de la journée d'école fut employée on ne saurait mieux. Un jour, éberlués, nous arriva un grand aquarium, avec les poissonnets, l'herbier subaquatique et l'appareillage qu'il fallut entretenir. Le ronronnement de l'aquarium et le ballet des poissons qui nous regardaient en faisant des bulles remplissait l'espace d'une ambiance paisible. Une tentative d'introduction de lapins s'avéra rapidement un échec, parce que ces animaux, c'est bien connu, sont imprévisibles et mal éduqués. Une petite station météorologique fut installée dans le parc mitoyen de la famille Chague, et dans le courant de l'automne, le maître nous emmenait déterrer les cèpes aux alentours, nous trouvions principalement des coulemelles et des rosés. Un jour, alors que la poële promettait d'être légère, au début de l'après-midi, on frappa à la porte de l'école. c'était Marie de Pécaut, une des figures du quartier. Un peu boîteuse, tombée jeune en veuvage et mère d'une famille nombreuse, cette femme était d'une bonté sans égal. Il ne lui avait pas échappé que l'instituteur voulait faire goûter l'omelette aux enfants et elle entra en tendant l'unique cèpe noir qu'elle était allée cueillir dans son bois au matin. Cette scène est restée profondément ancrée en moi.

Mais les innovations pédagogiques affectèrent aussi le domaine des arts et de l'informatique. À la fin des années 70 le premier Atari prit place dans l'école et, les yeux écarquillés, nous nous initiâmes à des jeux vidéo rudimentaires sur une vieille télé cathodique. Des tournois d'échecs ou de dames très disputés avec plateaux et pièces en bois vernis furent maintes fois organisés. Une adaptation cinématographique de Merlin l'enchanteur fut tournée dans les environs et avec la participation des habitants du quartier. Enfin, comme Armand Bourgeois était passionné de peinture, lui-même peintre de talent, nous sûmes bientôt manier un peu le pinceau. Pour ma part j'étais plus habile dans l'art du crayon ou du porte-plume avec l'encre de Chine. Est-il nécessaire de mentionner l'essai de nature morte qui se dissimule parmi les vieux papiers dans une armoire de la maison ?

En 1979 un évènement majeur changea mes habitudes. Nous quittâmes le Taa pour nous installer définitivement dans la maison neuve que mes parents avaient faite construire à la sueur de leur front à côté de mes grands-parents à Haüguernes, à plus de cinq cent mètres de l'école à vol d'oiseau. Ce fut un des actes fondateurs de mon existence en lui conférant un sens, un fil conducteur que j'étais à des années-lumière d'imaginer. Ce fut l'occasion de goûter aux joies de la bicyclette, doublées par le raidillon qui domine la maison Picon.

En 1982, arriva au quartier un anglais, du nom de Timothey Jenkins. C'était un étudiant en provenance de l'université d'Oxford venu chez nous pour documenter sa thèse sur la langue Béarnaise... Et oui cet idiôme honteux, que mes parents comprenaient sans le parler, que mes aïeux murmuraient comme un secret de famille pour ne pas que j'entendisse intéressait un doctorant anglais. Timothey Jenkins mangea plusieurs fois à notre table et assista parfois aux cours de Monsieur Bourgeois tout en rencontrant les habitants de Lasbordes qui parlaient la langue. Je le vois encore me dépasser lestement sur son vélo de course certains jours d'école.

Les vacances d'été 1982 refermèrent le chapitre de l'école de Lasbordes où Monsieur Bourgeois m'avait fait redoubler le CM2 en raison de mon jeune âge et afin d'affirmer mon caractère avant de partir au collège. Déja je présentais des dispositions pour les langues et la littérature...

 

14 février 2016

Hauguernes

neige9231

Hauguernes.

L'estacament a la tèrra nadau, au terrador, qu'ei un sentit qui'm destria deus qui n'an pas de tèrra on inscríver lo traç. Per aver viscut uas annadas en Salias fresc-vadut, migrat au temps deus estudis e peu tribalh au capdau paulin, lo bordalat de Lasbòrdas e tot purmèr lo noste endretòt de Hauguernes qu'ei lo lòc on me sènti mei a casa, lo lòc qui quiti a degrèu e on me cau tornar lèu. Que soi vienut en un troçòt d'arcadia. Los costalats verdusents deus Antis, d'Orion e de Burgarona que'u destermiavan a capsús e cap-avant. Au pé deu cèu, lo Tron de l'Ania e las somatèras d'Aspa, d'Aussau e de Bigòrra que s'estavan, com a l'argueit, quan n'èran pas arroduts peu lonc seguissi de crums harts de ploja, qui'ns enviava la mar grana e qui hasèva chebitejar de gai los arrivòts humejants hens la torrada matièra. Cap-vath e cap-arrèr, d'Atòs-Aspis a la Pena de Mu, que s'alandava l'arribèra deu Gave d'Auloron, t'on s'aviavan los arrècs de Heurèr e de Beigmau. De l'aute part d'aquera termièra naturau, au demiei deus tarrèrs aurèstes, a nueit que podèn véder a lugarnejar las vilas e los vilatges bascs qui'ns responèn.

Hens aqueth bordalat de Salias de las annadas 1970 lo vent de cap-arrèr que reglava lo temps, estosse nhargat per l'aura de tèrra qui'ns torrava a còps en ivèrn e nos ensudoriva aus dias clars d'estiu. Que sabè lo secret de la ploja, la bona ploja, qui pòrta aiga aus arrius e avita las semialhas en tienent suu parçan aquera color verda on se pòt léger la signatura de l'abonda. Flors de las estinglantas que pingorlavan los prats e las aurèras. Hardits e brinchuts, cassos e castanhs qu'auherivan en abòr cèths e castanhas a tisterats, aglands entau pòrc casalèr qui los paisans e miavan enquèra au bòsc entà s'arpastar. Shens paur ad arren auserons per milantas, que i bresilhavan au mei har deu Carramentrans dinc a Marteror. De tan qui hasè abonda lo herum, ne hasè pas enquèra hrèita laishar hasans de neurissatge au segàs l'abans-dia de l'obertura de la caça.

Lasbòrdas qu'èra ua comunautat de paisans e paisanòts braves e valents. Apiterrat sus costalats arputs de las varetas estretas, que s'èra estremada pr'aquò de las mòdas navèras qui per las eslanadas avèn hèit los semiadors industriaus de la tèrra e esclaus deus lors credencèrs. Los endrets tròp en penent, las vaths tròp mendretas on serpentejan los arrius qu'èran prats donius entà tropets de vacas. Los penents ateunats e las arribèras que's cobrivan a la sason de milhòc saurejant au sorelh de setème o de patanas. Suus tucons au carrassó que demoravan uns vitatges de las huelhas bronintas a l'aureta. Las bòrdas deu tèit ponchut, dont s'enairavan las auringletas, enterligadas per camins, estossen enquèra peiraguts, omprejats per esquilhotèrs, cassoras e castanhs, qu'èran cintadas per casaus escantilhats de legumis e de frutèrs qui los mèstes volèn çò de màger a la ronda. Un hardèu de poralha sus la parguia, e dens la sot, arredons, los pòrcs casalèrs qu'esperavan lo més tuadèr, assadorats d'aglands per l'autonada hens lo bòsc miejancèr, e qui hornivan carn de la sabrosa entà la taulejada numerosa.

Aqueras hemnas, aqueths òmis randats e croishits qui'm coneishoi, que las tiravan totas per çò deu tribalh com deu con.hòrt. E que hasèn shens se plànher. D'aqueth temps ne sabèn pas lo cauhatge centrau, l'ivèrn qu'ei a degrèu qui deishavan lo larèr on lo huèc petejava en s'amortint, tà's retirar au solèr, dens las crampas torradas e on dromivan bèth còps mantuns hrairs e sòrs. Dens lo contexte d'aqueras familhas de paisanòts pirenencas, mantuas generacions que s'apielavan generaument devath lo medish tèit. E com l'endret èra sovent praube, lo partei qu'èra la condicion unica deu víver amassa, e que començava hens la sieta. Deu temps qui parli, mei de 40 ans hè, l'aganidèr qu'èra enqüèra hòrabandit, l'individu que's devè carar e de créder a prètz-hèits qui passavan las hitas de la quita vita soa. Dens los ostaus, tots los qui demoravan qu'avèn la lor plaça e dinc aus mei vielhs tan qui podèn, un cadun que s'i hasè entà participar a l'anar deus tribalhs e de la casa. Tot que tienè en un còdi d'aunor dab reglas.

Aquera civilizacion rurau remirabla, e qui las arrasics pujavan tà l'Edat Mejana a tot lo mensh, que hasèva ua plaça de tria a la vesiau, la soa perenisacion s'apeant sus la necèra de l'ajuda e de la solidaritat enter las bòrdas. Atau totas las casas qu'èran associadas e qu'enviavan au mensh un representant entà las granas hèitas de l'an agricòle, batèra, vrenhas, esperroquèra, pelèra... E qu'èran tanben lo parat d'ua beròja hèsta... Bissè, lo gelosèr, la mauvolença, l'òdi e las vielhas rencuras que prudavan aqueths òmis autan plan com los de uei. E los escarnis, los reglaments de compte e las tornas ne mancavan pas d'ahiscar las suspicions e las cronicas locaus. Totun, la santat de l'endret e donc la susvita materiau deu grop familhau e deu bordalat qu'èra aquesta epopèia d'arrecomençar tostemps e davant laquau las passions s'ataisavan au mei har.

A díser la vertat lo campestre de las annadas 70 qu'auburava déjà la fin d'aqueth ordi multisecular qui los mens ajòus èran deus darrèrs representants. Lo vam de modernizacion aperaire après la guèrra, en partint deus centres urbans, l'individualisme qui hasè en pravant arron lo segle vintau e qui trimfè deus vielhs sistèmas tradicionaus en 1968, com mei anar mei de joens d'aqueth temps, a començar peus non-eretèrs e tots los qui l'endret n'èra pas pro valent segon los critèris d'ua agricultura en mudason pregona, los mens parents ne s'avienèn pas mei dab un víver deus vielhs, tròp rèdde, behida, e qui ne comprenèn pas. Déjà, la màger part deus joens deu bordalat qu'avèvan un emplèc a la vila on las usias e aperavan enquèra. Uns que s'arrecaptavan hens las HLM, en atendent, quan mei afortunats, de's har bastir un ostau peus barris. Los qui tornavan tà la bòrda familhau tot ser, dab lo solex o la purmèra autò de rencontre, portant un salari fixe a l'expleitacion, se prestavan enqüèra ajuda entaus grans tribalhs o suenhar lo bestiar, ne volèn pas mei sudar sus la tasca o torrà's l'ivèrn, sustot qui lo lor mestièr n'èra pas shens pena. Que'us pesava mei anar mei l'autoritat morau e politica deus davancèrs. Ua vita navera que'us tenè los braç e l'espandiment dens los larèrs de la television enlobatanta, qui difudiva a plaser los estandards aperaires de la vita urbana non podè qu'abrivar enquèra lo vent poderós aqueste.

Vielh monde desanat deus mens ajòus, los eveniments de la dusau tirada deu sègle vintau que't dèn lo truc mortau, qu'èras a las darrèras quan te coneshoi, manca de saber desdravà't e acomodà't drin de las mentalitats naveras. Totun, mei de quaranta ans mei enlà, au moment de clavar aqueth prosei, en consideracion de las dificultats grèvas e de las crisis qui endangereishen lo monde de uei, caumatge, pauperizacion, hamièra, pujada deu comunautarisme, problèmas environamentaus, tot comptat, ne soi pas briga segur que i sian hera de ganhants...

Hauguernes

L'attachement à la terre natale, au terroir, est un sentiment qui me distingue de ceux qui n'ont pas de terre où laisser une empreinte. Bien que j'aie vécu à Salies dans mon plus jeune âge, migré au temps des études et pour raison professionnelle à la capitale paloise, le quartier Lasbordes et en tout premier lieu notre petite propriété de Hauguernes est l'endroit où je me sens le plus chez moi, l'endroit que je quitte à regrets et où il me faut revenir dès que possible. J'ai fait ma vie dans un lopin d'arcadie. Les coteaux verdoyants des Antys, d'Orion et de Burgaronne le délimitaient au sud et à l'est. À l'horizon, le Pic d'Anie et les sommets d'Aspe, d'Ossau et de Bigorre étaient postés, comme aux aguêts, à moins qu'ils ne fussent ravalés par le long cortège de nuages chargés de pluie, que nous dépêchait l'océan et qui faisait le chant allègre des cours d'eau fumant à la gelée matinale. Au nord et à l'ouest, d'Athos-Aspis à la Pène de Mû, s'ouvrait béante la vallée du Gave d'Oloron, vers où s'élançaient les ruisseaux Heurèr et Beigmau. De l'autre côté de cette frontière naturelle, dans le creux de collines boisées, la nuit on pouvait voir scintiller les villes et les villages basques en vis à vis.

Dans ce quartier de Salies des années 1970 le vent d'ouest réglait le temps, fût-il défié par la brise de terre qui nous gelait parfois en hiver et nous mettait en sueur aux jours les plus clairs de l'été. Il détenait le secret de la pluie, la bonne pluie, qui apporte l'eau aux ruisseaux et revitalise les cultures en entretenant dans le paysage cette couleur verte où on peut lire la signature de l'abondance. Des fleurs éclatantes bariolaient les prés et les bordures. Gaillards et noueux, des chênes et des châtaigniers offraient en automne des cèpes et des châtaignes à pleines corbeilles, des glands pour le cochon domestique que les paysans emmenaient encore au bois pour se goinfrer. Sans peur aucune des milliers de passereaux, rivalisaient de mélopées depuis l'entrée en Carrème jusqu'à la Toussaint. La faune sauvage était si abondante que point n'était encore besoin de lâcher des faisans d'élevage dans le taillis la veille de l'ouverture de la chasse.

Lasbordes était une communauté de paysans et petits paysans braves et vaillants. Perchée sur des coteaux en pattes d'oie aux vallées étroites, elle s'était tenue à l'écart pour cette raison des nouvelles normes qui dans les grandes plaines avaient transformé les cultivateurs en industriels de la terre et esclaves de leurs créanciers. Les propriétés trop pentues, les vallées trop étriquées où serpentent les ruisseaux étaient de grasses prairies pour de petits troupeaux de vaches. Les pentes douces et les vallées alluviales se couvraient à la saison de maïs jaunissant au soleil de septembre ou de pommes de terre. Sur les hauteurs exposées au soleil subsistaient quelques vignes dont les feuilles frémissaient à la brise d'été. Les fermes au toit pointu, d'où les hirondelles prenaient leur envol, reliées par des chemins, pour certains encore empierrés, ombragés par des noyers, des grands chênes et des châtaigniers, étaient ceintes par des jardins échantillonnés de légumes et de fruitiers que les maîtres tenaient pour les plus beaux du pays. Un peu de volaille dans la cour, et dans leur loge, rondouillets, les cochons domestiques attendaient le mois de décembre, replets de glands durant l'automne dans le bois mitoyen, et qui fournissaient une viande savoureuse pour la tablée nombreuse.

Ces femmes, ces hommes ridés et voutés que j'ai connus, avaient la vie dure que ce soit au travail ou sur le plan du confort. Et ils assumaient sans se plaindre. Cette époque méconnaissait le chauffage central, l'hiver c'est à regret qu'ils quittaient l'âtre où le feu pétillait en s'éteignant, pour se retirer à l'étage, dans les chambres glacées et où dormaient parfois plusieurs frères et soeurs. Dans le contexte de ces familles de petits paysans pyrénéennes, plusieurs générations cohabitaient généralement sous le même toit. Et comme la propriété était souvent pauvre, le partage était la condition unique du vivre ensemble, et cela començait par l'assiette. À cette époque, il y a plus de 40 ans, l'égoïsme n'avait pas encore droit de cité, l'individu devait se taire et obéir à des missions qui dépassaient les bornes de sa propre existence. Dans les maisons, tous ceux qui n'étaient pas partis avaient leur place et même les plus vieux, tant qu'ils le pouvaient, chacun veillait à participer à la bonne marche des travaux et de la maison. Tout tenait dans un code d'honeur avec des règles.

Cette civilisation rurale admirable, et dont les origines remontaient au Moyen Âge à tout le moins, consacrait une place de choix au voisinage, sa pérennisation reposant sur la nécessité de l'entraide et de la solidarité entre les fermes. Ainsi toutes les maisons étaient associées et envoyaient au moins un représentant lors des évènements marquants de l'année agricole, battage du blé, vendange, dépouillement du maïs, tue-cochon... Et c'était aussi le prétexte à une belle fête... Bien entendu, la jalousie, la malveillance, la haine et les rancunes tenaces démangeaient ces hommes tout autant que ceux d'aujourd'hui. Et les offenses, les réglements de compte et les représailles ne manquaient pas d'aiguiser les suspicions et les chroniques locales. Cependant, la santé de l'exploitation et donc la survie matérielle du groupe familial et du quartier était cette épopée toujours à recommencer et devant laquelle les passions s'aplatissaient au mieux.

À dire vrai la campagne des années 1970 sentait déjà la fin de ce monde multiséculaire dont mes aïeux étaient parmi les derniers ressortissants. Le vent de modernisation racoleur de l'après-guerre, à partir des centres urbains, l'individualisme qui allait en s'affirmant dans la traversée du vingtième siècle et qui triompha des anciens systèmes traditionnels en 1968, comme de plus en plus de jeunes alors, à commencer par les non-héritiers et tous ceux dont le bien n'était pas assez rentable selon les critères d'une agriculture en profonde mutation, mes parents ne se projetaient plus dans un mode de vie à l'ancienne, trop rigide sans doute et qu'ils ne comprenaient pas. Déjà, la plupart des jeunes du quartier avaient un emploi à la ville où les usines faisaient encore appel. Certains logeaient dans les HLM, en attendant, après s'être constitués un petit capital, de se faire construire une maison dans les faubourgs. Ceux qui retournaient à la ferme familiale tous les soirs, avec le solex ou leur première voiture d'occasion, apportant un salaire fixe à l'exploitation, s'ils prêtaient encore leur aide lors des grands travaux ou pour soigner le bétail, ne voulaient plus suer sur la terre ou se geler l'hiver, d'autant plus que leur métier n'était pas sans peine. Leur pesait plus que tout l'autorité morale et "politique" des ancêtres. Une vie nouvelle leur tendait les bras et la propagation dans les foyers de la télévision fascinante, qui instillait subrepticement les standards séduisants de la vie urbaine, ne pouvait qu'accélérer encore ce vent puissant.

Vieille civilisation désertée de mes aïeux, les évènements de la seconde moitié du vingtième siècle t'auront porté le coup fatal, tu rendais tes derniers soupirs lorsque je t'ai connue, faute d'avoir su te dépêtrer et t'accommoder un peu des mentalités nouvelles. Pourtant, plus de quarante ans plus tard, au moment de conclure mon propos, en considération des graves difficultés et des crises qui mettent en péril le monde moderne, chômage, paupérisation, famine, montée du communautarisme, problèmes environnementaux, tout compte fait, je ne suis pas du tout certain qu'il se trouve beaucoup de gagnants...

Adishatz !

Posté par cristau à 23:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06 janvier 2016

Vòtas 2016 / Voeux 2016

DSC_0013

Adishatz,

Las plantacions de Nadau que son en tèrra, la ploja que se i hè, au més d'abriu naveras huelhas verdetas que's jumparàn a l'airolet deu noste bosquet. Dab drin de retard que'vs vieni soheitar ua annada 2016 de las mei bonas. Que'vs tenga en bona santat ! Que'vs pòrte l'escaduda, l'amor e l'amistat vertadèrs ! Dens la superficialitat enganaire e dangerosa deu monde de uei, l'ipocrisia e l'acatada que son la regla, la sanceritat l'excepcion, e los hialats Internet que hèn d'apèr ideau aus manipulators e a totas las engarçadas. Com at disè tan plan Joan de la Fontaine, ne'vs desbrombetz pas jamei tot flatonejaire que viu au despens deu qui'u cred ! E avizatz-ve purmèr deus qui pretenen aver shens qu'amics ! Que i ei forçadament un lop...

Bona annada 2016 a las amnas sanceras !

Adishatz,

Mes plantations de Noël sont en terre, la pluie fait sa part, au mois d'avril de nouvelles petites feuilles vertes se balanceront à la jolie brise de notre petit bois. Avec un peu de retard je viens vous souhaiter une excellente année 2016. Qu'elle vous conserve en bonne santé ! Qu'elle vous apporte la réussite, l'amour et l'amitiés authentiques ! Dans la superficialité trompeuse et dangereuse du présent, l'hypocrisie et la dissimulation sont la règle, la sincérité l'exception, et les réseaux Internets fournissent le support idéal aux manipulateurs et à toutes les fourberies. Comme le disait si bien Jean de La Fontaine, n'oubliez jamais que tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute ! Et méfiez-vous d'emblée de ceux qui prétendent n'avoir que des amis ! Il y a forcément un loup...

Bonne année 2016 aux âmes sincères !

05 janvier 2016

Essai de projection fongique 2016 (au 5 janvier 2016...)

 

baes-26-04-15-17

 

Adishatz a tots,

La saison 2015 qui à l'heure où j'écris, n'a peut-être pas encore délivré ses derniers cèpes, a surpris les observateurs de par son démarrage précoce et l'intensité exceptionnelle de son premier semestre, même si la rigueur de l'hiver et la vague de froid de la première décade de février étaient de bons présages. Quoi que la sécheresse qui a prédominé à partir de l'été et les températures du sol devenues trop froides depuis la fin du mois de septembre malgré des mois de novembre et décembre extrêmement doux n'ont pas permis la pleine expression du potentiel mycélien des cèpes thermophiles sur lesquels portent mes projections dans mes coteaux où edulis est très rare, l'intensité de la saison ne s'est jamais démentie et on a même vu de vaillants aestivalis ressortir après Noël. On peut donc considérer que les projections saisonnières pour l'exercice 2016 ont été validées dans les grandes lignes.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à fortiori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches (stress hydrique) sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest (la saison 2009 en Béarn fut excellente), ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver 2014, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des hivers 2012-2013 et 2013-2014.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui des sites de la Chaine Météo ou de Météo-Villes qui fournissent un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps vérifié au sortir de l'hiver puis lors du premier semestre autorisera une projection fongique un peu plus affine, dans la mesure où les accidents climatiques survenant après le mois de juillet semblent impacter davantage la saison suivante que celle en cours.

Un première moitié d'hiver 2015-2016 exceptionnellement douce, sèche et ensoleillée...

Malgré un net rafraîchissement dès le 1er septembre, des gelées extrêmement précoces à la mi-octobre, les mois de novembre et de décembre 2015 se sont avérés désespérément secs et doux, et le coup de froid et les pluies diluviennes de la dernière décade de novembre n'y ont rien changé. Si une tendance sèche à priori, appelle généralement de bonnes surprises, encore que de bonnes pluies sont nécessaires aux végétaux durant la basse saison, les hivers doux, voire très doux, en l'absence totale de gelées et de froid, ne promettent en rien le bonheur, que ce soit en sous-bois à la saison des cèpes, où dans les ripisylves au printemps des morilles. Si l'on ajoute qu'à cet instant de l'hiver aucune tempête majeure ou série de tempêtes modérées ne sont venues inquiéter le mycélium dans sa relation à l'arbre hôte, seule la tendance sèche pourrait jouer en notre faveur.

Jusqu'à il y a quelques jours, les tendances saisonnières pour la suite et la fin de l'hiver n'étaient pas pour nous avantager, les modèles s'obstinant dans la douceur exceptionnelle et le flux zonal à perpétuité. Et puis une lueur d'espoir s'est fait jour le 1er janvier, certains calculateurs entrevoyant la possibilité d'une période froide en France à partir du 15 janvier. Nous sommes encore en attente d'informations quant à ce scénario, car il va de soi que l'arrivée du froid arrangerait grandement nos affaires. Faute de quoi il nous faudra scruter anxieusement les premières semaines du printemps.

Saison des cèpes 2016 : une première tendance ?

Les températures observées ces dernières semaines et les prévisions très douces à long terme, si elles se vérifient, n'invitent guère à l'optimisme quant à la future saison des cèpes. Il faudra alors reporter tous nous espoirs sur un printemps chaud et sec (comme en 2014) présentant le risque de majeur de sacrifier la saison des morilles, ce qui devient une fâcheuse habitude depuis 2011. L'occurence de  vents violents ces prochaines semaines pourrait se substituer au froid et semer du bonheur pour nos paniers en mettant à leur façon le mycélium à rude épreuve, mais c'est une perspective autrement plus inquiétante...

Je vous propose de prendre date vers le 5 février afin de faire le point sur l'évolution de l'hiver et la mise à jour de ces projections qui en découlent... À cette échéance nous disposerons d'une radioscopie plus complète de l'hiver pour étayer nos projections.

Adishatz !

03 janvier 2016

Les statistiques climatiques de l'année 2015 à Salies de Béarn

Statistiques climatiques 2015 à Salies de Béarn

 

 

 

Janv

Févr

Mars

Avril

Mai

Juin

Juil

Août

Sept

Oct

Nov

Déc

Ann

T mx

9°,58

8°,57

12°,77

20°,1

21°,70

26°,43

29°,09

28°,74

22°,46

19°,29

17°,46

17°,03

19°,43

T my

5°,35

4°,57

8°,75

13°,76

16°,18

20°,41

22°,65

21°,98

17°,01

14°,16

13°,19

11°,40

14°,12

T mn

1°,12

0°,57

4°,74

7°,43

10°,67

14°,4

16°,22

15,22°

11°,56

9°,03

8°,93

5°,77

8°,80

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

R ch

18°

16°

21°

30°

30°

38°

37°

36°

29°

27°

28°

24°

38°

R fr

-6°

-6°

-2°

11°

10°

10°

-3°

-6°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Préc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pl

18

20

20

15

12

14

14

12

15

12

12

4

168

Ne

1

6

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

8

Or

1

 

 

3

3

3

8

6

5

3

 

 

32

Gr

1

2

4

 

 

 

 

 

1

 

1

 

9

H pl*

16,4

22,2

12,12

8,82

3,4

8,19

4,95

9,5

8,1

6,75

9,55

1,5

111,48

E ne*

 

8cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

T mx

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

>25°

 

 

 

5

9

16

28

24

4

1

3

 

90

>30°

 

 

 

1

1

8

13

14

 

 

 

 

37

>35°

 

 

 

 

 

2

2

5

 

 

 

 

9

>40°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

T mx

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

<10°

21

21

9

 

 

 

 

 

 

 

5

 

56

<5°

3

6

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

10

<0°

 

2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

<0°

16

13

4

 

 

 

 

 

 

1

2

1

37

<-5°

1

2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3

<-10°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* La hauteur de pluie (H pl) et l'épaisseur de neige (E ne) sont exprimées en centimètres.

Observations :

Malgré un hiver assez froid, et une période nettement plus fraîche entre le 1er septembre et le 20 octobre, les températures moyennes annuelles sont très élevées, les mois de juin, juillet et août ayant été très chauds, et l'anomalie douce atteignant des sommets en novembre et décembre. Etrangement, dans ce contexte d'un été assez long et aux températures constamment élevées, les valeurs maximales relevées sont restées assez loin des records établis par le passé. L'automne 2015, après une première gelée très précoce, le 15 octobre, n'a connu que 4 valeurs inférieures ou égales à 0° et les températures maximales ne sont jamais descendues sous les 10° en décembre.

Concernant les précipitations, l'hiver 2014-2015, à l'instar de ses deux prédécesseurs, fait un peu illusion en infléchissant sensiblement à la hausse les statistiques annuelles, dû à un mois de février très arrosé, notamment. Par la suite, seul le mois de juin est légèrement excédentaire, fort des précipitations importantes de sa deuxième décade, tous les autres mois sont plus ou moins déficitaires et le mois de décembre établit un record proche de celui absolu de septembre 1985 (2 mm de pluie) avec 15 mm de pluie, soit 10% des précipitations normales en décembre. Salies et le Béarn renouent donc avec l'inquiétante tendance sèche qui prédominait entre la fin des années 1980 et l'automne 2012.

Adishatz !

Le classement annuel des saisons de cèpes de 1986 à 2015...

Classement annuel des saisons de cèpes de 1986 à 2015

 

Ce classement a été établi sur la base de relevés personnels de cueillette. Il intègre uniquement mes petits bois historiques, ceux que j'arpente depuis l'âge de 5 ans...

 

Cl

Année

Total

Observations éventuelles

1

2006

1040 cèpes

 Hivers 2004-2005 et 2005-2006 froids, été 2006 chaud et sec

2

2011

1011 cèpes

 Hivers 2008-2009, 2009-2010 et 2010-2011, froids.

3

2014

806 cèpes

Hiver 2013-2014 très doux, tempêtueux, juin et septembre très chauds

4

1986

510 cèpes

Hivers 1984-1985 et 1985-1986 froids.

5

2009

467 cèpes

Hiver 2008-2009 froid

6

2015

436 cèpes

Hiver 2014-2015 assez froid, printemps et été très chauds et secs

7

2012

402 cèpes

Hiver 2011-2012 froid (février)

8

1997

396 cèpes

Hiver 1996-1997 froid (novembre-décembre 1996)

9

2013

396 cèpes

Hiver 2012-2013 sans froid, été 2013 très chaud (juillet) et sec

10

 1987

374 cèpes

Hivers 1984-1985, 1985-1986 et 1986-1987 froids.

11

 2005

354 cèpes

Hiver 2004-2005 froid, été 2005 chaud et sec.

12

 2003

305 cèpes

Hiver 2002-2003 froid, été 2003 caniculaire.

13

2010

282 cèpes

Hivers 2008-2009 et 2009-2010 froids.

14

2007

262 cèpes

Hivers 2004-2005, 2005-2006 et 2006-2007* froids (en Béarn).

15

1995

214 cèpes

Eté très chaud et sec, fortes pluies début-septembre.

16

1998

211 cèpes

Hiver doux, été très chaud, devenant très orageux fin-août.

17

1990

192 cèpes

Hiver très doux, été très chaud et sec, devenant orageux.

18

2002

170 cèpes

Décembre 2001 glacial, puis été et automne extrêmement secs.

19

1996

169 cèpes

Hiver clément.

20

1991

145 cèpes

Hiver froid mais été devenant frais et très humide.

21

2008

144 cèpes

Hiver très doux.

22

2004

119 cèpes

Hiver clément, été devenant pluvieux et frais en août.

23

1999

82 cèpes

Hiver clément.

24

1988

80 cèpes

Hiver doux, été chaud.

25

1992

78 cèpes

Hiver clément.

26

2001

64 cèpes

Hiver très doux, été sec.

27

1989

60 cèpes

Hiver doux, été et début d'automne très chauds et secs.

28

2000

32 cèpes

Hiver très doux.

29

1993

25 cèpes

Hiver doux, été frais et humide.

 

Posté par cristau à 22:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Saison des champignons 2015 : l'exceptionnel tient souvent plus aux détails qu'aux chiffres bruts...

baer-20-09-15-41

Adishatz,

À l'heure où j'écris, la saison des champignons 2015 n'a peut-être pas encore fini de nous épater. C'est qu'après la grande douceur et l'extrême sécheresse du mois de décembre, le retour de la pluie en abondance, en l'absence de froid, pourrait favoriser l'avènement de quelques Marterouëts (boletus edulis) retardataires dans les places les mieux exposées.

Un printemps des mousserons en fanfare...

 

cg-04-04-15-25

 

Avant de nous attarder longuement sur les cèpes, dressons l'état des lieux des "Classiques du Printemps". La forte pluviométrie de mars, et sa douceur relative recouvrée, après un hiver assez froid et neigeux semble avoir revigoré les Mousserons pour notre plus grand plaisir, après quelques millésimes bien moroses et à bien des égards inquiétants. Pour ma part, je cueillais les premiers le 22 mars près d'une ferme de mes coteaux et les derniers le 3 mai, aux antipodes, dans une petite station fidèle mais plus imprévisible de par ses dates de production. Entre temps la place du 22 mars a produit à deux reprises ce qui atteste une activité certaine et je trouvai de gros spécimens début avril au même endroit qu'en 2014 en bordure d'une petite route des environs. Il convient de préciser que toutes mes places n'ont pas délivré de mousserons en 2015, certaines hélas ayant été détruites, à l'instar de "Cambòt", dont il fut longuement question sur ce blog, lors de travaux agricoles.

Ce printemps des mousserons fut également l'occasion pour moi de prendre mieux la mesure de l'implantation de l'espèce dans les faubourgs de Pau... Aux mousseronnières que j'avais répertoriées secteur Cours Liautey et présidence de l'Université de Pau est venue s'ajouter une petite nouvelle, très productive, au bout du parking de la faculté des Lettres, dans un carré de verdure.

Les morilles remontent la pente mais le compte n'y est toujours pas...

 

mv-11-04-15-07

 

Cela devient une fâcheuse habitude, depuis 2011 les pics de chaleur de la première quinzaine d'avril sont le désespoir des chercheurs de morilles du sud-ouest. Et pour ajouter à notre infortune, en ce printemps 2015, les belles ont joué avec nos nerfs, ne se montrant que vers la mi-avril. De mon côté, j'avais presque fait mon deuil de la saison, lorsque je trouvai mes premières, sur des places assez inhabituelles de ma petite morillère de plaine. Après avoir touché le fond en 2013 et surtout 2014, les effectifs sont en légère hausse même si avec 57 morilles dans cette place secrète on reste très loin des belles années. Il faut dire que la course de vitesse contre la chaleur était un peu perdue d'avance et que de nombreuses morilles n'ont sans doute même pas vu le jour.

Bientôt elles furent acculées dans les basses puis moyennes vallées des torrents de montagne avant de disparaître plus haut, mises en déroute par ces mêmes températures élevées qui gagnaient tous les étages. Mes cueillettes vers 400 mètres d'altitude peu après la mi-avril s'avérèrent bien moindres qu'en 2014 à la même époque et elles avaient déjà totalement disparu lorsque je tentais ma chance vers 600 mètres d'altitude dans les tout premiers jours du mois de mai.

Un printemps des cèpes qui entre dans l'histoire...

 

baes-09-05-15-28

 

La nature ayant horreur du vide, l'âme humaine cherchant bien vite à le combler, le pic de chaleur à 25, 27 puis 30° des 12, 13 et 14 avril, précéda de très peu l'arrivée du premier cèpe, frêle bouchon d'aestivalis, le 18 avril, sur la même allée de chênes et jusqu'au même tertre que son ancêtre du 23 avril 2014. À dire vrai je fus un peu surpris d'une trouvaille aussi précoce car le temps était resté bien frais, pluvieux jusqu'au 1er jour du mois, dans la continuité du mois de mars et on avait frôlé la gelée le 6 avril au matin. C'est dire si le mycélium devait être prêt à fructifier d'une part, et si le coup de chaud précité a dû grandement contribuer à l'élévation de la température du sol jusqu'au seuil d'activation ( environ 12°).

Cette précocité record n'était que le lever de rideau d'un improbable mois d'avril, lui-même précurseur d'un mois de mai étincelant avant que la fin du mois de juin et les tout premiers jours de juillet ne vinssent propulser la saison toute entière dans la légende.

Concrètement, les cèpes d'été se multiplièrent et gagnèrent de nouvelles places en dernière décade du mois d'avril, donnant au mois d'exploser ses records de productivité mensuelle et journalière. Jamais jusqu'à ce printemps 2015, je n'avais excédé les 10 cèpes au cours d'une journée d'avril. Malgré des précipitations modiques et une tendance à la sécheresse, la pousse gagna en intensité dans le courant du mois de mai. Vers le 13 on vit poindre les premiers cèpes noirs, nouveau record de précocité, plus de trois semaines d'avance sur une saison normale.

Entre le 15 mai et le 15 juin, à la faveur d'arrosages plus consistants, l'apparition de nouveaux cèpes tendit à se généraliser en une pousse qui eût fait blêmir de jalousie bien des automnes plus mal lotis. C'est à cette échéance aussi, que je fus maintes fois saisi d'émotion en actant la naissance de nouvelles places productives autour et jusque dans ma petite propriété, où les prochaines saisons s'annoncent passionnantes.

Une fin de mois de juin tout feu tout cèpes...

 

baer-29-06-15-61

 

Les très fortes pluies survenues entre le 9 et le 16 juin en Béarn ont favorisé une levée de cèpes considérable en dernière décade de juin et jusque dans les tout premiers jours du mois de juillet. Il s'agit de la plus importante pousse de cèpes observée au premier semestre depuis le mois de juin 1986. De fait ce fut une course contre la montre ou plutôt contre le temps et la canicule qui a sévi à compter du 30 juin. La première partie de la pousse, traditionnellement peuplée d'aestivalis est montée en puissance tout au long de la décade et on peut considérer que l'espèce a pu donner la pleine mesure de son potentiel. Il n'en fut pas tout à fait de même concernant les aereus, dont le processus démarre généralement quelques jours après celui du cèpe d'été (il faut que les sols se réchauffent) mais qui pour cette même raison a vu sa pousse quelque peu écourtée par les fortes chaleurs en première semaine de juillet. Cette pousse de cèpes fut assortie de nombreux bolets appendiculés, très peu voire pas d'oronges et de peu de girolles.

Malgré les fortes chaleurs le mois de juillet n'a pas totalement éteint la fougue des cèpes, quelques têtes noires héroïques se montrèrent encore çà et là bien après le 14 juillet dans les bois les plus épais et les bords de cours d'eau où subsistait un peu de fraîcheur. Et en fin de mois, avec le retour d'un temps plus instable et un peu moins chaud dès le 17, on vit nos braves reparaître un peu partout dans les bois en compagnie des girolles.

De fait, à peine ralentie par la surchauffe de début juillet, la pousse de cèpes, quoi que sporadique, n'a jamais vraiment faibli ni cesssé tout au long de l'été, regagnant même légèrement en intensité en dernière décade d'août après un passage pluvio-orageux plus conséquent (40 mm) du 13 au 15 août. Seul le retour de la canicule fin-août porta l'estocade à ce magnifique été en sous-bois.

Les girolles confirment, les oronges constellent les bois...

 

ac-20-08-15-42

 

Les cèpes ne furent pas notre unique motif de satisfaction fongique en cette année 2015. Malgré des conditions climatiques moins favorables (temps beaucoup plus chaud et plus sec), les girolles que j'attendais au tournant confirment leur formidable regain opéré en 2014, que ce soit de par leur productivité ou leur répartition dans les bois. On ne réalise pas les cueillettes pléthoriques de l'an dernier, mais cela reste nettement supérieur au résultat des 15 saisons précédentes. La pousse s'est amorcée en deuxième quinzaine de juillet et a persisté tout l'été avant de s'étioler lentement en septembre-octobre.

Après la vague de chaleur, les premiers oeufs d'oronges, très nombreux, sont apparus jusque dans les fentes de retrait des bois des coteaux béarnais en deuxième quinzaine de juillet. Plusieurs pousses de la belle amanite de César ont illuminé le mois d'août de leurs lanternes nombreuses, constellant certaines parcelles comme autant d'écloseries. Le retour de pluies plus significatives à compter du 31 août a généré une ultime pousse somptueuse jusqu'en dernière décade de septembre un peu partout en Béarn, même si cette dernière fut amoindrie et écourtée par des sols devenus bien trop froids...

Un automne fertile en rebondissements et autres contrariétés climatiques...

 

be-20-09-15-47

 

L'incroyable revirement de configuration climatique et plus précisément le net rafraîchissement durable survenu dans le sillage du grand orage du 31 août a vraisemblablement coûté à 2015 une des trois premières places au classement des saisons de cèpes qui lui était promise. En réalité la pousse consécutive aux pluies, avant que les sols ne s'avèrent temporairement trop froids ne fut que très localement exceptionnelle en fonction des quantités d'eau réceptionnées, plus généralement faible à modérée quoi que durable, comme dans mes coteaux où les cumuls enregistrés étaient beaucoup plus faibles qu'en juin.

C'est dans ce contexte un peu décevant, eu égard aux grands espoirs levés depuis le printemps, qu'à ma grande surprise et jubilation, je trouvai les premiers Marterouëts (boletus edulis) dans les sylves environnantes dès le 15 septembre. Un peu plus de 15 jours après la fin de la canicule, qui l'eût cru ! En dernière décade de septembre et durant les tout premiers jours d'octobre, la pousse d'edulis fut époustouflante tandis que les deux thermophiles, aereus et aestivalis se firent beaucoup plus discrets.

La sécheresse de plus en plus drastique, la grande fraîcheur puis les premières gelées très précoces dès le 15 octobre n'arrangèrent rien à la chose. En deuxième quinzaine d'octobre et jusque début-novembre, dans les parterres de feuilles sèches, seuls quelques rares Marterouëts entretenaient la flamme d'une saison chavirée.

Puis, le 8 novembre au soir, comme je passai dans une place lumineuse rentrant de randonnée, mon regard accrocha sur une bosse caractéristique sous les feuilles. La soulevant j'avisai un splendide aestivalis. Ce fut le signal. Quinze jours après un passage pluvieux modiques suvenu le 24 octobre, les cèpes thermophiles opéraient un retour héroïque là où le soleil fléchissant avait suffisamment réchauffé les sols. Au cours du weekend suivant cette même place était parsemée d'aestivalis de fort belle facture. Et pour mon plus grand bonheur, en lisière d'une autre place privilégiée, une nouvelle bosse sous les feuilles recelait deux aereus juvéniles tandis que les Marterouëts se faisaient plus rares.

 

baes-08-11-15-42

 

Cette embellie des thermophiles reposait sur des pluies malheureusement beaucoup trop faibles pour permettre un embrasement général des sous-bois. Et elle fut stoppée par le coup de froid survenu en dernière décade de novembre. Auparavant, au cours du weekend des 20 et 21 novembre, je trouvai encore quelques magnifiques aereus et aestivalis pour me tenir en joie.

 

baer-15-11-15-09

 

Après le coup de froid, une jolie petite levée de Marterouëts s'amorça en première décade de décembre, mais tout indique que le gel avait grandement opéré ses maléfices sur le mycélium car les 95 mm de pluie tombés durant l'intervalle hivernal laissait espérer une pousse un peu plus consistante. Les edulis continuèrent à venir à l'unité jusqu'au dernier jour du mois de décembre, il est vrai que les cèpes d'une manière générale, détestent la sécheresse hygrométrique comme celle qui fut le lot de ces trente et uns derniers jours de l'année.

 

be-05-12-15-69

 

Toutefois, comme 2015 est une année au caractère exceptionnel, les vacances de Noël virent réitérer le miracle dont je rêvais depuis le mois de décembre 1989. Le 24 décembre, alors que la nuit tombait, je rentrai chez moi pedibus par une petite route avec dans mon sac en toile deux jolis petits Marterouëts tout frais pour agrémenter le réveillon en famille. Soudain, comme je longeais une bordure de chênes poussés sur un talus exposé au soleil toute la journée, mon regard accrocha sur une grosse boule beige grisonnante et craquelée et je m'immobilisais comme en transe. En toute insouciance un splendide aestivalis de 500 grammes contemplait les allées et venues et se délectait du spectacle des Pyrénées qui s'étalait à perte de vue depuis le Pays Basque jusqu'au Pic du Midi de Bigorre de sa litière de feuilles. Le record du 23 septembre 1989 (aestivalis) venait de tomber. Retournant sur les lieux au petit matin de Noël je dégotais un autre aestivalis magnifique dans les hautes herbes fanées de l'autre côté du chêne, puis deux encore le 27 décembre sous un chêne à quelques mètres.

 

baes-24-12-15-54

 

Compte tenu de la sécheresse intense, les champignons de fin de saison se sont avérés très rares dans mes contrées, hormis les pieds de mouton qui ont trouvé asile dans les bas-fonds.

Sur la plan statistiques, avec 436 cèpes (dans mes petits bois historiques où les chiffres font sens), soit un peu plus de la moitié de 2014 et un peu plus de 40% de 2006 et 2011, la saison 2015 démontre brillamment que les détails et le scénario sont au moins aussi importants que le résultat final dans l'appréciation d'un millésime fongique et le bonheur que l'on y puise. Pour ce qui est de la répartition par espèce, aestivalis l'emporte à l'instar de 2011 avec 237 cèpes soit 54,35% de la cueillette finale. Cette prédominance d'aestivalis illustre la rupture observée après la vague de chaleur de l'été et plus particulièrement les mois de septembre et octobre. Traditionnellement, le printemps avantage aestivalis tandis qu'aereus monte en puissance en juillet-août et prend l'avantage en septembre octobre jusqu'à fournir un peu plus de 60% des effectifs finaux. Cette année aereus n'a pas pu expruimer la pleine mesure de son potentiel et aestivalis a conservé son avance jusqu'à expiration de la saison.

Adishatz !

31 décembre 2015

L'année météorologique 2015 à Salies de Béarn...

Adishatz,

DSCN9702

Au moment de quitter 2015, deux sentiments contradictoires et aiguisés disputent mon humeur. Inquiétude, devant les déraillements grandissants, frénétiques et tendant à se généraliser du climat de notre bonne vieille planète négligée et malmenée depuis des siècles par des schémas économiques court-termistes, égoïstes et inconséquents et qui inclineraient à penser qu'il serait trop tard. Espérance, espérance folle, mais espérance tout de même, contre toutes les forces de l'inertie, tous ceux, la multitude, qui nous assurent qu'on ne pourra rien sauver parce que fondamentalement ils ne souhaitent rien changer, rien retirer à leurs modes de vie consuméristes et épicuriens. Carpe diem, après moi le déluge... Espérance que sous la pression des citoyens et des organisations qui ont le devoir de veiller au grain, les politiques et les décideurs économiques mettront enfin le plus rapidement possible en chantier ce à quoi ils se sont engagés début-décembre à Paris et qu'un jour l'histoire se souviendra de 2015 comme de l'an zéro d'un monde meilleur, le grand tournant dans le rapport de l'être humain à sa nature, à sa planète... et à lui-même. Même si, comme beaucoup, je ne verrai pas les fruits de cet obscur labeur.

Le mois de janvier 2015, à l'instar de l'hiver, s'est avéré assez froid, mais sans excès.

Du 1er au 15 janvier :

Sur la lancée de la vague de froid qui a sévi après Noël, le Jour de l'An est célébré par une gelée sévère, -6°. Dans l'après-midi la barre des 5° est de nouveau franchie avec une maximale de 7°. Cette première quinzaine de l'année est caractérisée par un bon ensoleillement (faibles passages pluvieux à 5 et 3mm les 4 et 11 janvier) et une forte amplitude thermique à partir du 8. Les maximales atteignant 17 et 18° les 9 et 13 janvier tandis qu'il gèle fréquemment la nuit jusqu'à -2° le 12.

Du 16 au 29 janvier :

Un puissant flux océanique de Nord-ouest s'établit en altitude, il se traduit par de fréquents passages pluvieux parfois copieux (38 mm les 16, 17 et 18 janvier), de forts coups de vent tel celui du 29 janvier. Durant toute la séquence les nuits sont assez froides, il gèle fréquemment entre 0 et -3°) et les après-midis bien frais, oscillant entre 5 et 10°. Un éphémère pic à 12° est observé le 29.

Du 30 janvier au 9 février :

Dans la soirée du 29 janvier 2015 les vents basculent davantage au Nord-ouest-Nord et de l'air polaire commence à s'instiller jusqu'à basse altitude. La déstabilisation de la masse d'air qui s'ensuit génère des précipitations exceptionnelles (110 mm entre le 29 janvier et le 2 février), d'abord sous forme de pluie, puis de grésil et de neige. Car le refroidissement est très intense, on ne dépasse plus 5° le 31 janvier, 4° le 1er février, après un petit 0° nocturne. La journée du 2 février connaît une légère accalmie et le mercure remonte à 8° l'après-midi. De fortes chutes de neige tenant au sol sont observées le 3 février, en prélude à trois journées de grand froid, essentiellement diurne puisqu'on ne dépasse pas 0° les 4 et 6 février, 2° le 5, tandis que les nuits, à la faveur d'une couverture nuageuse persistante, les gelées sont plus modérées que redoutées, -6° le 4, -5° le 5 et -4° le 6. La journée du 7 février est encore bien froide avec -3 et 3° de températures minimales et maximales ainsi que celle du 8 où les maximales plafonnent à 5°. Il gélera encore à -3° les 9 et 11 février, -4° le 10, mais l'après-midi du 9 marque la fin de cette vague de froid avec 7°.

Les 10 et 11 février :

Malgré un gel nocturne pugnace évoqué ci-dessus, ces deux journées aux après-midis radoucis à 14 et 12° offre un intervalle agréable dans le courant d'un mois très agité.

Du 12 février au 4 mars :

Le flux océanique referme la parenthèse ensoleillée ouverte par la vague de froid de la première décade. Après de bons passages pluvieux entre le 12 et le 17 février au matin, seules les journées des 18 et 19 sont sèches et assez ensoleillées, les perturbations qui se succèdent entre le 21 et le 4 mars s'avèrent particulièrement arrosées (31 mm les 20 et 21 février, 35 mm le 25 février, 25 mm le 26 février). Dans ce contexte les températures fluctuent énormément, plafonnant le plus souvent à 10° malgré quelques pointes à 16° les 19 et 20 février, 14° les 1er et 2 mars, tout cela restant finalement assez frais pour la saison. Deux gelées, dont une à -1° sont obervées les 19 et 20 février, le plus souvent on se tient entre 2 et 4°. À l'approche du mois de mars les minimales remontent entre 8 et 10° mais une nouvelle baisse s'amorce le 4.

Du 5 au 19 mars soir :

Hormis un bon passage pluvieux les 13 et 14 mars (18mm) cette période est particulièrement ensoleillée et plus douce. Trois gelées sont tout de même observées les 5 (-2), 6 (-1) et 7 mars (0°). Mais les maximales culminant à 21° le 7 évoluent le plus souvent entre 13 et 18°. Petite faiblesse entre 8 et 12° du 13 au 16 mars cependant.

Du 19 mars soir au 1er avril inclu :

Dans la droite ligne d'un hiver 2014-2015 finalement assez pluvieux, mais moins que les deux précédents, la fin du mois de mars voit la reprise du défilé de fronts océaniques, les arrosages sont généralement modiques mais à la longue les cumuls sont significatifs. Cette dégradation s'accompagne d'une baisse sensible des températures entre le 20 et le 26 mars où on n'atteint plus les 10°. La journée du 22 est la plus fraîche, plafonnant à 7°. La dernière gelée de l'hiver est enregistrée le 26 mars (0°). La plupart du temps les minimales s'accrochent à la barre des 5°. À compter du 27 mars on assiste à une hausse du thermomètre, les nuits sont plus douces, oscillant entre 7 et 11°, mais les maximales comprises entre 13 et 14° restent en deçà des normes saisonnières...

Du 2 au 15 avril soir :

Hormis un faible passage pluvieux le 4, la première quinzaine d'avril est très ensoleillée. Avec des températures minimales très fluctuantes le seuil des gelées est approché les 2 et 6 avril (1°). Comprises entre 14 et 19° en début de période les températures maximales atteignent 20° le 8 avril. La suite est de plus en plus chaude, les minimales oscillant entre 7 et 11° tandis que la barre des 25° est atteinte puis dépassée à compter du 12 jusqu'au premier pic à 30° enregistré le 14 avril.

Du 15 avril au 4 mai, matin :

Le temps reste globalement chaud pour la période mais devient un peu plus instable sans être désagréable, 56 mm de pluie sont relevés les 26 et 27 avril, entrainant une baisse des températures à 16° les 27 et 28 avec un petit 5° le matin du 29. Généralement comprises entre 17 et 24° (26° le 21), les températures maximales repassent plus durablement au-dessus des 25° à compter du 2 mai.

Du 5 au 13 mai :

Cet intervalle est beaucoup plus sec mais aussi plus chaud que le précédent, la barre des 25° est fréquemment atteinte et dépassée, un nouveau pic à 30° survenant le 10 mai. Excepté une petite faiblesse à 7° le 7, les minimales évoluent entre 10 et 16°.

Du 14 au 21 mai :

Cette séquence est caractérisée par deux passages pluvieux modérés (13 mm les 14 et 15 mai ainsi que les 19, 20, et 21 mai) mais assez durables et qui affectent les températures à la baisse (maximales entre 17 et 18° du 14 au 16 et entre 14 et 17° du 19 au 21 mai). Un petit 6° est relevé le 21 mai au matin.

Du 22 mai au 9 juin :

6° est également la valeur observée le 22 mai à l'aube. Après quoi, la période qui s'ouvre, très ensoleillée et sèche (sauf rares averses), voit une hausse sensible et presque linéaire des températures. Après quelques après-midis à 18°, la barre des 20° est durablement repassée le 27 mai (23°), puis celle des 25° à compter du 31 mai, jusqu'à un pic de très forte chaleur à 35° le 4 juin. Les températures minimales se redressent également mais de façon plus indécises une valeur à 8° est enregistrée le 27 mai, deux autres à 9° les 28 et 31 mai. En fin de période on se situe légèrement au-dessus des 15°.

Du 10 au 19 juin :

Après un mois de mai très sec, la deuxième décade de juin est affectée par une très forte dégradation pluvio-orageuse, générant des pluies très intenses au pied des Pyrénées. 51 mm sont relevés du 9 au  13 juin soir, 29 mm du 14 au 19 juin. Curieusement, les températures ne sont guère affectées par ces intempéries, oscillant entre 18 et 24° pour les maximales et 11 à 17° à l'aube.

Du 20 juin au 17 juillet, soir :

L'été 2015 s'est avéré très chaud, bien plus que ne le laissaient entrevoir les projections saisonnières. Dès le 20 juin sous un ciel limpide les températures repartent à la hausse, la barre des 30° étant couramment atteinte et dépassée 22 au 29 juin. Jusqu'au 26 juin les températures minimales sont plus laborieuses, fluctuant entre 11 et 13 degrés, après quoi elles évoluent entre 16 et 20°. Le 30 juin est une des journées les plus chaudes de l'été en Béarn, culminant à 38°. En soirée une brise marine salutaire se lève, qui a l'heur de repousser les remontées d'air les torrides à l'intérieur des terres et notamment dans l'Est et le Centre-Est où l'on peut véritablement parler de canicule jusque fin juillet. Le décor est planté jusqu'au 17 juillet, les remontées d'air caniculaire s'enchaînent sur le pays, mais ne peuvent réellement s'installer en sud-Aquitaine car la brise thermique se lève à la moindre poussée de fièvre du mercure. Un pic à 34° est observé le 3 juillet, un autre à 33° le 6, celui du 10 à 37° est suivi d'une virulente galerne, de sorte que juillet 2015 ne se peut en rien comparer à août 2013 dans l'ouest du département. D'autant que les fins de nuits, fluctuant entre 17 et 18° du 2 au 8 juillet, redescendent fréquemment à 13° à partir du 9 juillet. À compter du 12 juillet le mercure se stabilise enfin plus durablement au-dessus de 30°. Le pic à 33° du 17 juillet est suivi d'une dégradation orageuse, avare en pluie mais qui marque un changement de temps.

Du 18 au 31 juillet :

Dans une ambiance toujours chaude (pics à 35° le 18 et 33° le 20) la suite et la fin du mois de juillet s'avèrent plus instable et orageuse. Les précipitations sont généralement faibles à modérées. En toute fin de mois une dégradation plus sensible fait nettement baisser les températures maximales (22° le 29, 21° le 30 et 19° le 31). Les minimales restent d'un bon niveau, entre 13 et 15°.

Du 1er au 17 août :

Cette séquence est marquée par une extrême variation des températures. Du 1er au 5, malgré un faible passage orageux les 3 et 4, les températures maximales sont en hausse sensible (33° les 2 et 3 août, 36° le 5 août). Mais une baisse sensible s'amorce dès le 6 août et le 8, sous la pluie (12°), on excède pas 18°. La chaleur revient dès le 10 août, culminant à 33° le 12, suivie par une dégradation orageuse plus sensible du 13 au 17 (42mm) doublée d'une nouvelle baisse du mercure (19° le 14, 17° le 15).

Du 18 au 30 août :

Sauf un petit passage orageux du 22 au 24, cette période est à nouveau beaucoup plus sèche et nettement plus chaude après un petit 11° matinal le 19. Un premier pic à 34° est observé le 21 août, puis, entre le 26 et le 30 août, les températures atteignant 35 à 36°, on peut véritablement parler de canicule en Béarn.

Du 31 août après-midi au 18 septembre matin :

Dans la torpeur de ce dernier jour du mois d'août, la puissante cellule orageuse accompagnée de vents très violents et de grêle qui a pris naissance à l'ouest du département mais plus particulièrement affecté les régions de Mourenx, Pau et l'Est du Béarn, a relativement épargné les coteaux de Salies (26 mm) mais constitue pour tous un tournant majeur de l'année météorologique. Les vents dominants tournent au nord-ouest voire au nord puis au nord-est pour tout le mois de septembre et les températures maximales , après une chute de 13 degrés en 48 heures ne dépasseront que très rarement le seuil des 25° au cours des trente premiers jours de l'automne météorologique, oscillant le plus souvent entre 19 et 22°. Descendant parfois à 8° (les 6 et 7 septembre) les températures minimales varient généralement entre 10 et 15° à la faveur de la couverture nuageuse. Il faut dire que la période est très instable, les journées sèches sont minoritaires (hormis un intervalle du 6 au 8 septembre), même si les précipitations restent modérées (13 mm le 12, 14 mm les 14 et 17 septembre). Un bref orage de grêle est observé le 12 septembre.

Du 18 au 30 septembre :

La suite et la fin du mois de septembre s'avèrent globalement ensoleillées mais toujours fraîches. Les journées des 22 et 23 septembre affectées par un passage pluvieux modéré (18 mm) font exception, ainsi que dans une moindre mesure, celle du 30 ( 2mm ). Les températures minimales oscillent désormais autour des 10°, une valeur à 7° est même relevée le 24 septembre. Les maximales, initialement comprises entre 19 et 23°, remontent tant bien que mal entre 22 et 24° à partir du 30 septembre.

Du 1er au 13 octobre matin :

Une dégradation modérément pluvieuse survient entre le 1er et le 7 octobre inclus (27 mm en cumul). Malgré des températures maximales en dents de scie (16° le 2 octobre, 17° le 7, mais 24° les 6 et 10 octobre, 27° le 5) le ressenti est un peu moins frisquet que lors de la période précédente. Deux valeurs à 6° les 9 et 10 octobre à l'aube toute de même. Après un intervalle sec et ensoleillé du 8 au 11 octobre, un passage pluvieux plus copieux (22mm) les 12 et 13 octobre précède un net fraichissement des températures.

Du 13 octobre après-midi au 25 octobre :

Sous un soleil retrouvé, les journées des 14, 15 et 16 octobre sont particulièrement froides pour la saison, le seuil des gelées (0°) est atteint le 15 où on ne dépasse pas 13° au meilleur de la journée. Les maximales remontent temporairement à 18 puis 20° les 17 et 18 octobre. Mais les journées du 19 au 22 octobre sont de nouveau bien fraîches avec des maximales fluctuant entre 14 et 17°. Toutefois, la couverture nuageuse amortit la baisse nocturne et les minimales ne descendent sous les 10 degrés que du 20 au 22 (6° le 21 octobre). Après le 23 les vents tournent au sud-est et sous un soleil dominant la barre des 20° est approchée puis dépassée.

Du 26 au 5 novembre :

C'est un temps de plus en plus doux, pour ne pas dire chaud pour la saison, et très sec (après un passage pluvio-orageux à 14 mm les 27 et 28 octobre) qui se met en place au grand tournant de la Toussaint 2015. Deux pics à 24° les 26 et 30 octobre sont enregistrés les 26 et 30 octobre, les minimales oscillant entre 7 et 14°, ce qui est très élevé pour l'époque. Un très faible passage perturbé (5 mm) survient entre le 2 et le 5 novembre.

Du 6 au 20 novembre soir :

Les journées des 6, 7 et 8 novembre s'avèrent particulièrement chaudes (26, 25 et 28°). La suite reste très ensoleillée mais on troque la chaleur pour une grande douceur, avec des minimales arqueboutées autour des 10° (petite faiblesse à 6, 5 puis 4° les 15, 16 et 17 novembre) et des maximales évoluant entre 16° (le 11) et 22° le 18 novembre.

Du 20 novembre soir au 28 novembre matin :

L'advection d'air très froid polaire en altitude dans l'après-midi du 20 novembre provoque une très forte déstabilisation de la masse d'air et de fortes pluies (37mm). Après un début de nuit encore très douce (18° le 21), les températures s'effondrent jusqu'au lundi 23 où les maximales n'excèdent pas les 4° sur les coteaux. Deux gelées à -3° sont enregistrées les 23 et 24 novembre. Mais très vite une puissante dégradation pluvieuse en flux de nord-ouest se met en place et 53 mm sont relevés entre le 23 et le 28 novembre tandis que les températures diurnes remontent entre 9 et 13°. Cette courte période concentre plus de 80% des précipitations de l'ensemble des mois de novembre et décembre 2015, très secs.

Du 28 novembre après-midi au 31 décembre soir :

La fin de l'année 2015 et son dernier mois furent caractérisés par un ensoleillement record, une douceur hors norme et une grande sécheresse, la récurrence d'un anticyclone subtropical s'étendant de l'Afrique du Nord à l'Europe Centrale et générant un flux de sud-ouest d'altitude en est la cause. Une seule petite gelée est observée le 2 décembre, les minimales oscillant généralement entre 3 et 11°, rarement moins, surtout en début de période. Les maximales pour leur part ne descendent que très rarement à 14° (les 29 novembre, 2, 9, 13 et 27 décembre) et montant encore un peu à compter du 14 décembre où 17° devient la valeur la plus basse tandis qu'un pic à 24/25° est observé en Béarn le 19 décembre. Un seul passage pluvieux significatif est enregistré durant tout le mois, 10 mm les 8 et 9 décembre. Dans les tout derniers jours de l'année, le flux zonal se faisant plus pressant, 5 mm de pluie en cumul sont relevés les 29 et 31 décembre. Au final décembre 2015 affiche un déficit record, 15 mm, soit 10 % de la pluviométrie mensuelle normale.

En conclusion, après un hiver court mais assez froid et pluvieux, puis un printemps relativement équilibré sur le plan des précipitations et des températures, Salies de Béarn a renoué dès le mois de juin avec un déficit pluviométrique qui s'est aggravé durant l'automne et le début de l'hiver en cours, et que l'on croyait oublié depuis les pluies incessantes et diluviennes survenues à partir de l'automne 2012. Dans un même temps, l'été 2015 s'est avéré particulièrement long et chaud, quoi que le plus dur fût atténué par la brise thermique en juillet. Autant de signaux de dysfonctionnement climatique croissant. La sécheresse en cours est proche des records, sur le plan des températures le dernier semestre est sans équivalent, hormis peut-être 1989 pour la partie novembre décembre. Après un non-hiver 2013-2014, la perspective d'un second non-hiver absolu dans la décennie constituerait une première inquiétante sur le plan des statistiques en Béarn, ce genre d'évènements survenant habituellement une fois tous les 10 à 15 ans. Quoi qu'il en soit, on ne peut plus nier que le changement climatique soit en cours, et peut-être en phase d'accélération...

Adishatz !

03 novembre 2015

De l'impact des météores sur les pousses de cèpes...

Cèpe de Bordeaux crème caramel après l'averse...

Adishatz,

L'eau, c'est bien connu, est un élément indispensable à la vie. Dans le règne fongique c'est si vrai que sans eau rien ne pousse, et cet automne 2015 l'illustre pleinement. Nos anciens n'ont pas attendu la mycologie en tant que science pour valider l'importance des météores, au sens large du terme (pluie mais aussi grêle et neige), quelques jours auparavant mais aussi très en amont de la survenue des champignons et en tout premier lieu des cèpes. Ces observations rudimentaires ancestrales ont servi de terreau à de nombreuses théories plus ou moins recevables où la superstition et certains penchants de l'âme terrienne prennent toute leur part. Alors que les vacances des cèpes s'éternisent prenons le temps de demêler le vrai du faux et de mettre à jour les connaissances de chacun sur ce thème crucial et passionnant...

La neige, un rôle indéfinissable et peu sensible ?

Très en amont de la saison des cèpes, de novembre à mars, rarement lors de giboulées en avril, une partie de l'eau qui se déverse sur nos écosystèmes le fait sous forme de neige. La neige a donné naissance à une théorie ou croyance vivace mais dans tous les cas très difficilement vérifiable. Les hivers neigeux favoriseraient de belles saisons de champignons et tout particulièrement de cèpes car la neige apporterait de l'azote aux sols. Sur la foi de mes observations méréorologiques trentenaires, loin de pouvoir réfuter catégoriquement cette superstition, je me limiterai à la contester par des exemples concrets. Même si d'autres paramètres seraient à prendre en compte, force est de constater que des hivers simplement (très) neigeux comme 1987-1988, 1991-1992 ou encore 2003-2004, n'ont été suivis que de piètres ou médiocres saisons de cèpes. Il ressort de mes données que des hivers plus froids et (très) neigeux (1984-1985, 1986-1987, 2002-2003, 2011-2012, 2014-2015) ont été suivis de saisons bien plus productives voire exceptionnelles. C'est aussi le cas d'hivers plus froids mais très peu neigeux (1985-1986, 2004-2005, 2005-2006, 2010-2011, ...) Nous avons donc de bonnes raisons de penser que le froid, le gel sévère et prolongé, seraient des facteurs au moins aussi importants que la seule neige dans la vigueur d'une saison de champignons...

La grêle, entre superstition, éxagération et réalité...

Bien plus que la neige, le cas de la grêle, celle qui survient lors des gros orages des beaux jours, a donné libre cours à de nombreuses théories et croyances. Pour l'essentiel, les tenants de la culture empirique et héritiers de l'âme paysanne profondément enfouie dans l'inconscient collectif de ce pays, promettent l'abondance fongique là où de fortes chutes de grêle ont sévi. Pour tenter d'habiller scientifiquement leur prophétie certains mettent en avant le fait que la grêle serait porteuse d'un supplément d'azote dont les cèpes seraient friands, car elle se forme à une altitude où l'atmosphère concentre davantage ce gaz. Attribuer de fortes pousses localisées de cèpes à la seule grêle, c'est oublier un peu vite qu'un orage de grêle est en général et avant tout générateur de très fortes pluies. Laquelle prend aussi toute sa part dans la production des cèpes. L'impact de la grêle semble donc d'autant plus difficile à quantifier qu'il faudrait commencer par l'isoler de celui de la pluie. En ce qui me concerne, des décennies d'observations météorologiques et fongiques sur mon terroir, ainsi certaines sylves du département, m'inclinent à être beaucoup moins enthousiaste et catégorique sur cette question : certains orages de grêle (et de fortes pluies associées) ont pu générer des pousses de cèpes significatives dans mes coteaux salisiens comme celui du 13 juillet 1983. D'autres ont produit quelques cèpes à l'unité, comme l'orage apocalyptique du 10 juin 1998. De même en montagne plus récemment, mes sorties dans des secteurs fortement grêlés moins de 15 jours auparavant n'ont jamais été couronnées de cueillettes mirifiques, tout au plus étaient-elles copieuses. C'est dire si le rôle de la grêle gagnerait à être relativisé et affiné. La vivacité de cette croyance tient aussi au fait qu'elle est sous-tendue par cette vieille morale ancestrale profondément ancrée dans le monde rural : "à toute chose malheur est bon..." En vertu de quoi nos anciens se consolaient de l'infortune qui les frappait ou s'abattait sur les fermes ou les villages voisins en se disant que c'était un mal pour un bien.

La pluie, une valeur sûre pour un rôle complexe et minutieux...

La pluie est, et de très loin, le principal fournisseur en eau de nos écosystèmes. Son abondance ou sa rareté en font le facteur déterminant de nos saisons fongiques. Indépendamment des humeurs du mycélium, à l'instar de cet automne 2015, sans pluie, rien ne pousse vraiment.

Si le rôle de la pluie n'est plus à démontrer il est également assorti d'idées fausses et de superstitions qu'il convient de démonter et ses effets réels dans le cycle des cèpes méritent d'être examinés et précisés à la lumières des connaissances actuelles...

Sachez tout d'abord qu'il est inutile de vous ruer dans les bois s'il a plu la veille quoi qu'on vous en dise. En précisant que les délais varient en fonction des terroirs, des types de sols, de l'altitude, des saisons et d'autres facteurs plus complexes, il faut patienter 8 jours (rarement 7) pour voir poindre des bébés cèpes, une bonne dizaine pour admirer de jolis bouchons et c'est au delà de 12 jours que l'on cueille majoritairement des cèpes adultes après un arrosage significatif. Le cèpe ne naît donc pas toujours de la dernière pluie. Toutefois, il ressort de mes données météorologiques et fongiques abondées par les observations de confrères que la dernière pluie serait capable dans certains cas de réactiver une pousse moribonde et en voie d'avortement générée par des précipitations plus anciennes. À l'instar du début du mois de juillet 2011 cette configuration se produit notamment en été lorsque de fortes chaleurs doublées d'un fort assèchement de l'air et du sol prennent de court le mycélium dans la formation de ses cèpes.

Après une (très) longue période de sécheresse, surtout lorsque les températures ont été élevées, il arrive que le délai d'attente soit plus long car les premières pluies, si elles sont suffisantes ,ont essentiellement l'heur de réactiver le mycélium entré en dormance. Deux bonnes semaines ne sont alors pas de trop. C'est également au sortir d'une (très) longue séquence sèche et chaude, lorsque la température des sols déshydratés est à son maximum, que le retour de la pluie déclenche le fameux "choc thermique", ce brutal refroidissement du sol indispensable au processus de fructification du mycélium sur lequel il agit comme un coup de semonce. Le choc thermique peut se doubler d'un "choc hydrique" si la pluie qui l'induit est suffisamment abondante. Et on observe parfois des "chocs thermiques inversés" lorsque, comme en ce mois d'octobre 2015, des pluies viennent réchauffer des sols trop refroidis par des semaines de vent de nord et de rayonnement nocturne, permettant ainsi un redémarrage de l'activité mycélienne.

La quantité de pluie tombée, généralement en cumul, détermine l'intensité de la pousse consécutive. En faisant là encore toute leur part aux terroirs, aux différents types de sols, 50 mm (s'abaissant parfois à 40 en s'enfonçant dans l'automne) est considéré comme le seuil minimum nécessaire et suffisant à une grande pousse. Cette valeur peut être largement dépassée mais sera d'autant plus efficiente qu'elle sera réalisée en moins de 10 jours, une semaine étant l'idéal. S'agissant de cumuls très supérieurs à 50 mm, ils peuvent s'avérer contreproductifs s'ils sont réalisés dans un délai trop court... Je me souviens d'une trombe terrestre survenue en Gascogne les 8 et 9 août 1992, générant 120 mm de pluie dans mon pluviomètre en 36 heures. Malgré des conditions ultérieures favorables (températures modérément chaudes pour un mois d'août et temps variable) il n'y avait quasiment pas eu de cèpes et l'automne s'était avéré misérable. Inversement, les 120 mm tombés début septembre 2006, essentiellement en deux orages espacés de moins d'une semaine, au sortir d'une période de temps très chaud, avaient généré la plus prodigieuse poussée de cèpes du 21ème siècle commençant dans mes terroirs. C'est dire si la question du dosage est important. Même sans arrosage ponctuel important "noyant" le mycélium une séquence de temps trop humide (pluies modiques mais très fréquentes), frais et faiblement ensoleillé, peut semer la déception dans le panier. En l'absence de réalisation du quota des 50 mm, ce qui fut le lot de mes coteaux cet automne, on s'aperçoit que des arrosages plus modestes, répétitifs mais régulièrement interrompus par deux à quatre jours de temps sec, ensoleillé et doux, favorisent une pousse de cèpes aléatoire, faible à modérée, qui peut s'installer parfois plus d'un mois avec des petits pics et des creux au gré des apports d'eau. Ce genre de configuration de pousse avantage les connaisseurs au détriment des occasionnels car il faut mériter ses cueillettes...

En oûtre, l'impact de la pluie sur la production mycélienne varie considérablement en fonction des saisons et du type d'écosystèmes. Au faîte de l'été des pluies importantes peuvent générer de fortes pousses de cèpes dans les bas-fonds frais de préférence en versant nord, dans les vallées des cours d'eau et les étendues boisées très denses, tout milieu susceptible de conserver l'humidité plus longtemps, tandis que les hauteurs et les sylves bien exposées peineront à produire quelques cèpes, juillet 2011 et 2014 constituant deux contrexemples remarquables dûs à la fraîcheur des températures et à un très faible ensoleillement. À l'inverse, en début de saison mais plus sûrement en avançant dans l'automne, à quantité de pluie égale, les cèpes tendront à délaisser progressivement les bas-fonds pas encore assez chauds ou devenus trop froids pour gagner les bordures, les crêtes et les bois généreusement ensoleillés. Bien entendu ceci n'est que la synthèse de mes observations trentenaires et fort heureusement les choses sont souvent infiniment plus complexes in situ.

La rosée, un petit supplément précieux mais trop peu (re)connu...

Lorsque les bienfaits des dernières pluies s'estompent et que de nouvelles tardent à prendre le relai, au fur et à mesure que la durée du jour raccourcit et que la course du soleil s'incline vers l'horizon, la rosée et les brouillards matinaux viennent parfois sauver une pousse naissante ou prolonger celle en cours, en garantissant aux écosystèmes ce supplément d'humidité nécessaire et généralement suffisant au labeur du mycélium en fin de saison. Ceci est particulièrement vrai pour les cèpes venant en lisière où la végétation au sol conserve mieux les apports d'eau et les cèpes de Bordeaux de la mi-octobre à Noël sous les feuilles mortes...

Adishatz !

29 octobre 2015

De l'importance de la température du sol dans les pousses de cèpes...

be-27-09-15-05

Adishatz,

Pour nombre d'entre nous, habitant en ville et souvent loin des lieux de cueillette, prévoir au mieux une pousse de cèpes et planifier les sorties en conséquence revêt une importance capitale dans la mesure où le temps et le carburant sont de plus en plus comptés. La démarche s'avère d'autant plus hasardeuse que bien des paramètres échappent à cette prévision et il n'est pas rare que les bois soient déserts au moment de se projeter sur le terrain.

C'est que le temps et les températures de l'air quelques jours et heures avant la sortie, voire en amont pour ceux qui ont accès à des relevés plus complets et antérieurs, s'ils participent grandement de l'activation du mycélium et pour la pluie de sa matière première, ne sont pas à eux seuls les facteurs déclenchants d'une pousse dont le signal émane des entrailles de la terre via les variations tour à tour lentes ou plus brutales et saccadées des températures auxquelles le mycélium est extrêmement sensible.

Plusieurs éléments concourent, se confrontent ou se neutralisent en permanence, concomitamment ou successivement, dans la régulation de la température des sols de nos bois et c'est cette tension perpétuelle qui crée les conditions favorables ou défavorables à la venue des cèpes. De la chaleur remonte en permanence des profondeurs de la terre, certains thermomètres sonde assez perfectionnés vous permettront aisément de le vérifier, même en plein hiver. Mais entre la surface et 15 centimètres de profondeur, la strate qui nous intéresse davantage, des éléments extérieurs au sol vont venir lisser, annuler, infléchir cette tendance naturelle ou au contraire l'amplifier. Bien plus que le contact de l'air avec la surface, le rayonnement solaire direct impacte sensiblement à la hausse les températures du sol, lesquelles atteignent généralement un maximum dans le courant de l'été. Inversement, le rayonnement nocturne, en l'absence de nuages, génère un refroidissement du sol, principalement en hiver. Les chutes de grêle ou de neige favorisent un refroidissement sensible mais temporaire, le refroidissement local induit par la grêle en été est parfois générateur de pousses de cèpes spectaculaires non seulement parce que la grêle est généralement accompagnée de beaucoup de pluie, mais surtout par le "choc thermique" amplifié qu'elle cause au mycélium. Le cas de la pluie est autrement plus intéressant car son impact sur la température des sols diffère en fonction des saisons et du contexte initial. En période estivale ou loin de toute période froide, la pluie est un facteur de refroidissement des sols, induisant le fameux choc thermique au mycélium en préalable à la pousse. Mais il arrive aussi que de la pluie douce impacte sensiblement à la hausse la température de sols déjà bien froids comme en cet automne 2015. Certains ont alors pu parler de "choc thermique à l'envers..." C'est si vrai que l'on voit souvent les cèpes et d'autres espèces reparaître peu de jours après une pluie mettant fin à une longue séquence de sols trop froids.

Pour m'en tenir aux cèpes, plusieurs études scientifiques récentes ont permis de déterminer des "seuils" et "plafonds" de températures de sol d'activation du processus mycélien propre aux quatre espèces de cèpes. Ces seuils et plafonds sont sujets à variation en fonction des terroirs mais aussi de l'altitude. Un cèpe d'été montagnard s'accommodera davantage de sols plus froids que son homologue des plaines gasconnes. Il convient aussi de préciser que ces températures plancher ou plafond doivent être observées dans la durée (relative stabilité) pour que le processur mycélien s'active ou s'interrompe durablement. Ceci explique notamment pourquoi certaines saisons au printemps, peinent à démarrer.

Le cèpe noir est le plus thermophile de nos cèpes. Il requiert des températures de sols atteignant ou dépassant durablement les 12 mais plus assurément 14 degrés pour commencer à produire ses sporophores. On comprend mieux pourquoi il apparaît souvent en juin, soit un bon mois après son frère le cèpe d'été. L'aereus est le dernier cèpe à braver la torpeur de l'été, il n'est pas rare que je le trouve encore alors que le thermomètre sonde de sol de mon bois indique 24 voire 25 degrés... Mais c'est entre 16 et 20 degrés dans le sol qu'il se plaît le mieux pour notre plus grande joie.

Le cèpe d'été éclot sur les bordures et les allées des bois clairs, parfois dès le mois d'avril, pour peu que la température du sol s'établisse durablement au-dessus de 12 degrés. Sa production s'interrompt lorsque le sol atteint ou dépasse 22 degrés plusieurs jours durant.

Des trois espèces les plus répandues le cèpe de Bordeaux et le moins thermophile, un sacré gaillard, rompu aux gelées blanches d'arrière-automne et aux abats d'eau. Se montrant très rarement au printemps, il se manifeste d'abord en montagne, parfois en juillet, plus généralement en août, vers 1300 et 1800 mètres, toutes altitudes où les températures du sol sont le plus susceptibles de redescendre rapidement et durablement en dessous des 15 degrés. Il dévale les pentes et apparaît ensuite en plaine au fur et à mesure que les sols se refroidissent. Certaines études ont déterminé un seuil d'activation (désactivation serait le plus approprié concernant cette espèce) du mycélium de l'edulis à 10 degrés. Sur la foi de mes observations et relevés de terrain qui m'ont donné de cueillir ce cèpe en parfait état après plusieurs gelées à -4, -5 degrés, j'incline plutôt à penser que des températures de sol à 8 degrés voire inférieures ne le découragent pas.

Reste le cas du plus rare de la bande des quatre, le plus mystérieux aussi, le cèpe dit "de sapins", boletus pinophilus. Faute d'études précises à son endroit, on considère que ses habitus et préférences thermiques sont assez proches de l'edulis. À cette nuance de taille près, que je l'ai déjà rencontré au printemps en moyenne montagne à trois reprises.

Lorsque l'on met en regard ces courbes de températures propres aux trois espèces les plus répandues, on détermine un intervalle de température minimale et maximale du sol dans lequel on a le plus de chances de les trouver ensemble dans le même biotope au cours d'une même sortie, cet optimum de températures, un confrère avait parlé de "noeud thermique", probablement variable en fonction des terroirs et de l'altitude, est généralement compris entre 12 et 15 degrés.

Le facteur déclenchant une pousse majeure de cèpes (et d'autres espèces de champignons), déjà effleuré dans cet article, est généralement le "choc thermique". Il s'agit d'un décrochage significatif et plus ou moins brutal de la température du sous-sol (la température du sol en profondeur variant tpresque oujours plus lentement que celle de l'air). Les deux causes principales de cette chute sont soit l'occurence de fortes pluies sur un sol (très) chaud. On parle alors de "choc thermo-hydrique". Mais un choc thermique peut également survenir en l'absence de toute pluie, par temps calme et ciel limpide, en septembre ou octobre, lorsque la température de surface s'abaisse en dessous de 10, 5 voire avoisine les 0 degrés. Ce choc thermique est fonction des températures qui précédaient sa survenue. Une ou deux nuits inférieures à 10 degrés début septembre après de longues semaines de chaleur peuvent y suffire tandis qu'en octobre quelques matinées autour de 5 degrés seront plutôt nécessaires. Le choc thermique agit en stimulus-reactio sur le mycélium en abaissant parfois momentanément la température du sol en dessous du fameux seuil de production de l'espèce. Pour que les cèpes poussent un choc thermique ne doit pas être durable, une lente remontée des températures du sol vers des niveaux de confort est plus que souhaitable, sans quoi le mycélium abdique, à l'instar de ce mois d'octobre 2015. Le choc thermo-hydrique est le plus intéressant pour nous, en apportant l'eau nécessaire à la pousse. Et plus les quantités d'eau tombées concomitamment à la chute des températures seront importantes, plus la pousse a de chances d'être prolifique. Le choc thermique en condition sèche favorise également une pousse s'il a plu au cours des jours et semaines précédentes. L'amorce et la montée en puissance de cette dernière seront habituellement plus lentes et graduelles que dans le cas d'un choc thermo-hydrique. Il existe enfin, particulièrement entre les mois d'octobre et décembre, une sorte de "choc thermique inversé", comme abordé plus haut, la pluie lorsqu'elle est plus chaude que le sol pouvant, à condition d'être suffisamment abondante, contribuer à un réchauffement de celui-ci jusqu'à supérer les seuils d'activation du processus fongique. Si les jours qui suivent permettent une stabilisation des températures du sol au-dessus de ces minima minimorum, la production de cèpes reprendra. Ce cas de figure advient souvent pour les aereus et les aestivalis aux rivages de la Toussaint, de façon beaucoup plus systématique et jusqu'aux fêtes de fin d'année s'agissant d'edulis, qui sait mieux qu'aucun autre tirer parti de ces conditions versatiles et fortement dégradées de novembre et décembre...

Pour en terminer avec cette question passionnante et essentielle, sur le plan pratique, il vous est possible de vous procurer des thermomètres sonde de sol à tous les prix sur le Net, en vue de réaliser vos propres relevés et d'affiner vos prévisions. Veillez simplement à ce que la sonde affiche la température du sol entre 10 et 15 centimètres de profondeur...

Adishatz !

28 octobre 2015

De l'impact de la Lune sur les pousses de cèpes...

Lua-90

Adishatz,

Suite à certains commentaires ici-même et à d'innombrables controverses sur les médias dédiés où le vain le dispute à l'inéluctable et au passionné, je me décide enfin à apporter ma pierre et exposer mon sentiment personnel sur un des sujets les plus épineux et ardus qui agitent le mycrocosme des mycophages, petits et grands : "Que pouvons-nous dire en 2015, de l'influence des phases lunaires sur les pousses de cèpes ?"

De par ma culture familiale je fus exposé fort jeune à cette problématique sensible. La Lune étant souvent invoquée par les anciens, non seulement pour expliquer certains phénomènes ou réactions du vivant que nul ne savait rationnaliser, mais aussi pour planifier les semis ou les récoltes et même comme auxiliaire de contraception au sein du couple. Je me souviens d'un vendredi soir de septembre 1986, alors qu'une pousse de cèpes exceptionnelle défrayait la chronique depuis le début du mois, où, lors d'un bref détour par la cuisine de mes grands-parents, histoire de montrer fièrement mes prises du jour, ma grand-mère Nancie m'invita à consulter le calendrier accroché au mur, et sur lequel on pouvait lire que la nuit suivante serait de pleine Lune. Et mon aïeule, reprenant sans en être convaincue les théories ancestrales des environs, d'augurer une levée faramineuse dans les bois. Ce à quoi je n'avais pu opposer qu'un scepticisme d'autant plus modéré que la prophétie vendait du rêve à l'adolescent que j'étais. De fait la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre 1986 fut fort douce, sous l'empire d'un léger vent de sud. Le lendemain, de retour du collège, je découvris mes bosquets comme jamais je ne les avais vus ni ne les ai revus : des cèpes absolument partout, pieds comme des verres, chapeaux comme des bols jusque sur des placiers où j'avais laissé la terre nue la veille au soir. Certaines places habituellement improductives et qui n'on plus produit depuis s'étaient couvertes de cèpes par dizaines...

Un peu plus tard en 1993 et 1996, dans le courant d'automnes sinistrés par les pluies froides et les vents maritimes de Nord-Ouest, où aucun cèpe ne paraissait, je fus intrigué par l'avènement de quelques spécimens en bordure des bois, courant-octobre, quatre à cinq jours après la pleine Lune. Il faut dire que dans les deux cas, le "changement" de Lune avait coïncidé avec une bascule des vents au sud et un redoux de 5 bons degrés.

Fort de ces observations personnelles, un temps je me suis amusé avec les moyens qui étaient les miens à étudier une éventuelle corrélation entre les phases lunaires et les pousses de cèpes, via les séquences climatiques. Si l'on arrivait à démontrer que les phases lunaires impactent le temps qu'il fait sur Terre, on pourrait difficilement nier un effet de notre satellite sur la vie des cèpes. Il est vrai qu'à l'époque, Mémé Nancie était persuadée de l'idée que le temps changeait souvent radicalement avec la Lune, notamment la pleine. Et deux ou trois orages spectaculaires survenus la nuit ou le lendemain d'une pleine Lune étaient venus abonder cette théorie très répandue dans le pays. De fait, mes relevés météorologiques personnels m'ont très vite mis au fait que non seulement le temps ne changeait pas toujours avec la Lune, mais encore que ce changement pouvait être castrateur d'une pousse lorsque la phase lunaire coïncidait avec une bascule en flux de nord ou nord-ouest, froid et humide.

De toute évidence, un impact indirect des cycles de la Lune sur les processus du cèpe, via la météo, semble très difficilement vérifiable si ce n'est inexistant. Or c'était celui qui me semblait le plus plausible. Aujourd'hui le débat perdure et tourne un peu à vide entre les spécialistes scientifiques du cèpe qui ne peuvent dire plus que ce que leurs instruments mesurent et attestent, et les tenants de la croyance, qui parfois dans l'obscurantisme le plus borné ne veulent pas en démordre. Les premiers se limitent à dire qu'aucune tendance significative ne se dégage de leurs statistiques et graphiques soignés. Les seconds campant presque toujours sur les croyances et convictions personnelles, le plus souvent dans la plus grande approximation car étayées par aucune ébauche de preuve ou chiffres tangibles, et poussant si besoin la mauvaise foi jusqu'à faire dire aux données des premiers ce qui les arrange.

Aujourd'hui cela fait belle lurette que je ne me réfère plus aux phases lunaires pour planifier mes cueillettes de cèpes. Et j'ai la naïveté de penser que ceux qui veulent y croire et que j'écoute toujours fort respectueusement, prennent le risque de passer souvent à côté de fort belles pousses. En ce qui me concerne, le temps qu'il fait, celui des jours et semaines précédents et la température du sol, tout sujet dont je traiterai ici ultérieurement, me sont des indicateurs bien plus précieux dans la quête du cèpe. À vrai dire, je n'aurai pas la prétention de trancher la question initiale, peut-être un jour la science avec de nouveaux instruments, saura nous en dire davantage sur le sujet. Et je ris d'avance à l'idée que beaucoup risquent d'être insatisfaits, la réalité souvent complexe pouvant s'avérer nettement plus nuancée et fade que la croyance.

17 octobre 2015

Saison des cèpes 2015, l'ah glas glas de nos espérances...

be-16-10-15-67

Adishatz,

La lumière décroît, les jours s'effacent, les phases lunaires se succèdent et n'y changent rien pour ceux qui veulent y croire, depuis près de deux mois maintenant, les pluies insuffisantes et la fraîcheur insistante ont sensiblement ralenti l'avance des cèpes dans de nombreux secteurs, ce qui illustre la prépondérance du facteur climatique dans les cycles fongiques.

Il y a peu je vous disais mon espérance en une hausse significative et salutaire des températures dans le courant du mois d'octobre comme il advient souvent au pied des Pyrénées, à l'avant des fortes pluies tant attendues portées par le flux zonal. Force est de reconnaître que pour l'instant les éléments s'acharnent contre nous. Malgré l'occurence de passages pluvieux un peu plus consistants ces dix derniers jours le fait majeur est la survenue des premières gelées dans les plaines du sud-ouest entre la matinée du 15 et celle du 16 octobre selon les zones géographiques.

Dans la droite ligne des températures trop faibles observées presque quotidiennement depuis le 1er septembre ces valeurs très basses pour la saison risquent fort d'emporter avec elles nos dernières espérances concernant aereus et aestivalis en aggravant considérablement le refroidissement des sols. À vrai dire je vous avais un peu préparés à ce scénario "catastrophe" que l'enchainement et la conjugaison des évènements défavorables rendaient plausible de semaine en semaine. Ce soir, il nous faut envisager la réalité pour ce qu'elle est et le reliquat de la saison sans trop nourrir d'illusions. La saison 2015 des cèpes thermophiles que tout promettait à l'anthologie, bien supérieure aux millésimes 2006 et 2011, risque fort de mourir essoufflée à quelques unités du "Top Five". Sauf à ce que un improbable réchauffement des températures vers la Toussaint ou début novembre n'autorise un miracle à la discrétion du mycélium.

En fin d'après-midi, regagnant mes terres du Nord-Béarn, au cours d'une halte j'ai brièvement passé en revue une de mes meilleures places. Dans l'humus détrempé, j'ai pu voir ce tout jeune bouchon d'edulis que les conditions climatiques avantagent décidément depuis près d'un mois. Désormais c'est bien vers cette seule espèce que tous nos espoirs et efforts consentis doivent tendre, je le crains, jusqu'à extinction de la saison...

Adishatz...

06 octobre 2015

Saison des cèpes 2015, septembre a joué à chamboule-tout...

be-25-09-15-93

Adishatz,

Les saisons de cèpes ne s'affranchissent pas des lois de nature qui veulent que les mécanismes les mieux huilés peuvent subitement ou subrepticement se gripper comme le carrosse se transforme en citrouille. Pour filer la métaphore sportive je dirais qu'à cet instant, le millésime 2015 n'a pas concrétisé en chiffres les espérances qu'une première mi-temps exceptionnelle avait légitimées, du moins dans les territoires de mon ressort.

À y regarder de plus près, la situation en ce début d'automne est on ne peut plus contrastée dans les plaines du sud-ouest. Certains en me lisant auront peine à me croire tant leurs secteurs suffisamment arrosés ont joui d'une ou plusieurs pousses mirifiques depuis la fin août, preuve s'il en était besoin que les cèpes n'ont rien perdu de leur allant printanier. Or à quelques kilomètres de là seulement, parfois, d'autres amateurs restent pour l'heure à l'écart de toute pousse. À l'instar du lot qui est le mien, la grande majorité des territoires connait un sortie de cèpes faible à modérée en continuum depuis le mois de septembre mais on est vraiment très loin des grandes pousses de 2011, 2006, ou même octobre 2014.

La raison de ce déraillement tient au climat pour l'essentiel. Alors que les cèpes avaient montré un héroïsme sans borne en bravant les premiers jours de cet été caniculaire début-juillet, tous les épisodes pluvieux et/ou orageux survenus à partir du 17 juillet ont été trop inconsistants et beaucoup trop brefs car encadrés par de longues séquences ensoleillées et sèches, et la dégradation un peu plus sensible du temps en septembre n'a pas fondamentalement arrangé la chose.

Bien au contraire, l'orage virulent survenu les 31 août et 1er septembre, qui constitue un tournant majeur de l'année météorologique sans pour autant apporter suffisamment d'eau dans mes terres, avait dans son sillage un air beaucoup plus frais dont le mois de septembre ne s'est jamais relevé. Au final, ces pluies et orages brefs et modérés, dans un atmosphère rafraichi, ont essentiellement contribué à refroidir prématurément la température des sols en profondeur, lesquelles sont très vite devenues un peu faibles pour favoriser la plénitude d'une pousse de thermophiles. Dès le 15 septembre le sol de mon bois test avoisinait les 15 degrés. Tant et si bien que les premiers Marteroets (boletus edulis), pointaient dans certaines sylves les samedi 19 et dimanche 20 septembre, un bon mois avant leurs devanciers de 2014, en prélude à une dernière décade admirable du cèpe de Bordeaux dans mes coteaux, il fut bien le seul...

Pour la suite et la fin, je ne sais trop que dire. Le "tsunami" de cèpes automnal que le printemps 2015 laissait raisonnablement espérer, reste possible, même si les éléments météorologiques continuent à jouer contre la majorité d'entre nous. Il faut se souvenir de novembre 2011. Il nous faudrait une hausse sensible des températures, air puis sol dans le courant du mois d'octobre, suivie enfin par ce déluge généralisé que le ciel nous refuse depuis la première décade de juin. Et par la suite, que le froid attende un peu pour faire son nid. Autant vous dire que pour l'instant, les prévisions météorologiques dont je dispose ne vont pas dans ce sens, qui voient le mois d'octobre s'enfoncer dans la fraîcheur automnale, avec toujours quelques passages pluvieux trop limités et isolés pour être efficaces. Si la grande saison des cèpes thermophiles 2015 ne devait pas tenir toutes ses promesses, nous nous consolerions bien vite en constatant que le cèpe de Bordeaux, lui, probablement piqué par les fortes chaleurs de l'été, est dans tous ses états, notamment les meilleurs.

Adishatz...

26 août 2015

Saison des champignons 2015, les cèpes défient l'été à la Saint Jean...

baer-29-06-15-76

Adishatz,

Je me souviens d'un temps très ancien, profondément enfoui dans les soubassements de mon existence, où de délectables petites poires jaunes, à peine tâchées de rose ou de rouge, donnaient le coup d'envoi de l'été, cet intervalle de bonheur et d'insouciance qui rythme l'enfance des hommes. Chaque année, au solstice de juin, mes grand-parents m'envoyaient cueillir ces fruits succulents et jûteux à l'ombre du grand figuier derrière la citerne, dans un bourdonnement incessant et presque enivrant de frelons, de guêpes et d'abeilles...

Aujourd'hui, cela fait bien longtemps que le divin poirier n'est plus. Le figuier s'est étalé de tout son long comme entrainé de guerre lasse par le fardeau de tant de fruits portés. Et le temps sans merci a emporté mes anciens au cimetière de Saint Martin pour la grande nuit des braves tandis que notre petit paradis de Haut-Bernés a été vendu.

À dire vrai, les cèpes au présent me laissent trop peu de temps pour me retourner vers le passé, tellement les saisons en sont fécondes depuis 2003 et les anachronismes se multiplient jusqu'à en devenir une habitude depuis juillet 2011...

Reste que la pousse mirifique qui s'est amorcée en sud-Aquitaine vers le 20 juin et a perduré jusqu'au 5 juillet dans la fournaise de cet été commençant fera date, non seulement de par sa productivité mais encore et surtout du fait de sa précocité...

Dans le contexte d'un printemps exceptionnellement prolixe en cèpes déjà évoqué ici-même, cette pousse est la créature des fortes pluies qui se sont abattues un peu partout en Aquitaine autour du 10 juin... Les prémisses en étaient perceptibles dès le 20 juin avec la naissance de nouveaux bouchons. Jusqu'au 27 juin les effectifs de jeunes aestivalis furent prédominants, puis à partir du 28, avec la montée des températures de l'air et du sol les aereus prirent l'avantage, fournissant le gros des troupes. Les très fortes chaleurs eurent raison de cette pousse héroïque vers le 5 juillet où je trouvai les derniers cèpes noirs. On notera au passage qu'il n'y eut pas d'oronges.

Les températures très élevées et l'hygrométrie très basse auront sans doute écourté et amputé cette levée de cèpes d'une bonne semaine. Contrairement à juillet 2014 d'ailleurs les bois en versants sud et les hauteurs bien exposées furent rapidement hors d'état de produire le moindre bolet, lesquels se replièrent dans les bas-fonds frais et les veines de ruisseau. Cette pousse n'en reste pas moins exceptionnelle pour l'époque, la plus forte que j'aie jamais observée au premier semestre...

Adishatz !

11 août 2015

Cèpes 2015 : un printemps exceptionnel pour de très grandes espérances...

Superbes cèpes d'été juvéniles...

Adishatz,

Au train où vont les saisons je n'aurai bientôt plus assez de superlatifs pour caractériser l'allant de ces cèpes qui nous époustouflent et nous enthousiasment chaque année un peu plus. C'est si vrai qu'après avoir établi un record de précocité le 18 avril, le printemps 2015 est entré résolument dans les annales sans jamais fléchir.

Désormais, ceux d'entre vous qui font l'impasse sur le versant printanier de la saison sauront à quoi s'en tenir. Sous certaines conditions un printemps peut être d'une productivité propre à faire blêmir de jalousie certains automnes. Avant la grande pousse de la deuxième quinzaine de juin dont je parlerai plus tard, tout le mérite du millésime 2015 tient en ce qu'il prend appui sur des précipitations sommes toutes modérées. À ce sujet on peut considérer que l'alternance de périodes de beau temps ensoleillé, chaud et sec avec des intermèdes de pluies et d'orages qui fut le scénario majoritaire a été le catalyseur de ce prodige.

Après les trouvailles du 18 avril loin de s'enrayer, le processus mycélien s'est installé dans la durée tout en montant graduellement en puissance à la faveur des bonnes pluies de la dernière décade d'avril. Ce mois a battu tous ses records statistiques, quantité de cèpes mensuelle, nombre de cèpes trouvés au cours d'une journée d'avril. L'irruption de la chaleur et l'avènement d'un temps plus sec en première décade de mai, loin d'effaroucher les aestivalis, a précipité un nouveau record de précocité avec quelques aereus de ci de là à la date du 13 mai. Mais les températures des sols étaient encore un peu justes concernant cette espèce et l'établissement d'un temps plus perturbé en flux de nord-ouest entre le 14 et le 26 mai a mis temporairement fin aux vélléités des têtes noires.

Il n'en fut pas de même concernant aestivalis, lequel sut merveilleusement tirer parti de ces conditions climatiques. En dernière décade de mai, une véritable petite pousse généralisée se mit en place. C'est alors qu'on put voir des petites troupes de cèpes d'été un peu partout. Et quelles ne furent pas ma jubilation et mon émotion en découvrant de nouvelles places dans les bosquets qui ceignent notre maison.

Ne laissant à ses adeptes ni ne s'accordant aucun répit le "printemps des cèpes 2015" est encore monté d'un cran à partir du 6 juin qui vit le retour durable des aereus dans la ronde.

Puis, alors que les premiers jours du mois avaient été très chauds et secs, une séquence de pluies diluviennes entre le 10 et le 17 juin a fait verser la saison 2015 dans le rêve éveillé. Mais là commence un autre prodige qui motivera un article ultérieur.

Sur les raisons de cet improbable printemps en sous-bois, je suis encore plongé dans mes analyses rétrospectives. Il faut bien admettre que les premiers cèpes en ont surpris beaucoup au sortir d'un mois de mars très frais et pluvieux. D'ordinaire une telle performance faisait suite à un mars plutôt sec, ensoleillé et chaud favorisant des sols à bonne température très en amont. Cette fois, la température du sol a dû atteindre le seuil d'activation du processus quelques jours seulement avant le premier bouchon. Ce qui m'amène à m'interroger sur le fait que, finalement, contrairement à tout ce que nous pensions, à toutes superstitions, idées reçues et communément admises, les hivers très pluvieux puissent être les facteurs déclenchant de saisons mirifiques et précoces si un printemps suffisamment ensoleillé, chaud et sec se met rapidement en place. Ceci vaudrait en tout premier lieu pour boletus aestivalis dont les premières occurrences de 2015 inclinent à penser que le mycélium était prêt à fructifier dès les premiers beaux jours. Outre la saison 2014 du même tonneau, cette réflexion nouvelle se nourrit de souvenirs très anciens profondément enfouis dans ma mémoire : à la fin des années 1970 les hivers béarnais étaient très pluvieux, à peine moins que les crus actuels. Enfant, je me souviens des premiers cèpes adultes trouvés fin-avril dans notre bois mitoyen, le seul qui m'était donné d'arpenter à l'époque.

Voilà, sans certitude aucune, les hypothèses évoluent, s'enrichissent, se nuancent ou se contredisent à permanence. Il faudra que je publie en synthèse une mise à jour de mes propres avis sur le sujet. En attendant, que la saison est belle !

Adishatz...