Le Blog de Cristau de Hauguernes

21 octobre 2019

Cèpes 2019 : un début d'automne au compte-gouttes...

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Adishatz,

Voilà bien trois semaines que je retarde le moment où je m'adresserais de nouveau à vous. Et j'en profite pour remercier toutes les personnes qui restent fidèles à mes lectures dans les années fastueuses comme dans l'indigence présente. Bien que je ne manque jamais de matière pour alimenter mes réflexions il faut bien convenir qu'en cette année 2019 finissante les bois béarnais et sud gascons, à quelques exceptions près font tout leur possible pour décourager les passions.

Septembre s'en est allé sans un cèpe dans mes bois coutumiers et plus d'un mois s'est écoulé entre le 28 août et le 8 octobre avant que trois chapeaux tant aimés reparaissent sous les châtaigniers. Pour circonstance atténuante, dans le prolongement de la dernière quinzaine d'août, les trois premières semaines du mois ont été chaudes et particulièrement sèches et ce seul motif suffit à expliquer ce début d'automne calamiteux qui nous rappelle qu'au tout début du 21° siècle nous avons aussi connu des automnes sans cèpe.

L'affaire a pris une mauvaise tournure à partir de la dernière décade de septembre. Certes, la pluie est revenue, mais souvent de façon trop espacée et en quantité insuffisante, nous privant vraisemblablement du fameux choc thermohydrique ultérieur, surtout que le taux d'hygrométrie entre les brefs arrosages étaient trop faibles pour favoriser une vraie pousse de cèpes. Il en résulte que les cèpes ont été très rares dans mes terres jusqu'à l'heure où j'écris, une trentaine de cèpes noirs tout au plus, à raison de dizaines de kilomètres de marche hebdomadaires. Depuis le 8 octobre je n'ai débusqué que 4 cèpes d'été disposés aux antipodes de mon terroir et les Marterouëts sont invisibles. Seules de rares oronges dont nous nous demandions si elles reparaîtraient cette année ont égayée mes randonnées de la semaine dernière.

Sur les causes de cette indigence rare dont on espère qu'elle n'est pas irréversible alors que 2019 clôture une décennie mirifique en sous-bois, outre les séquences météorologiques limitantes de ce début d'automne, je note d'une part que 2019 emprunte beaucoup à 2018 tout en penchant nettement du mauvais côté des lignes de tension nécessaires à une belle saison fongique. Le printemps et le mois de juillet ont été pluvieux, mais un peu moins que l'an dernier, alors que des printemps plus secs semblent garants de plus belles pousses, surtout si l'été est chaud. La forte pluviométrie qui prévalait jusque mi-août a très longtemps prévenu tout stress hydrique alors que la chaleur est sagement restée bien en deçà des valeurs cataclysmiques qu'on a pu relever partout ailleurs en France. Et pour finir, la période de grand beau temps qui s'est établie après le 15 août, je répugne à parler de sécheresse pour qualifier une séquence de 4 à 5 semaines presque sans pluie, a été nettement moins longue et drastique qu'en 2018. Il est à redouter qu'arbres et mycélium n'ait jamais réellement été mis à la peine cette année et que ce soit la principale raison de la rareté.

Sans minimiser toutefois de fortes marges d'incertitude, qui sont pour nous autant d'espérances. Lesquelles devraient être levées très vite, au moins serons-nous fixés, car les très fortes pluies du début de la semaine dernière ont enfin changé la donne. Et le mycélium ne peut plus jouer la montre. Il m'est avis que si les cèpes thermophiles ne sortent pas de façon significative dans tous les bois sud-gascons qui ont été suffisamment arrosés, çà sentira définitivement le roussi pour 2019 et chacun pourra gentiment se tourner vers les préparatifs de Noël en attendant le printemps prochain. Encore que les Marterouëts, c'est toujours une autre histoire.

Adishatz !


13 septembre 2019

Cèpes 2019 : un été à la fortune du chaud...

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Adishatz,

Difficile de parler champignons devant un monde qui prend feu au fur et à mesure qu'il gravit les marches de l'enfer. L'été que nous laissons derrière nous ne laisse guère de doutes sur le fait que nous avancions à grand pas vers l'horreur climatique et je suis presque un peu gêné de vous relater les derniers mois de notre saison fongique dans ces conditions.

Curieusement l'ouest du Béarn n'a été affecté que très temporairement et à la marge par les deux vagues de chaleurs monstrueuses qui ont fait voler en éclat le climat de la France et bouleversé ses paysages, d'abord l'arrière-pays méditerranéen fin-juin, puis les grandes plaines du Nord et bien au-delà fin-juillet. L'installation de fortes chaleurs que je qualifierai de "saisonnières" dans le cadre d'un été ensoleillé mais émaillé de bonnes pluies orageuses jusqu'au 15 août s'est accommodée de la sortie régulière de quelques cèpes à l'unité et autres espèces comestibles dans mes terres jusqu'à la fin de ce même mois.

Deux séquences de pousse, c'est un bien grand mot, scinde notre été : la première traverse une grande partie du mois de juillet sur la lancée du mois de juin, avec un faible pic entre le 17 et le 18 avant d'être stoppée net par les prémices de la deuxième canicule le 22 juillet. La deuxième débute le 6 août, avec un ersatz de pousse jusqu'au 11, puis les cèpes continuent à sortir héroïquement jusqu'au 28. À noter qu'à la même période, d'autres secteurs du Béarn et du département qui ont bénéficié de très forts arrosages ont connu une ou plusieurs pousses (beaucoup) plus conséquentes dont il a été question dans les groupes facebook... si ce n'est trop !

Concernant les cèpes je concluerai en disant qu'ils n'ont pas démérité dans un contexte bien défavorable. L'été 2019 reste l'un des plus piètres au soir d'une décennie exceptionnelle mais ne présume en rien de l'issue de la saison.

Et je me suis fort vite consolé en constatant le magnifique été des girolles dans mes bois de la mi-juillet et la fin-août. Le regain de cette espèce initié en 2014 semble se confirmer après des décennies de déclin fort inquiétant. Ce qui aide un peu à oublier que dans un même temps, les oronges ont persisté dans leurs caprices, sortant le 14 août (chaque année un peu plus tard), boudant nombre de leurs placiers et cela va de soi, en comité restreint. Il m'apparaît de plus en plus évident que les étés chauds et orageux avantagent la paire cèpes d'été - girolles, tandis que les étés chauds et secs préparent mieux le terrain aux oronges et aux cèpes noirs.

Pour la suite et la fin de la saison, on est dans le doute raisonnable, pas dans l'inquiétude. Finalement 2019 ressemble fortement à 2018 à la même époque et j'aurais pu céder à la paresse en reproduisant les arguments de l'an dernier. La sécheresse, quoi qu'un peu tardive, qui s'est installée dans le courant du mois d'août est une bonne nouvelle pour nos paniers (sous réserve qu'il pleuve à temps bien entendu). La seule différence à mes yeux tient dans les températures, on a eu un net refroidissement dès les premiers jours de septembre, notamment des nuits bien fraîches et cet élément pourrait temporairement favoriser une sortie de quelques "Marterouëts" ou cèpes de Bordeaux isolés la semaine prochaine avant que la hausse des températures ne régularise la situation.

Adishatz !