Le Blog de Cristau de Hauguernes

14 novembre 2016

Saison des cèpes 2016 : ce fut Noël avant l'heure sous le grand sapin du lycée Saint John Perse...

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Adishatz,

Les cèpes ont le don de s'inviter dans mes pensées et de stimuler ma réflexion quand et où bon leur semble, à commencer par les écosystèmes les plus improbables.

Ce lundi 7 novembre 2016, pour la première fois depuis le printemps, j'avais passé le weekend tout entier ou presque confiné dans ma chambre pour cause d'intempéries. Vers midi je marchais d'un bon pas vers le lycée Saint John Perse pour assûrer mon cours, à des années-lumière de m'imaginer un comité d'accueil.

À l'approche du portail d'entrée, j'avisai une constellation d'amanites tue-mouches faisant la cour au grand sapin isolé qui veille sur les allées et venues des personnels et des élèves. Depuis 10 ans que je passe par là, les muscaria sont légions chaque automne.

Toutefois, quelques mètres plus loin, mon regard accrocha sur un chapeau marron volumineux près des branches basses du conifère. "Un leccinum, pensai-je d'emblée..." Bientôt cette idenfication sommaire s'avéra décevante. Et je n'eus d'autres choix que d'aller voir sur place...

Le verdict tomba, irréfragable, un splendide cèpes de Bordeaux au chef épanoui plastronnait sur la pelouse du lycée. Mais il n'était pas seul, quatre autres plus jeunes mais tout aussi splendides se tenaient en retrait sur le propre, certains avaient été mutilés et écrasés.

Au sortir de mon cours, je pris discrètement quelques photos au portable afin d'immortaliser le prodige. Le lendemain je retournai même sur les lieux avec un appareil photo plus idoine, mais plus rien n'y paraissait.

Outre son caractère sensationnel cette découverte éveille énormément de questions passionnantes sur le plan scientifique. Nous avons de bonnes raisons de penser que ces cinq edulis sont une réaction du mycélium à la canicule de l'été 2016 et que le sapin était mycorhizé depuis quelques années. La question de la provenance des spores est autrement plus ardue. Etaient-elles présentes dans la terre de plantation de l'arbre il y a une trentaine d'années ? Ont-elles voyagé par voie aérienne, par exemple depuis les chênes américains qui se trouvent à l'opposé dans le parc du lycée, arbres dont nous savons qu'ils peuvent s'avérer grands producteurs d'edulis (à cette réserve près que la mycorhize d'un conifère par les spores issues de champignons de la même espèce associés à des feuillus ajoute à la difficulté), ou sont-elles venues de plus loin encore ? Furent-elles transportées là de façon mécanique, involontaire et accidentelle par une ou plusieurs personnes ? Quoi qu'il en soit les probabilités d'une telle apparition dans Pau, sous un sapin solitaire, étaient tellement faibles qu'à l'heure où je rédige cet article j'en reste ému et comme halluciné.

Adishatz,

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01 novembre 2016

Saison des cèpes 2016 : l'automne a régalé à la fortune du pot.

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Adishatz,

Finalement, la pousse qui s'est déclenchée en dernière décade de septembre n'aura été qu'un intervalle de bonheur très inégal pour la plupart d'entre nous, car l'automne jusqu'à l'heure où j'écris fut décidément bien trop sec (à de rares exceptions près) pour soutenir une levée de cèpes généralisée dans la durée. En outre, le mois d'octobre qui s'en est allé a poursuivi la baisse des températures observée en deuxième quinzaine de septembre et le refroidissement des sols, allié à la rareté des pluies et à un taux d'hygrométrie trop bas nous a durablement privés de sorties sporadiques des cèpes thermophiles, aereus et aestivalis.

La pousse démarrée en septembre fut conforme dans les grandes lignes aux scénarios esquissés ici-même, quelques privilégiés principalement très à l'ouest du département des Pyrénées Atlantiques, là où le cumul des pluie fut le plus conséquent, ont pu se croire retournés aux heures mirifiques de septembre 2006. À l'opposé, d'autres, mais ils s'y attendaient, ont dû se satisfaire de quelques cèpes. Entre ces deux extrêmes, la plupart d'entre nous se sont vus gratifiés d'une belle pousse et selon la forumle consacrée, 2016 aura assuré l'essentiel, reste le panache. Dès le début du mois d'octobre, la chute du taux d'hygrométrie et la baisse continue des températures se sont entendues pour écourter le processus de fructification mycélien et les armées de jeunes cèpes ont très vite décliné dans mes terres, de sorte qu'après le 10 octobre plus rien ou presque n'a été trouvé. Et les Marterouëts (edulis), dont j'avais trouvé de rares exemplaires dans le courant de la pousse, n'ont pas pris le relai, mais il est vrai que cette espèce est autrement plus hygrophile.

Depuis, les plus avertis se sont consolés en prenant de la hauteur, car c'est dans les vallées béarnaises, frappées d'indigence pendant l'été, qu'une pousse faramineuse et durable de Marterouëts s'est déclenchée.

Pour la suite, un changement radical de temps à l'horizon du premier weekend de novembre (mais sur lequel de nombreuses incertitudes sont encore à lever = pleuvra-t-il enfin suffisamment ? quelle sera l'intensité du froid accompagnant et découlant de ce changement de temps ? le seuil des gelées sera-t-il atteint voire dépassé dans la foulée et combien de gelées ?) devrait enfin débloquer la situation pour le meilleur et pour le pire. Le pire est que les cèpes thermophiles ne devraient pas survivre à cet infléchissement sensible du thermomètre (encore que la saison 2015 a démontré par deux fois que les aereus et surtout les aestivalis pouvaient reparaître quelques semaines après des gelées faibles à modérées, mais est-ce à revivre ?). La bonne est que, sous réserve qu'il ne fasse pas trop froid et qu'il ne gèle pas trop fort et trop longtemps, de bonnes pluies ouvriraient enfin le boulevard dont nous rêvons aux Marterouëts, jusqu'à la fin du mois voire beaucoup plus si le temps y met enfin du sien.

Adishatz !

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20 septembre 2016

Saison des cèpes 2016 : septembre a fait sa part...

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Adishatz,

Après près de deux mois particulièrement secs et une succession de vagues de chaleur caniculaire atteignant des niveaux à bien des égards effrayants en première quinzaine, le temps a finalement tourné à l'orage dans la journée du mardi 13 septembre, ouvrant la porte au premier épisode pluvieux tant espéré par la mycosphère. À vrai dire cet arrosage qui est allé s'affaiblissant dans le courant du weekend n'aura pas logé tout le monde à la même enseigne et l'honnêteté commande de prévenir que ceci devrait s'avérer déterminant quant à la première pousse de cèpes de la grande saison qui se profile. Concernant les terres gasconnes la situation est la suivante : Certains territoires ont cumulé près ou plus de 100 millimètres, d'autres infortunés approchent péniblement les 20 millimètres, la grande majorité de nos terroirs oscillant entre 40 et 60 millimètres.

On peut donc raisonnablement estimer que la poussée de cèpes thermophiles (le cas d'edulis est un peu autre) qui devrait s'amorcer ces prochains jours sera très inégale, très forte là où il a plu davantage et où le choc thermique aura été le plus important, pouvant s'apparenter très localement à ce que fut l'illustre septembre 2006, à l'inverse, d'autres n'auront que quelques cèpes mais s'estimeront peut-être heureux de rompre avec l'indigence qui caractérise leur saison à ce jour. Entre ces deux extrêmes la première pousse de l'automne devrait être belle voire très belle pour la majorité. Il faudra dans tous les cas tenir compte des évolutions ultérieures des conditions météorologiques, incertaines à l'heure où j'écris, un retour de températures à 30 degrés (qui n'est pas l'option majoritaire pour l'heure) et une hygrométrie très basse pourrait écourter la pousse. À l'inverse, des températures de saison et quelques nouveaux arrosages sporadiques pourraient entretenir cette pousse un peu plus longtemps.

Pour en terminer avec le cas des cèpes d'été et tête noire, en l'état de ma réflexion, une deuxième pousse me semble possible cette année dans le courant de l'automne dans la mesure où le mycélium n'aura peut-être pas pu produire tous ses carpophores du premier coup. Cette seconde pousse, à condition qu'il pleuve à nouveau dans un délai raisonnable et que le froid traine en chemin, pourrait avantager ceux qui auront été lésés ces prochains jours, les autres héritant de quelques cèpes supplémentaires ou d'une pousse de fin de saison faible à modérée.

Cette séance de "rattrapage" des cèpes thermophiles coïnciderait avec la prise de pouvoir d'edulis dont la saison devrait être assez longue compte tenu des réserves de chaleur du sol, à moins bien sûr que l'arrivée du gel n'y mette fin.

Outre les cèpes un éventuel retour des girolles sera guetté, elles qui ont abdiqué dans mes terres en fin de première quinzaine de juillet, découragées par un été devenu intraitable avec elles, alors que les deux millésimes précédents avaient acté leur improbable retour en force. Compte tenu des tendances météorologiques à moyen terme je suis tout de même perplexe, car une dominante sèche ne les avantage pas. Il faudra dans tous les cas se consoler avec les oronges qui devraient foisonner localement après un été aussi chaud.

Adishatz !

05 septembre 2016

Un aniversari hestejat de com cau / Un anniversaire dûment célébré

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Au perhons de la societat tradicionau biarnesa d'un còp èra, los trèits de caractèr qu'èran mei salhents au par de uei e de quant, çò d'avienut qu'èra avienut e mancar a la paraula balhada, un escarni. Totun la fiertat de cadun, quan passava las hitas, que's trobava a còps ahrescada.

Cada cinc de setème que solevam aplegà'ns a Haut-Bernés purmèr d'anar celebrar l'aniversari deu Pèir de Camogran, qui èra a l'encòp lo cap de casa e l'ajòu, de cap tau Bascoat o de la montanha. Rite familhau qui s'avienè lavetz dab la fin de las vacanças escolaras.

Per la rentrada de 1985, Pèir de Camogran qu'èra de cap a hestejar los sons ueitanta ans e bera pausa hasè qu'èra avienut qu'anèrem taulejar en un restaurant deu Sen Joan Pè deu Pòrt. Quan, èra lo hèit d'un empaish de l'un o de l'aute, o de quauque peleja enter las hilhas, drin tracassièras e excusècas, lo projecte e mauescadó a uas òras deu tèrmi. Entau cap de casa de Haut-Bernés qu'èra un efront deus grèus e, e la fiertat mancada lèu que cerquè a dar las tornas. Lo cinc de setème, contra la desaprobacion e las suplicas de la hemna, Nancie, qui'n avore un ventèr de paur, e de las hilhas, que's hiquè au volader deu Piaggio Ape iranje qui avè tà baishar en vila, e que la gahè de cap tau Bascoat har passar la malícia.

Au vrèspe, a petits drins, de Bellòc e de Castetarba, las hilhas que s'èran gropadas autorn de l'ajòla. Que s'i devisava en suberditas e sovent a votz hauta.

- Be cau que sia capborrut, ce hasè l'ua...

- Pensatz ! Dab aquesta calor, eth qui n'avè pas jamei passat la plaça deu Bajàa dab lo triportaire entau mercat...

Çò qui lo monde ne s'explicavan pas qu'èra la reaccion d'orgulh hitapassat e capborrut qui avè incitat aqueste òmi senat de tempèri a préner riscs desmesurats tà hà's petar l'idea, solet. Totun, a fin e a mesura qui la pendula e desglarava las secondas, las minutas, las òras, lo ton deus arcasts que s'ataisava e l'inquietèr que ganhava.

Lo sorelh de setème qu'avè gahat la baishada de cap au pè-deu-cèu quan, las sèt deu ser plan passadas, ua vronida e  s'entenó peu camin de Hauguernes. En passant davant lo portau de la nosta maison nava, l'ajòu que's gahè a tutar arsecosament.

- Sho ! Aquiu que l'avem, ce hasó l'ajòla, solaçada...

Quiò, mes Pépé, arreverat, que's manquè lo virapleg de Haut-Bernés, l'Ape que passè a hutas devant los nostes uelhs estranglats e que s'estanquè sonque dab l'ajuda deu higuèr, praubòt, de l'aute part de la parguia.

A quauques dias d'aquiu, Nancie Camogran que vedó arribar a ua letra de Sent Joan Pè deu Pòrt :

"Estimat Monsur,

Que v'escrivi subjecte de la nosta tumada suu parcatge, puishqu'avotz l'aunestat de'm deishar un motet suu viravent..."

 

Un anniversaire dûment célébré :

 

Au sein de la société traditionnelle béarnaise d'autrefois, les traits de caractère étaient autrement plus saillants qu'aujourd'hui, ce qui était convenu était convenu et manquer à la parole donnée, un affront. Cependant, la fierté de chacun, lorsqu'elle passaient les bornes, se trouvait parfois douchée.

Tous les cinq septembre nous avions pour habitude de nous rassembler à Haut-Bernés avant d'aller célébrer l'anniversaire de Pierre Camougrand, qui était tout à la fois le pater familias et le grand-père, du côté du Pays Basque ou de la montagne. Rite familial qui coïncidait alors avec la fin des vacances d'été.

À la rentrée 1985, Pierre Camougrand s'apprêtait à fêter ses 80 ans et il avait été convenu depuis longtemps que nous irions nous attabler dans un restaurant de Saint Jean Pied de Port. Quand, était-ce du fait d'un empêchement de l'un ou de l'autre, ou de quelque chamaillerie entre les filles, assez querelleuses et susceptibles, le projet capota à quelques heures de l'échéance. Pour le maître de maison de Haut-Bernés c'était un sérieux affront, et la blessure narcissique chercha très vite à prendre sa revanche. Le cinq septembre, malgré la désapprobation et les suppliques de son épouse, Nancie, qui en aurait une peur terrible, et de ses filles, il se mit au volant du Piaggio Ape orange qu'il avait pour descendre en ville, et prit la route du Pays Basque pour se faire passer la colère.

Dans le courant de l'après-midi, peu à peu, de Bellocq et de Castétarbe, les filles s'étaient groupées autour de la grand-mère. On devisait en surenchère et souvent à haute voix.

- Faut-il qu'il soit têtu, disait l'une...

- Pensez donc, avec cette chaleur, lui qui n'était jamais allé plus loin que la place du Bayàa avec son triporteur les jours de marché, ajoutait l'autre...

Ce que les gens ne comprenaient pas c'était la réaction d'orgueil démesuré et obstiné qui avait incité cet homme habituellement réfléchi à prendre des risques inconsidérés pour aller au bout d'une idée, en solitaire. Toutefois, au fur et à mesure que la pendule égrenait les secondes, les minutes, les heures, le ton des reproches s'amuissait et l'inquiétude gagnait.

Le soleil de septembre avait commencé sa descente vers l'horizon quand, le coup de sept heures étant passé depuis longtemps, un bruit de moteur se fit entendre dans le chemin de Hauguernes. En passant devant le portail de notre maison neuve, l'aïeul se mit à klaxonner frénétiquement.

- Shou ! Il est là, fit notre grand-mère, soulagée...

Oui, mais Pépé, très éprouvé, négocia mal la courbe de Haut-Bernés, le Piaggio Ape passa à vive allure devant nos yeux stupéfaits et ne s'immobilisa qu'avec l'aide du figuier, malheureux, à l'autre bout de la cour.

Quelques jours plus tard, Nancie Camougrand vit arriver une lettre de Saint Jean Pied de Port :

"Cher Monsieur,

Je vous écris au sujet de notre petit accrochage matériel sur le parking, puisque vous avez eu l'honnêteté de me laisser un petit mot sur le pare-brise..."