Le Blog de Cristau de Hauguernes

16 août 2018

Rencontres mycophiles tachenonsiennes en Alsace 2018, épisode 3 : Confluence tartantuesque à Acheneim...

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Adishatz,

Où l'on s'aperçoit qu'à l'usure, une fine pâte perfide nappée de crème, de fromage fondu et de charcuterie s'avère redoutablement plus efficace dans l'art d'exploser les limites de la sangle abdominale, surtout si elle est accompagnée de vins délicieux, que ne le sont par exemple, nos confits de porc, de canard, nos magrets, notre poule au pot, notre garbure bien aimée et nos crespéishs de Carnaval, tellement prévisibles de part leur bonhommie et leur propension à suinter.

Après une nuit un peu plus longue que les précédentes suite aux épreuves de la veille, nous nous sommes transportés en milieu de matinée sur les rives allemandes du Rhin et ses bras morts en vue d'y observer un peu de leurs richesses naturelles tandis que nos hôtes alsaciens se regroupent et organisent leur plan d'attaque à Acheneim.

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Coincés entre les différents ports et les agglomérations les rives boisées des bras morts du Rhin sont un lieu de promenade prisé des riverains allemands et français qui se croisent sur les différents ouvrages. Côté allemand on remarque aussi de nombreux pêcheurs, solitaires ou en famille, postés à l'ombre des arbres. Et il est vrai que la place ne manque pas.

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Tant et si bien qu'on se sent bien vite minuscule dans cette immensité d'eau et de forêts à perte de vue peuplée de grands oiseaux et hanté par les silures.

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Il ressort de cette courte visite des forêts rhénanes le sentiment d'une grande propreté même si les crues violentes de ces dernières années n'ont pas manqué de trimbaler quelques objets à travers l'Europe. Notre passage en période de sécheresse ne nous a pas permis de rencontrer beaucoup d'espèces de champignons. Mais nous nous sommes arrêtés à ces lathrées écailleuses, lathraea squamaria, que nous connaissons de nos ripisylves pyrénéennes et qui formaient des massifs au milieu des coquillages du fleuve.

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juste avant de regagner la France je restai un peu songeur devant ces cygnes dont les foies et les magrets devaient sans doute être fort peu goûteux eu égard à la pollution et à leur régime alimentaire.

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Comme nous approchions d'Acheneim, il m'a semblé apercevoir de menus objets analogues à des soucoupes de couleur claire, voletant et se posant près d'un lieu indéterminé dans le lointain, mais je n'en ai rien dit pour ne pas inquiéter mes compagnons. Sur place, une grande table était dressée à l'arrière de la maison de Sylvie et Dom', alias Nic67, nos hôtes. Et une bonne partie des membres alsaciens du forum Tachenon était réunie pour l'occasion. À Alain (Gigi67), Rexboy (Régis) que nous connaissions déjà, s'étaient ajoutés Idefix67 (alias Laurent) et mon ami Philippe, connu sous le pseudo de césar21, lequel, outre deux superbes kouglofs, avait apporté quelques gyromitres vulgaires et hygrophores de mars.

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Le temps des présentations facilitées par les différents amuse-gueule qui invitaient au butinage et aux bavardages, tous les convives s'attablèrent, déjà un peu replets et qui n'étaient pas au bout de leur peine. Car ce fut le moment choisi par des bataillons de flamenkuches pour entrer en scène et se mettre à tournoyer de façon aquicheuse autour de la table avant de se poser sous nos yeux dans une posture des plus lascives. Et très vite de s'entendre dire "il faut y aller tant que c'est chaud" ou encore "il ne faut pas pas laisser refroidir !" Ah hilh de puta ! Qu'est-ce qu'elles étaient bonnes ces tartes flambées ! Un peu trop même. Et je ne vous parle pas de tous ces excellents vins d'Alsace qui nous furent servis, pour cause d'amnésie.

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Pas plus que je ne vous parlerai, emporté que je fus dans le tourbillon des flamenkuches, des alcools, des conversations et des éclats de rire, des fromages dont les Vosges en produisent pourtant de fameux, mais dont j'ai oublié s'ils nous furent servis. Peut-être aussi pour la bonne et simple raison qu'un repas fait de tartes à base de fromages fondus peut raisonnablement faire l'économie du fromage avant le dessert. Mais, quid du raisonnable ce jour-là...

Lorsque l'attaque des tartes prit fin, reprenant un peu mes esprits, la torture donnant aussi dans le raffinement le plus abouti, les desserts m'apparurent sur la table, apportant une touche finale exquise à ce repas de roi.

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En fin d'après-midi, tout le groupe se lança dans une promenade digestive dont le plaisant le disputait au salutaire, dans les rues d'Acheneim ainsi que le long de sa rivière, la Bruches, occasion d'admirer un peu de l'architecture alsacienne. Puis tout le monde se sépara, heureux et rempli du bon souvenir de cette journée de convivialité entre mycophiles tachenonsiens.

Adishatz !

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12 août 2018

Rencontres mycophiles tachenonsiennes en Alsace 2018, épisode 2 : De la "Chatte pendue" à la panse tendue.

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Adishatz,

Ceux qui viendraient ici en quête de récits paillards ou sanguinolents ne manqueront pas d'être refroidis. Bien plus que les béarnais, basques et gascons, les alsaciens aiment affubler leurs paysages familiers de noms concrets dont la traduction française s'avère parfois approximative, tout comme ils cultivent un certain art de vivre à travers leurs vins illustres et leur délectable cuisine paysanne.

Au petit matin, nous nous amusons quelque peu en constatant que le ciel d'Acheneim s'est totalement débarrassé de ces nuages et des pluies dont la veille nous avait donné à redouter qu'ils nous aient rattrappés. Et l'Alsace renoue avec un printemps aussi sec et chaud que celui de notre cher Béarn persévèrera dans la fraîcheur et l'instabilité. Le temps du petit déjeuner un cortège de véhicules se met en place dans la rue qui jouxte le gîte. Cette fois les épouses de nos accompagnateurs seront de la partie car le programme du jour consiste en une belle randonnée à travers les Vosges Bas-rhinoises du pays de Salm avec une halte restauration à la ferme auberge du Bambois.

La randonnée pédestre s'élance du Col du Prayé, vers 785 mètres d'altitude. Non loin de là, au bord de la piste, une jeune morille conique attire mon attention. Et tout le groupe de se mettre à scruter. Quelques autres mitres seront débusquées dans les parages, mais ce seront bien les seules de la journée.

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Nous cheminons à travers les paysages somptueux des Hautes Chaumes, tantôt des couverts épais d'épicéas et de sapins perchés sur des crêtes, tantôt de vastes plateaux couverts de landes à bruyères où les conifères tentent de repousser après la tempête de décembre 1999, ainsi que me l'explique Alain (Gigi67).

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Ces étendues dégagées offrent une vue appréciable sur une bonne partie du massif des Vosges et en tout premier lieu le Donon voisin, avec son antenne relai et surtout son temple.

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Puis notre itinéraire s'incurve et au sortir d'un petit bois où nous nous arrêtons aux ruines d'une marcairerie (vieille bâtisse en granit dédiée à la fabrication du Münster), nous marquons une halte respectueuse et admirative devant un édifice remarquable, la cabane en pierres de Haute-Loge, perchée sur son dôme à 934 mètres, élue cabane préférée des français.

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Avant d'attaquer la montée sévère à travers bois qui conduit à la "Chatte Pendue" ( la chète pentue ou pierre haute pendue en parler local), une courte descente nous donne une dernière fois de contempler les plateaux sauvages des Vosges.

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Nous ne nous attarderons guère au belvedère de la Chatte Pendue car les estomacs commencent à nous tirailler et Alain a prévenu la propriétaire de la ferme auberge du Bambois que nous aurions un peu de retard. La descente est assez raide et nous changeons totalement de décors en quelques kilomètres. En effet, aux plateaux écrasés de soleil et accusant la soif succède un fond de vallée luxuriant avec de grasses prairies.

La ferme auberge du Bambois, à plus de trois kilomètres de la première habitation, soupire d'aise au creux d'un tel écrin de verdure. L'accueil y est des plus agréables et le repas aussi délicieux que copieux. Et très vite on se dit qu'on a été bien inspiré de brûler quelques calories dans les efforts matinaux. Après une entrée tout en charcuterie locale, on me sert une viande cuite exquise (il s'agit en fait d'épaisses tranches de jambon cuit, confit et fumé) accompagnée d'une poêlée paysanne consistante et tout aussi savoureuse. Le tout précédé d'une bonne mousse et accompagné des meilleurs vins d'Alsace. Et je n'attends pas le dessert pour réaliser que le bilan calorique du séjour en Alsace risque aussi d'être hautement positif pour les béarnais.

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Après une courte visite à l'étable où de belles vaches vosgiennes à la robe marine roupillent en paix, le reliquat de l'après-midi est occupé à rallier le point de départ de la randonnée par les belles petites routes du pays de Salm. Un peu plus loin, l'instinct refaisant surface, nous inspectons les abords de l'étang du Coucou et ses tourbières. Seul un gyromitre me fera coucou.

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Adishatz !

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08 août 2018

Rencontres mycophiles tachenonsiennes 2018 en Alsace, épisode 1 : sur les pistes du Donon

 

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Adishatz,

Alors que la saison des cèpes soulève bien plus de peplexité que de litière en Béarn, et que je dois aller récupérer ma voiture dans un garage à Oloron avant de pouvoir reprendre enfin un peu de hauteur, le moment est bien choisi pour vous narrer la formidable expérience humaine que fut la rencontre entre mycophiles du forum Tachenon, du 12 au 17 avril 2018 en Alsace. Je procèderai par épisode car entre le tri des photos et les textes, il y a beaucoup à traiter et je suis un peu ébahi.

Le 12 avril 2018, une fine équipe de béarnais prit l'avion à Toulouse pour atterrir une heure plus tard à Strasbourg Entzheim. Une partie de la journée fut occupée à la récupération d'un véhicule de location puis à l'installation dans un superbe gîte à Acheneim, qui nous laissa le temps d'une courte expédition aussi belle que stérile du côté d'Obernai et du Mont Saint Odile. À la lumière des découvertes ultérieures, je pense que nous avons un peu trop prospecté dans l'ombre des torrents. Enfin le premier soir fut l'occasion d'un repas exquis chez Sylvie et Dominique (alias Nic67), notre hôte et organisateur/coordonnateur impeccable de la réception en Alsace. Sa joue de boeuf n'a pas opposé la moindre résistance, nous non plus... Sans oublier les autres mets délicieux.

Le 13 avril en début de matinée au départ du gîte, un convoi de fins limiers se rassemble et se met en route vers les Vosges bas-rhinoises du côté du Donon et de Saint Dié. Le ciel gris et menaçant n'entame en rien la bonne humeur ambiante alors que nous découvrons les beaux paysages vosgiens mi-colline mi-montagne.

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Après avoir stationné nos véhicules au bord de la route, Alain (alias Gigi67) et rexboy (alias Régis) qui ont reconnu le terrain au cours des jours précédents nous entraînent à travers une longue et belle piste forestière flanquée de sapins, d'épicéas et de hêtres. La voix posée et la prévenance d'Alain qui par sa connaissance du terrain n'a rien à envier à celle d'un guide touristique n'ont d'égale que l'enthousiasme et l'intérêt manifeste de Régis pour les différentes conversations de naturalistes qui animent le petit groupe qui chemine l'oeil aux aguêts. Toutefois les champignons restent fort rares en ce début de printemps alsacien et seule une pézize noirâtre se signale sur une ornière.

Très vite la pluie s'est invitée à la randonnée et c'est sous un magnifique poncho noir de ralliement que Dominique gagne la barraque en bois qui nous servira d'abri pour le pique nique.

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Le temps d'un café réconfortant la petite troupe reprend son chemin chaperonnée par ses deux guide hors pair et les cirés. Une bonne heure plus tard, au sortir d'un virage, alors que les conversations vont bon train, mon regard accroche sur une frêle silhouette grise en bordure de piste. "Une conique !" À cette exclamation, les discussions se suspendent, les regards se tendent tandis que chacun conflue et se penche sur le prodige.

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Dès lors tous se mettent à chercher un peu partout sous le regard un brin amusé et fier d'Alain et de Régis qui avaient formidablement préparé leur coup. Et bientôt d'autres morilles coniques sont découvertes sur le talus du chemin, comme matérialisées par les cris de joie de tout inventeur.

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Une bonne exposition, l'abondance de lumière et un bon ruissellement, la présence de conifères dont la sève et les aiguilles en décomposition apportent sans doute une part du nutriment, semblent constituer le biotope par défaut de ces belles morilles coniques bas-rhinoises aux tons de gris dont nous débusquons encore de forts jolis sujets.

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La pluie a cessé et le ciel se nettoie, lorsque nous entamons le retour aux voitures par une des nombreuse pistes qui tissent un canevas dans la forêt vosgienne. Au bord de l'une d'elles, je m'arrête à ce monument historique, et on se demande comment les hommes ont pu s'abaisser à des heures aussi sombres dans une immensité si belle et lénifiante.

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Fin du premier épisode... Si vous souhaitez visionner l'album photo complet, cliquez ici !

Adishatz !

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05 août 2018

Escapade à la cabane du Boué / Escapada ara capana deth Boèr (Laberouat, 29/07/2018)

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Adishatz,

Les Pyrénées ont été inventées comme un défi à la torpeur de l'été, et c'est encore plus vrai lorsque, comme cette année, les cèpes se font très rares. Là-haut il y a toujours quelque chose à découvrir, voir et contempler, sans négliger les bienfaits d'une bouffée d'air frais.

Dimanche 29 juillet, après quelques instants de concertation avec des amis alsaciens de passage en Béarn, nous nous rendîmes au départ d'une randonnée sans difficulté à la cabane du Boué, dans le cirque de Lescun. Il faut dire que les sites de randonnée remarquables maquent moins en vallée d'Aspe comme dans le cirque que les jambes pour les accomplir.

Les premiers hectomètres de la marche s'élancent de la petite route qui mène au refuge de Labérouat, à quelques encablures de ce dernier. On chemine dans une fougeraie à l'ombre du mont Oelharisse et de ses crêtes, tandis qu'en se retournant on peut admirer une partie des géants mythiques du cirque, tels que le Billare ou le Pic Countendè.

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La première partie du périple, toute en brèves ascensions et descentes, traverse de petites hêtraies fraîches et humides et de vastes prairies de moyenne montagne où domine la fougère aigle. C'est de là que sur la droite s'offre au regard un inoubliable panorama de Lescun cerné par les monts frontaliers.

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Quelques iris des Pyrénées se signalent aux randonneurs et des massifs d'oeillets de Montpellier, dianthus Monspessulanus, prennent leur bain de soleil matinal sur les rochers qui hérissent le parcours avant qu'une crête somptueuse en pente douce ne matérialise l'entrée dans la forêt d'Anitch.

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Etagée entre 900 et 1550 mètre d'altitude, Anitch est une sylve pyrénéenne de toute beauté, alternant hêtraies et sapinières le plus souvent en mélange, le tout sillonné par de charmants petits ruisseaux et percé de clairières où fleurissent des épipactis hélleborine, epipactis macrophylla. Sa traversée estivale se révèle d'autant plus agréable qu'il y fait très bon et que de nombreux champignons y ont trouvé refuge, parmi lesquels de rares cèpes, quelques girolles et une poignée de bolets subappendiculés.

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Alors que nous approchons de l'objet de notre randonnée, le sentier s'élève peu à peu au-dessus de la forêt et un regard sur notre droite nous offre de belles perspectives.

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La cabane du Boué ou Cuyala deth Bouè, construite près d'une source profuse, nous apparaît bientôt, aussi chétive au pied des crêtes du Miey que perdue au milieu de ce grand faux-plateau où paissent les vaches vers 1450 mètres d'altitude.

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Oûtre les crêtes et le Mont Eygarri tout proche qui le dominent, le site où nous pique-niquons à l'ombre des hêtres n'en est pas moins un formidable belvédère sur les monts de la vallée d'Aspe depuis le cirque d'Accous jusqu'au massif du Pic de Sesques entre Aspe et Ossau.

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Finalement, sur un plan strictement naturaliste, la belle trouvaille de cette randonnée était une une petite plante à peine perceptible dans la pénombre de la hêtraie près du point de part, ces quelques pieds d'épipactis à petites feuilles, epipactis microphylla, une orchidée peu commune.

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Adishatz !

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