Le Blog de Cristau de Hauguernes

10 juin 2018

La pocejaira / L'autostoppeuse

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Dimerç 6 de junh.

Que me'n tornavi aqueth matin de junh deu tribalh au collegi de Laruntz. Just se viení de passar Biòst que m'aviavi sus la bèra linha batenta e desertica qui mia tau virolet de Gèra. Hicant-se a l'argueit de quauqua tròba los uelhs que se m'espiavan tà dreta e tà esquèrra. E a uns dus cent mètres deu virolet a man esquèrra, un auburi piramidau que se m'aperè, com ua pocejaira vestida de nòça pitada suu terrèr au bèth miei de las margalidas, de las aquileas e de l'erbassa, dab serpentinas ròsas qui'u hasèn de cotilhons. Que travèi, que calè que vedossi.

Au virolet que hasoi arrepè. Que rotlèi a plasers, dens l'idea de m'arrestar. Mes que passavi déjà au son dret quan la tornèi véder. De l'auta part qu'avisèi ua pista qui seguiva lo caminau en contrabaish a l'entrada d'un gran hangar e que la gahèi. Qu'estremèi la veitura a ua crotzada e que seguii a pè. A quauques mètres d'aquiu contra un via sosterrada que's quilhava un escalèr de pèira. Que'u pujèi, que passèi lo parapèc e la cauçada tà m'anar a l'endavant de la flor.

A fin e a mesura qui apressavi, lo dobte que honèva. Aqueth auburi piramidau, aquera pocejaira vestida de nòça pitada suu terrèr au bèth miei de las margalidas, de las aquileas e de l'erbassa, dab serpentinas ròsas qui'u hasèn de cotilhons, qu'èra ua orquidea de las mei rialas en Biarn, l'orchis de l'aulor de boc, himantoglossum hircinum. Que saunejavi de l'encontrar despuish qu'ua gojata d'Engolèime avè postat quauquas fotòs de la planta lo ser abans sus un grop Facebook e jamei n'averí pensat d'abutir tant de pos.

Adishatz !

 

Mercredi 6 juin

Je rentrai ce matin de juin de mon travail au collège de Laruns. À peine venais-je de dépasser Béost je m'engageais sur la longue ligne droite qui mène au rond-point de Gère. Se mettant à l'affût de quelque découverte, mes yeux regardaient à droite et à gauche. Et à environ 200 mètres du rond-point sur ma gauche, une silhouette pyramidale capta mon attention, comme une autostoppeuse en habit de noce perchée sur le talus au beau milieu des marguerites, des achillées et des grandes herbes, avec des serpentins roses lui tenant lieu de cotillons. Je ralentis, il fallait que je visse.

Au rond-point je fis demi-tour, je roulai lentement dans l'intention de m'arrêter. Mais je venais déjà de la dépasser quand je la revis. De l'autre côté je repérai une piste qui longeait la grande route en contrebas à l'entrée d'un grand hangar et je l'empruntai. Je stationnai ma voiture à une bifurcation et de continuai à pied. À quelques mètres de là contre un passage souterrain se dressait un escalier en pierre. Je le gravis, j'enjambai le parapet et traversai la chaussée pour aller à la rencontre de la fleur.

Au fur et à mesure que j'approchais, le doute se dissipait. Cette silhouette pyramidale, cette autostoppeuse en habit de noce perchée sur le talus au beau milieu des marguerites, des achillées et des grandes herbes, avec des serpentins roses lui tenant lieu de cotillons, était une orchidée très rare en Béarn, l'orchis à odeur de bouc, himantoglossum hircinum. Je rêvais de la trouver depuis qu'une jeune fille d'Angoulême avait posté quelques photos de la plante sur un groupe Facebook la veille au soir et jamais je n'aurais pensé aboutir aussi vite.

Adishatz !

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28 mai 2018

Saison des champignons 2018, les morilles coniques ruissellent, les cèpes se noient...

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Adishatz,

Ensoleillement peau de chagrin, pluies fréquentes et froides, températures le plus souvent frisquettes, c'est un bien triste printemps qui est notre lot, sur le plan météorologique, à l'ouest de la Garonne et au fur et à mesure que l'on se dirige vers la Bigorre, le Béarn et le Pays Basque. Et cette situation, si elle perdurait, ne serait pas sans m'inquiéter quelque peu pour la suite de la saison des cèpes. Même si l'hiver assez froid reste un bon présage il nous faudrait à minima une bonne période sèche et un été chaud pour assûrer un automne correct dans les bois.

À l'heure où je rédige, on en est très loin. Le vent armé de pluies violentes du dernier weekend a couché le pâturin des champs ruisselant sous la bruine de ce matin de fin mai et les lourds nuages bas coiffent le grand peuplier de Domercq sur les hauteurs de Lasbordes. L'entame de la saison des cèpes est à l'image de ces conditions climatiques dominantes. Les cèpes sont extrêmement rares pour l'instant et peinent à dépasser la taille d'une noix, soit qu'ils sont dévorés très jeunes par les arions que ce climat avantage considérablement, soit qu'ils pourrissent par excès d'eau. Dans ce contexte, on n'abandonnera pas tout espoir en observant que mes premières trouvailles datent du 8 mai, ce qui reste une date assez précoce, les saisons 2011 et 2014 sous de tout autres cieux faisant exception et pour tout dire un peu illusion. Le comportement des cèpes ces prochaines semaines avec des températures un peu plus élevées (espérons) nous permettra de mieux évaluer le potentiel de la saison.

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Ceci étant posé, en mycologie comme en bien d'autres domaines le malheur des uns fait le bonheur des autres. Pendant que les cèpes cafouillent et se noient en plaine les morilles coniques dansent tout là-haut dans les sapinières pour le plus grand bonheur des initiés. Certes, il ne faut pas craindre de braver la pluie, les orages, la grêle, et parfois même la neige, mais cette année les belles mitres brunes et pointues ne sont ni ingrates ni avares et c'est une émotion intense que de les apercevoir sur une banquette de mousse au pied des sapins, dans quelque clairière bordant les torrents, en lisière ou sur quelque piste de débardage.

Configuration à front renversé donc par rapport aux saisons de la décennie en cours qui voyaient les cèpes pavanner en plaine et les morilles chassées prématurément des Pyrénées par la chaleur. Pour les semaines qui nous séparent du mois de juillet la pousse des coniques devrait jouer les prolongations en misant sur l'altitude face à l'élévation contenue des températures. Dans un même temps les cèpes devraient quelque peu s'enhardir dans nos plaines et coteaux.

Adishatz !

 

25 mars 2018

Le temps des mitres

 

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Adishatz,

Alors que l'hiver consciencieux, commence à empiéter nettement, pour ne pas dire lourdement, sur le printemps, le souvenir heureux des 25 mars 2016 et 2017 m'a dicté de chausser mes grôles contre vents et rincées et de me projeter à travers mes coteaux nord-béarnais qui étaient encore en proie au gel et aux averses de neige cette semaine, ce qui du reste n'est pas forcément un mauvais présage pour la saison des cèpes.

Au tout début de mon périple était un passage souterrain creusé sous une route flanqué d'énormes blocs de soutènement apportés des Pyrénées et dissimulé par une importante haie de laurelles et de troënes. La détermination du quêteur naturaliste se nourrissant parfois de succès d'étape la découverte à cet endroit de jeunes pézizes veinées, proches cousines des morilles, sur la terre affleurant entre les rochers, me confirma dans l'idée que j'avais bien fait de braver les intempéries.

 

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Les jonquilles s'en vont doucement, les asphodèles se rendent au rendez-vous d'avril, en attendant je me suis arrêté pour photographier une microstation d'anémones sylvie qui présentent l'avantage d'être bleues comme la variété montagnarde quand l'espèce-type en plaine est blanche.

 

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Une bonne heure plus tard me voici à pied d'oeuvre, dans cette ripisylve aussi luxuriante que secrète qui chaque année me gratifie des premières. Temporairement la pluie a cessé. Frayant son chemin entre les frênes et les ormes agités par le vent, un soleil pâle et evanescent court sur les carottes sauvages, les mercuriales, l'ail des ours et le lierre terrestre. Des populations de lamiers pourpres, de ficaires fausse renoncule et d'orties ont jeté leur dévolu sur les parcelles les plus humides tandis que les anémones et les isopyres faux-pygamon ont investi le talus plus thermophile de la rivière mère de ce petit monde merveilleux.

Me voici donc vouté, les yeux rivés au sol, déambulant lentement, presque penaud à l'idée de déflorer cet écosystème, de longues minutes à tourner en rond et inspecter minutieusement le sol du moindre bouquet d'arbres. Les premières places à l'intérieur se sont montrées intransigeantes, le froid récent y a toute sa part, et je comprends vite que la réussite de ma démarche repose sur le talus du cours d'eau, là où l'onde quoique menaçante crée un microclimat thermorégulé.

Dès lors je n'aurai plus à chercher longtemps. Après quelques instants à sonder le talus les premières morilles minuscules m'apparaissent près des racines des ormes. Puis d'autres dans le sable qui cherchent à se dissimuler sous des fougères. Je découvrirai encore deux ou trois ébauches de morilles un peu plus loin sur les racines d'un frêne comme placées sous la protection d'une petite verpe conique.

 

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Ces toutes petites morilles nées dans la semaine accusent le léger retard pris par la saison dû aux vagues de froid et au déficit d'ensoleillement de cette fin d'hiver. Découvertes un jour plus tard en raison de mes disponibilités, les premières morilles de mars 2017 et 2016 étaient déjà un peu plus grandes et plus nombreuses. Mais la semaine qui vient verra d'autres naissances et il faudra sans doute attendre la mi-avril pour tirer les premiers enseignements de cette pousse 2018. Pour l'heure la saison est lancée et pour la première fois depuis des années les projections météorologiques à moyen terme laissent espérer qu'elle soit longue et prolixe.

Adishatz !

 

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04 février 2018

Hialat perdut / Réseau perdu

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La nueit que's minjava aqueth dia hred e emplogit de genèr. Que me'n tornavi en m'esdeburant. Dab los contravents barrats, los ostaus deu vesiat qu'èran com los lugrans estupats d'un mondòt desanat e sonque las autòs qui esliçavan suus camins que hasèn drin de lutz en descampa. E que cadoi lavetz, plen de nostalgia, hens los sovièrs luenhècs deu temps mainadèc.

Que vedoi a la Laurença de Feugàs, l'aubergista deu quartièr, suu solar de l'ostau, bèra dauna deu pèu blanc escricada e arcuelhiva, qui hasè quate istuèras dab tots los qui passavan de la soa votz calorosa.

Passat lo Tàa on s'arrecaptè Joan Pau, lo hilh, déjà que s'auburava la masoada de Fòrtol, en suspart de la parguia, dab contra lo camin, lo casau de Miquèu. Familha hreiterosa e cueisha de valents. Que'm brembèi la Maria suu son peta-hum, quan ns'arribava peu torn de Nadau o de Candelaure, dab lo tistèth arràs de carn de pòrc qui'ns avè estauviada de la darrèra pelèra. Aquera hemna tòrta e aveudada tròp joena que sabè çò qui n'èra de tirar la guinhòrra e contra las mauparadas deu caminau, qu'educava de plan a la familha e l'arsec qui hicava dens las mustras d'amistat e de solidaritat que'ns genava drin permor que sabèm l'ostau n'èra pas ric e la carn qui'ns portava que manquère totun aus hilhs qui èran joens tribalhadors.

En quitant lo caminau de Sauvatèrra que comença lo beròi caminòt d'Orion. Just toquet, uns centenats de mètres mei enlà, a man esquèrra, que i ei un endretòt mentavut Postòlin. Un ostalòt de plan-pè dab un costèr e ua bòrda mei bèra. Aquiu vivè un omiòt croishit, nas de corbaish e gris de pèu. Jan que s'aperava. L'arrit aus pòts, qu'èra plasent tà tots e tostemps prèst a har servici shens aténder las tornas. Que'u vedí sovent suu camin de l'escòla e mantun còp que'm tirè un bròc deu pè quan me hicava la cadena de la bicicleta d'aplomb. Quauquas annadas mei enlà, que deví estar au licèu o a la fac, que'u trobèn defuntat. Que s'avè devut trobar mau e qu'èra cadut de cuu contra un deus sons frutèrs shens jamei saber quilhà's.

Un caminòt estret que baisha tà Hauguernes. Que cau gahar tà esquèrra au som d'un arpalhon. Quauques mètres mei baish un marronièr que velha sus l'ostau de Picon. Aquiu que demoravan un brave par de vielhs, Jausèp lo casalèr e Maria la dauna. Ad eth que l'èra dat d'at har tot verdejar. E que'u vedèn lo dia, acoentat per dehòra, estosse a destascar o a parar lo só en tot se prosejant d'ua votz amistosa dab los qui passavan suu camin. Era qu'èra deu dehens e que sabè, dab la mea gran mair, un secret de biscueits dab la pèth de lèit. Mes los qui cossiravan, tostemps plan arcuelhuts, jamei non s'audivan rumors o tracassís.

Qu'èra nueit escura quan passèi Hitòs on drin de lutz traucava los contravents. Que pensèi a l'Annà, hemnòta prima e deu pèu gris, quan baishava en çò deus pairins, cuélher la cautera fretada dab céner o parlar deus ahars e deus aharòts.

Tot aqueth monde que vivèn ras e ras e un vielh hialat sociau qu'at tienè tot amassa. Ua junta de costumas, de tradicions, qui ataisavan las pelejas, las diferéncias e los tempèris. La mort se trucava a la pòrta d'un ostau, los purmèrs vesins qu'ajudavan entaus aprèsts de las aunors. La solidaritat, lo còp de man qu'èran la clau de la susvita e shens tostemps estar amics tots aqueths vielhs qu'aimavan de's trobar, de's prosejar, de's béver un caferòt ençò de l'un o de l'aute en tot clacà's quauquas crèspas o meravelhas quan s'escadè. La fiertat de l'endret e lo sens deu dever que'us n'enviavan tà dehòra tirar drin d'èrba au casau o curar los varats deu honset.

Los horohós d'ua chaveca au graèr de Haut-Bernés que'm tirèn deu saunei e que'm tornèi amassar los esperits en passant lo portau. A petits drins lo briu deu temps qu'a estupat l'es.hlama. Tot aqueth brave monde que son partits au cemitèri. Los ostaus que s'ahonan dens la nueit deu desbromb. Si'us escad d'estar venuts los navèths aucupants que viven embarralhats au darrèr de barrangaus o de pleishèras d'auciprès, dab per hialat sociau los telons de tota traca. E que sòrten sonque tà's getar dens l'autò per lo tribalh o las crompas.

Adiu mondòt esvanit de las vesiaus e de las pelèras, hialat de caras arridentas suus portalèrs. Que m'as escoliat lo sol riquèr de compte har, lo còp de man, la solidaritat, lo plaser d'estar amassa entau tribalh com entà taulejar o pausà's e la preséncia. Suu caminau atucat per lo hat e los desaguís, que'm hèi en davant plen de la toa pensada esmavuda qui m'ei ajuda preciosa, fièr de t'aver coneishut e de't portar lo messatge capvath l'escuranha d'ua epòca desvaratada e desumanizada.

Ua pensada entau men vesin Grat Cacareigt de Hitòs qui n'ei pas tròp hardit d'aquestes torns.

 

La nuit descendait sur ce jour froid et pluvieux de janvier. Je rentrais chez moi en pressant le pas. Avec leurs volets clos, les maisons du voisinage étaient comme les étoiles mortes d'un petit monde abandonné et seules les voitures qui coulissaient sur les routes projetaient un peu de lumière furtive. Et je plongeai alors, plein de nostalgie, dans les souvenirs lointains de mon enfance.

Je vis Laurence Feugas, l'aubergiste du quartier, sur le pas de sa porte, belle dame aux cheveux blancs élégante et accueillante, qui faisait un brin de conversation avec tous ceux qui passaient de sa voix chaleureuse.

Après le Tàa où s'était installé Jean Paul, son fils, déjà se profilait la maisonnée de Fortoul, dominant sa cour intérieure, avec adossé à la route, le jardin de Michel. Famille modeste autant que dure au labeur. Je me souvins de Marie sur son vélomoteur, lorsqu'elle arrivait chez nous à l'époque de Noël ou de la Chandeleur, avec son panier plein de viande porcine qu'elle nous avait mise de côté de la dernière pélère. Cette femme boiteuse et tombée en veuvage trop jeune savait ce qu'il en était d'être dans le besoin et malgré les infortunes de son existence, elle éduquait bien ses enfants et l'application qu'elle mettait dans ses marques d'amitié et de solidarité nous geinait assez parce que nous savions que la maison n'était pas riche et que la viande qu'elle nous portait manquerait quoi qu'on en dise à ses fils qui étaient jeunes travailleurs.

En quittant la grande route de Sauveterre commence le joli petit chemin d'Orion. Tout contre, quelques centaines de mètres plus loin, sur la gauche, est une petite propriété au nom de Poustolin. Une petite maison sans étage avec une remise et une grange plus spacieuse. Là vivait un petit homme voûté, nez de corbeau et cheveux gris. Il s'appelait Jean. Le sourire aux lèvres, il était agréable et toujours prêt à rendre service sans rien attendre en retour. Je le voyais souvent sur le chemin de l'école et bien des fois il me tira une épine du pied en me réparant la chaîne de la bicyclette. Quelques années plus tard, je devais être au lycée ou à la fac, on le trouva mort. Sans doute avait-il eu un malaise et il était tombé à la renverse contre un de ses arbres fruitiers sans jamais parvenir à se relever.

Une petite route étroite descend à Hauguernes. Il faut prendre à gauche en haut d'un raidillon. Quelques mètres plus bas un marronnier veille sur la maison Picou. Là habitaient un brave couple de vieux, Joseph le jardinier et Marie la maîtresse de maison. Lui avait le don de tout faire verdir. Et on le voyait le jour, affairé au dehors, fût-ce à désherber ou à prendre le soleil tout en s'entretenant d'une voix amicale avec ceux qui passaient sur le chemin. Elle était plutôt de l'intérieur, et partageait, avec ma grand-mère, un délicieux secret de biscuits à base de crème de lait. Mais ceux qui rendaient visite, toujours bien reçus, jamais n'entendaient de rumeurs ou de commérages.

C'était nuit noire quand je passai devant Hitos où un peu de lumière filtrait à travers les volets. Je pensai à Anna, petite femme mince aux cheveux gris, lorsqu'elle descendait chez mes grands-parents, chercher le grand chaudron frotté avec de la cendre ou parler de tout et de rien.

Tous ces gens vivaient côte à côte et un vieux réseau social tenait l'ensemble. Un tissu de coûtumes, de traditions, qui primait les querelles, les différences et les caractères. Si la mort frappait à la porte d'une maison, les premiers voisins aidaient aux préparatifs des funérailles. La solidarité, le coup de main étaient la clef de la survie et sans toujours être amis tous ces anciens aimaient se retrouver, converser, boire un café chez l'un ou chez l'autre tout en dégustant quelques crêpes ou merveilles à l'occasion. La fierté de la propriété et le sens du devoir les envoyaient dehors arracher un peu d'herbe au jardin ou curer les fossés de l'impasse.

Les hululements d'une chouette dans le grenier de Haut-Bernés mirent fin à mon rêve et je repris mes esprits en passant le portail. Peu à peu, la marche du siècle a éteint la flamme. Tous ces braves gens sont partis au cimetière. Les maisons s'abîment dans la nuit de l'oubli. Si par chance elles sont vendues les nouveaux occupants vivent retranchés derrière des palissades ou des haies de cyprès de Leyland, avec pour réseau social les écrans de toutes sortes. Et ils ne sortent que pour se jeter dans leur voiture et partir au travail ou aux courses.

Adieu petit monde évanoui des bésiaüs et des pélères, réseau souriant de visages sur le pas des portes. Tu m'as enseigné la seule richesse d'importance, le coup de mian, la solidarité, le plaisir d'être ensemble pour le travail comme pour s'attabler ou se reposer et la présence. Sur mon chemin frappé par le destin et les coups bas, j'avance plein de ta pensée émue qui m'est une aide précieuse, fier de t'avoir connu et de porter ton message à travers la noirceur d'une époque déjantée et déshumanisée.

Une pensée pour mon voisin, Grat Cacareigt de Hitos dont la santé inquiète à l'heure où je compose cet article