Le Blog de Cristau de Hauguernes

02 août 2016

Saison des cèpes : 2016 multiplie les prodiges envers et surtout contre tout...

 

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Adishatz,

Le mois de juillet 2016 s'en est allé, laissant derrière lui une végétation exsangue et les paysages de mes coteaux où le vert peu à peu le cède à la paille. Contraste saisissant avec la luxuriance générée par les excès de pluie du printemps et des deux premières décades de juin. La deuxième quinzaine de juillet s'est avérée très sèche, 8 millimètres de pluie seulement en cumulé depuis le 14, dont 5 tombés en moins de 5 minutes sous un orage consécutif à la vague de chaleur torride qui a vu la plupart des thermomètres de Salies, Sauveterre, Orion et Burgaronne afficher entre 41 et 42 degrés à l'ombre le 19 juillet. Dans ce contexte, que le mycélium non seulement n'ait jamais cessé de produire quelques cèpes parfaits au paroxysme de la fournaise, mais encore qu'il ait recommencé à former de tout jeunes bouchons depuis le 29 juillet suscite en moi une admiration sans borne autant que de nombreuses interrogations sans réponse. Ainsi donc quelques misérables millimètres de pluie tombés au bon endroit suffiraient parfois à déclencher une pousse, fût-ce quelques dizaines de sujets, quand par ailleurs des hectolitres d'eau restent sans descendance.

Sur la situation générale, le constat et les projections restent les mêmes que ceux énoncés dans l'article précédent. Ce temps très sec, ensoleillé, et cette chaleur estivale qui semblent s'installer dans la durée devraient fortement nous bénéficier ultérieurement, non seulement parce que, c'est bien connu, les périodes de stress hydrique, plus communément appelées sécheresse, sont presque toujours suivies de belles pousses de champignons, notamment à l'automne, mais surtout parce que ce changement radical de temps devrait être sanctionné in fine par le réveil des très nombreux secteurs qu'un hiver beaucoup trop doux et un printemps très pluvieux ont plongé dans une profonde dormance et qui fait le désespoir de beaucoup.

Sur les raisons de ces disparités et de cette entame de saison famélique pour l'essentiel, loin de moi d'apporter des réponses tranchées, plus j'avance dans la "connaissance", ou du moins ce que je pense être la connaissance du cèpe, plus je me rends compte que tout est criticable, amendable, évolutif et susceptible d'être démenti par une nouvelle découverte ou théorie, elle-même vérité d'un instant de la science tant le sujet est ardu et complexe. Néanmoins, ceux qui me lisent savent d'emblée que la perspective d'hivers (trop) doux ne me remplit jamais d'optimisme, surtout si des printemps très pluvieux et faiblement ensoleillés leur emboitent le pas. Tel fut notre lot cette année. En outre l'hiver 2015-2016 nous a légué un désastre écologique dont bien peu se sont aperçus et émus : au mois d'avril, une attaque de chenilles sans précédent a affecté de très nombreux chênes de mes coteaux, y compris les chênes rouges, mais j'ai eu l'occasion de constater qu'il en avait été de même dans d'autres secteurs. Les châtaigniers ont été très peu ou pas du tout concernés par ce fléau, ceci dit, ils avaient déjà bien assez à faire avec le cynips contre lequel ils font montre d'une résistance épique et dans la très grande majorité des cas victorieuse. Les chênes dont une proportion considérable de feuilles fut dévorée ont consacré le restant du printemps et les premiers jours de l'été à reconstituer leur frondaison, incluant parfois les rameaux. Le cycle de ces arbres a été si fortement perturbé qu'à l'heure où j'écris tous se débarrassent prématurément et massivement de minuscules glands qu'ils ne pourront mener à terme. Il se fait que lorsque je superpose mentalement la cartographie des parcelles où j'ai trouvé des cèpes en quantité depuis le mois de mai et celle des parcelles où les chenilles ont tout dévasté, c'est édifiant : les cèpes poussent en nombre sous les châtaigniers et les quelques chênes qui ont échappé à la ponction, ils sont au mieux rarissimes partout ailleurs. On est alors fondé à se demander si un arbre qui puise dans ses réserves en urgence dès le printemps pour se revigorer et assurer sa survie ne sera pas temporairement indisponible pour ses partenaires chapeautés. Vive les hivers du réchauffement climatique !

Adishatz !

Voir aussi :

Album photo 2016

Les articles portant sur la fin de saison 2015 :

Saison des cèpes 2015 : l'ah glas glas de nos espérances.

Saison des cèpes 2015 : septembre a joué à chamboule-tout.


30 juillet 2016

"E lo con, quan ei qui'u pelatz ?" / "Et le c(och)on, quand est-ce que vous le tuez ?"

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Qu'èra per l'autonada de 1988, le men ajòu Pèir Camogran, qui avè bon lo cap en hant-se vielh, que's demorè drin a l'espitau d'Ortés, on l'avèn pausat un estimulator cardiac. Au capcèr, Mairòta que'u hasè drin de companhia, a la mòda vielha.

De hèit, lo noste òmi ne's seré pas podut avejar hèra. Ua vielhòta que coabitava la crampa, brava hemna per estar hòrt combatièra. E tostemps qu'arreboriva contre lo son marit : "E lo con..." "Aqueth con, aqueth con totun !" Pairòt e Mairòta que se n'arridèn a l'amagat d'aqueth tic de parlar.

Totun, au moment de har los adishatz, lo gran-pair, qui ne s'avè pas desbrombat lo més tuadèr qu'arribava e qui avè tostemps l'esperit au caputh de la lenga que'u demandè : E lo con, quan ei qui'u pelatz ?

"Et le c(och)on, quand est-ce que vous le tuez ?"

C'était dans le courant de l'automne 1988, mon grand-père, Pierre Camougrand, qui gardait toute sa tête en vieillissant, avait séjourné quelque peu à l'Hôpital d'Orthez, où on lui avait posé un pacemaker. À son chevet, Mémé lui tenait un peu compagnie, selon l'usage.

De fait, notre homme n'aurait pas pu beaucoup s'ennuyer. Une petite vieille partageait sa chambre, brave femme bien que très agitée. Et sans cesse elles ruminait contre son mari : "Et le con..." "Ce con, mais ce con !" Pépé et Mémé se cachaient pour rire de ce tic de langage.

Toutefois, au moment de dire au revoir, mon aïeul, qui n'avait pas oublié que le mois des pélères approchait et qui avait toujours l'esprit vif lui demanda : "Et le c(och)on, quand est-ce que vous le tuez ?"

Adishatz,

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24 juillet 2016

Los cucs / les alytes accoucheurs

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Que son purmèr uns crits aguts qui pujan de las marlèras, de las cisternas e deus varats, tanlèu plegadas las marcescadas e dinc a las purmèras torradas de Marteror, e qui's conjugan dab los ahupets deus grits e deus sauta-prat entà formar de nueit, just quan descampa lo pericle e deisha de plàver, la mei suau de las polifonias.

Tà díser, que s'entenen hèra mei sovent qui non pareishen, e la lor irrupcion dens l'enviroament sonòr, quan ne'us coneishen pas, que pòt esvarjar los mei joens. Quan chin, que'm sovieni deu purmèr encontre dab aquestes danomensòts, a Haut-Bernés, ençò de Pairòt e Mairòta Camogran quan i anavi dromir. Un ser, just se vienèvi de m'ajacar dens lo gran lhèit de la crampa deu miei au solèr qu'un d'aquestes concèrts inesperats e s'entinoè tà celebrar la fin d'un aram de periclada. E Nancie Camogran, maliciosa, que se'n arridè com torçuda de véder la mea cara inquièta. "N'ajis pas paur, que son los cucs, que son graulhas mendretas ce'm digó de la fin..."

De hèit, Mairòta que'n avè rason, lo nom, las mors, ... Manca un detalh de compte har, los cucs que son carpauds menins de l'ordi deus amfibís, çò qui'us diferencia de las graulhas qui son batracís. Aquestes creats qui non passan pas 50 millimètres de long que pòblan los ecosistèmas aigassuts, en tot precisar aquera nocion d'aigassut que pren un sens hòrt eslargit en çò deus naturalistes, las peirèras, las sablèras, las arralhèras, los penents, las arribas, las vielhas parets (bòrdas), los tascats, las lanas, los pargues, los casaus, las rueinas e los cemitèris. Que demoran sovent au ras deus òmis, sosterrats hens la tèrra escarpa, estujats devath pèiras o hens l'entredia de las lausas. Se'us arriba d'escaralhà's que viven sustot au ser e a nueit-hens en caçant mosquits, escarvalhs, limacs, cargolhs, talòssas e pòrcs de Sent Antòni. Se lo nom gascon d'aqueths aujamis ei onomatopeic, en francés que'us baptièn alytes accoucheurs empermor lo mascle que pòrta los uèus au-darrèr de l'acoplament.

Empermor de la lor aparida ciclica e ritualizada que son ua preséncia nueitiva amistosa e rasseguranta entà'us qui'us saben prestar aurelha, enlusida de permanéncia e d'immortalitat contra lo briu deu temps qui'ns atraça e nos maumia. Per çò de men, a las purmèras nòtas de las breçairòlas, que cadi hens las velhadas meravelhosas deu temps mainadèc, qu'audeishi los arrits de l'ajòla e que vedi lo son espiar pendard. Purmèr de m'adromir hens la nueit ataisda.

Adishatz !

Les alytes accoucheurs

Ce sont tout d'abord des cris perçants qui montent des mares, des citernes et des fossés, dès la fin des giboulées et jusqu'aux premières gelées de la Toussaint, et qui se conjuguent avec ceux joyeux des grillons et des sauterelles pour former la nuit, lorsque l'orage met les voiles et que cesse la pluie, la plus douce des polyphonies.

À vrai dire, ils se font entendre bien plus qu'ils ne se montrent, et leur irruption dans l'environnement sonore, quand on ne les connait pas, peut effrayer les plus jeunes. Enfant, je me souviens de ma première mise en présence avec ces petits diables, à Haut-Bernés, chez Pépé et Mémé Camougrand lorsque j'allais y dormir. Un soir, à peine venai-je de me coucher dans le grand lit de la chambre du milieu à l'étage qu'un de ces concerts inattendus s'organisa pour célébrer la fin d'une vague orageuse. Et Nancie Camougrand, malicieuse, se tordait de rire devant ma mine inquiète. "N'aies pas peur ! Ce sont les "Cucs", de toutes petites grenouilles, finit-elle par me dire..."

De fait, Mémé avait tout juste, le nom, les moeurs... À un détail d'importance près, les alytes accoucheurs sont de petits crapauds de l'ordre des amphibiens, ce qui les différencie des grenouilles qui sont des batraciens. Ces créatures qui ne dépassent pas 50 mm de long peuplent les zones humides, tout en précisant que cette notion d'humide est à prendre au sens très élargi chez les naturalistes, les carrières, les sablières, les éboulis, les pentes, les berges, les vieux murs (fermes), les pelouses, les landes, les parcs, les jardins, les ruines et les cimetières. Ils s'établissent souvent près des hommes, enterrés dans le sol meuble, cachés sous des pierres ou dans l'interstice des dalles. Bien qu'il leur arrive de prendre le soleil ils vivent surtout le soir et la nuit en chassant des moustiques, des coléoptères, des limaces, des escargots, des lombrics et des cloportes. Si le nom gascon de ces petits animaux est onomatopéique, en français ils furent dénommés alytes accoucheurs car le mâle porte les oeufs après l'accouplement.

À cause de leur apparition cyclique et ritualisée ils sont une présence nocturne amie et rassurante à ceux qui savent leur prêter oreille, illusion de permanence et d'immortalité contre le cours du temps qui nous traine et nous malmène. Pour ma part, aux premières notes de leurs berçeuses, je replonge dans les veillées merveilleuses de mon enfance, j'entends les rires de mon aïeule et revois son regard malicieux. Avant de m'assoupir dans la nuit apaisée.

Adishatz !

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17 juillet 2016

Saison des cèpes : 2016 joue dans la cour des très grandes...

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Adishatz,

Nous ne battrons pas chaque année des records de précocité, c'est heureux. Et la tenue du printemps des cèpes 2015, dans un contexte climatique tout autre, risque fort de rester pour très longtemps le mètre étalon, du moins je l'espère... Ceci étant posé, je reviens vers vous nanti d'espoirs pour la saison en cours.

Avec 2 ou 3 degrés de moins au thermomètre, des sols itérativement refroidis par des abats d'eau considérables en flux de nord-ouest, le tout sur la lancée d'un hiver désespérément doux qui à priori n'augurait rien de bon, le premier cèpe vint dans un bois jouxtant mon terrain, le 14 mai 2016, renouant ainsi avec ce que je tenais pour normal il y a quelques années encore, à savoir qu'une bonne année à cèpe produit généralement ses premiers sujets en première quinzaine de mai. Du reste, ce cèpe étant adulescent au moment de sa découverte, tout incline à penser qu'il était né en première décade, ce qui est encore mieux.

Au cours des semaines suivantes et jusqu'à la mi-juin, le ressenti général fut grandement faussé par le fait que la plupart des initiés ne voyaient pas de cèpes adultes en sous-bois. Et pour cause, les innombrables bouchons qui s'élançaient à la vie étaient systématiquement émondés par les limaces, lesquelles s'en donnaient d'autant plus à coeur-joie que de nouvelles pluies survenaient alors que les jeunes cèpes des précédentes amorçaient à peine leur croissance. Dans ces conditions, j'ai estimé qu'un bouchon de cèpe sur quinze parvenait à l'âge adulte avant le 15 juin, c'est très faible. Qu'à cela ne tienne, ce qui importe pour jauger le potentiel d'une saison c'est l'ardeur du mycélium à former des bouchons, pas le résultat final dont nous savons qu'il est sujet à "accidents" (limaces, cueillette, autres prédations, maladies, empêchement d'ordre climatique, etc...)

À partir du 10 juin, date à laquelle j'ai trouvé mon premier cèpe noir (contre le 13 mai en 2015), la hausse des températures, du pourcentage d'heures ensoleillées et l'espacement des précipitations, restreignant fortement l'activité des limaces, a inversé le rapport de force, laissant désormais le temps au mycélium de former une majorité de sporophores adultes, et permettant par là-même à la saison de donner une image plus conforme d'elle-même.

Mise en train par les fortes pluies de la deuxième décade de juin une véritable pousse de cèpes m'a donné de noircir considérablement mon calepin entre le 24 juin et le 9 juillet, à la faveur de journées plus estivales, sèches, mais sans excès. On est très loin de l'exubérance de la pousse de fin-juin 2015 au sortir d'un printemps très chaud et marqué par des périodes très sèches, ou de celle de juillet 2014 après les orages diluviens. Mais voilà qui permet à 2016 de rattraper assez facilement son retard (tout relatif) initial et de figurer temporairement dans le top 5 des 40 dernières saisons de cèpes, assez loin derrière 2014 et 2015, et pour cause, mais devant 2011 et 2006 ce qui n'est pas le moindre des prodiges.

Depuis le 9 juillet, malgré des conditions de plein été (fort ensoleillement, chaleur modérée, averses espacées et modiques), je continue à trouver quelques cèpes sporadiquement, les statistiques annuelles grimpent donc un peu plus lentement mais elles grimpent sûrement. Pour la suite je suis rempli d'optimisme, de toute évidence, par delà les différences de régime ponctuelles dues au climat, le mycélium semble poursuivre sur la même lancée qui nous époustoufle depuis 2011 (ce qui d'ailleurs ne manque pas de m'interroger). Et pour peu que l'été soit assez chaud et un peu plus sec (à cette date des parcelles entières de mes bois restent improductives car les sols y sont encore trop froids) l'automne pourrait en surprendre plus d'un.

Pour terminer, quelques mots sur les autres joyaux de la fonge estivale, les girolles sortent, timidement mais elles sortent. Il leur manque de bons orages pour fleurir mes sols très argileux. En revanche, à la date où j'écris, c'est la misère s'agissant des espèces les plus thermophiles, toujours pas la moindre oronge ni le moindre bolet appendiculé. Tout viendra avec le mois d'août...

Adishatz