Le Blog de Cristau de Hauguernes

01 juin 2014

Plus de 100 000...

Longtemps j'ai pensé que ce serait vers la mi-juin, puis en première décade. Sous la pression de l'affluence constatée ces 15 derniers jours, j'ai encore revu mes prévisions à la hausse, en première semaine de juin, dans les tout premiers jours. Et finalement, votre ferveur a déjoué tous mes scénarios. Le 30 mai 2014 vers 19h, l'un ou l'une d'entre vous fut le 100 000ème visiteur de ce blog...

100 000, depuis le 15 septembre 2010, c'est un joli succès d'estime qui me conforte dans mon parti-pris, les mots, l'expression et les photos, au service de la passion de la nature, du respect du vivant et du partage des informations. Merci à vous tous qui êtes passés ou me suivez, votre trace sur le compteur m'encourage à poursuivre, bonifier l'oeuvre entreprise. Et sous peu je vous prépare une bonne surprise...

Adishatz !


24 avril 2014

Contre tous les pronostics les premiers cèpes 2014 s'invitent au banquet du mois d'avril...

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Bonsoir à tous,

Si la découverte du ou des premiers cèpes de l'année est toujours source d'émotion et de joie, ces sentiments ne peuvent qu'être exacerbés lorsque cet évènement procède de circonstances et de démarches où le hasard et la chance ont très peu à voir...

Pour un véritable mycophile la saison des champignons dure chaque jour, toute la vie et la passion jamais ne cesse ni ne s'émousse. Même lorsque rien ne pousse, il y a toujours de nouveaux territoires à explorer, de nouvelles infos à glaner dans les livres ou sur les forums. Et il ne faut pas chercher plus loin où nous nous distinguons du chercheur du dimanche...

En cette fin d'hiver 2014, je préparais au mieux ma future saison des morilles en cherchant à frayer un nouvel itinéraire plus bucolique qui me permettrait de boucler à travers bois la grande randonnée obséquieuse qui croise chaque année par ma petite morillère. À cet effet, un après-midi de février, j'étais parti en reconnaissance d'un chemin de servitude repéré sur les cartes ign. Après avoir franchi un ru, soudain je m'arrêtai, tout à la contemplation d'une splendide bordure de chênes, où la luminosité profuse le dispute à la sobriété du couvert végétal, tout en ajoncs d'Europe et mousses, un de ces endroits aguicheurs où tout bon chercheur de cèpes sait qu'il reviendra.

Cet après-midi, alors que la saison des morilles prend de la hauteur et que les mousserons en ont découragé plus d'un, un peu déphasé et rembruni par la brise entêtante, je me suis lancé à l'aveugle dans une quête de nouvelles prairies à orchidées à travers les petites routes qui desservent l'ouest de mon territoire. Puis je poussai jusqu'à certains bosquets de chênes et de châtaigniers dont j'ai éprouvé la précocité. C'est que depuis 10 jours les amanites se font insistantes...

Le retour au bercail s'effectuerait par le nouvel itinéraire champêtre tellement plus agréable et discret que les petites routes à rallonge. À peine m'étais-je engagé sur l'allée de chênes que mes sens de chercheur étaient mis en alerte. Partout autour de moi, des troupes de russules et amanites de toute sorte bombaient le torse sur les tertres tandis que de jeunes sujets sortaient plus timidement de la mousse. Je ne pus faire de moins que de farfouiller... La difficulté ne me rebutant pas je jetai d'emblée mon dévolu sur les massifs d'ajoncs et de jeunes pousses de chênes. finalement c'est en me retournant que j'avisai le premier, au propre sur le talus que je venais de dépasser, puis son petit frère qui sortait de terre...

Depuis les premiers instants où mon regard a balayé cette bordure je vivais avec la conviction d'en retirer quelque bénéfice, mais cette trouvaille précoce va bien au delà de toute espérance...

Adishatz !

23 avril 2014

2014 : un printemps des mousserons en sol mineur...

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Bonsoir à tous,

Alors que le mois d'avril sur le départ livre ses dernières morilles aux plus chanceux dans les ripisylves des vallées que l'ombre des frênes et la fraîcheur des ondes ont jusque là préservées des ardeurs du soleil, et que les premières amanites verruqueuses claironnent sur les orées l'arrivée prochaine des premiers cèpes de mai, nous avons de solides raisons de penser que Saint George 2014 n'égaiera pas nos tables de ces exquises omelettes aux mousserons qui faisaient jadis le lustre du 23 avril.

De fait, la saison du divin bossu s'identifie à celle des morilles jusque dans l'improbable coup d'éclat du dimanche 13 avril où, parti photographier des orchidées, j'en trouvai un bon kilogramme de fort belle facture près d'une route de coteau de l'Entre-deux-Gaves. Quelques instants d'émotion et d'extase goûtés comme il se doit mais qui ne font pas oublier l'extrême indigence d'un printemps où mes meilleures mousseronnières ne totalisent pas plus de cinq mousserons à cette date quand la plupart n'ont pas encore ouvert leur compteur.

Sur les causes de cette piètre saison, je me bornerai à pointer ce satané hiver trop doux qui, c'est à craindre, ne sert les intérêts d'aucun chercheur de champignons, qu'il s'agisse de morilles, de mousserons ou de cèpes... Depuis le mois de mars les conditions météorologiques n'ont eu de cesse d'être favorables à la venue de toutes ces espèces que nous guettons avec impatience chaque année. Et c'est peu de dire que cette attente a été déçue...

Reste que le mois de mai, s'il est assorti d'orages, de bonnes averses et de températures idoines, pourrait encore apporter une correction appréciable à ce sinistre état des lieux, comme ce fut le cas en 2013...

Adishatz !

11 avril 2014

Morilles 2014 : Après la morte plaine les montagnes sèment des miettes de bonheur...

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Bonjour à tous,

Hormis quelques trouvailles isolées, souvent le fait de morilleurs assidus et expérimentés ou simplement heureux, la saison des morilles 2014, crucifiée par le pic de chaleur de lundi, semble d'ores et déjà vouée au rayon des annus horribilis, pour ce qui est des ripisylves de très basse altitude, tant la réalité se conforme aux scénarios les plus pessimistes que j'avais exposés ici-même. Beaucoup d'entre nous n'auront pas vu la moindre mitre en plaine cette année...

Dans la sinistrose ambiante et entêtante, la semaine qui s'achève marque un tournant appréciable. Finalement, fuyant cet hiver trop doux, les ripisylves gorgées d'eau et un mois de mars décidément trop chaud, les morilles ont trouvé refuge dans les vallées fraîches des torrents de montagne où des écosystèmes thermorégulés offrent encore un semblant de normalité climatique en versant nord, notamment...

Autant le dire d'emblée, ceux qui se rêvent déjà moissonnant les mitres comme des pointes d'asperges dans le sable des Landes risquent fortement de regretter les kilomètres parcourus et le carburant aquitté. Pour l'heure, les morilles pointent de façon très localisée et en troupes moins denses qu'à l'accoutumée. Mais pour tous les autres, dont je suis, les semaines qui viennent délivreront à n'en pas douter leur pesant de bonnes surprises et de menus bonheurs, toutes ces joies et émotions propres au printemps des morilles et que jusqu'à présent, tout semblait concourir à nous dénier cette année...

Adishatz !

03 avril 2014

La magie de Noël...

C'était au temps où Noël illuminait encore l'horizon des simples mortels de toute sa portée symbolique. Où l'élection du frêle conifère qui égaierait de ses parures la douce parenthèse des fêtes motivait un transport familial parmi les bois environnants. Au temps où le nombre de Noëls des enfants envolés se comptait en autant de sapins grandissant dans le parc attenant.

Un jour de décembre, un père de famille du piémont oloronnais entraina toute sa tribu à travers les sylves qui coiffent les Pyrénées voisines afin d'y prélever le héros des festivités.

Début janvier, l'arbre fut obséquieusement replanté dans la pelouse, chaussé de cette bonne terre noire des montagnes que l'on avait eue la sagesse d'emporter avec ses jeunes racines...

Le temps s'écoula, emportant avec lui les Noëls des enfants envolés vers la vie. En héritage, un beau sapin blanc prenait ses aises dans l'azur du piémont, que l'on voyait se balancer au gré des brises et des bourrasques.

Un jour d'automne, c'était au milieu des années 1990, la femme fit part à l'homme d'une découverte ravissante, une colonie de jolis champignons rouges à points blancs, portant collerette gracile sur le haut du pied, venait d'établir ses quartiers auprès de l'arbre. Longtemps, aux rivages de la Toussaint, chaque année on put y contempler un merveilleux ballet d'amanites tue-mouches.

Si bien qu'à l'automne 2002 chacun de s'interroger : pour la première fois depuis longtemps, les demoiselles n'étaient pas au rendez-vous des défunts... De fait, il fallut attendre la fin du mois de novembre... Et un matin, pour le plus grand émerveillement de l'homme et de la femme, vieillissants, un magnifique cèpe de Bordeaux luisait au soleil contre les racines de l'arbre. Un seul cèpe, mais dès lors, chaque année il en reparut, toujours plus nombreux et gaillards...

Au petit matin du 24 janvier 2009, le beau sapin blanc gisait au sol, terrassé par la tempête Klaös, mettant fin à la plus délectable des magies de Noël...



30 mars 2014

Morilles 2014, Ô désespoir dans les ripisylves...

Bonjour à tous,

Les obligations, les tracas du quotidien, l'énergie et la flamme qui parfois en patissent, si je m'exprime peu depuis quelques semaines, c'est aussi et surtout que décidément, ce printemps n'offre rien à nous mettre sous les dents. Pour la première fois depuis plus de 10 ans, alors que le mois de mars s'achève, je n'ai pas l'embryon d'une morille à publier dans mes albums. Et il n'est plus question de dénier la réalité en lui opposant des arguments infondés : comment les sols de nos ripisylves pourraient-ils être encore "trop froids" au sortir d'un hiver aussi exceptionnellement doux et au soir d'un mois de mars particulièrement ensoleillé ? Comment l'eau pourrait-elle manquer aux morilles dans nos forêts de berge après trois mois de déluge incessant en Aquitaine et plus de 50 mm de pluie sous forme de giboulées entre le weekend dernier et ce début de semaine ? On a vu sortir les morilles en première quinzaine de mars à l'expiration d'hivers autrement plus rigoureux et secs (2001-2002 entre autres).

Il convient donc d'affronter la réalité pour ce qu'elle est, quitte à ménager une fenêtre sur l'espoir en un moins d'avril meilleur, dans la morosité ambiante tétue mais légitime. Les morilles ne sont pas au rendez-vous du printemps 2014, ou quand elles daignent se montrer comme à certains confrères méritants et passionnés, Laurent, Fabrice, si vous me lisez, c'est souvent en comité plus restreint qu'à l'accoutumée. Sauf que ce "comité plus restreint" ravirait la plupart d'entre nous eu égard au no morel's land actuel.

Nous voici donc sur le seuil du grand mois d'avril, habituellement le meilleur en basse altitude puis dans les vallées des torrents et gaves de montagne, et je me dois de dire, devant l'indigence présente, que je suis bien à la peine lorsqu'il s'agit de vous exposer quelque scénario plus optimiste, au risque de vous fourvoyer. La seule donnée que je tiens pour irréfragable est que pour beaucoup d'entre nous, la semaine qui se dessine et le prochain weekend accoucheront d'un verdict implacable. Si nous ne voyons pas poindre de jolies mitres dans les ripisylves où nous avons nos habitudes à l'horizon de dimanche prochain, la probabilité deviendra très forte que nos espoirs soient anéantis pour le restant de la saison... Heureux ceux qui comme moi, disposent de solutions alternatives, notamment en altitude...

Reste que l'occurence d'un printemps entièrement avorté des morilles, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, me laisse bien perplexe quant à la grande saison des cèpes qui approche désormais à grands pas. Fort heureusement, nous savons que cèpes et morilles ne sont pas sujets aux même lois de nature...

Adishatz !

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16 mars 2014

Morilles 2014, au sud-ouest rien de nouveau...

Bonjour à tous,

Ceux qui me lisent me sauront gré de les avoir vaccinés préventivement, la saison des morilles 2014 risque fort de s'avérer une intenable affaire de patience et d'indolence, du moins dans les régions qui ont pati d'un non-hiver absolu comme il s'en produit un tous les 25 ans environ. Même la première quinzaine de mars, que de longue date, les climatologues nous prévoyaient un peu plus froide, se sera employée à nous refuser ces quelques gelées blanches si indispensables aux équilibres naturels. Foutu hiver décidément !

Il en résulte deux effets contraires mais qui s'entendent comme larrons en foire pour contrarier nos rêves de Morchella : d'une part, avec le retour de belles journées ensoleillées qui ne sont pas pour nous déplaire, la végétation des berges qui rongeait son frein depuis le mois de janvier, a donné libre cours à sa créativité dès les premiers jours du mois, ce qui constitue avec un bon mois d'avance, une concurrence redoutable sur le sol de nos morillères. Et d'autres part, la joyeuse compagnie des morchellacées, amadouée par la zuavité de la saison morte, s'est abandonnée à une indolence dont il pourrait lui en cuire, tandis que la concurrence s'active.

Mes premières sorties en forêts de berge depuis le début du mois, ont validé les inquiétudes du dernier post. Le foisonnement des pézizes écarlates (inhérent aux hivers de coton) constatée fin février, espèce sur la productivité de laquelle je n'ai jamais pu déduire de signaux quant à celle des morilles, contraste avec un avènement des pézizes veinées en troupes localisées, quantitativement médiocre et en retard de 2 à 3 semaines sur la foi de mes observations décennales. Or la pézize veinée est un indicateur plus fiable de sa grande soeur Morchella. Et que dire des morillons, que l'on a déjà vus poindre en première décade en Béarn certaines années, et qui en dépit du beau temps retrouvé, restent invisibles à cette date...

Ces constatations de terrain n'excluent aucunement une bonne surprise, nous savons que les morilles sont capricieuses et ne se conforment pas exactement aux cycles de leurs proches cousins, elles ont davantage de retenue, sont plus à même de changer leur plan en cas d'urgence. Sauf que l'extrême faiblesse du début de saison des mousserons, calocybe gambosa, qui lui ressemble finalement beaucoup de par les moeurs, n'invitent guère à l'optimisme...

Adishatz !

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19 février 2014

À quelle sauce les morilles 2014 nous accommoderont-elles ?

Adishatz a tots ! Bonjour à tous !

Cet hiver nous pilotant sans jamais décliner son identité, nous abandonnera sous peu, songeurs, à l'aube d'une nouvelle saison des morilles. Et si pour la grande majorité d'entre nous cette projection vers l'inconnu avec sa part d'espérance, d'attente fébrile, de magie, de rendez-vous manqués, de bonnes surprises, de "succès d'étape", qui motivent notre quête et les efforts que nous renouvelons chaque année sans compter, perdrait énormément de son intérêt en étant dévoilée par avance et dans les moindres détails, il ne fait aucun doute que nous soyons très nombreux, parfois dès l'extinction de la saison des cèpes, à aiguiser notre réflexion ou à débattre entre confrères sur les forums, de la teneur générale du futur printemps des morilles.

D'emblée je m'empresse de préciser que mon expérience en ce domaine est trop récente (début des années 2000) pour autoriser un avis tranché sur le sujet. En outre, il convient aussi de faire toute leur part aux groupes de morilles, entre celui des communes et des blondes dont je suis relativement coutumier et qui colonise les frênaies alluviales et les peupleraies depuis nos grands cours d'eau de plaine jusqu'aux moyennes vallées des gaves et autres torrents de l'étage montagnard, et celui des morilles dites "noires", les coniques, les élevées, les costées, nettement plus septentrionales en plaine et presqu'exclusivement montagnardes dans le Sud, sur lequel je n'ai qu'une culture personnelle très lacunaire, constituée de ouï-dire, de rares conversations avec des initiés et de lectures. Tout ce qui me semble évident est que ce groupe ne se comporte pas comme le premier, un peu comme les cèpes de Bordeaux et les cèpes de sapins en montagne produisent rarement la même saison que les cèpes noirs et cèpes d'été en desssous de 1300 mètres et en plaine.

En l'occurrence, la saison 2014 des morilles sourdra des décombres d'un hiver particulièrement doux sur l'ensemble du territoire, mais présentant d'énormes disparités régionales s'agissant des précipitations. En cette fin février plusieurs grands ensembles se dégagent : d'une part, ceux qui ont traversé une mauvaise saison particulièrement sèche : Le Roussillon et le Bas Languedoc, autour de Perpignan, Narbonne, Béziers, Montpellier, jusque dans les contreforts des Cévennes et des Corbières, ont établi un déficit record, parfois de l'ordre de 80 à 90% de leur pluviométrie "normale". La sécheresse fut aussi le lot du grand quart Nord-Est, autour de Strasbourg, Metz, Nancy, avec un déficit pluviométrique atteignant parfois 50 à 60%, et dans une moindre mesure, du Centre de la France, Auvergne, Bourgogne, Alliers, ..., où le déficit a pu atteindre localement 30 à 40% de la normale. En contrepartie trois grands groupes de régions ressortent d'un hiver exceptionnellement arrosé : la vallée du Rhône, la région PACA jusque dans les Alpes du Sud, ont connu des abats d'eau considérables et répétitifs, culminant parfois à 300 ou 400% d'excédent par rapport à la moyenne de référence 1981-2010. La Bretagne, ainsi que la Vendée et la Charente-Maritîme, ont affronté un hiver particulièrement agité, assorti de plusieurs tempêtes et inondations abondamment traitées dans les médias. Il en résulte un excédent atteignant localement 180% de cette même pluviométrie moyenne hivernale. Enfin, le Bassin Aquitain présente aussi un excédent de l'ordre de 120 à 140%, dû surtout aux blocages orographiques en flux de nord-ouest intervenus depuis la mi janvier. C'est dire si nous ne serons pas logés à la même enseigne en ce début de saison, et si dégager une tendance globale fiable, de nature à répondre aux interrogations de chacun, en s'appuyant sur de telles différences de traitement, relève de l'impossible, voire de l'imposture.

La configuration générale étant posée, par delà les précautions de langage, l'honnêteté commande de préciser qu'elle n'invite guère à l'optimisme. En effet, si aucune corrélation ne peut être établie entre un hiver pluvieux et une piètre saison des morilles (qui n'a jamais ouï dire des anciens qu'une pousse mirifique avait été observée dans tel ou tel secteur inondé ?), le sentiment des connaisseurs et les quelques statistiques dont nous disposons nous préviennent qu'en l'absence totale de froids significatifs, un hiver accouche presqu'immanquablement de faibles cueillettes. Nos craintes s'apprécient de ce qu'à ce jour 2014 surpasse nettement en douceur tous les hivers précédents. Notez toutefois qu'à l'instar de 2004 où la neige s'était invitée fin février, puis le froid piquant début mars, après un hiver inexistant, favorisant une levée différée mais honorable, la nature peut encore recouvrer ses esprits et placer la future saison sous de meilleurs auspices... Ceci vaut particulièrement pour le groupe des vulgaris et des rotunda.

En outre, après avoir fait toute sa part à la prééminence de l'hiver dans le cycle des morilles, juste avant leur développement, notre démarche de passionnés se heurte à la limite des facteurs que nous pouvons effectivement appréhender et intégrer dans nos "prévisions". Si l'on admet que la morille que nous cueillons en avril est le point d'orgue d'une épopée initiée au plus tôt à l'émission d'une spore au cours du printemps précédent, on peine à s'expliquer pour quelle(s) raison(s) le cours des autres saisons traversées n'impacterait pas, fût-ce à la marge, la productivité du mycélium le moment venu. C'est là où réside, ce me semble, la fameuse marge d'incertitude, notre réservoir d'espérance d'où pourrait sourdre la "bonne surprise". Même si, pour tempérer ces propos, je m'empresse d'ajouter que la saison des morilles 2004, la première faisant suite à la canicule historique de 2003, ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable.

Cet hiver à l'inexpugnable douceur ne manque pas de nourrir bien des conjectures quant à la possible arrivée anticipée de Morchella. Sur ce point je me bornerai à exposer quelques cas d'espèces. Mes cueillettes les plus précoces de morilles au pied des Pyrénées et dans les vallées de leurs gaves, correspondent à la saison 2003 et surtout 2002 où les premières paradaient sous les frênes à la mi mars. Trois séquences climatiques en tout point différentes ont caractérisé l'hiver 2001-2002. Le mois de décembre fut glacial et sec, le plus froid en Béarn de ces dernières décennies, avec de nombreuses gelées inférieures ou égales à -10 degrés et une dizaine de journées sans dégel. Le mois de janvier, après un intermède pluvieux au moment des fêtes, s'était avéré remarquablement ensoleillé et sec, avec une hausse graduelle des températures, surtout en deuxième quinzaine, débouchant sur un mois de février radieux, aux accents printaniers. L'hiver 2002-2003 pour sa part, fut nettement plus pluvieux, assorti d'une vague de froid neigeuse significative en janvier et d'autres périodes froides dans le courant d'un mois de février globalement plus ensoleillé et sec. Les morilles pointaient vers le 20 mars près des gaves et la pousse fut exceptionnelle. Avant d'ébaucher quelques hypothèses je clôturerai ces "tronches d'hivers" par l'évocation du millésime 2012-2013, le dernier en date et qui partage avec l'actuel une forte propension à pluviométrie extravagante. Bien que sans froid significatif hormis une période de froid faible à modéré de fin novembre à mi décembre, puis fin février, l'hiver 2012-2013 fut nettement moins doux que son successeur car caractérisé par une récurrence de blocages orographiques en flux de nord-ouest frais, générateurs de précipitations impressionnantes et intarissables depuis le Bassin Aquitain et se propageant ensuite le long des Pyrénées. Cette pluviométrie exceptionnelle traverse indistinctement l'ensemble de l'hiver et se double, d'un déficit d'ensoleillement abyssal, plongeant itérativement nos régions dans une sorte de pénombre éprouvante depuis la Toussaint 2012 jusqu'au mois de juin 2013. Faut-il y voir un lien, une relative embellie survint tout de même dans le courant du mois de mars et les premières morilles pointaient dans les tout derniers jours du mois en plaine (rapidement terrassées par un improbable pic de chaleur en première quinzaine d'avril), seules les montagnardes, qui avaient eu la sagesse de différer encore un peu leur sortie (mi avril), y survécurent, et leur saison nous combla jusqu'à la mi mai. Il n'y aurait donc aucune espèce d'automaticité à ce qu'un hiver très doux ou sans froid accouche d'une pousse de morilles précoce. Nous avons même là deux exemples d'hivers froids, certes excentrés ou excentriques, qui inclinent à penser que le froid n'exclut en rien un démarrage anticipé de la saison. C'est que, bien plus que le niveau médian des températures et l'intensité des éventuelles vagues de froid, le nombre d'heures d'ensoleillement gagnerait à être étudié comme un facteur d'importance dans la chronologie de l'apparition des morilles. Ceci expliquerait peut-être pourquoi un hiver inoffensif mais très peu ensoleillé comme 2013 (ce qui est aussi le lot de l'actuel) a débouché sur une pousse retardée. Faute de moyens techniques, beaucoup d'entre nous passent outre cet élément dans leurs tentatives de projection, or le rayonnement solaire impacte directement ce sol où intriguent nos morilles...

Adishatz !

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13 février 2014

Un aulhèr au Garatge

Dens la dusau tirada de las annadas 90, Pau que s'avivava enquèra d'auburis plasents e pintorescs. Atau, l'arribada de l'ivèrn que's sagerava peu torn d'un aulhèr apitranglat sus un petahum, dab los sons cans e las soas paucas aulhas. Barbalonga, pèu anerat, maishèra escarbalhada, los qui l'avèn parlat que disèn que devarava de la vath d'Aussau. Uns sers qu'apariva que's juntèsse a la hora deus estudiants qui virava e arrevirava peus estanquets deu quartièr Maiòlis...

Qu'eram en 1996 o 1997, un divés ser, lo noste òmi qu'estremè la soa cavala davant la cerveseria qui s'aperava lavetz Le Drakar. Quan entrè au pub Le Garage, que's vedè qu'èra briac. Aquiu, vestit de perissas, esclòps de punta aus pès e bonet pihat suu cap, que's gahè a tornejar suu son baston d'averanhèr devath los uelhs de las practicas enlobatadas. En tocant drin las aucas, que hasó mantuns "branlos", shens dar-se'n deu díser deu monde ni deus espataquets d'arríder qui los sons gestos desestrucs e las soas cadudas e desclaveravan.

Quan avó hèit, lo pastor que virè lo telon tot com èra entrat dab aqueth espiar maliciós qui avè tostemps. Au dehòra que començava de nevar a bèths plumalhs. Contra l'avis deu desforalhaire, qui l'estat de briaguèra e herucava, que desmarrè la petroleta e que s'aviè. Totun, just s'avè hèit cinc mètres que s'espataquè au bèth miei deus cabeders e deus sacs de lordèras. Aquò rai, que s'arrequilhè e lèu la crabotejada de la soa atruna que s'ataisè hens lo brum de la nèu qui cadè mei anar mei espés. Ne'u tornèn pas jamei véder, ni per Pau, ni per las estivas d'Aussau...

12 février 2014

Un berger au Garage

À la fin des années 90, Pau était encore animé de personnages pittoresques et attachants. Ainsi, l'entrée de l'hiver voyait dévaler de la vallée d'Ossau un étrange berger sur sa mobylette, avec ses chiens et quelques brebis. Et certains soirs il advenait qu'il se mélât aux foules étudiantes qui avaient leurs habitudes dans le Triangle du quartier Mayolis...

Un vendredi soir de décembre, c'était en 1996 ou 1997, notre homme immobilisa sa monture devant le bar qui s'appelait alors le Drakar, puis entra au Garage, manifestement aviné. Et là, vêtu de peaux de bêtes, chaussé de sabots de pointe et béret vissé sur le chef, il se mit à tournoyer autour de son bâton, sous les yeux de l'assistance médusée, enchaînant plusieurs "branlos" titubant assortis de quelques chutes, sans se soucier du qu'en dira-t-on ni de l'hilarité générale que sa gestuelle déchainait.

Quand il eut fini, le pâtre évacua le bar comme il était entré. Dehors il avait commencé à neiger à gros flocons. Malgré l'intervention du portier, inquiet de son état d'alcoolémie, il démarra son engin et s'élança. Mais à peine avait-il fait cinq mètres qu'il se vautra dans les containers et les sacs poubelle. Qu'à cela ne tienne, il se releva et bientôt le bruit chevrotant de sa mobylette se perdit dans la neige qui tombait de plus en plus dru. On ne le revit jamais, ni au Garage, ni dans les estives...

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