Le Blog de Cristau de Hauguernes

20 février 2015

"Appendiculatus et ceteri" ou la migration du "Club des Cèpes" vers un forum éthique et écoresponsable...

pi-montouest64-251020140012-4848379

Adishatz,

Certains parmi vous s'en sont peut-être aperçus, en suivant le lien indiqué dans l'article "Le Club des Cèpes, votre nouveau forum" de ce blog, le navigateur ouvre désormais sur une page "Appendiculatus et Ceteri..., un forum où on parle champignons, nature, et pas seulement des cèpes..." Je ne reviendrai pas longuement sur un certain nombre d'erreurs personnelles antérieures à la fondation même du forum. Impréparation, imprévoyance, manque de clairvoyance, absence d'espace modération pour traiter certains problèmes en interne, je traversais une année épouvantable par ailleurs et me suis laissé porter par l'enthousiasme sans veiller au grain. Reste que sans le savoir nous n'étions pas d'accord sur l'essentiel, la philosophie et donc la ligne éditoriale du média. Au fil du temps, les divergences et vélléités ont éclaté au grand jour comme autant d'incidents tandis qu'une prise de conscience s'opérait en moi qu'il fallait donner un sens plus éthique à cet espace dans lequel je ne me reconnaissais plus vraiment... Le Club des Cèpes fut une expérience formatrice, où j'ai finalement bien plus appris sur l'âme humaine et les caractères, souvent à mes dépens, que sur la nature et les champignons, même les cèpes. Mais il importe à présent de migrer vers l'avenir, "Appendiculatus et Ceteri", un petit forum champignons, nature, éthique et écoresponsable...

Cette migration a été dictée par les objectifs et préoccupations suivants :

1. Prévenir au maximum l'accaparation d'un forum par les monomaniaques d'une espèce. Un forum se sclérose inévitablement si les échanges ne tournent qu'autour d'une seule espèce de champignons, cèpes, morilles, girolles, au risque majeur de rebuter tous les mycophiles et mycologues qui ne sont pas adeptes de l'espèce en question. Le Club des Cèpes, de par son intitulé, qui était au départ un clin d'oeil à la Bibliothèque rose "Le Club des Cinq", a dû en induire beaucoup en erreur en donnant à croire qu'ici on ne parlerait et ne respirerait que cèpes, quand dès le départ je souhaitais un forum ouvert traitant de toute espèce de champignons et abordant toutes les sciences de la nature...

2. Modérer en permanence l'esprit de compétition. L'esprit de compétition, consciamment et le plus souvent inconsciamment, est inhérent à l'espèce humaine. C'est plus fort que lui, de tout temps et sous n'importe quel prétexte, fût-ce pour des motifs futiles et ludiques, quoi qu'il s'en défende et le réfute, et avec d'autant plus d'aplomb que souvent il est persuadé de ses bonnes intentions, l'homme s'ennuie très vite s'il ne trouve pas à réintroduire un funeste esprit de compétition entre lui-même. Pour les modérateurs et administrateurs des forums Internet, il est extrêmement difficile de réfréner cette inclinaison naturelle car d'une part elle est fortement ancrée dans les habitus mais surtout sciemment encouragée par le système économique néolibéral où chacun est invité à cumuler sans fin, ici des champignons, car on lui donne à croire que le bonheur absolu résiderait dans cette accumulation frénétique et sans borne. Dans ces conditions, quiconque ose, ne serait-ce que dans le verbe, suggérer un peu de retenue dans les comportements, ou du moins les comptes rendus de sorties, passe aussitôt pour un censeur attentant à la liberté d'expression et surtout de se projeter sur le devant de la scène, ou même un dictateur, un obstacle à la jouissance contre qui ne manqueront pas de se fédérer bien des ressentiments dévastateurs. Passe encore pour la place du marché ou le bistrot du coin, mais, s'agissant d'un média comme Internet, ces agissements fats et proclamés de "ramasseurs" insatiables sont d'autant plus préjudiciables que souvent ils publient leur "récolte" (quand un mycophile digne de ce nom parlera de cueillette, on ne sème pas encore les cèpes, les morilles, les girolles, que je sache !) du jour sous forme d'étalages assortis de chiffres de comptages à l'unité et en kilogrammes, motivant illico des imitateurs un peu partout en France. L'anthropocentrisme ayant de beaux restes, trop d'insouciants ou d'insconscients se comportent encore comme si la nature était une ressource illimitée et en libre service, et pour eux "le viandard", "le pillard" est toujours l'autre, cela va de soi. C'est oublier un peu vite que les paroles ou les publications des uns engagent le geste des autres. L'actualité, dans un tout autre domaine, s'est chargée de nous le rappeler. Or nous avons une responsabilité devant l'histoire et les générations futures, celle de leur transmettre un milieu naturel dans le meilleur état de conservation possible et nous devons dénoncer, décourager, amender la politique de la "terre brûlée" de trop nombreux mycophages dans la limite de nos moyens et du dialogue.

3. Favoriser, encourager, privilégier autant que faire ce peut des comportements éthiques et écoresponsables dans la nature. L'époque, comme je l'ai écrit plus haut, honnit tout ce qui incarne ou fait autorité. Et ses ressortissants, pétris ou convaincus de l'idéologie économique et politique dominante, finissent par tenir pour obstacle ou gêne, tel le scrupulum des romains, quiconque en rappelle à l'éthique, à la raison, à la modération, sur la route de la jouissance matérielle débridée. Et il est extrêmement malaisé d'aller contre des habitudes et des comportements aussi communément admis et installés comme étant la norme sociale. Or, en tant qu'administrateurs et modérateurs de forums Internet traitant de la nature, nous sommes organisateurs d'espaces dédiés à la parole publique, et à ce titre, nous avons une responsabilité particulière par rapport au contenu des échanges, même si ce n'est pas toujours aisé dans le flot des paroles, afin de favoriser une prise de conscience et l'adoption de procédés plus écoresponsables à terme.

4. Mettre le progrès des connaissances de tous par la contribution du plus grand nombre au centre du projet de forum. Un forum Internet sur les thèmes de la nature perd très vite sa raison d'être et son intérêt si les inscrits n'y apprennent rien qu'ils ne savaient déjà en entrant. Le simple étalage de cueillette par lequel d'aucuns entendent démontrer leur puissance et la suprématie de leur expertise, tout en soutenant mordicus le contraire, même si les photos de champignons in situ font toujours grand plaisir à voir, est loin de satisfaire tout le monde. Personnellement, je m'en fous un peu de savoir que Tartampion a fait 47 kilos soit exactement 376 cèpes en comptant les bouchons, à TruchMoll Les Oies ou Palavas Les Flops. Je suis content pour lui. Mais cela ne m'apprend en rien comment pousse un cèpe, un champignon, comment cela fonctionne, de quoi il en retourne sous terre. Et je ne pense pas être le seul. Tout doit donc être mis en oeuvre pour valoriser les débats véritablement constructifs avec apports de connaissances substantiels. Sinon on tourne en rond et on pédale dans le vide comme un hamster dans sa cage, en se contemplant dans le grand miroir du web, avec ses photos de cèpes.

5. Il me semble aussi important de faire un sort aux MP, contre lesquels je n'ai rien en tant que tels, mais dont l'abus nuit à la dynamique collective, voire à la cohésion du groupe. Les MP, ce sont les messes basses, les apartés et les chuchotements d'arrière-boutique du Net. Ils finissent par installer un climat détestable, en favorisant, le cas échéant des lignes de fractures et des clans. La bonne santé d'un forum se mesure à ce que la grande majorité de ses échanges y est publique, dans le cas contraire, les gens n'ont rien à faire ensemble et le forum est mort-né...

Pour le reste, je terminerai en disant que dans notre "bon sud-ouest", on brandit comme étendard la convivialité. C'est la marque de fabrique, du moins l'image qu'un groupe humain cherche à donner de lui-même. Et pour qui regarde de loin cela présente bien et donne envie. Mais je suis suffisamment de ces terres, au fait de leurs moeurs et de leur sociologie que je fais dès que possible observer à mes jeunes lycéens, pour savoir combien cette faconde, cette bonne humeur communicatives revendiquées ne relèvent bien souvent que de ce que l'on nomme ailleurs... Mondanités, superficialité et hypocrisie ! Mais laissons derrière nous Le Club des Cèpes et longue vie à Appendiculatus et Ceteri... "Le bolet appendiculé et les autres", "Le bolet appendiculé et tout le reste..."

Adishatz !


19 février 2015

Saison des champignons 2015, la vague de froid de février nous laisse un peu sur notre faim...

mv-09-04-14-61

Adishatz,

Alors que l'hiver 2014-2015 touche à sa fin, même si son oeuvre n'est pas encore achevée, il peut en effet faire (très) froid en mars, surtout en première quinzaine, et geler jusque fin avril, force est de constater que le bilan en est mitigé. Certes, nous avons comptabilisé beaucoup plus de gelées que l'an dernier, c'est un bon point, et la neige a tenu plusieurs jours sur nos coteaux en première décade de février, preuve d'un froid sérieux, comme celui qui a sévi fin décembre.

Hélas, la fin de cette vague de froid a été décevante, et l'enthousiasme qui me portait au vu des prévisions lors de la mise à jour de mes "prévisions fongiques" a été sérieusement tempéré lorsque d'infâmes nuages bas ont empêché les deux ou trois gelées sévères supplémentaires qui eussent donné à la saison d'intégrer le cercle des hivers marqués.

À l'heure où j'écris, le décompte s'est donc arrêté à 38 gelées, dont 6 inférieures ou égales à -5 degrés, 2 journées sans dégel et une dizaine de centimètres de neige sur mes coteaux de Salies de Béarn. Sous réserve qu'il gèle encore une dizaine, voire une vingtaine de nuits, l'affaire se présenterait plutôt bien pour la future saison des morilles, surtout que celles-ci pourraient être tentées de compenser la misère du printemps 2014. Et la saison pourrait s'avérer excellente au cas où il neigerait encore dans les semaines qui viennent.

En revanche, 6 gelées inférieures ou égales à -5 degrés, de mon point de vue c'est un peu trop faible pour avoir un réel bienfait sur la saison des cèpes. Aucune tendance significative ne se dégage donc concernant les cèpes du bilan de l'hiver actuel. Il conviendra là aussi de surveiller l'évolution des gelées ces prochaines semaines, quelques valeurs à -5 degrés supplémentaires pourraient en effet changer la donne. Le temps nous est d'ailleurs compté car ce genre de températures n'est jamais advenu en Nord-Béarn après le 20 mars au cours des quarante dernières années...

Adishatz !

10 février 2015

Données climatiques hivernales de 1984 à 2015, Chemin de Hauguernes à Salies de Béarn

Adishatz,

À quelques semaines de la saison des morilles, je vous poste un petit tableau récapitulatif des données chiffrées collectées par mes soins, portant sur les hivers 1984-1985 à 2014-2015 au fond de mon chemin de Hauguernes à Salies de Béarn... Nous savons combien l'hiver impacte notre saison fongique. En préambule à la lecture des chiffres assortis de quelques observations personnelles il me semblait nécessaire d'apporter les précisions suivantes :
1 En météorologie/climatologie la saison dite hivernale ne se borne pas à l'hiver stricto sensu (décembre, janvier février) mais court du 1er novembre a 30 avril...
2 Si une gelée ou tout autre météore ayant trait à l'hiver advient entre le 1er mai et le 30 juin inclus, il sera mis à l'actif de l'hiver achevé. à compter du 1er juillet et jusqu'au 31 octobre, on attribuera toute manifestation de nature hivernale à l'hiver suivant...

 

ivèrns-84-15

 

Observations :
1. Les hivers 84-85, 85-86 et 86-87 furent particulièrement rigoureux, rien de tel que les chiffres pour l'attester, le plus long de tous étant 85-86, glacial de la Toussaint au 30 avril. La saison des cèpes 1986 fut exceptionnelle. D'une manière générale il se trouva énormément de cèpes ces trois années.

2. L'hiver 1989-1990 fut exceptionnellement doux, comparable à 2013-2014. La saison des cèpes 1990 fut sauvée par un été 1990 historiquement chaud, offrant les mêmes températures que l'été 2003, réparties sur juillet, août et septembre, et faisant suite à un été 89 également très chaud et très sec. À cette époque, mes petits bois historiques étaient en restructuration, entre la mort du chêne le plus généreux et la croissance de jeunes châtaigniers qui n'ont commencé à produire qu'en 1995. Les statistiques fongiques portant sur le début des années 90, un peu faiblardes, sont donc à relativiser.

3. L'hiver 1990-1991 fut remarquablement long et froid, avec des tempêtes de neige en décembre et février, et des statistiques de gelées record. Hélas, un été 1991 désespérément frais et pluvieux a accouché d'une saison des cèpes au mieux médiocre.

4. Hormis 1996-1997 qui nous gratifia d'une bonne vague de froid entre Noël et 1er de l'an, et dans une moindre mesure 1998-1999, la plupart des hivers des années 1990 furent d'une douceur alarmante avec une tendance au déficit hydrique récurrent qui sonnait alors en écho avec certaines projections liées à la théorie de "l'effet de serre" dont le grand public a entendu parler pour la première fois en 1988 et 1989, en plein cagnard estival, même si nous savons que cela n'avait pas été fait exprès... Wink La moyenne annuelles des gelées a chuté de 45 à 30 dans les années 90 à Pau, mes chiffres ne démentent pas. Les saisons de cèpes des années 90, hormis 1996 et 1998, à cause d'étés trop frais, furent particulièrement décevantes...

5 L'hiver 2001-2002 a signé par son mois de décembre époustouflant le retour d'hivers plus froids en Béarn. Hormis 2003-2004 et 2007-2008, tous les hivers de la décennie 2000 ont été plus marqués voire rigoureux et les statistiques des gelées ont sensiblement remonté. Mention spéciale à l'hiver 2004-2005 très rigoureux de la mi-janvier à la mi-mars et à l'hiver 2005-2006. Dans un contexte de déficit hydrique croissant et chronique en basse-saison, il a peu neigé et de ce fait, ces hivers n'ayant pas causé d'embarras ont souvent été sous-estimés. Les saisons des cèpes des années 2000 accusent une hausse sensible, la saison 2006 est anthologique, 2005, 2009 et 2003 (canicule mais aussi bon hiver) furent excellente. Après la misère des millésimes 2000 et 2001 (moins de 50 cèpes autour de la maison), je n'ai plus souffert de mauvaises années.

6. L'hiver 2010-2011 (surtout décembre) fut particulièrement froid, avant une hausse sensible des températures au printemps (plus de 30 degrés début avril), vagues de chaleur et sécheresse en juin, puis déluge et fraîcheur en juillet. Tout le monde ici se souvient d'une saison 2011 mémorable s'agissant des cèpes.

7. Février 2012 fut la dernière grande vague de froid de la série, la saison des cèpes 2012 fut excellente. Depuis nous avons temporairement été soumis à un régime d'hivers exceptionnellement pluvieux, sans précédent, notamment 2013-2014 particulièrement doux. Un été 2013 très chaud et sec a permis une excellente pousse de cèpes à l'automne et la saison 2014 fut localement exceptionnelle, peut-être en liaison avec les tempêtes hivernales récurrentes...

8. Il est absolument impossible, au vu de ces statistiques, de corréler les épaisseurs de neige, sa tenue au sol, et l'intensité d'une saison de cèpes. Affirmer le contraire relève de la superstition ou du charlatanisme. L'hiver 1990-1991 fut particulièrement neigeux à Salies (20 cm en décembre, 5 en février), le millésime 1991 des cèpes fut très médiocre. De même pour l'hiver 2003-2004 où le sol de mes bois fut régulièrement couvert de neige fraîche (jusqu'à 12 cm) entre le 14 février et le 10 mars. La saison 2004 fut moyenne. Il est même fort possible que la neige au final, puisse jouer un rôle négatif dans le cycle du cèpe, non seulement en protégeant le sol et donc le mycélium de gelées sévères qui, elles l'impactent réellement, mais encore parce que des recherches récentes ont démontré que l'azote, très présente dans l'eau nivale et dont certains tiennent qu'elle serait un excellent engrais fongique, aboutit au contraire à la disparition de certaines espèces comme la girolle. Ce n'est peut-être pas tout à fait un hasard si les meilleures saisons de cèpes de ces trente dernières années ont surgi après des hivers (très) froids mais sans ou avec très peu de neige tenant au sol.

9. Mes observations manquent de recul s'agissant des morilles, la seule chose que je puis dire est que les hivers 2001-2002, 2004-2005 et 2011-2012, pourtant très sévères et pour deux d'entre eux tardifs, ont vu poindre les premières mitres dès la mi-mars, et que le millésime 2004, juste après les chutes de neige à répétition fut excellente. Il semblerait donc, même si cela demande à être nuancé et affiné que l'eau de fonte des neiges ait quelques bienfaits sur Morchella...

Adishatz !

31 janvier 2015

Essai de projection fongique 2015 (actualisation du 31 janvier...)

mv-09-04-14-52

Adishatz a tots,

La saison 2014 qui vient de s'achever, crée un précédent dans l'histoire de la mycologie "maison" et de terrain des quarante dernières années en déjouant totalement, qui s'en plaindra, les projections pessimistes que j'avais publiées il y a quelques mois devant un hiver désespérément, obstinément doux. Encore qu'il y a des disparités à l'intérieur de zones et de terroirs proches voire limitrophes (certains confrères distants de moins de 100 kilomètres ont traversé une saison au mieux médiocre), démonstration est faite désormais qu'on peut trouver quantité de cèpes sur la base d'un non-hiver. Si nous gardons pour hypothèse de départ que les cèpes et la plupart des champignons ne poussent jamais autant que lorsque le mycélium a été malheureux, il conviendra de nous interroger plus bas sur les raisons de cette abondance de cèpes en Béarn des Gaves, en vue de prendre en compte de nouveaux critères dans l'établissement des projections.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à forciori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest, ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver dernier, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des deux derniers hivers.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui du site de la chaine meteo qui fournit un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps validé par dame nature au sortir de l'hiver autorisera une projection fongique un peu plus affine.

Une première moitié d'hiver 2014-2015 sérieuse et une vague de froid probable en février porteuse de tous les espoirs...

Au sortir d'un automne 2014 qui nous a longtemps fait craindre le pire le climat est retombé sur ses pieds début-décembre avec tout d'abord une période de faible froid assortie de quelques gelées, puis, dans les tout derniers jours du mois de décembre, une vague de froid modérée alignant plusieurs nuits de gel entre -6 et -8 degrés. Après un court intermède de douceur en fin de première décade de janvier, les températures sont reparties à la baisse et la dernière décade s'avéra assez froide. Le mois de janvier 2015 se signale en outre par un retour appréciable de fréquentes gelées matinales faibles à modérées, un total de 16 dans le courant du mois, c'est autant que durant tout l'hiver 2013-2014. Les hivers alternant des périodes de gel sévère avec d'autres offrant des maximales à 10 degrés et multipliant les petites gelées nocturnes, le tout sous un ciel suffisamment ensoleillé, semblent être de très bon présage, non seulement pour les cèpes, mais déjà pour les morilles après la mi-mars. Sur ce plan, un mois après la première édition de cet essai, l'hiver 2014-2015 semble donc bel et bien renouer avec une tendance fraîche à assez froide, nettement plus conforme à son rang que ses devanciers.

L'irruption d'une vague de froid sévère en première décade de février, donnée pour certaine à l'heure où j'écris, surpassant au passage les fameuses prévisions saisonnières sur lesquelles je m'appuie, avec des gelées entre -7 et -20 degrés un peu pârtout en fin de semaine prochaine, devrait constituer un facteur déclenchant de notre saison fongique qui ne manquera pas de mettre en effervescence le microcosme. De tels niveaux de froid rarement atteints dans notre pays placeraient le millésime 2015 sous les meilleurs auspices. Ce soir je ne vous cache pas mon optimisme, sous réserve bien sûr que les faits valident le scénario.

Depuis le début de l'hiver, peut-être faut-il y voir la signature d'un air froid plus présent, on constate enfin une forte diminution des phénomènes de vents violents, dont j'ai écrit plus haut les dommages qu'ils causaient sans doute à la relation arbre-champignon et une pluviométrie moindre comparativement aux deux hivers précédents. Il y a bien eu un gros coup de vent à tempête en Pays Basque, Béarn, Landes, Bigorre et Gers jeudi 29 janvier en soirée mais ce n'est rien en regard de l'an dernier et je tends à penser que ce phénomène isolé et de courte durée n'aura pas d'impact sensible sur la future saison des cèpes.

Saison des cèpes 2015 : une première tendance ?

Les températures nocturnes observées ces dernières semaines et les prévisions très froides à moyen terme, si elles se vérifient, autorisent tous les espoirs quant à la saison des cèpes, surtout si le printemps et l'été sont suffisamment chauds et ensoleillés, et devraient déjà favoriser un cru 2015 des morilles excellent, si ce n'est exceptionnel, car les bienfaits de l'hiver retrouvé pourrait être amplifiés par un effet de compensation après un exercice 2014 misérable de Morchella. Il convient donc de suivre attentivement l'évolution des températures dans le courant de l'hiver et plus particulièrement ces 10 prochains jours, sans négliger le fait que d'autres facteurs climatiques comme les vents violents voire la "noyade" peuvent encore survenir et semer du bonheur pour nos paniers en mettant le mycélium à rude épreuve...

Je vous propose de prendre date vers le 28 février ou le 1er mars afin de faire le point sur l'évolution de l'hiver et la mise à jour de ces projections qui en découlent... À cette échéance nous disposerons d'une radioscopie plus complète de l'hiver pour étayer nos projections.

Adishatz !

28 janvier 2015

La legenda de la hòla deus Pirenèus...

Montcalm

La legenda de la "hòla deus Pirenèus"

(o La hemna qui aimava mei los ors)

 

Au bec de Vicdessós en Arieja, en 1809, caçadors que reperièn a ua hemna curta com un vermi qui'n anava per las arròcas e qui hugí quan s'apressèn. Que la corsejèn dinc a la tornar trobar e que la s'atraçèn, caitiva au vilatge de Shuc. Prendiva, usclada per lo só, qu'avè per tot vestit lo cap de pèu negre qui la caperava dinc las arreas. Que la volón passar ua rauba, que's hasó endarrèr ; qu'avón de l'estacar las mans tà l'afeitar.

Bèra pausa que la podón questionar, muda que s'estè. Totun, quan la demandèn quin n'èra pas estada curada peu herum, que hasó : "los ors qu'èran los mens companhs, dab eths qu'èri plan a la calor". E de gemicar : "çò qui'n va díser lo men praube òmi !" Puish que's carè. Arrecaptada peu curat de Shuc, la quita nueit que s'esliupè per la frinèsta deu presbitèri. Guiats peus perrecs deus vestits qui s'esquiçava en tot s'escapant, los caçadors que se i hasón a la corsejar tornar. Endeballes.

L'ivèrn seguint que hó tarrible e tots que la tienèn per morta de hred.

Pr'aquò, a la prima, qu'aparí tornar peus penents, lesta e hueitiva com jamei. Gahada en ua batuda generau, qu'estó baishada tornar a Vicdessós apuish embarrada dens un espitalet en Foish. Aquiu que s'encapborrí dens l'arrefus de passar vestits. Tanben las religiosas que l'en sabón mau e que se'n volón desgahir. Que la hiquèn au secret dens la tor redona deu castèth. Un matin, lo guardian de la preson que proclamè la soa mort, shens explic mei. E las autoritats que virèn la pagina, reddament.

Lo deneg de la diferéncia, la peguessa e lo maishantèr qu'aucín aquesta hemna autanplan com lo dòu de la montahna e la privacion de libertat.

 

castèth-foish

 

La légende de la "folle des Pyrénées"

(ou La femme qui préférait les ours)

 

Sur les hauteurs de Vicdessos en Ariège, en 1809, des chasseurs repérèrent une femme nue comme un ver qui évoluait parmi la rocaille et qui s'enfuit quand ils s'approchèrent. Ils la coursèrent jusqu'à la rattraper et la trainèrent, captive, au village de Suc. Élancée, hâlée par le soleil, elle avait pour tout vêtement sa longue chevelure noire qui lui couvrait jusqu'à la chute des reins. On voulut lui passer une robe, elle recula ; on dut lui attacher les mains pour l'habiller.

On eut beau la questionner interminablement, elle ne dit mot. Toutefois, quand on lui demanda comment elle n'avait pas été dévorée par les fauves, elle fit : "les ours étaient mes compagnons, avec eux j'étais bien au chaud". Et de gémir : " qu'en dira donc mon pauvre mari !" Puis elle se tut. Hébergée par le curé de Suc, la nuit même elle s'éclipsa par la fenêtre du presbytère. Guidés par les haillons des vêtements qu'elle déchirait dans sa fuite, les chasseurs tentèrent de la rattraper. En vain.

L'hiver suivant fut terrible et tous la tenaient pour morte de froid.

Pourtant, au printemps, elle reparut dans les versants, agile et insaisissable comme jamais. Capturée au cours d'une battue générale, elle fut redescendue à Vicdessos puis enfermée dans un hospice à Foix. Là elle s'entêta dans son refus d'enfiler des vêtements. Aussi les nonnes la prirent en grippe et voulurent s'en défaire. On l'emprisonna dans la tour ronde du château. Un matin, le gardien de la prison proclama sa mort, laconique. Et les autorités classèrent l'affaire, insensiblement.

Le refus de la différence, la bêtise et la méchanceté firent périr cette femme autant que le deuil de la montagne et la privation de liberté.



24 janvier 2015

La bèstia d'Argelèrs

varan1

 

La bèstia d'Argelèrs

Agòs, estiu de 1892. Chepicat per ua enseguida de testimonhatges desacostumats, lo procuraire de la Republica de Lordas que carga los gendarmas d'Argelèrs d'ua enquista. Au beth miei d'un an de gran sequèra tot que s'acòrda entad enterinar lo torn d'uas creaturas monstrosas qui pensavan amortidas milions d'ans avè.

En aost, ua bèstiassa de mantun mètre, deu cap serpentifòrma dab un mus de pòrc, qu'estranglè los poblants d'Agòs. L'audicion deu caperan d'Agòs Vidalòs peus gendarmas, qu'estó de las mei edificantas. En julh de 1891, quan seguiva ua embraquèra deu bordalat d'Arnèu, au pè d'un arròc, l'òmi que destriè ua mena de lusèrp verdosa, de la pèth escatosa e pagerant peu torn d'un mètre cinquanta, en tirant la còda. Lo cap qu'èra lo terç de la longor e dab ua excreishença devath lo còth qu'alurava un pòrc gras. Lo curat que la voló huéger dab lo paraploja mes la creatura que s'estè, gola esbadarnada. L'abat que hasó arrepé e se'n tornè tà casa per unhaute camin. L'endedia, acautat per un vam d'eroïsme impensat, que tornè dab un revòlver mes la bèstia que s'èra esliupada.

En heurèr de 1893, Pèir Sajós, aute poblant d'Agòs, qu'èra assedut au pè d'ua cassora. Vielh de 32 ans, que reperiè, entormeligada autorn d'un barrolh, ua bestiassa serpentifòrma d'uns dus mètres de long. A cauta ubèrta lo creat que comencè de baishar. Lavetz Sajós que halè.

Mort o viu, lo monstre d'Argelèrs ne's hasó pas mei véder. Engravada per la hrèita d'elements e travada per l'espandida d'aqueth país montanhut, l'enquista n'abutí pas jamei. L'ipotèsi de l'escantida au sègle XIXau en Pibèsta deus darrèrs varans pirenencs ne pòt pas estar estremada. Uns representants d'aquèra raça de lusèrps esvarjables qu'estón categoricament identificats dens lo Massís Centrau peus naturalistes.

 

La bête d'Argelès

 

Agos, été 1892. Alerté par une série de témoignages insolites, le Procureur de la République de Lourdes charge les gendarmes d'Argelès-Gazost d'une enquête. Au coeur d'une année de grande sécheresse tout concorde pour entériner le retour de créatures monstrueuses que l'on croyait éteintes depuis des millions d'années.

 

En août, une bête longue de plusieurs mètres, au corps serpentiforme et à la tête de cochon, terrifia les habitants d'Agos. L'audition du curé d'Agos Vidalos par les gendarmes, fut très édifiante. En juillet 1891, alors qu'il empruntait un raccourci du hameau d'Arnèu, au pied d'un rocher, l'homme distinga une sorte de lézard verdâtre, à la peau écailleuse et mesurant près d'un mètre cinquante sans la queue. Sa tête faisait le tiers de sa longueur et, avec une excroissance sous le cou il évoquait un porc gras. Le curé voulut le faire fuir avec son parapluie mais la créature, gueule béante, ne bougea point. L'abbé rebroussa chemin et rentra chez lui selon un autre itinéraire. Le lendemain, mû par un héroïsme inconsidéré, il revint avec un révolver mais la bête s'était éclipsée.

 

En février 1893, Pierre Sajous, autre habitant d'Agos, était assis au pied d'un grand chêne. Âgé de 32 ans, il repéra, lovée autour d'une branche une grosse bête serpentiforme d'environ deux mètres de long. Ouvrant béante la gueule la créature commença à descendre. Alors Sajous déguerpit.

 

Mort ou vif, le monstre d'Argelès ne se laissa plus apercevoir. Enlisée par le manque d'éléments et freinée par l'immensité de ce pays montagneux, l'enquête n'aboutit jamais. L'hypothèse de l'extinction au XIXème siècle en Pibeste des derniers varans pyrénéens ne peut être écartée. Quelques représentants de cette race de lézards effroyables furent formellement identifiés dans le Massif Central par les naturalistes.

 

15 janvier 2015

Atau ce m'avè dit Roger Lapassada / Ainsi m'avait parlé Roger Lapassade...

220px-Roger_Lapassade_en_1997

Adishatz,

Dens lo vam d'introspeccion e de debatuda qui s'ei apoderat lo país au darrèr deu sagnatòri de Charlie Hebdo, mantun còp que pensèi au Roger Lapassada, dab qui avoi quauquas discutidas de las preciosas quan l'anavi vesitar a la villà Amistat en Ortés e que'vs voi liurar aqueths motets lhèu inedits permor que'm semblan de natura a avitar la pensada de cadun...

"Que vivi la mea identitat com ua superposicion de cercs concentrics qui non se sarran ni s'excludeishen los uns ès autes. Que soi Biarnés permor d'estar vadut en Aussaviela e de demorar en Ortés. Que soi Gascon permor estar Biarnés qu'ei estar Gascon, Occitan permor d'estar Gascon. Que soi tanben Francés, Europèu e que'm senteishin autan plan ciutadan deu monde. Arron l'istòria de l'umanitat, hèra de dramas que son lo hèit de conflictes d'identitat au perhons deus individus..."

Dans le mouvement d'introspection et de grands débats qui s'est emparé du pays après la tuerie de Charlie Hebdo, à plusieurs reprises il m'est arrivé de penser à Roger Lapassade, avec qui j'avais eu quelques discussions très riches lorsque j'allais lui rendre visite à la villa Amistat d'Orthez. et je tiens à vous partager ces propos peut-être inédits dans la mesure où ils me semblent de nature à nourrir la réflexion de chacun.

"Je vis mon identité comme une superposition de cercles concentriques qui ne se compriment ni ne s'excluent les uns les autres. Je suis Béarnais parce que je suis né à Aussevielle et j'habite à Orthez. Je suis Gascon parce qu'être Béarnais c'est être Gascon, Occitan parce que je suis Gascon. Je suis aussi Français, Européen, et je me sens tout aussi bien citoyen du monde. Tout au long de l'histoire de l'humanité, beaucoup de drames sont le résultat de conflits d'identité au sein des individus..."

 

Vocabulari de purmèra necessitat :
Roger Lapassada, (1912-1999)
(Que’s pòt arrevirar en totas lengas.)

 Que soi un òmi,
Qu’aimi la vielha planeta
E la mar qui’n hè lo cutorn.
Mes lo troçòt ont soi a noste
Qu’ei lo Bearn ont soi vadut.
Que soi un òmi dab la peth blanca,
E n’ei pas la mia fauta !
Tots que siam negres o roges
Jaunes o blancs,
O pigalhats o shens color,
Que naishem e morim de medisha faiçon,
Prestits qu’èm de parièra pasta
Dab lo boridèr de l’amor.
Que soi un òmi,
E que voi har petar las travas
Qui sarran las lengas mairanas,
Los còs, los mots e las pensadas ;
Las cadenas dont èm carcats
Que las volem har esclatar
Entà tornar trobar la Hida
Entà tornar trobar la Vida
Libra e nosta vielha dignitat.

Aquiu qu’as lo vocabulari
de purmèra necessitat
Shens lo quau, òmi qui que sia,
N’ei qu’un cocarro fresc crestat !

11 janvier 2015

Le cri de Maëva...

C'est toujours du fond des ténèbres qu'on voit le mieux rejaillir la lumière et c'est lorsque les humbles, les anonymes, armés de leur voix ou de leur plume, émergent de la multitude pour manifester publiquement leur indignation, leur douleur, leurs sentiments, que l'on mesure le mieux la gravité des heures. Jeudi soir, comme beaucoup, j'étais tétanisé, tenus aux infos en continu de la télévision et l'oeil rivé sur l'écran de mon ordinateur où déferlaient les posts de mes amis et d'autres personnes. j'avoue, je commençais déjà à saturer un peu de tous ces "je suis Charlie" que je ne reprocherai pas à tous ces millions d'âmes sincères et éplorées, mais parce que cette phrase martelée, comme robotisée signe un peu aussi le vide sidéral de notre temps où tant d'extrémismes font leur nid. Et c'est dans cet état d'esprit que je vis apparaître ce texte sublime, totalement en rupture avec tout ce que j'avais vu défiler jusque là. Maëva est une jeune femme dont je connaissais les talents de cuisinière lorsqu'étudiante, elle tenait les cocottes d'un pub très célèbre de Pau. D'un naturel très réservé, je ne savais pas qu'elle écrivait. Je vous présente donc ce texte bouleversant, avec une traduction très imparfaite en béarnais, car il est de la veine de nos plus grands écrivains humanistes...

 

A notre Liberté gagnée,

À la sueur des fronts de nos Pères et Mères
Aux larmes des yeux de nos Chers
Au courage de nos Frères.
Défendons la,
Préservons nos droits
Abandonnons le moi

Longue vie à la satire.
Pour le meilleur et pour le pire…
Dans le respect,
Au nom de la paix
Parlons, dénonçons ,
Communiquons, informons.

Restons unis
Insoumis
Face à nos ennemis
L’ignorance
L’indifférence
La violence

Ne cédons pas à la terreur
Notre humanité est notre grandeur
Renforçons nos valeurs
Liberté, égalité, fraternité, notre force
Notre solidarité, une force
Notre démocratie, une force

Résistons à la haine
Vivons sans chaînes
Pour des vies sereines
Aujourd’hui je choisis de prendre ma plume
Pour exprimer mon soutien à leurs plumes
Pour traverser et dépasser ces brumes

Restons unis
Insoumis
Face à nos ennemis
L’ignorance
L’indifférence
La violence

Pour nous, notre liberté

Maëva Noual Londres - Jeudi 8 Janvier 2015

 

Qu'ei tostemps deu bèth hons de la sombror qui's ved miélher a shisclar la lutz, e qu'ei quan lo petit monde, los anonimes, armats de las lors votz o de la lor pluma, emergeishen de la horrèra entà manifestar publicament la lor indignacion, la lor pena, los lors sentits, qui's pagera miélher la gravetat de las òras. Dijaus ser, com hèra, qu'èri esbatohit, tienut a las informacions de contunh, e l'uelh gahat sus l'ecran de l'ordinator on se desbondavan las publicacions deus amics e deus desconeishuts. B'at disi, déjà que començavi de'm hartar drin de tots aqueths "Je suis Charlie" qui non harèi l'arcast a totas aqueras amnas sanceras e esplorassadas, mes permor aquera frasa martelada, com robotizada, que signa drin tanben lo vueit siderau deu noste temps on tantas extremismes e's hèn lo nid. E qu'ei dens aqueth estat d'esperit qui vedoi a paréisher aqueth texte suberbèth, qui rompèva au pregon dab tot çò qui avèvi lejut dinc alavetz. Maëva qu'ei ua hemna joena qui sabèvi los talents de cosinèra quan, estudianta, e tienèva la coda de padera en un pub renomat de Pau. Hòrt carada de tempèri, ne sabèvi pas qu'escrivè. Badonc que'vs presenti lo son texte susmavent, dab ua prauba traduccion en biarnés, permor qu'ei de l'ordi deus escriuts deus nostes escrivans umanistes màgers...

Adishatz !

 

A la nosta libertat ganhada,

A la sudor deus fronts deus nostes Pairs e Mairs
A las lagremas deus uelhs deus nostes Estimats
Au coratge deus nostes Hrairs.
Aparem-la,
Servem los nostes drets
Deishem lo jo

Bera vita a la satira
Tà çò de miélher e de sordéish
Dens l'arrespècte
Au nom de la patz
Parlem, desnoncem
Comuniquem, avisem.

Demorem ligats
Insosmés,
Cap aus nostes enemics
L'ignorància
L'indiferéncia
La vriuléncia.

Non cedim pas a la terror
La nosta umanitat qu'ei la nosta grandor
Ahortim las nostas valors
Libertat, egalitat, fraternitat, la nosta hòrça
La nosta solidaritat, ua hòrça
La nosta democracia, ua hòrça

Resistim a l'òdi,
Vivem shens cadenas
Entà vitas serenas
Uei que causeishi de'm préner la pluma
Tà diser lo men sosten a las lors plumas
Tà passar e despassar aqueras brumas

Demorem ligats
Insosmés,
Cap aus nostes enemics
L'ignorància
L'indiferéncia
La vriuléncia.

Posté par cristau à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

04 janvier 2015

Essai de projection fongique 2015

 

baes-08-07-14-36

 

Adishatz a tots,

La saison 2014 qui vient de s'achever, crée un précédent dans l'histoire de la mycologie "maison" et de terrain des quarante dernières années en déjouant totalement, qui s'en plaindra, les projections pessimistes que j'avais publiées il y a quelques mois devant un hiver désespérément, obstinément doux. Encore qu'il y a des disparités à l'intérieur de zones et de terroirs proches voire limitrophes (certains confrères distants de moins de 100 kilomètres ont traversé une saison au mieux médiocre), démonstration est faite désormais qu'on peut trouver quantité de cèpes sur la base d'un non-hiver. Si nous gardons pour hypothèse de départ que les cèpes et la plupart des champignons ne poussent jamais autant que lorsque le mycélium a été malheureux, il conviendra de nous interroger plus bas sur les raisons de cette abondance de cèpes en Béarn des Gaves, en vue de prendre en compte de nouveaux critères dans l'établissement des projections.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à forciori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest, ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver dernier, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des deux derniers hivers.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui du site de la chaine meteo qui fournit un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps validé par dame nature au sortir de l'hiver autorisera une projection fongique un peu plus affine.

Un début d'hiver 2014-2015 et des prévisions saisonnières plus encourageants...

Au sortir d'un automne 2014 qui nous a longtemps fait craindre le pire le climat est retombé sur ses pieds début-décembre avec tout d'abord une période de faible froid assortie de quelques gelées, puis, dans les tout derniers jours du mois, une vague de froid modérée alignant plusieurs nuits de gel entre -6 et -8 degrés. Les hivers alternant des périodes de gel sévère avec d'autres offrant des maximales à 10 degrés et multipliant les petites gelées nocturnes, le tout sous un ciel suffisamment ensoleillé, semblent être de très bon présage, non seulement pour les cèpes, mais déjà pour les morilles après la mi-mars. Sur ce plan l'hiver 2014-2015 semble donc, à l'heure où je rédige, nettement plus conforme à son rang que ses devanciers.

Il se conforme d'ailleurs en tendant à les surpasser, aux prévisions saisonnières qui tablaient sur un "hiver standard" à potentiel plus froid en février. Selon les dernières mises à jour, la dernière décade de janvier et le mois de février seraient effectivement nettement plus froids. Et nous ne pouvons qu'espérer que les faits vérifient ces prévisions lointaines car il nous faut encore de sévères gelées et jours de gel pour céder sans restriction à l'optimisme.

On note enfin pour l'heure l'absence de vents violents depuis le mois de novembre, dont j'ai écrit plus haut les dommages qu'ils causaient sans doute à la relation arbre-champignon et une pluviométrie moindre comparativement aux deux hivers précédents

Saison des cèpes 2015 : une première tendance ?

Les températures nocturnes observées ces dernières semaines et les prévisions saisonnières plus froides pour les deux prochains mois, si elles se vérifient, placent d'emblée la saison des cèpes (et des morilles) 2015 sous de meilleurs auspices, surtout si le printemps et l'été sont suffisamment chauds et ensoleillés. Il convient donc de suivre attentivement l'évolution des températures dans le courant de l'hiver, sans négliger le fait que d'autres facteurs climatiques comme les vents violents voire la "noyade" peuvent aussi semer du bonheur pour nos paniers en mettant le mycélium à rude épreuve...

Je vous donne rendez-vous dans un mois environ pour faire le point sur l'évolution de l'hiver et la mise à jour de ces projections qui en découlent...

Adishatz !

03 janvier 2015

Le classement annuel des saisons de cèpes de 1986 à 2014...

Classement annuel des saisons de cèpes de 1986 à 2014

 

Ce classement a été établi sur la base de relevés personnels de cueillette. Il intègre uniquement mes petits bois historiques, ceux que j'arpente depuis l'âge de 5 ans...

 

Cl

Année

Total

Observations éventuelles

1

2006

1040 cèpes

Hivers 2004-2005 et 2005-2006 froids, été 2006 chaud et sec

2

2011

1011 cèpes

Hivers 2008-2009, 2009-2010 et 2010-2011, froids.

3

2014

806 cèpes

Hiver 2013-2014 très doux, tempêtueux, juin et septembre très chauds

4

1986

510 cèpes

Hivers 1984-1985 et 1985-1986 froids.

5

2009

467 cèpes

Hiver 2008-2009 froid

6

2012

402 cèpes

Hiver 2011-2012 froid (février)

7

1997

396 cèpes

Hiver 1996-1997 froid (novembre-décembre 1996)

8

2013

396 cèpes

Hiver 2012-2013 sans froid, été 2013 très chaud (juillet) et sec

9

1987

374 cèpes

Hivers 1984-1985, 1985-1986 et 1986-1987 froids.

10

2005

354 cèpes

Hiver 2004-2005 froid, été 2005 chaud et sec.

11

2003

305 cèpes

Hiver 2002-2003 froid, été 2003 caniculaire.

12

2010

282 cèpes

Hivers 2008-2009 et 2009-2010 froids.

13

2007

262 cèpes

Hivers 2004-2005, 2005-2006 et 2006-2007* froids (en Béarn).

14

1995

214 cèpes

Eté très chaud et sec, fortes pluies début-septembre.

15

1998

211 cèpes

Hiver doux, été très chaud, devenant très orageux fin-août.

16

1990

192 cèpes

Hiver très doux, été très chaud et sec, devenant orageux.

17

2002

170 cèpes

Décembre 2001 glacial, puis été et automne extrêmement secs.

18

1996

169 cèpes

Hiver clément.

19

1991

145 cèpes

Hiver froid mais été devenant frais et très humide.

20

2008

144 cèpes

Hiver très doux.

21

2004

119 cèpes

Hiver clément, été devenant pluvieux et frais en août.

22

1999

82 cèpes

Hiver clément.

23

1988

80 cèpes

Hiver doux, été chaud.

24

1992

78 cèpes

Hiver clément.

25

2001

64 cèpes

Hiver très doux, été sec.

26

1989

60 cèpes

Hiver doux, été et début d'automne très chauds et secs.

27

2000

32 cèpes

Hiver très doux.

28

1993

25 cèpes

Hiver doux, été frais et humide.

 

Posté par cristau à 22:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

01 janvier 2015

Vòtas 2015/Voeux 2015

orchis sureau...

Aus mens legedors fidèus com aus de passada, que soheiti ua hèra bona annada 2015 suus camins de la vita, dab ua bèra henhèra d'escadudas, d'encontres e d'amistat entà har drin de lutz e de gai au perhons deu còr. L'umanitat qu'ei çò qui mei e'ns hè hreita au dia de uei, e lo "progrès", bèra pausa hè que s'a gahat a virà's contra lo creator. Lo bonaür vertadèr que's basteish a petits drins, dab paucas causas, avisatz-ve deus qui ve'u vòlen véner ! L'apielada de bens materiaus, de gadjets electronics e de tota traca, qu'ei ua enlusida, ua patologia de las nostas societats de consomacion sosmesas a la dictatura deu desir immanent e qui's condemnan pr'aquò los umans a la decepcion e a la frustracion.

Bona annada 2015 a tots suus camins de l'autenticitat, de la libertat, au servici de la patz enter los òmis e au capcèr de la Tèrra, patrimòni comun de tot çò qui viu !

...

À mes fidèles lecteurs comme aux gens de passage, je souhaite une très bonne année 2015, sur les chemins de la vie, avec une belle moisson de succès, de rencontres et d'amitié pour mettre un peu de joie et de lumière au fond du coeur. L'humanité est ce qui nous fait le plus défaut au présent et cela fait un bon moment que le "progrès" a entrepris de se retourner contre son créateur. Le bonheur véritable se construit patiemment, de petites choses, gardez-vous de ceux qui entendent vous le vendre ! L'accumulation des biens matériels, de gadgets électroniques ou de toute sorte, est un mirage, une pathologie de nos sociétés de consommation soumises à la dictature du désir immanent et qui condamnent de ce fait les humains à la déception et la frustration.

Bonne année 2015 à tous sur les chemins de l'authenticité, de la liberté, au servici de la paix entre les hommes et au chevet de notre Terre, patrimoine commun de tout ce qui vit !

Cristau de Hauguernes

Posté par cristau à 23:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

31 décembre 2014

Champignons 2014 : du bonheur plein les bois...

Jeune cèpe de Bordeaux et son lit de feuilles, le 24 décembre 2014

Adishatz,

La gelée à -7 degrés qui blanchissait mes coteaux ce matin a signifié la fin de la saison des champignons 2014 en revêtant de son linceul les infimes espoirs de trouvailles que je nourrissais encore, légitimement. L'edulis trouvé le 24 décembre près d'une localité voisine restera donc le dernier d'une inépuisable et prodigieuse campagne initiée le 23 avril par la découverte des tout premiers aestivalis et que rien jusque là ne laissait présager.

Les hivers doux ne sont pas du goût de la plupart des mycophiles car d'ordinaire ils entrainent la misère fongique dans leur sillage. L'expérience nous dit que pour que le champignon pousse il faut que le mycélium ait été malheureux. Et ceci vaut pour la majorité des espèces comestibles prisées du grand public. C'est dire si après nous avoir éprouvés nerveusement, l'hiver 2014-2015, parmi les plus indolents des quarante dernières années, nous a laissés profondément perplexes, pour ne pas dire défaitistes.

Le printemps des morilles et des mousserons 2014 n'aura pas oeuvré à remonter le moral des troupes, c'est le moins que l'on puisse écrire. Il y a bien eu un joli mousseron précurseur début février, sous le déluge incessant, mais la saison de plaine s'avèra famélique qui n'excèda pas une quinzaine de jours, entre le 1er et le 15 avril et n'offrit que de rares sujets isolés. Toutes mes mousseronnières n'ont pas produit cette année. Dans ce contexte d'indigence insigne, il convient de mettre en lumière le joli coup du 14 avril, un bon kilogrammes de calocybes splendides dans l'herbe et les orties non loin d'une petite route.

J'ai longtemps cru que les morilles ne se montreraient même pas en plaine cette année, après une saison 2013 elle-même sinistrée. Finalement, peu avant la mi-avril, ma persévérance me donna d'éviter la bredouille, mais les cinq doigts d'une main suffisaient presque à les compter toutes. Et j'incline fortement à penser que beaucoup n'ont pas vu la moindre mitre en dessous de 200 mètres d'altitude cette saison. Déjà qu'elles étaient en très petit contingent, les morilles ont rapidement gagné les vallées des gaves de montagne, chassées par la chaleur.

Là encore, le millésime 2014 restera dans les annales, mais pour les pires raisons : très peu voire pas de morilles et pousse systématiquement écourtée par des conditions météorologiques assez sèches mais surtout trop chaudes. J'eus tout de même l'heur de découvrir près de deux cent sujets concentrés sur quelques mètres carré, le 15 avril vers 400 mètres d'altitude, petit moment de jubilation dans une campagne bien morose. Dès la fin du mois d'avril les morilles sortaient déjà vers 600 mètres d'altitude et début mai, nous en trouvâmes au-dessus de 800 mètres, toujours en petits comités, avec un bon mois d'avance sur les temps de pousse médians.

mv-09-04-14-52

C'est donc dans ce contexte de printemps des morilles et des mousserons bâclé et sinistré que jaillit la première étincelle de la saison fongique 2014, la découverte des tout premiers aestivalis le 23 avril, sur une allée de chênes copieusement ensoleillée, près d'un village de la vallée du gave d'Oloron. Il est vrai que le retour du soleil dès le début du mois de mars, avec des températures en hausse, en avait alerté plus d'un que le démarrage pourrait finalement être précoce. Il n'en demeure pas moins que cette trouvaille, à deux jours de mon record personnel de précocité de 2011, par l'enthousiasme qu'elle souleva, défia l'empire du pessimisme enkysté dans l'air du temps.

 

Jeune cèpe d'été sur un tertre...

 

Dans les jours et les semaines qui suivirent, les valeureux cèpes ne laissèrent pas le temps au doute et au pessimisme de refaire leur nid dans les esprits. De nouveaux aestivalis joliets pointaient un peu partout en plaine, de façon isolée ou en petites troupes, en première décade du mois de mai. Un peu étonnés de voir des cèpes d'attaque au sortir d'une basse saison aussi fade chaque trouvaille nouvelle alimentait cet espoir que la saison pouvait être belle.

Alors que les aestivalis continuaient à égayer le second printemps en plaine, à partir du 14 mai les plantureux cèpes de sapins, boletus pinophilus, perçaient la litière d'aiguilles vers 900 à 1000 mètres d'altitude. Je réalisai deux ou trois petites cueillettes, celle du 27 mai accouchant de cèpes splendides.

 

Cèpe de sapins majestueux...

 

La baisse des températures et les pluies froides de la fin-mai nous ont probablement privés d'un démarrage plus rapide de la saison des cèpes noirs en plaine. Les tout premiers furent trouvés en début de dernière décade de juin, après les fortes chaleurs qui ont caractérisés ce mois. C'est à cette époque-là que l'on vit aussi les premiers aestivalis sous les hêtres en montagne.

Alors que tous les indicateurs étaient au vert, les orages diluviens de la fin-juin et de début-juillet 2014 ont précipité la saison dans l'exceptionnel. Dès les premiers jours du mois de juillet on pouvait voir de jeunes cèpes partout dans les bois, dans un premier temps des aestivalis, car les sols étaient temporairement redevenus trop froids pour les aereus. Cette pousse de première quinzaine de juillet fut impressionnante sur les hauteurs et caps exposés, bien moindre dans les bas-fonds et les bois frais. Les têtes noires prirent le dessus vers le 14 juillet. Quoi que la fièvre initiale fût grandement retombée après le 20 juillet, les cèpes continuèrent à pousser dans le courant de l'été au gré des averses et des orages.

DSCN2187

Après le 14 juillet et pour tout le reste de la belle saison, contre toute attente et prévisions les plus alarmistes, les bois se parèrent de jaune d'or. Des girolles à perte de vue, des girolles où on n'en avait jamais vues. Elles que l'on disait mal en point, gravement menacées d'extinction, je fus personnellement bouleversé devant ce spectacle, tant j'avais fini par ne plus douter que je ne le reverrais plus. 2014 restera donc aussi cette année zéro où l'on a vu rejaillir le feu des girolles parties reconquérir nos bois après des lustres d'indigence.

Bouquet de girolles communes...

Un très faible ensoleillement, des sols maintenus trop frais par des pluies et averses incessantes, il fallut patienter jusqu'à la fin du mois d'août pour voir poindre les premières oronges que de telles conditions rebutent, en très petits effectifs.

Avec la rentrée de septembre, le temps, malicieux, a viré sa cutie. Temps sec, soleil de plomb et forte chaleur. Ô surprise, c'est alors qu'on vit, en l'absence totale de précipitations significatives, les cèpes noirs ressortir dans les bois. Certes sans commune mesure avec la pousse de début-juillet, mais de façon étale et modérée dans le courant du mois. Si bien qu'au 30 septembre, avant la grande pousse automnale, 2014 pointait en deuxième position au classement des saisons de cèpes, derrière 2006 et son mois de septembre anthologique.

L'enchainement des évènements prit une tournure moins heureuse : la faute à des pluies de fin-septembre et début-octobre un peu trop justes cette fois pour soutenir une pousse d'envergure dans la durée. La faute ensuite aux vents de sud, au soleil écrasant et à la chaleur extravagante de la deuxième quinzaine d'octobre qui ont diminué, écourté puis avorté la pousse dans les bois en versant sud et le long des lignes de crêtes. Dans ces conditions, la grande pousse automnale qui s'est éteinte vers la Toussaint s'est bornée à réparer consciencieusement les oublis de sa devancière de juillet. Les aestivalis et les aereus ont poussé en grand nombre dans les versants nords et les fonds de bois frais. En dernière décade d'octobre de petites troupes d'oronges ont fait le bonheur de certains paniers quoi que la saison ne restera pas dans les annales sur ce plan. C'est aussi vers le 20 octobre que j'ai trouvé mes premiers edulis de l'année en plaine.

 

baer-12-10-14-67

Le retour de fortes pluies début-novembre, alors que les températures étaient encore très douces pour l'époque, n'a pas opéré son charme habituel sur le mycélium contrairement à ce qu'il était advenu en 2011. Des sols peut-être un peu froids, une pousse d'octobre encore trop récente, après le 11 novembre il fallut se rendre à l'évidence que la chance de 2014 était passée et que pour les semaines restantes, edulis demeurerait, roi dans son palai désert pavé de feuilles, jusqu'à ce que le froid nous en privât.

La saison des cèpes de Bordeaux dans les sylves dépouillées par l'arrière-automne béarnais courut sur deux bons mois et s'avèra particulièrement exaltante. Si elle n'eut pas l'explosivité des pousses d'aereus et d'aestivalis elle me délivra de forts jolis cèpes à chaque sortie. L'avènement d'une petite période froide, début-décembre, doublée de ces détestables pluies diluviennes incessantes qui caractérisent la saison, sembla lui porter le coup de grace, je trouvai fort peu de cèpes en deuxième décade.

Cèpe de Bordeaux majestueux, le 23 décembre 2014...

Finalement, dans un ultime sursaut, alors que les clitocybes géotropes commençaient à sortir sur les guérets et dans les haies, quelques edulis percèrent encore la litière de feuilles au tout début des vacances de Noël, me causant une de ces émotions dont seuls les champignons ont le secret, jusqu'à ce dernier découvert le 24 décembre, en baisser de rideau à une saison anthologique...

Une saison écourtée mais assez dense dans les Pyrénées béarnaises...

Avec les premiers bouchons d'aestivalis trouvés en dernière décade de juin en dessous de 1000 mètres, on peut dire que le démarrage de la saison fut assez tardif en montagne. Toutefois, les fortes pluies du début de l'été ont favorisé une rapide montée en puissance de la pousse qui s'est prolongée dans le courant du mois de juillet. Elle n'a pas été exceptionnelle, on se situe assez nettement en dessous de 2010 par exemple, et il est à noter que les aestivalis ne se sont pas beaucoup montrés sur les crêtes et lisières ensoleillées, au-dessus de 1000 mètres cette saison, ce qui atteste la faiblesse des températures.

Du reste, les "seigneurs des beaux jours" n'ont pas fait long feu dans les rampes cette année. Ils se sont éteints avant même la fin de la première décade du mois d'août, la température du sol étant désormais trop basse pour leur activité mycélienne.

Et il ne faut pas chercher plus loin pourquoi on vit apparaître, à la même époque, les premiers cèpes de Bordeaux, "roi des forêts", un peu plus haut sous les sapins, en compagnie du cèpe de sapin qui nous a gratifiés d'un très bon mois d'août 2014.

 

cèpe de Bordeaux sculptural...

 

Toutefois, après ce démarrage précoce et prometteur, de l'aveu de nombreux adeptes et de ce que j'ai pu en juger, la saison des edulis en altitude s'est avérée décevante, due à la chaleur et à la sécheresse qui ont sévi dès les premiers jours de septembre. De vastes zones de nos belles Pyrénées béarnaises, au-dessus de 1200, 1300 mètres, n'ont pas consenti le moindre cèpe à l'automne 2014. Assez inexplicablement je fus sans doute l'un des rares privilégiés à en cueillir en quantités significatives lors de chaque sortie hebdomadaire jusqu'à la mi-octobre.

Ni les pluies orageuses de fin-septembre et début-octobre, ni les fortes pluies d'après la Toussaint ne surent inverser la tendance lourde observée un peu plus haut, les cèpes de Bordeaux ne sont quasiment pas descendus en dessous de 1000 mètres cette saison où mes trouvailles se comptent sur les doigts des deux mains. Les premières gelées survenues à la mi-novembre sur des sols gorgés d'eau ont définitivement éteint l'activité fongique d'une saison montagnarde qui fut écourtée, déjantée mais néanmoins intéressante.

Adishatz !

29 décembre 2014

Les statistiques climatiques de l'année 2014 à Salies de Béarn

Les données climatiques de l'année 2014 à Salies de Béarn (Quartier Lasbordes)

 

 

 

Janv

Févr

Mars

Avril

Mai

Juin

Juil

Août

Sept

Oct

Nov

Déc

Ann

T mx

11°,54

11°,82

15°,25

18°,1

20°,22

26°,2

25°,32

23°,51

26°,86

24°,80

16°,16

9°,19

19°,08

T my

8°,09

7°,51

9°,51

12°,63

14°,44

20°,05

20°,25

18°,75

20°,44

18°,25

12°,36

5°,96

14°,02

T mn

4°,64

3°,21

3°,77

7°,16

8°,67

13°,9

15°,19

14°

14°,03

11°,70

8°,56

2°,74

8°,96

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

R ch

19°

20°

24°

28°

28°

32°

37°

30°

32°

30°

22°

13°

37°

R fr

-1°

11°

10°

-8°

-8°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Préc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pl

25

23

15

17

16

12

17

13

13

12

22

23

208

Ne

 

2

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15

Or

2

4

4

2

3

9

10

9

6

1

2

 

52

Gr

5

8

5

 

 

 

1

1

 

 

 

1

21

H pl*

27,8

17,77

14,77

11,05

12,15

10,4

17,65

9,75

4,42

4,6

23,25

15,7

169,3

E ne*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

0cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

T mx

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

>25°

 

 

 

2

 

24

20

12

22

16

 

 

96

>30°

 

 

 

 

 

8

3

1

5

2

 

 

19

>35°

 

 

 

 

 

 

1

 

 

 

 

 

1

>40°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

T mx

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

<10°

12

16

8

 

 

 

 

 

 

 

1

19

56

<5°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

2

<0°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

<0°

 

3

2

 

 

 

 

 

 

 

 

9

14

<-5°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3

3

<-10°

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* La hauteur de pluie (H pl) et l'épaisseur de neige (E ne) sont exprimées en centimètres.

 

Légende

 

Températures très nettement inférieures aux normales. écart > 5°

 

Températures nettement inférieures aux normales. écart > 2°

 

Températures inférieures aux normales. 0°,5>écart<2°

 

Températures conformes aux normales. écart<0°,5

 

Températures supérieures aux normales saisonnières. 0°,5>écart<2°

 

Températures nettement supérieures aux normales saisonnières. 2°>écart

 

Précipitations sous forme de pluie, inférieures de plus de 50% à la normale.

 

Précipitations sous forme de pluie, inférieures de moins de 50% à la normale.

 

Précipitations sous forme de pluie, supérieures de moins de 50% à la normale.

 

Précipitations sous forme de pluie, supérieures de plus de 50% à la normale.

 

27 décembre 2014

L'année météorologique 2014 à Salies de Béarn

DSC_0008

 

Adishatz,

À quelques jours de clore le chapitre, l'heure est venue de nous retourner sur le temps que nous avons eu en Béarn, et plus particulièrement à Salies, tout au long de cette année 2014...

Finalement, la petite période froide survenue fin-novembre 2013 aura été la seule digne de ce nom de la période. En effet, l'hiver 2013-2014 s'est avéré exceptionnellement doux, n'offrant que 5 petites gelées entre le mois de février et la fin mars et pas la moindre valeur de températures maximales inférieure ou égale à 5 degrés entre janvier et avril. Ces statistiques sont inédites à Salies depuis 40 ans. Même les hivers 1989-1990 et 2000-2001, qui furent également caractérisés par une douceur hors saison, ont su descendre plus bas de façon ponctuelle. On dira simplement pour être précis que la douceur de l'hiver 2014 présente une homogénéité remarquable au fil des mois tandis que l'hiver 1989-1990 par exemple avait alterné des périodes chaudes improbables (mi-décembre 1989 - fin-février 1990) où on a dépassé les 25 degrés et des périodes plus froides avec des gelées marquées jusqu'à -3 ou -4 degrés. Ce ne fut absolument pas le cet hiver dont l'autre singularité tient dans ses tempêtes récurrentes en janvier-février et sa pluviométrie exceptionnelle, à l'instar de l'hiver 2012-2013...

Du 1er au 7 janvier, le temps est modérément perturbé, les pluies sont parfois espacées mais on cumule 32 mm en sept jours. Sous la couverture nuageuse les températures minimales oscillent entre 3 et 9 degrés, les maximales entre 10 et 16 (16 degrés le 6).

Du 8 au 12 janvier, voilà que survient un des rares intervalles de temps sec et relativement ensoleillé de l'hiver. Malgré cela les températures minimales se tiennent entre 3 et 8 degrés et les maximales entre 12 degrés le 10 janvier et 18 degrés le 12.

Du 13 janvier au 5 mars... Abominable, exécrable, interminable ! L'hiver nous a gratifiés de ce qu'il sait faire de mieux en matière d'intempéries dans la mesure où on exclut d'emblée le froid. Sur cette période qui couvre plus d'un mois et demi de l'année, on dénombre seulement six journées entièrement sèches, les 17 janvier, 3 février, 14 février, 17 février, 23 et 24 février. Pour le reste de la période il a plu à un moment ou un autre de chaque journée. Ce régime très perturbé fut assorti de pluies diluviennes itératives (226 mm entre le 13 et le 31 janvier par exemple) et de nombreux coups de vent à tempêtes, les 27 janvier, 1er, 10, 28 février et 3 mars, entre autres... Sauf quelques pics de douceur (15 degrés le 15 janvier, 14 degrés le 26, 19 degrés le 6 février, 18 degrés le 14, 17 degrés le 17, 18 degrés le 20, 18 encore le 23 et 19 le 24 février, cette très longue séquence se caractérise également par des maximales limitées, oscillant entre 7 et 12 degrés en raison du fort ennuagement. De courts intermèdes plus frais voient apparaître des giboulées de grêle les 19 et 20 janvier, les 27 et 28 janvier, les 1er et 2 février (avec même un peu de neige fondue) ainsi que le 28 février et le 1er mars. S'agissant des températures minimales, si on observe des pics entre 6 et 8, voire 9 degrés du 23 au 26 janvier, les 6 et 7 février, ainsi que la 14 février, on se situe le plus souvent entre 2 et 5 degrés. Trois faibles gelées sont enregistrées, -1 degré le 3 février, puis 0 degré le 17 et le 22.

Du 6 au 21 mars, la pluie cesse, le ciel se nettoie, sans l'ébauche d'une transition, et les températures s'apprécient, particulièrement les après-midis où les maximales oscillent entre 15 et 24 degrés (24 degrés le 20 mars). Petite faiblesse à 12 degrés le 18 où le ciel est un peu plus chagrin. En hausse graduelle tout au long de la période, les maximales restent plus proches des normales, fluctuant entre 2 et 7 degrés.

Du 21 (soir) au 27 mars (matin), le temps tourne aux giboulées et les températures baissent sous l'effet d'une coulée froide tardive. Grésil, neige fondue, températures maximales contenues entre 8 et 12 degrés, c'est là que se produisent les deux ultimes gelées blanches de ce non-hiver absolu, 0 degré les 24 et 27 mars.

Du 27 mars (journée) au 2 avril (soir) : Le printemps reprend son bonhomme de chemin, sous le soleil et avec des températures en hausse rapide, surtout les maximales (oscillant entre 15 degrés le 30 mars et 23 degrés le 1er avril). Les minimales restent plus timorées, entre 5 et 7 degrés.

Du 2 avril (soir) au 4 avril (soir) : Dégradation des conditions météorologiques aussi éphémères qu'intenses, 37 mm de pluie en 48h. Les maximales chutent à 12 degrés le 3 avril mais remontent tout aussi rapidement.

Du 5 au 19 avril : Cette période très ensoleillée et sèche voit les premiers pics de chaleur préfigurant le mois de mai, 28 degrés les 7 et 16 avril, on oscille plus généralement entre 18 et 24 degrés. Les minimales tiennent toutes entre 4 degrés (le 9 avril) et 11 degrés (le 7).

Du 20 avril au 2 mai (soir) : La dernière décade d'avril 2014 se signale par une forte dégradation du temps en Béarn et d'une baisse sensible des températures maximales ne dépassant plus 13 à 17 degrés entre le 24 avril et le 2 mai. En contrepartie, la couverture nuageuse favorise des nuits plus douces, culminant entre 9 et 10 degrés du 29 avril au 2 mai.

Du 3 au 19 mai (soir) : Les deux premières décades du mois de mai sont radieuses, 1 seul petit millimètre de pluie le 13. On note aussi une nuit un peu frisquette à 3 degrés le 4 mai. Mais dès le lendemain le mercure bondit à 28 degrés l'après-midi. Entre le 6 et le 17 mai les maximales comprises entre 17 et 24 degrés sont raisonnables pour la saison, les minimales souvent un peu fraîches affichent souvent 6 degrés du 11 au 17. Les deux derniers jours de la période sont un peu plus chauds (27 et 28 degrés) avant la dégradation...

Du 19 mai (soir) au 1er juin (matin) : L'orage qui éclate le 19 mai au soir entraine dans son sillage une très forte détérioration du temps. La dernière décade de mai renoue donc avec les pluies diluviennes et les averses (112 mm de pluie en cumulé). Dans ce contexte les températures maximales dépassent rarement les 20 degrés (23 degrés le 29 mai), se tenant entre 13 et 18 degrés le plus souvent. Toutefois, après avoir accusé le coup en dégringolant à 8 puis 7 degrés les 22 et 23 mai, les minimales se reprennent et oscillent entre 9 et 13 degrés sur le reste de la séquence.

Du 1er juin (journée) au 22 juin (soir) : Après quelques journées ensoleillées mais encore un peu fraîches du 1er au 4 (maximales à 21 degrés s'abaissant à 15 le 4, minimale à 7 degrés le 4), les trois premières semaines de juin s'avérèrent radieuses et très estivales, offrant des températures minimales entre 13 et 19 degrés, des maximales dépassant journalièrement 25 degrés, avec des pics de chaleur à 32, 31 et 30 degrés les 6, 7 et 8 juin, 31 degrés les 12 et 13 juin, 32 degrés les 20 et 21. Le temps commence tout de même à tourner à l'orage à partir du 20, mais dans un premier temps cela n'altère pas le ressenti général de grand beau temps estival.

Du 22 juin (soir) au 14 juillet (matinée) : Hélas, l'été 2014 ne fut pas du même tonneau que le mois de juin qui lui tenaient lieu d'incipit. Les orages du 22 juin au soir ouvrirent la route à une dégradation anthologique des conditions météorologiques en Béarn et plus particulièrement dans le secteur de Salies. Deux orages et vagues de pluies orageuses exceptionnels ont affecté notre bon terroir les 23 et 24 juin, puis le 1er juillet. Les premiers se soldèrent par une pluviométrie record de 68 mm à Lasbordes, provoquant des crues virulentes des petits ruisseaux qui abondent le Saleys. Le second orage, celui du 1er juillet, s'est brutalement déchainé vers 17 heures en point d'orgue d'un après-midi tonitruant mais modérément arrosé. En moins d'une demi-heure, 70 mm de pluie et de grêle se sont déversés dans les pluviomètres. Ce second orage a davantge affecté la région de Sauveterre que le premier. Ma réflexion fut alors aiguisée en constatant que loin d'être isolées, ces précipitations extrêmes étaient enchâssées dans un cycle très perturbé multipliant les averses et pluies orageuses modérées, participant d'un cumul impressionnant de 17,65 cm pour le mois de juillet. En baisse constante, ne dépassant plus que temporairement les 25 degrés à partir du 26 juin, les températures maximales oscillèrent entre 18 et 22 degrés du 7 au 12 juillet avant de remonter. On note un 10 degrés le 30 juin pour les minimales qui se tiennent le plus souvent entre 13 et 17 degrés, ce qui reste correct pour la saison.

Du 14 juillet (après-midi) au 19 juillet : Après l'arrosage matinal du 14 juillet, brutalement, le temps change, le ciel se nettoie et en 72 heures les températures bondissent de 26 degrés le 15 à 37 degrés le 17, établissant le record de l'année. Mais la baisse sera tout aussi rapide. On n'est plus qu'à 25 degrés le 19.

Du 20 juillet au 10 août : Le temps ne parvient jamais à se stabiliser réellement, mais offre davantage de journées ensoleillées et sans pluie qu'au début du mois. Les journées du 20 juillet et du 4 août furent particulièrement fraîches, on ne dépassa pas 21 puis 20 degrés. Sur le reste de la période les maximales se tiennent entre 24 et 29 degrés, culminant à 30 degrés le 8 août. Le 1er août survient un orage mémorable, prompt et spectaculaire. Vers la mi-journée le ciel de l'Entre-deux-Gaves s'assombrit par le Pays Basque, très vite un orage précurseur éclate et je suis surpris par la virulence des éclairs et du tonnerre car le cumulonimbus semble un peu étriqué. Bientôt, alors que ce premier trublion se résorbe, se déclenche une averse tropicale, avec des gouttes aussi volumineuses que des cerises. Dans la foulée un second orage se présente, beaucoup plus sombre. Les éclairs mitraillent, le tonnerre claque sec et de façon très rapprochée, je pressens que l'issue pourrait nous être dommageable. Quand se déclenche une averse de grêle, ne durant que quelques minutes et rapidement emportée vers le nord du département. Nous nous en sommes bien tirés cette fois.

Du 11 au 22 août : Sans être aussi exécrable que début juillet, l'été a renoué avec ses démons, l'instabilité en flux de nord-ouest avec cette fois une fraîcheur affligeante pour un mois d'août, on se situe entre 18 et 23 degrés pour les maximales, rarement plus, et plusieurs valeurs à 10 et 11 degrés sont relevées pour les minimales, les 17, 21, 23 et 24 août. Les journées des 13, 14, 15 et 16 août sont particulièrement pluvieuses, ainsi que le 22 août (16 mm).

Du 23 au 30 août : L'été qui s'achève ne se départit pas de son instabilité même si la pluviométrie est beaucoup plus faible et les jours et moment sans pluie plus nombreux. La différence vient des températures qui reprennent temporairement de la hauteur, fluctuant entre 24 et 29 degrés du 24 au 28 août.

Du 31 août au 22 septembre : Les trois premières semaines de septembre sont en rupture totale avec l'été qui les précède, à savoir, particulièrement estivales. Jusqu'au 14 septembre en soirée le temps est nettement plus sec mais aussi sensiblement plus chaud, offrant des minimales entre 12 et 18 degrés et des maximales entre 25 et 32 degrés journalièrement. Après le 14 septembre on garde la chaleur (entre 28 et 31 degrés l'après-midi, de 13 à 17 pour les minimales), mais le temps devient un peu plus instable, faiblement pluvieux, l'impression restant très agréable.

Du 23 au 29 septembre (soir) : Le thermomètre a temporairement baissé entre le 23 et le 25, les maximales se tenant alors entre 20 et 23 degrés et les minimales entre 9 et 11 degrés. Mais à la faveur d'un ensoleillement généreux on remonte à 27 degrés le 27 septembre.

Du 29 septembre (soir) au 16 octobre (mi-journée) : L'orage qui éclate le 29 septembre au soir, mais surtout dans la nuit et la journée du 30, est plus copieux (25 mm). Après une accalmie de trois jours, de nouvelles pluies modérées se déclenchent entre le 4 octobre au soir et le 16 octobre à la mi-journée. Hormis une petite faiblesse du 9 au 15 où les maximales sont contenues entre 18 et 23 degrés, rarement plus, ce flux de sud-ouest ne remet aucunement en question la prégnance de la chaleur sur cet automne 2014. On relève encore 26 degrés le 1er octobre, 27 les 2 et 3, 26 le 6 et 29 le 8. Le 16, après les dernières averses, le vent tourne au sud en se renforçant et les températures repartent vers les sommets, on relève 28 degrés l'après-midi.

Du 16 août (après-midi) au 1er novembre : La deuxième quinzaine d'octobre, sous l'égide d'un flux de sud à sud-est, est exceptionnellement ensoleillée et chaude. On atteint encore les 30 degrés les 18 et 20 octobre. Une baisse brutale survient entre le 21 et le 23, on dévale entre 20 et 21 degrés pour les maximales et les minimales plongent à 4 degrés le 23. Mais la chaleur aura bien le dernier mot, du 25 octobre au 1er novembre les minimales fluctuent entre 15 et 16 degrés et les maximales grimpent de 23 degrés le 25 à 27 puis 28 degrés les 30 et 31 octobre.

Du 2 au 18 novembre (après-midi) : Comme chaque année la Toussaint 2014 signale le grand virage de l'année vers l'hiver et les mauvais jours. Cette séquence  climatique est caractérisée par une pluviométrie de plus en plus intense. Mais les températures remontent lentement après la baisse des tout premiers jours du mois. De 12 à 17 degrés pour les maximales entre le 4 et le 11, on passe à 16, 17 et même 19 degrés en fin de période. Après être descendues à 4 degrés le 6, les minimales se stabilisent entre 5 et 8 degrés.

Du 19 au 24 novembre (soir) : À la faveur du rétablissement d'un flux de sud-est les régions pyrénéennes jouissent d'un foehn (ensoleillement par assèchement de la masse d'air au-dessus des Pyrénées) et d'une douceur remarquable pour l'époque : les maximales oscillent entre 19 et 22 degrés (le 22 novembre) et les minimales remontent de 5 à 11 degrés.

Du 24 novembre (soir) au 20 décembre : Le flux zonal très pertubé balaie le foehn et nous renouons pour de longues semaines avec les interminables wagons de pluie et d'averses. Toutefois, il est à noter que ce flux s'infléchit subitement au nord-nord-ouest le 30 novembre au soir, ouvrant la porte au premier refrodissement significatif du semestre. Alors que les maximales se tenanient encore entre 13 et 15 degrés du 25 au 30 novembre, on descend à 6 degrés les 2 et 3 décembre et on ne dépassera plus les 10 degrés avant le 11 décembre. Dans le même temps, quatre faibles gelées sont observées les 4, 7 (-1 degré), 9 et 10 décembre (-1 degré). Par la suite le mois de décembre 2014 a vu ses maximales fluctuer entre 9 et 11 degrés, ne retrouvant jamais les niveaux de douceur insolente des mois précédents. La période du 14 au 20 décembre fut de nouveau très pluvieuse, abodant les pluviomètres de 41 mm.

Du 20 au 26 décembre : Le temps s'est subitement amélioré, offrant de très belles journées d'hiver enfin, avec des après-midis autour de 10 degrés après les faibles gelées matinales des 22 et 23 décembre...

Du 26 décembre (soir) au 28 décembre (matin) : Dans la soirée du 26 décembre la pluie fait son retour sur les coteaux du nord-Béarn. La journée du 27 est particulièrement arrosée, notamment vers 13h30 où dans une bourrasque de vent de nord, au passage d'un front, un déluge de pluie et de grêle s'abat, 38 mm au compteur de la journée. Les températures sont en baisse, ne dépassant plus 9 degrés. Les averses froides cessent le 28 à l'aube.

Du 28 au 31 décembre : La journée du 28 décembre est sèche mais aussi plus froide, 7 degrés, l'approche d'une vague de froid se fait sentir, particulièrement en soirée. De fait les trois derniers jours de l'année 2014 se distinguent par le retour d'un froid vif, inespéré, après une aussi longue période d'abstinence. Sous un ciel limpide il gèle à -5 degrés le 29 et le 31, -7 le 30, et les maximales ne dépassent pas 2 degrés le 29 et 4 le 30...

Adishatz !

21 décembre 2014

Les cèpes de Bordeaux s'invitent pour les fêtes...

be-20-12-14-77

Adishatz,

Glissant sur les coteaux, les nuages ténèbreux venus de l'océan déversaient leur crachin lancinant qui invitait à garder le chaud de la tannière. C'est dans cet environnement peu engageant que je me suis élancé samedi 20 décembre en début d'après-midi, à travers les chemins boueux et glissants de la campagne nord-béarnaise. Il convient de préciser que quelques infos glanées la veille sur Internet m'avait mis en transe et me portaient dans l'effort.

Parvenu au faîte de la colline d'un village des environs, mis en préalerte par des sons de cors dans le lointain, je fus un temps dépité à la vue de processions de chasseurs qui se postaient sur les allées et les bordures qui ceignent la sylve prometteuse vers laquelle je me hâtais à deux bons kilomètres encore. Impossible de risquer la mitraille pour quelques cèpes hypothétiques...

Très vite, je me rangeai à l'avis d'une petite voix intérieure qui me suppliait de changer mon projet en obliquant vers les sylves d'un autre village qui m'avait déjà comblé depuis le mois de novembre. Et me voilà donc reparti pedibus sur la route tandis que le crachin s'était mu en un rideau de pluie drue...

Pour si surprenant que cela puisse vous apparaître, un chant allègre montait en moi au fur et à mesure que les hauteurs du bourg s'affinaient sous les cieux chagrins, comme une eau souterraine, tout en contension. Il faut vous dire que depuis longtemps j'ai fini par ne plus douter que Dame Nature envoie parfois des messages à qui sait les décrypter, comme d'interposer ces chasseurs pour vous dérouter et vous donner à comprendre que votre intérêt est ailleurs.

Parvenu au dit village, à l'orée du bois, je balaie la petite route du regard pour m'assurer que nul ne m'a vu. Personne ! D'un bond je franchis le bardeau qui me sépare des premiers arbres en contrebas. Et là d'emblée je vois le premier, qui sourd des feuilles détrempées à trois mètres. Alors, avant même que je décelle son frangin, non loin de là, comme une libération, l'allègresse me submerge pour le reste du jour. Sans peine j'en trouverai quatre autres, la plupart jeunes et fermes. Mais un seul eût suffit à ma conclusion : cette année les jolis cèpes de Bordeaux ont décidé de passer les fêtes de fin d'année dans nos bois et je ne serai pas de ceux qui bouderont leur plaisir.

Adishatz !

be-20-12-14-88

07 décembre 2014

Lo darrèr cèth de mai - Le dernier cèpe d'été

Improbable cèpe d'été parmi les feuilles mortes...

Adishatz,

La nueit qu'èra caduda sus aqueth dimerç 3 de deceme, dimerç de hanga e de brumalh. Que tornavi tà casa a la lutz de la frontau, dab, au hons deu sacotet, un tropet de Marteroets qui'm pleavan lo còr e las pensadas de gaujor, en bèth me portant capvath los camins maumiats per l'ivern. Que passèi Laurent a gua, e d'aviada qu'ataquèi la darrera còsta aspruda qui mia a Hauguernes.

Au sortit deu gran vira-pleg qui trauca lo bòsc miejancer que m'estèi suu pic. Un cèth que s'èra gahat au get de lutz. Que'm clinèi entà lutzerà'u miélher. Qu'èra un beròi cèth de mai, un d'aquestes qui sòrten au temps deus griths e de las auringlas. Un més hasè non se n'i avè vist mei. Aqueste que s'èra atrevit contra la hastialetat de la tardor. E adara que demorava, ancorat au pregon e cintat per las huelhas deus castanhs...

En tirà'u de la glèisa gorpida e hreda, que tornèi véder aus sons hrairs purmèrs, lo 23 d'abriu, suu cant d'ua cassanha deu parçan. E lèu que pensèi aus sons davancers, cuelhuts un 23 de deceme en 1989, a l'esguit d'un abòr de sequèra e de doçor de compte har. Vint e cinc ans hasè n'avèvi pas mei vist un cèth de mai au més de Nadau. En un virat d'uelh, un darrèr còp, las hòrças pregonas de la tat qu'avèn ahalhat la peada.

...

La nuit était tombée sur ce mercredi 3 décembre, mercredi de boue et de grisaille. Je rentrai chez moi à la lumière de la frontale, avec, au fond de ma besace, une escouade de cèpes de Bordeaux qui emplissaient de joie mon coeur et mes pensées, tout en me portant à travers les chemins malmenés par l'hiver. Je traversai le Laurent à gué, et d'emblée j'attaquai la dernière côte sévère qui mène à Hauguernes.

Au sortir du grand virage qui fend le bois mitoyen, soudain, je m'immobilisai. Un cèpe s'était pris dans le faisceau de lumière. Je me penchai pour l'examiner de plus près. C'était un beau cèpe d'été, de ceux qui sortent au temps des grillons et des hirondelles. Cela faisait un mois qu'on n'en avait plus vu. Celui-ci s'était risqué malgré l'hostilité de l'arrière-automne. Et là il restait, profondément ancré et encerclé par les feuilles des châtaigniers...

En l'extrayant de l'argile trempée et froide, je revis ses premiers frères, le 23 avril, en bordure d'une chênaie du pays. Et bientôt je pensai à ses ancêtres, cueillis un 23 décembre en 1989, au bout d'un automne de sécheresse et de douceur remarquable. Cela faisait 25 ans que je n'avais plus vu de cèpe d'été au mois de Noël. En un instant, une dernière fois, les forces profondes de la terre avait embrasé mon chemin.

Adishatz...

05 décembre 2014

Cèpes 2014 : Une fin de saison "édulcorée"...

Joli bouchon de cèpe de Bordeaux près de son arbre-hôte...

Adishatz,

Après nous avoir longuement tenus en haleine et époustouflés, la saison des cèpes d'été et des cèpes noirs 2014 s'est éteinte sous les pluies diluviennes et fraîches des premiers jours de novembre, sans jamais, finalement, approcher réellement les sommets de ses deux grandes soeurs, 2011 et 2006. Hormis quelques trouvailles heureuses et très localisées d'aestivalis, depuis le 10 novembre le cèpe de Bordeaux, le roi des cèpes, règne sans partage sur les sylves et constitue l'ultime offrande de l'année moribonde à nos paniers...

Plusieurs facteurs défavorables ont concouru à l'échec final tout relatif de 2014. Elles tiennent d'abord dans les imperfections et errements climatiques du mois d'octobre 2014. Alors que septembre s'était fendu d'un travail rédempteur considérable au sortir d'un été désespérément humide et frais, j'avais souligné la modestie, pour ne pas dire la justesse des pluies suvernues en première quinzaine d'octobre, doutant de leur aptitude à soutenir une pousse de très grande envergure dans la durée. De fait, il y eut une pousse de très grande envergure de têtes noires et d'aestivalis dans les grands-bois de plaines alluviales et les bas-fonds, autant d'endroits humides et frais. Car les vents de sud, l'ensoleillement remarquable et les températures très élevées de la deuxième quinzaine ont rapidement amoindrie puis cessé la pousse sur les hauteurs exposées.

L'ultime espoir de 2014 tenait alors dans la capacité de ces mêmes hauteurs à produire joliment des cèpes une dizaine de jours après le retour des pluies en novembre, comme ce fut le cas en 2011. À situation climatique sensiblement comparable, sans froid et loin de toute gelée, nous savons désormais qu'il n'en fut rien, vers le 11 novembre, aucun bouchon d'aestivalis ou d'aereus ne pointant dans les bois le sort de l'année était scellé. Trop de pluie en moins de 10 jours, des sols désormais un peu trop froids pour ces cèpes thermophiles, et sans doute la trop grande proximité avec la grande pousse récente d'octobre, quand on sait que près d'un mois et demi de répit sont nécessaires au mycélium entre deux pousses importantes. 2014 s'en va, couvert de gloire, sous son manteau de feuilles, troisième meilleure saison des cèpes depuis près de quarante ans, assez loin derrière 2006 et 2011, mais surtout loin devant 1986 et 2009.

Mais nous nous consolerons bien vite en constatant que les edulis sont toujours présents, assez nombreux dans nos bois, avec cette espérance raisonnable que, cette fois, ils puissent nous accompagner jusque pendant les vacances de Noël...

Adishatz !

10 novembre 2014

Cèpes 2014 : La der des der ?

Congrégation de cèpes d'été exceptionnels...

Adishatz,

En d'autres temps, à l'époque où nous sommes rendus de l'année, l'habitude inclinerait le quêteur de cèpes (hormis les heureux qui comptent quelques edulis dans leur paysage), suspendant le panier à une solive, et, habité de mille et un souvenirs précieux, à entrer quiètement en hivernage, jusqu'au temps des premières violettes, des morilles et des mousserons.

Mais aujourd'hui, cet usage pourrait bien ne pas s'avérer très judicieux et nous avons de solides raisons de ne pas relâcher la vigilance sur nos bois. Celles-ci tiennent pleinement dans l'excentricité climatique de l'année qui ouvre des possibilités malgré la baisse (modérée) des températures récentes. La période de temps très chaud et très sec de la deuxième quinzaine d'octobre a fortement impacté à la hausse la température des sols qu'elle a parallèlement asséchés, c'est particulièrement sensible dans les bois surélevés et exposés sud. Tout se passe donc un peu comme si cette anomalie climatique avait annulé le choc thermique et hydrique survenu en première quinzaine. D'autre part, comme je l'ai décrit plus haut, elle a probablement eu pour effet d'amoindrir et d'écourter la pousse des cèpes sur ces secteurs qu'elle a fortement affectés. Depuis, de très fortes pluies sont intervenues début-novembre, les températures ont baissé, mais sans excès, revenant simplement à des niveaux de saison, très loin du gel dans les parcs la nuit, et proches de 15 degrés l'après-midi. Nous nous retrouvons donc sensiblement dans une configuration à la novembre 2011, à cette réserve près que la dernière grosse pousse est récente et que les sols des bas-fonds et bois pentus en versant nord sont désormais peut-être un peu frais. Or ils étaient anormalement chauds il y a 10 jours encore sur les hauteurs. Ce pourquoi j'incline à penser, sans certitude aucune, qu'un ultime choc thermique et hydrique a pu se produire localement. Il en résulterait une dernière pousse d'aereus et d'aestivalis dans quelques jours, essentiellement dans les secteurs qui furent un peu frustrés fin-octobre.

Quoi qu'il en soit, à cete époque de l'année, nous n'aurons pas à languir très longtemps cette levée de thermophiles, surtout que le froid ne saurait trop tarder et que sans attendre son arrivée les arrosages récurrents feront inéluctablement fléchir les températures des sols. Si aucun aereus ou aestivalis (je mise davantage sur ce dernier) ne sourd avant une semaine, la messe sera dite, et nous pourrons tous reporter nos derniers espoirs sur les edulis en descendant le chemin qui mène à Noël.

Adishatz !

Posté par cristau à 11:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Cèpes 2014 : Octobre a remis les pendules à l'heure dans les bas-fonds...

baer-12-10-14-58

Adishatz,

Le mois de novembre à l'aube de sa deuxième décade, n'a pas failli à sa réputation en nous plongeant dès après la Toussaint dans les affres climatique de la fin de l'année, refermant un cycle des beaux jours atypique mais conclu par une deuxième quinzaine d'octobre de très haute tenue...

Lequel mois d'octobre n'a pas déçu nos espérances, d'une manière générale. Malgré une pluviométrie souvent un peu avare, moins de cinquante millimètres cumulés en première quinzaine en de nombreux endroits, on est très loin des 120 millimètres de septembre 2006 ou des 150 de fin-juin, début-juillet 2014, pour ne parler que de mes coteaux salisiens, la grande pousse espérée a bien eu lieu, même si certains n'ont pas été aussi bien servis que je le fus, loin s'en faut.

Dans mes coteaux et fonds de bois de l'Entre-deux-Gaves, la pousse s'est déclenchée avec une bonne semaine d'avance sur les secteurs de la plupart de mes confrères car de meilleures pluies d'orage étaient advenues dans les tout derniers jours de septembre. Cette pousse naissante fut avivée par les bonnes pluies qui ont arrosé nos régions en première décade d'octobre et explosa littéralement en deuxième décade. Contrairement à la grande pousse de juin, cette fois l'ensemble de mes bois ont commis des cèpes, mais très vite, il fut évident que les contingents les plus importants se formaient dans les bas-fonds frais, ceux-là même qui n'avaient pu prendre le train en début d'été, et les pentes en versant nord. Cette tendance est allée creishendo tout au long du mois d'octobre, surtout que l'exceptionnelle période de chaleur et de sécheresse qui a sévi en deuxième quinzaine a fini par dessécher les sols des bois perchés sur les hauteurs et en versant sud, décourageant le mycélium en début de dernière décade. On peut donc attester une inversion totale par rapport à la pousse estivale.

Cette grande pousse automnale a connu son apogée entre le 14 et le 21 octobre, me gratifiant de quelques cueillettes supérieures à 15 kg/jour, converties en de nombreux bocaux pour la consommation familiale. Les cèpes cueillis étaient très majoritairement des aereus, la température des sols favorisant nettement cette espèce au détriment d'aestivalis. Flanqués de quelques oronges, nous les aurons guettées amoureusement en 2014, l'amour ne restant-il pas souvent à l'état de désir, mais sans la compagnie des girolles contrairement à cet été, les cèpes ont décliné jusqu'à disparaître derrière le grand rideau de la Toussaint.

On retiendra donc que le mois d'octobre 2014 a su sublimer des conditions climatiques décidément très délicates cette année (mais c'eût pu être bien pire dans le cas de froid et de gel), pour apporter à la plupart des inconditionnels du grand sud-ouest, la belle pousse de cèpes annuelle dont chacun rêve, s'évertuant même à effacer l'anomalie de sa devancière estivale en mettant les pendules à l'heure dans les bas-fonds...

Adishatz !

Posté par cristau à 10:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

07 novembre 2014

Los Marteroets (les "petits de la Toussaint", les cèpes de Bordeaux)

Bouchon de cèpe de bordeaux café au lait...

Quan la tardor hastiau s'a minjat l'Estivet,
Pintrat de rós lo bòsc, engorgat au varat
E lo purmèr vent-tòr margat de blanc lo prat,
Que s'avia la ronda de Sénher Marteroet.

L'ainat endavant-hèit haut pitat suu cantèr
Qu'argueita aus passeris escarbalhat au só,
Puish en la mair de huelha enqüera a la suaudor
Qu'apèra los cetons virats deu malandrèr.

N'an pas paur au vent-ploi ni au hred escosent
A tot que hè empach lo lor capèth lusent
Qui vòu víver tostemps quan tot ei a l'esguit.

Gaihasents Marteroets qui'm hètz eslangorent
De l'an aus arranguilhs qu'ètz lo darrèr present,
Flamborejant peu torn d'un bèth talhuc de guit.

 

Les "Marterouets"

Quand novembre exécrable a dévoré l'été,
Repeint de roux le bois, engorgé le fossé,
Et la première bise émargé de blanc le pré,
S'élance la ronde de Sire Marterouet.

L'ainé un peu hardi haut perché sur le tertre
Epie les mouvements déployé au soleil,
Puis dans le ventre de feuilles toujours à la chaleur
Appelle ses frères préservés du malheur.

Ils ne craignent ni le mauvais temps ni le froid mordant
Contre tout les protège leur chapeau luisant
Qui veut vivre toujours quand tout dépérit.

Plaisants Marterouets qui me faites languir
De l'année mourante vous êtes le dernier présent,
Exhalant autour d'un bon morceau de canard.