Le Blog de Cristau de Hauguernes

03 décembre 2017

Le troisième cèpe... ou Des fameux "cèpes de soustrage" de Mémé Nancie

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Adishatz,

Avec les -6 degrés enregistrés dans mon parc à l'aube, le climat vient de signifier la fin de la saison 2017 des cèpes, encore qu'avec les Marterouëts on n'ose guère être définitif, tant ce cèpe démontre d'incroyables capacités de résilience. Hier encore ils étaient là, quoique peu nombreux, au rendez-vous du mois de décembre, comme ils en ont pris l'habitude ces dernières années, lors de mon ultime "ronde" dédiée.

À l'instar des deux autres mousquetaires, aereus et aestivalis, un peu plus tôt, ils nous auront gratifié d'un arrière-automne médiocre et écourté, novembre 2017 restant nettement en deçà de son devancier, malgré l'impeccable beauté de certains sujets. Assez nombreux sont les placiers qui n'ont pas vu d'edulis cette année.

Toutefois, sur un plan plus personnel, ces dix derniers jours de la saison m'auront permis de valider de la manière la plus éclatante qui soit une hypothèse née du recoupement d'informations glânées entre le terrain et la littérature et de la superposition mentale de très nombreuses images de paysages traversés dans le lointain où pousse le Marterouët.

Il faut vous dire que le Marterouët est extrêmement rare dans mon terroir, venant sur le strapontin en sursis que constituent les plantations et ne s'y montrant que sous quelques arbres. Tant et si bien que la très grande majorité de mes confrères ignorent jusqu'à son existence et raccrochent le panier à la Toussaint. Dans ces conditions, trouver un placier autochtone (sous les arbres indigènes) constituait un authentique exploit dont je rêvais depuis le début des années 2010, à force de voir les photos de chercheurs nord-aquitains ou d'être convié à des sorties en piémont pyrénéen où ce cèpe pousse naturellement.

Dans ma conquête je fus très tôt guidé par une intuition et qui s'était confortée en moi au fil des années. Où le cèpe de Bordeaux se montre, le bouleau est rarement très loin dans le paysage, soit qu'il mycorhize directement avec lui, soit qu'il flanque son arbre-hôte. Il me fallait donc cibler de tels écosystèmes dans mon terroir, où l'arbre serait bien représenté, à défaut d'être omniprésent. Des sondages vers Orion et Burgaronne se sont avérées infructueux, mais il faut dire que les bétulaies y sont fortement circonscrites dans le paysage, souvent inaccessibles ou jalousement gardées par des ronciers et des broussailles impénétrables. Autant dire que mon affaire semblait mal embarquée.

Et puis la fièvre m'a repris, fortuitement, au cours de l'hiver dernier, alors que j'explorais la vallée d'un cours d'eau des environs, en prélude à la saison des morilles. En chemin je traversais des bois et longeais des bordures où le bouleau était partout, soit en mélange avec les chênes et les châtaigniers, soit en peuplement exclusif. Tout, jusqu'à l'herbe des jachères et des prairies acidophiles fraîchement coupées, m'évoquait à l'identique les paysages où nidifie le Marterouët en allant vers les Pyrénées. Et bientôt me revinrent les propos jadis martelés par Mémé Nancie lors de nos veillées au coin du feu : "Il nous arrivait autrefois de trouver des cèpes en plein hiver aux confins de Bérenx et de Lanneplàa lorsque nous coupions le soustrage."

C'est fort de cette intime conviction que je me suis lancé le samedi 25 novembre à travers les chemins embourbés de mes coteaux vers cette improbable enclave à environ 5 kilomètres à vol d'oiseau de mon domicile. Peu m'importaient les puissantes averses qui me malmenèrent toute la matinée, les sources dégueulant la flotte, j'allais peut-être enfin solder des années de recherches et d'intenses cogitations et la pensée de Mémé Nancie et ses "cèpes d'hiver" sublimait les forces contraires.

La première partie de la prospection, bien que confirmant un ressenti visuel très propice, n'accoucha que de quelques tue-mouches. Au demeurant, je savais bien qu'il faudrait peut-être plusieurs transports, sur plusieurs saisons pour aboutir, un automne aussi médiocre que l'actuel ne permettant pas de trancher une telle question par la preuve ou son absence obstinée.

Sur le point de changer de versant par le talweg d'un ru, un bolet bai luisant dans l'herbe suscita en moi une brève montée de tension. ... Et eut le don de rallumer mon "radar". À peine débouchai-je sur l'autre versant que j'avisai au pied d'un bouleau dans une clairière deux bouchons de bolets. Il s'agissait de bolets à pieds rouge, qui doivent toujours être pris comme encouragement par le chercheur. Puis en relevant la tête, à l'opposé, deux grands chapeaux marron luisants sous l'embellie...

J'allai à leur rencontre sans trop y croire, les yeux rivés sur eux au fur et à mesure que le rêve prenait corps. Deux Marteouëts autochtones se prélassaient dans la clairière, sanctionnant magnifiquement de longues années de réflexion et cette marche d'approche héroïque. Un peu plus haut j'en avisai un troisième mangifique sous un chêne, puis quatre trapus et joliets entre deux autres chênes. Un dernier enfin sous l'aile d'un châtaignier. De tout l'après-midi je ne trouverai rien de plus. Mais je n'en demandais pas tant. Je rentré chez moi heureux de ma trouvaille tout autant qu'ému d'avoir mis un nom sur les "cèpes de soustrage" de Mémé Nancie... À qui je dédie cet article.

Adishatz !


12 novembre 2017

Cèpes 2017, et si les Marterouëts ne sauvaient pas l'automne ?

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Adishatz,

Depuis le dix octobre, date de ma dernière trouvaille, la rareté des cèpes, si ce n'est leur absence totale, qui est le lot de bien des secteurs du sud-ouest en ce moment, atteint des niveaux rarement approchés à cette époque et que je peine à m'expliquer de manière satisfaisante. Certes, la meilleure saison des cèpes connaît des périodes creuses, mais dans la limite de nos connaissances il n'y avait rien qui justifiât une extinction pure et simple aussi précoce du millésime 2017 des cèpes thermophiles, d'autant plus qu'à l'approche de la Toussaint on a vu ressortir leccinums, coulemelles, et surtout paloumets et amanites fauves dans les placiers bien exposés.

Sur ce point les premières gelées de l'automne survenues mardi matin auront au moins eu l'heur de signifier le coup d'arrêt aux aereus et aux aestivalis... Sauf à imaginer un scénario à la 2015.

À l'heure où j'écris si la mise hors jeu de tels dénouements aussi improbables qu'héroïques par les aléas climatiques simplifie la situation, je n'ai jamais été aussi à la peine lorsqu'il s'agit de pronostiquer la suite et la fin de la saison. Tous nos espoirs reposent désormais sur le Marterouët ou cèpe de Bordeaux que les premières gelées blanches n'effarouchent guère et dont on sait que novembre et décembre l'avantagent souvent s'il ne s'est pas trop montré avant, ce qui est d'ailleurs le cas en 2017. L'optimisme se conjugant à la passion nous offre de solides raisons de penser qu'après les fortes pluies en cours et si bien sûr le froid ne s'enhardit pas ou mieux, décampe, une belle pouse à tout le moins du roi des cèpes devrait venir redorer le blason de l'automne ces prochaines semaines. Certes, mais c'est oublier un vite que la période en cours semble désvantager fortement les cèpes au sens large sans que nous sachions préciser le ou les facteurs en cause, et dans ce contexte nous ne savons pas non plus si Boletus edulis observera les mêmes lois de nature que ses frères ou si ses préférences climatiques plus "rock'n roll" qui le voient apparaître un peu plus tard dans la saison induisent un comportement différent des deux autres...

C'est dans cette équation à plusieurs inconnues que tient le sort de l'automne 2017 des cèpes et je dois à l'honnêteté d'écrire que si l'hypothèse d'une pousse de Marterouëts (dans des proportions qui restent à préciser) me semble la plus probable, rien ne permet pour autant d'écarter que la saison ait expiré depuis belle lurette et que plus aucun cèpe ne paraisse avant le printemps prochain.

Adishatz !

05 novembre 2017

Escapade à L'Arriutòrt du 29 octobre 2017, la der des der...

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Adishatz,

Avec les vacances de Toussaint, et le changement d'heure n'arrange rien à l'affaire, la belle saison des randonnées en montagne touche à sa fin et il nous faut à regrets laisser ces landes, ces forêts, tous ces paysages sublimes au grand blanc et aux skieurs jusqu'au prochain printemps.

Ce dimanche 29 octobre, alors que les cèpes d'une indigence rarissime nous font languir en plaine, une dernière fois nous avons voulu braver des pentes sévères qui conduisent aux landes d'altitude et offrent des panoramas de rêve sur les monts environants.

Après nous être garés tout en haut du village de Laruns au départ de la piste qui conduit à la cabane de L'Arriutort nous nous sommes élancés dans le froid matinal sous un ciel limpide. Les premiers kilomètres de l'ascension sont les plus dissuasifs. Outre le dénivelé, on se doit d'assûrer ses pas en prenant appui sur les nombreuses pierres qui émergent de la litière de feuilles d'arbres fraîchement déchues. Ici le hêtre est majoritaire mais la balade n'est pas des plus esthétiques car le chemin est encaissé et la forêt n'offre aucun point de vue.

Un peu plus haut la pente se fait moins sévère, la piste longe le versant et on entre dans une zone mixte de sapins autochtones et d'épicéas introduits, toujours mélangés à des hêtres, avec le bruit d'un petit torrent en contrebas.

Là où le chemin de randonnée croise la piste carrossable, commence la crête de Barthèque et nous cheminons dans le talweg d'un tout petit cours d'eau. L'herbe a revêtu son capuchon de givre. Contraste saisissant du reste entre la première gelée et la rencontre de petits massifs d'érine des Alpes et d'une gentiane de Koch en fleur comme au printemps. Pour tout dire le froid nous coupe un peu le souffle, mais la lumière qui inonde la prairie au-dessus de nous motive nos derniers efforts et bientôt nous débouchons sur le plateau de l'Arrioutort (Arriutòrt) dominé par le Montagnon d'Iseye. Derrière nous Laruns se terre au pied de la Montagne de Pan et du bois des Taillades que nous venons de traverser.

Le temps de quelques photos et d'un bon casse-croûte dans l'herbe, tandis que quelques chasseurs et leurs chiens dévalent du col de Besse, nous prenons quelques minutes pour explorer le plateau et les abords de la cabane. Depuis ce promontoire la vue sur le vallon de l'Arrioutort avec ses sapins intangibles, ses lisières de hêtres en pyjama et ses clairières de bruyères polychromes est un pur ravissement.

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Pour changer un peu nous décidons de redescendre par la piste carrossable. Nous dévalons dans l'ombre de hautes falaises, l'endroit est très humide est particulièrement frais, de grands pieds de framboises et des sureaux peuplent les rochers. Sur notre gauche à quelques mètres, les feuilles de hêtres inondées du dernier soleil craquent sous les pas.

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La piste carrossable est nettement plus longue que le chemin de randonnée que nous avons empruntés le matin, mais elle est aussi moins éprouvante pour nos articulations et sitôt que nous basculons dans le secteurs des granges d'Espouey elle présente le grand avantage d'émerger du talweg réfrigéré pour lézarder à l'astre du jour. C'est à cet endroit que se donne en spectacle le massif du Gourzy et le fond de Laruns. C'est là aussi que nous admirons, dans les landes de bouleaux et de fougère, de jolies stations d'oeillets superbes, dianthus superbus.

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Peu avant notre retour à la voiture, nous retournant une dernière fois vers l'Arrioutort, nous surprenons un spectre de Brocken sur les crêtes, phénomène optique peu commun, ultime présent de nos belles Pyrénées béarnaises en cette année 2017 finissante.

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Et moins de dix jours après notre ascension...

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Adishatz !

28 octobre 2017

Cèpes 2017 : l'automne est resté dans l'ombre de juillet...

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Adishatz,

Le mois d'octobre s'en va lentement et cela fait bien dix jours que trouver un cèpe lors d'une sortie en forêt relève de l'exploit alors que l'époque de la Toussaint n'en était pas avare ces dernières années. Sur la période écoulée depuis mon article précédent seule la troisième décade de septembre avec le retour de conditions climatiques un peu plus ensoleillées et surtout plus douces aura pour un temps extirpé le chercheur de sa morosité, les aestivalis et les aereus se montrant enfin dans certains placiers tandis qu'edulis déclinait rapidement. La pousse est restée faible à modérée, même si très localement sous certains arbres j'ai pu observer des cèpes en familles nombreuses. Elle est très en deçà des pousses automnales récentes et ne souffre aucune comparaison avec sa devancière du dernier mois de juillet.

Quelques cèpes se sont encore montrés lors des trois premières semaines d'octobre, créatures des rares passages pluvieux d'un mois bien sec, surtout sur le plan de l'hygrométrie, mais les cinq doigts d'une main suffisaient à compter les trouvailles journalières. Depuis le 21 octobre, date de mes derniers boletus, le Béarn tout entier semble frappé d'une indigence fongique rare. C'est du moins ce que donnent à penser mes récentes grandes sorties terrain en montagne comme en forêts du piémont, sanctionnées en tout et pour tout d'un cèpe de sapin rabougri. L'observation cet après-midi de chanterelles en tube en troupes denses dans une pessière du Nord-Béarn et l'apparition dès la mi-octobre des premiers clitocybes géotropes inclineraient presqu'à penser que 2017 a refermé la page des cèpes et ouvert celle des champignons de fin de saison. Toutefois, l'expérience des dernières années, notamment 2015, nous presse de garder un oeil sur les bois, d'autant plus que le cèpe de Bordeaux n'a pas encore donné sa pleine mesure, lui l'adepte des jours ténébreux de novembre.

Sur les raisons de cet automne médiocre, les hypothèses sont nombreuses qui loin de s'exclure pourraient bien avoir conjugué leurs efforts. Pour ce qui est du seul mois d'octobre 2017 il me semble en tout premier lieu que les récurrences anticycloniques génératrices de flux de sud bien chauds et un taux d'hygrométrie très bas nous auront porté un lourd préjudice, d'abord en essoufflant la pousse qui montait tant bien que mal en puissance fin septembre, puis en décourageant rapidement les vélléités mycéliennes après les arrosages suivants. Toutefois les spécificités climatiques de ce mois d'octobre n'expliquent pas à elles seules pourquoi nous restons sur notre faim. D'autres moteurs sont tombés en panne ou ont moins bien fonctionné : en beaucoup d'endroits le choc thermique fin août a été moindre car le faible ensoleillement de l'été n'a pas permis au sol de se réchauffer suffisamment après les orages de juillet d'une part, et d'autre part ces mêmes pluies estivales ont mis fin au stress hydrique de la végétation dû à la sécheresse des premiers mois de l'année et à la période de surchauffe du 20 juin. Or le stress hydrique (surtout répétitif) est considéré comme un des facteurs principaux de grosses pousses ultérieures. On connaît la suite, la pousse des cèpes thermophiles a peiné à décoller dans le courant du mois de septembre parce que la température de sols détrempés par des abats d'eau en flux de nord ne parvenaient pas à remonter suffisamment et le mois d'octobre a fait le reste. Reste une autre hypothèse, autrement plus difficile à vérifier mais néanmoins passionnante, le mycélium avait amplement fait ses affaires au cours de la grande poussée de juillet et la pousse d'automne, même avec des conditions optimales, n'aurait été qu'un appoint. Le fait que les régions qui ont le plus souffert de la chaleur et de la sécheresse jusqu'à fin août aient été le plus à la fête ces deux derniers mois me semble aller dans ce sens.

Pour la suite tout va dépendre des conditions climatiques et du besoin de fructifier du mycélium. On peut raisonnablement estimer que le cèpe de Bordeaux est loin d'avoir dit son dernier mot. Novembre s'il est suffisamment pluvieux et pas trop froid, dans une ambiance moins déshydratée que celle qui est notre lot au présent, finira bien par lui ouvrir une tribune, jusqu'en moyenne montagne sous les hêtres. Ces même conditions pluvieuses et humides sont également requises pour motiver nos deux compères thermophiles aestivalis et aereus, s'y ajoute une exigence de taille : que la douceur persiste ou que le froid ne soit que passager et superfitiel, ce qui est loin d'être évident à cette époque. Plus raisonnablement je considère que nous devrions revoir quelques cèpes des beaux jours en 2017, mais ce serait plutôt sous la forme d'une révérence que d'une pousse.

Adishatz !