Le Blog de Cristau de Hauguernes

28 novembre 2018

Cèpes 2018 : les pluies de début octobre ont dépêtré la saison

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Adishatz,

Mes précédents messages étaient pétris de scepticisme et matinés de pessimisme légitimés par l'indigence chronique des premiers mois de la saison des cèpes 2018. À l'heure où je m'adresse à vous l'automne a pris meilleure tournure, les pluies de la première quinzaine d'octobre en sont la cause et nous tenons enfin quelques réponses.

Un premier passage pluvieux est advenu en Béarn et pays limitrophes (32 mm à Salies) au cours du weekend des 6,7 et 8 octobre après quelques semaines de grand beau temps chaud et sec quoique tardif. Puis un second entre le dimanche 14 et le lundi 15 (30 mm auquel il convient d'ajouter 7 mm d'averses orageuses intervenues dans la semaine). Quelques jours avant ce deuxième arrosage les observateurs attentifs regagnaient un peu en optimisme en voyant poindre les premiers rosés des prés, vesses de loup, meuniers et lépiotes.

Il semble que les premières pluies n'aient en général pas été suffisantes à déclencher la pousse, juste à raviver le mycélium, car les premiers cèpes que je trouvais le mercredi 17 avril, étaient des bouchons d'aestivalis (en troupe) et de Marteroets (edulis) isolés.

On notera aussi que dans les premiers jours de la levée, entre le 17 et les 22 octobre, les Marteroets ou cèpes de Bordeaux constituaient le gros des troupes mais aussi les plus gros spécimens, ce qui inclinerait à penser que le mycélium de ce cèpe atypique se tenait prêt à fructifier avant les autres.

À partir du 22 octobre, sans doute faut-il aussi y voir la signature du réchauffement et de l'assainissement des sols à la faveur de belles journées très douces, les cèpes thermophiles (aereus et aestivalis) commencent à se montrer un peu partout, parfois en nombre, l'honnêteté s'empressant de préciser que cette pousse réconfortante parce que longtemps tenue pour incertaine, ne s'est jamais généralisée. De nombreux bas-fonds par exemple, mais aussi des pans entiers de bois habituellement prolixes n'ont pas délivré le moindre boletus au grand désespoir de ceux qui y avaient leurs habitudes. De sorte que, même au maximum de la pousse des thermophiles le roi Marteroet a gardé l'avantage.

Le froid tant redouté a déboulé à partir du 27 octobre, à cette échéance je soupirais d'aise en constatant que la pousse des cèpes noirs et des cèpes d'été était lancée et battait son plein. En l'absence de gelées et dans la mesure où les pluies galciales furent faibles et suffisamment espacées pour impacter sensiblement la température des sols, le mycélium a poursuivi son oeuvre sans fléchir jusqu'au 3 novembre, après quoi les effectifs d'aereus et d'aestivalis ont décliné rapidement avant de déposer les armes le 10. Après cette date seuls les Marteroets, bien qu'en déclin également, sont restés en piste jusqu'au weekend des 17 et 18 novembre, devenant rarissime passées ces dates.

Il ressort des semaines écoulées que la période sèche intervenue entre le 15 août et fin-septembre a vraisemblablement suffit à remettre une saison bien mal engagée sur les rails, lui offrant une sortie plus honorable, comme souvent, à l'époque de la Toussaint. Pour la suite et la fin du millésime, plus concrètement les semaines qui nous séparent du 31 décembre, voire un peu plus si les conditions météorologiques l'autorisent, on est un peu dans l'expectative quant au comportement du Marteroet sur lequel reposent tout au grande partie de nos espoirs de cueillettes. L'hypothèse d'une nouvelle grande pousse de ce cèpe me semble hautement improbable car le mycélium a beaucoup donné. Une fin d'année franche de Marteroets jusqu'à extinction me semble également peu probable car cette espèce s'invite systématiquement à nos fêtes de fin d'année depuis quelques saisons. En même temps, on ne peut totalement écarter l'idée que le mycélium se soit assoupi après avoir dit sa belle messe. Nous serons promptement fixés.

Adishatz !


30 septembre 2018

Saison des cèpes 2018 : une histoire d'eau.

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Adishatz,

Près d'un mois s'est écoulé depuis mon dernier article et déjà l'année négocie le grand virage qui nous conduit vers la Toussaint et les heures sombres de la basse saison. Ces dernières semaines n'ont vu aucune évolution notoire dans mon terroir si ce n'est que la sécheresse s'est nettement enkystée dans le paysage. C'est à peine si les pluies orageuses modérées des 5 et 6 septembre ont accouché d'une petite pousse de cèpes noirs en deuxième quinzaine et favorisé l'éclosion de quelques oronges jusqu'à ces derniers jours. À noter toutefois que de belles pousses sont observées en ce moment-même dans certains secteurs du Béarn qui ont connu un orage plus conséquent le 12.

Des facteurs diamétralement opposés aboutissant parfois aux mêmes effets la sécheresse en cours est un frein aussi puissant à l'activité fongique que le fut jusqu'au début du mois d'août une ambiance trop pluvieuse sur des sols déjà trempes. Au passage, je ne vous cacherai pas que je ne vois jamais d'un très bon oeil l'occurence d'un trimestre mai - juin - juillet trop pluvieux et frais (ou pas trop chaud), d'une part parce que le passé climatique récent témoigne de retournements radicaux de configuration en Béarn, avec établissement d'un temps très sec en août - septembre - octobre pour la grande saison des champignons (ce fut le cas par exemple en 1985, 1988 et 2001). Et d'autre part parce que je soupçonne ces belles saisons pluvieuses et douces de favoriser la reproduction du mycélium de certaines espèces sans passer par le stade champignon.

La situation est à peine plus souriante en montagne où les cèpes de Bordeaux sont pour l'instant peu abondants et dans leur très grande majorité contenus au-dessus de 1200 mètres d'altitude par les températures très élevées qui caractérisent ce mois de septembre. On peut encore avoir de belles pousses dans les pentes en octobre à condition qu'il pleuve assez mais il va falloir compter avec le froid au fur et à mesure qu'on approchera de novembre.

En plaine l'absence de pluies récentes reporte à la mi-octobre au plus tôt toute espérance de pousse, sous réserve bien sûr qu'il pleuve cette semaine ce qui pour l'heure n'est pas prévu. En réalité selon les climatologues il faudrait attendre la période du 10 au 15 octobre pour voir enfin la situation se débloquer et le ciel se lâcher. Mais à cette échéance lointaine il faudrait aussi compter sur des températures beaucoup plus fraîches car le froid serait en embuscade. Autant dire que la saison 2018 pourrait se terminer en queu de poisson pour les cèpes thermophiles, les sols se refroidissant trop rapidement. Mais même en l'absence de refroidissement sensible et durable rien ne dit que les cèpes noirs et les cèpes d'été sortiraient en masse dans mes terres nord-béarnaises. C'est qu'aucun des facteurs de grande pousse ne me semble réuni cette année, la chaleur estivale fut constante mais jamais accablante (contrairement à 2003, 2013, 2015 ou 2016 par exemple) et la sécheresse des sols ne s'est installée que très tardivement, impactant peu le cycle des arbres. Dans ces conditions une poussée modérée me semble plus probable.

Dans tous les cas je reste sur l'intuition qui m'habite depuis les premières heures d'un printemps cafouilleux, le Marterouët ou cèpe de Bordeaux, beaucoup plus hygrophile et moins sensible au froid, pourrait bien porter à lui seul le lustre de toute une saison. À moins qu'il ne soit d'humeur aussi boudeuse que ses deux frères.

Adishatz !