baer-01-07-16-13

Adishatz,

Nous ne battrons pas chaque année des records de précocité, c'est heureux. Et la tenue du printemps des cèpes 2015, dans un contexte climatique tout autre, risque fort de rester pour très longtemps le mètre étalon, du moins je l'espère... Ceci étant posé, je reviens vers vous nanti d'espoirs pour la saison en cours.

Avec 2 ou 3 degrés de moins au thermomètre, des sols itérativement refroidis par des abats d'eau considérables en flux de nord-ouest, le tout sur la lancée d'un hiver désespérément doux qui à priori n'augurait rien de bon, le premier cèpe vint dans un bois jouxtant mon terrain, le 14 mai 2016, renouant ainsi avec ce que je tenais pour normal il y a quelques années encore, à savoir qu'une bonne année à cèpe produit généralement ses premiers sujets en première quinzaine de mai. Du reste, ce cèpe étant adulescent au moment de sa découverte, tout incline à penser qu'il était né en première décade, ce qui est encore mieux.

Au cours des semaines suivantes et jusqu'à la mi-juin, le ressenti général fut grandement faussé par le fait que la plupart des initiés ne voyaient pas de cèpes adultes en sous-bois. Et pour cause, les innombrables bouchons qui s'élançaient à la vie étaient systématiquement émondés par les limaces, lesquelles s'en donnaient d'autant plus à coeur-joie que de nouvelles pluies survenaient alors que les jeunes cèpes des précédentes amorçaient à peine leur croissance. Dans ces conditions, j'ai estimé qu'un bouchon de cèpe sur quinze parvenait à l'âge adulte avant le 15 juin, c'est très faible. Qu'à cela ne tienne, ce qui importe pour jauger le potentiel d'une saison c'est l'ardeur du mycélium à former des bouchons, pas le résultat final dont nous savons qu'il est sujet à "accidents" (limaces, cueillette, autres prédations, maladies, empêchement d'ordre climatique, etc...)

À partir du 10 juin, date à laquelle j'ai trouvé mon premier cèpe noir (contre le 13 mai en 2015), la hausse des températures, du pourcentage d'heures ensoleillées et l'espacement des précipitations, restreignant fortement l'activité des limaces, a inversé le rapport de force, laissant désormais le temps au mycélium de former une majorité de sporophores adultes, et permettant par là-même à la saison de donner une image plus conforme d'elle-même.

Mise en train par les fortes pluies de la deuxième décade de juin une véritable pousse de cèpes m'a donné de noircir considérablement mon calepin entre le 24 juin et le 9 juillet, à la faveur de journées plus estivales, sèches, mais sans excès. On est très loin de l'exubérance de la pousse de fin-juin 2015 au sortir d'un printemps très chaud et marqué par des périodes très sèches, ou de celle de juillet 2014 après les orages diluviens. Mais voilà qui permet à 2016 de rattraper assez facilement son retard (tout relatif) initial et de figurer temporairement dans le top 5 des 40 dernières saisons de cèpes, assez loin derrière 2014 et 2015, et pour cause, mais devant 2011 et 2006 ce qui n'est pas le moindre des prodiges.

Depuis le 9 juillet, malgré des conditions de plein été (fort ensoleillement, chaleur modérée, averses espacées et modiques), je continue à trouver quelques cèpes sporadiquement, les statistiques annuelles grimpent donc un peu plus lentement mais elles grimpent sûrement. Pour la suite je suis rempli d'optimisme, de toute évidence, par delà les différences de régime ponctuelles dues au climat, le mycélium semble poursuivre sur la même lancée qui nous époustoufle depuis 2011 (ce qui d'ailleurs ne manque pas de m'interroger). Et pour peu que l'été soit assez chaud et un peu plus sec (à cette date des parcelles entières de mes bois restent improductives car les sols y sont encore trop froids) l'automne pourrait en surprendre plus d'un.

Pour terminer, quelques mots sur les autres joyaux de la fonge estivale, les girolles sortent, timidement mais elles sortent. Il leur manque de bons orages pour fleurir mes sols très argileux. En revanche, à la date où j'écris, c'est la misère s'agissant des espèces les plus thermophiles, toujours pas la moindre oronge ni le moindre bolet appendiculé. Tout viendra avec le mois d'août...

Adishatz