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Adishatz,

Les cèpes ont le don de s'inviter dans mes pensées et de stimuler ma réflexion quand et où bon leur semble, à commencer par les écosystèmes les plus improbables.

Ce lundi 7 novembre 2016, pour la première fois depuis le printemps, j'avais passé le weekend tout entier ou presque confiné dans ma chambre pour cause d'intempéries. Vers midi je marchais d'un bon pas vers le lycée Saint John Perse pour assûrer mon cours, à des années-lumière de m'imaginer un comité d'accueil.

À l'approche du portail d'entrée, j'avisai une constellation d'amanites tue-mouches faisant la cour au grand sapin isolé qui veille sur les allées et venues des personnels et des élèves. Depuis 10 ans que je passe par là, les muscaria sont légions chaque automne.

Toutefois, quelques mètres plus loin, mon regard accrocha sur un chapeau marron volumineux près des branches basses du conifère. "Un leccinum, pensai-je d'emblée..." Bientôt cette idenfication sommaire s'avéra décevante. Et je n'eus d'autres choix que d'aller voir sur place...

Le verdict tomba, irréfragable, un splendide cèpes de Bordeaux au chef épanoui plastronnait sur la pelouse du lycée. Mais il n'était pas seul, quatre autres plus jeunes mais tout aussi splendides se tenaient en retrait sur le propre, certains avaient été mutilés et écrasés.

Au sortir de mon cours, je pris discrètement quelques photos au portable afin d'immortaliser le prodige. Le lendemain je retournai même sur les lieux avec un appareil photo plus idoine, mais plus rien n'y paraissait.

Outre son caractère sensationnel cette découverte éveille énormément de questions passionnantes sur le plan scientifique. Nous avons de bonnes raisons de penser que ces cinq edulis sont une réaction du mycélium à la canicule de l'été 2016 et que le sapin était mycorhizé depuis quelques années. La question de la provenance des spores est autrement plus ardue. Etaient-elles présentes dans la terre de plantation de l'arbre il y a une trentaine d'années ? Ont-elles voyagé par voie aérienne, par exemple depuis les chênes américains qui se trouvent à l'opposé dans le parc du lycée, arbres dont nous savons qu'ils peuvent s'avérer grands producteurs d'edulis (à cette réserve près que la mycorhize d'un conifère par les spores issues de champignons de la même espèce associés à des feuillus ajoute à la difficulté), ou sont-elles venues de plus loin encore ? Furent-elles transportées là de façon mécanique, involontaire et accidentelle par une ou plusieurs personnes ? Quoi qu'il en soit les probabilités d'une telle apparition dans Pau, sous un sapin solitaire, étaient tellement faibles qu'à l'heure où je rédige cet article j'en reste ému et comme halluciné.

Adishatz,

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