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Adishatz,

Le mois de juillet 2016 s'en est allé, laissant derrière lui une végétation exsangue et les paysages de mes coteaux où le vert peu à peu le cède à la paille. Contraste saisissant avec la luxuriance générée par les excès de pluie du printemps et des deux premières décades de juin. La deuxième quinzaine de juillet s'est avérée très sèche, 8 millimètres de pluie seulement en cumulé depuis le 14, dont 5 tombés en moins de 5 minutes sous un orage consécutif à la vague de chaleur torride qui a vu la plupart des thermomètres de Salies, Sauveterre, Orion et Burgaronne afficher entre 41 et 42 degrés à l'ombre le 19 juillet. Dans ce contexte, que le mycélium non seulement n'ait jamais cessé de produire quelques cèpes parfaits au paroxysme de la fournaise, mais encore qu'il ait recommencé à former de tout jeunes bouchons depuis le 29 juillet suscite en moi une admiration sans borne autant que de nombreuses interrogations sans réponse. Ainsi donc quelques misérables millimètres de pluie tombés au bon endroit suffiraient parfois à déclencher une pousse, fût-ce quelques dizaines de sujets, quand par ailleurs des hectolitres d'eau restent sans descendance.

Sur la situation générale, le constat et les projections restent les mêmes que ceux énoncés dans l'article précédent. Ce temps très sec, ensoleillé, et cette chaleur estivale qui semblent s'installer dans la durée devraient fortement nous bénéficier ultérieurement, non seulement parce que, c'est bien connu, les périodes de stress hydrique, plus communément appelées sécheresse, sont presque toujours suivies de belles pousses de champignons, notamment à l'automne, mais surtout parce que ce changement radical de temps devrait être sanctionné in fine par le réveil des très nombreux secteurs qu'un hiver beaucoup trop doux et un printemps très pluvieux ont plongé dans une profonde dormance et qui fait le désespoir de beaucoup.

Sur les raisons de ces disparités et de cette entame de saison famélique pour l'essentiel, loin de moi d'apporter des réponses tranchées, plus j'avance dans la "connaissance", ou du moins ce que je pense être la connaissance du cèpe, plus je me rends compte que tout est criticable, amendable, évolutif et susceptible d'être démenti par une nouvelle découverte ou théorie, elle-même vérité d'un instant de la science tant le sujet est ardu et complexe. Néanmoins, ceux qui me lisent savent d'emblée que la perspective d'hivers (trop) doux ne me remplit jamais d'optimisme, surtout si des printemps très pluvieux et faiblement ensoleillés leur emboitent le pas. Tel fut notre lot cette année. En outre l'hiver 2015-2016 nous a légué un désastre écologique dont bien peu se sont aperçus et émus : au mois d'avril, une attaque de chenilles sans précédent a affecté de très nombreux chênes de mes coteaux, y compris les chênes rouges, mais j'ai eu l'occasion de constater qu'il en avait été de même dans d'autres secteurs. Les châtaigniers ont été très peu ou pas du tout concernés par ce fléau, ceci dit, ils avaient déjà bien assez à faire avec le cynips contre lequel ils font montre d'une résistance épique et dans la très grande majorité des cas victorieuse. Les chênes dont une proportion considérable de feuilles fut dévorée ont consacré le restant du printemps et les premiers jours de l'été à reconstituer leur frondaison, incluant parfois les rameaux. Le cycle de ces arbres a été si fortement perturbé qu'à l'heure où j'écris tous se débarrassent prématurément et massivement de minuscules glands qu'ils ne pourront mener à terme. Il se fait que lorsque je superpose mentalement la cartographie des parcelles où j'ai trouvé des cèpes en quantité depuis le mois de mai et celle des parcelles où les chenilles ont tout dévasté, c'est édifiant : les cèpes poussent en nombre sous les châtaigniers et les quelques chênes qui ont échappé à la ponction, ils sont au mieux rarissimes partout ailleurs. On est alors fondé à se demander si un arbre qui puise dans ses réserves en urgence dès le printemps pour se revigorer et assurer sa survie ne sera pas temporairement indisponible pour ses partenaires chapeautés. Vive les hivers du réchauffement climatique !

Adishatz !

Voir aussi :

Album photo 2016

Les articles portant sur la fin de saison 2015 :

Saison des cèpes 2015 : l'ah glas glas de nos espérances.

Saison des cèpes 2015 : septembre a joué à chamboule-tout.