2022, année météorologique près de Salies de Béarn

Indicateur thermique national 2022 selon MétéoFrance

Adishatz,

Voici bientôt un an à la même époque, je vous recommandais, partculièrement aux plus jeunes, de bien garder en mémoire les traits saillants de l'année météorologique 2021 en Béarn car elle resterait probablement comme une des dernières dans les standards du climat tel que les plus anciens l'avaient connu au cours du 20ème siècle finissant. 2022, au contraire, préfigure les conditions qui pourraient être les nôtres vers le milieu de l'actuel, à moins qu'il ne s'agisse du pied de l'ascension vers l'apocalypse.

Janvier :

Sur la lancée du 1er de l'An, exceptionnellement doux (19 degrés au fond de mon côteau orienté Nord mais de nombreux thermomètres des localités voisines, Salies, Sauveterre, Burgaronne, Saint Gladie, etc, ont dépassé les 25 degrés) le temps est resté sec, ensoleillé et très doux jusqu'au 4 janvier inclus, les minimales oscillant entre 5 et 9 degrés et les maximales dépassant les 15 degrés. Dans la soirée toutefois, le temps tourne à la pluie.

Les journées des 5 et 6 janvier sont plus froides mais le soleil reprend le dessus après un cumul de 11,5 mm dans la nuit du 4 au 5. Gelée à -2 degrés le 6 et 6 degrés seulement l'après-midi.

On descendra même jusqu'à -3 degrés le 7 janvier qui voit quelques giboulées assorties de flocons de neige ouvrir la voie à un bref mais intense passage pluvieux jusqu'au 10 janvier. 41 mm le 9 et 16,5 le 10, pour un total de 60 mm dans une ambiance fraîche, on ne dépasse pas 10 degrés. Il est à noter que cette séquence de fortes pluies par blocage orographique fut la deuxième de l'hiver, laquelle affecta durement la Bigorre et les Pyrénées centrales tandis que celui de décembre (plus intense à l'ouest du Béarn) avait causé de violentes crues dans les vallées béarnaises et basques.

Après quoi un puissant anticyclone s'établit du 11 janvier au 1er février. Il nous vaut un temps sec, alternant journées ensoleillées et brouillards ou nuages bas persistants. Il gèle pratiquement toutes les nuits du 12 janvier au 1er février. Quelques gelées sévères sont même observées, -5 degrés les 23 et 29 janvier, -6 degrés les 14 et 22 janvier. En après-midi on se situe entre bonne fraîcheur hivernale (6 à 9 degrés) et temps froid (2 à 5 degrés.) Une petite accentuation du froid le 21 janvier. Par contre, après une baisse furtive les 29 et 30 janivier, la Gascogne et le sud de l'Europe sont très rapidement sorties du théâtre d'opérations de la grande offensive hivernale qui a affecté le nord du continent, et de façon très atténuée, les frontières nord de la France, jusqu'à la fin de la première décade de février.

 

Février :

C'est un temps plus doux, mais moins qu'au cours des 3 mois de février précédents, et instable, à dominante pluvieuse même à partir du 14, qui se met en place. On ne dénombrera plus que cinq gelées dans la traversée du mois, faibles (0°), une seule nuit s'abaissant à -2 degrés le 26. Les températures maximales oscillent entre 8° (le 1er) et 17 degrés (le 10), plus généralement 10 à 15. Le dernier jour du mois est plus doux, 18 degrés. Malgré deux dernières semaines plus agitées la pluviométrie mensuelle est déficitaire.

 

Mars :

Après une première journée très douce (18°) et ensoleillée le ton météorologique du mois est donné par sa deuxième, instable et modérément pluvieuse jusqu'au 21 où le temps se met plus durablement au sec. Puis à l'approche du mois d'avril, le 29, les conditions météorologiques se dégradent nettement et les températures dévissent. On ne dépasse plus 12 degrés. Jusque là le mois avait été doux, de plus en plus doux, une seule faible gelée le 9 et une hausse progressive des maximales autour des 20 degrés (18 à 21) en dernière décade. La pluviométrie est un peu meilleure qu'en février, à la faveur d'une dernière journée très arrosée (21 mm), mais reste légèrement déficitaire.

 

Avril :

La puissante descente d'air polaire des derniers jours de mars est le fait marquant de la première décade de ce mois d'avril 2022. Le vendredi 1er est véritablement glacial (-1 et 8 degrés) sous les giboulées de neige et de neige roulée. Quelques flocons voltigent encore dans la nuit du 2 mais le temps s'assèche et s'éclaircit très vite. Ce qui est sans effet sur les températures qui poursuivent leur dégringolade vers des niveaux record pour la saison (comparables à avril 1986). -2° le 2, -4 ° le 3, -5° le 4 (record absolu) et -3° le 5. Il faudra attendre le lundi 4 avril pour voir le thermomètre repasser timidement au-dessus de 10 degrés en après-midi. Du 5 au 18 avril si une ultime petite gelée (0°) est à signaler le 10, le temps est globalement sec, ensoleillé et les températures remontent sensiblement au-dessus de 15°, avec un pic à 23 le 11.

Totalement à rebours du temps de ces premières semaines de l'année un très important passage pluvieux survient entre le 19 et le 24 avril, totalisant 80 mm. Les températures maximales subissent un net tassement sous les 15 degrés mais les minimales résistent assez bien grâce à la couverture nuageuse.

Les derniers jours du mois sont à nouveau secs mais pas bien chauds (14 à 18° pour les maximales) malgré un pic à 25° le 26.

Au final le mois d'avril termine encore en léger déficit pluviométrique.

 

Mai :

Après 6 premières journées relativement frisquettes (17 à 20° les après-midis), dans une ambiance nettement plus sèche (mai 2022 a dynamité tous les records mensuels de déficit, 1,22 cm en cumulé), les prémisses de la grande fournaise estivale se mettent rapidement en place, après un premier pic à 30° le 10, il fait particulièrement chaud entre le 14 et le 22, 33° les 15 et 17 mai, et le seuil de la canicule est même déjà temporairement atteint par endroit. La très faible dégradation du 22 mai génère très peu de pluie mais fait provisoirement baisser le mercure sous les 20° jusqu'au 25 avant une fin de mois à nouveau plus chaude mais sans excès.

 

Juin :

La première décade est orageuse, même si les arrosages sont modiques et les températures redescendent presque linéairement à 20° le 8 après une première journée à 30°. Mais le mercure reprend très vite de la hauteur à partir du 9 et la canicule la plus précoce de l'histoire connue de la climatologie survient entre le 14 et le 18 juin. Cinq journées consécutives au-dessus de 35° et un record absolu mensuel à 40° le 18. Les records de juin 2003 sont dépassés. À partir du 19 juin, après une ultime valeur à 31°, le temps se dégrade sensiblement et les températures baissent. Tant et si bien qu'après le 25 on peine à atteindre les 20°, quelques après-midis à 15° sont même à signaler, le 26 et le 30 tandis que les minimales régressent dangereusement vers la barre des 10°. Le mois de juin 2022 termine en très léger excédent pluviométrique.

 

Juillet :

Curieusement, un record mensuel de froid est établi au premier matin du mois, 7°. Le répit accordé en dernière décade de juin se poursuit tant bien que mal jusqu'au 7 même si les températures à la hausse tutoient déjà la barre des 30° en après-midi. Le temps est dramatiquement sec et il faudra attendre la dernière décade, entre le 25 et le 29 juillet pour que 4 misérables mm viennent dépoussiérer le pluviomètre. À partir du 8 juillet les températures prennent l'ascenseur et la deuxième canicule de cet été historique, précédée par quelques journées à plus de 30°, sévit du 11 au 18 juillet. Le thermomètre dépasse les 35 degrés à sept reprises, quelques valeurs remarquables sont à signaler, 38° le 14 et le 17, 39° le 18. Malgré un nouveau pic caniculaire à 36° le 24, le mercure redescend péniblement sous les 30 degrés jusqu'au 30. Mais la dernière journée met en train une nouvelle poussée de fièvre à l'orée du mois d'août, 32°.

 

Août :

J'ai connu un temps où à un mois de juillet (très) chaud succédait souvent un mois d'août plus frais et mitigé, et vice versa, l'inverse étant d'ailleurs plus courant. Ce temps n'est plus. Jusqu'au 13 août le thermomètre a atteint ou dépassé les 30° tous les jours. Deux vagues caniculaires se sont même succédées, le 2 et le 3 (35 et 37°), puis le 10 et le 11 (38 et 39°.)

Dans la soirée du 13 le temps a tourné à l'orage, faiblement, mais ce changement nous a épargné de nouvelles vagues caniculaires pour le restant du mois car les conditions sont restées suffisamment instables pour empêcher le rétablissement des flux de sud à sud-est. On aura bien quelques pics à 34° isolés mais on s'en tiendra le plus souvent à moins de 30°. Une dégradation plus musclée survient du 16 au 19, avec un cumul de 34 mm totalement remarquable au sein d'un été aride. L'orage de la soirée du 29 août interroge par la soudaineté et la virulence de ses vents, tournant rapidement du nord-est au sud-ouest et abattant de nombreux chênes centenaires et autres branches en quelques minutes. Certaines hauteurs de la petite route de Lasbordes à Orion furent particulièrement servies. Ceci explique comment, tout en restant déficitaire, le mois d'août salisien a réalisé les deux tiers de sa pluviométrie.

 

Septembre :

Ce neuvième mois de l'année se subdivise en trois parties ou phases inégales. Jusqu'au 15, le temps est encore très/trop estival, sur la lancée du mois d'août avec des températures maximales presque continuellement supérieures à 25°. On observe même un pic à 33° le 5 et un ultime épisode caniculaire les 11 et 12 septembre, mon thermomètre culminant à 36° dans notre flanc de côteau boisé mais c'est allé bien au-delà dans les environs. Les températures minimales sont particulièrement douces, 11 à 19° et les passages pluvieux rares, brefs, faibles à modérés et espacés.

Du 16 au 22 septembre le temps reste très sec, ensoleillé, mais, subrepticement, on assiste à une érosion des températures maximales (23 à 26°) et à une baisse beaucoup plus sensible des minimales (6°.) Pour la première fois depuis fin juin nous nous situons donc à peu près dans les normes.

Du 23 au 30 septembre, le ciel ouvre ses vannes et déverse ses citernes d'eau sur le sud de l'Aquitaine. Le cumul est impressionnant, 155 mm, et le mois bascule en quelques jours dans l'excédent. Les températures sont plus fraîches en journée (14 à 20°) mais les minimales résistent assez bien grâce à la couverture nuageuse (7 à 13°.) La pluie cesse à la mi-journée du 30. Dryness as usual...

 

Octobre :

Jusque dans les tout derniers jours du mois et malgré quelques passages pluvieux le plus souvent faibles et très espacés du 8 au 21 (hormis une averse très drue dans la matinée du 12 (12mm)) le temps de ce mois des paloumayres est très ensoleillé et sec. Avec des températures à nouveau très chaudes jusqu'au 9, le thermomètre atteignant à plusieurs reprises 30° et des nuits à peine rafraîchies autour de 10°. Après un petit coup de frais (tout relatif) entre le 12 et le 14, la barre des 25° est nouvellement franchie du 16 au 19 (27° les 16 et 17 octobre). Toutefois on note une lente érosion à partir du 20 octobre. C'est que malgré tout, les bouffées sahariennes ne compensent plus la diminution de la durée du jour et le rayonnement de plus en plus oblique du soleil.

Les deux derniers jours du mois ne dérogent pas à la tradition du (grand) tournant de la Toussaint, quoique de façon très modérée, le train des perturbations océaniques s'ébranle et le thermomètre repasse sous les 20°.

 

Novembre :

Que restera-t-il des abats d'eau dantesques de ce mois de novembre au printemps si le restant de l'hiver nous tient au régime sec...

On remarque que les 13 ou 14 premiers jours du mois ne sont encore que faiblement perturbés avec par exemple de très belles journées du 10 au 13 et une grande douceur diurne (14 à 18°) après des nuits un peu plus fraîches (3 à 5°.) Le grand changement intervient donc à partir du 14 ou du 15 novembre. Jusqu'au 30, des wagons de pluie souvent diluvienne s'en donnent à coeur joie au pied des Pyrénées. Les températures passent sous les 15° à partir du 18 novembre et de puissantes averses génèrent parfois de la grêle. Les nuits sont de plus en plus fraîches (2 à 7°) mais il faudra attendre décembre pour qu'advienne la première gelée. Finalement, novembre nous aura épargné les tempêtes si redoutables et redoutées mais le cumul de précipitation est vertigineux à Lasbordes, près de 310 mm. L'occasion m'est ici donnée de rappeler qu'il ne faut surtout pas confondre l'intensité de la pluie et son efficacité...

 

Décembre :

Les 31 derniers jours de l'année n'ont pas réitéré la pluviométrie exceptionnelle de novembre, loin s'en faut. Malgré une séquence un peu plus arrosée du 8 au 21 décembre le déficit mensuel avoisine les 40% à Lasbordes. Jusqu'au 12 le temps est plutôt froid, temporairement bien froid même entre le 1er (qui enregistre la première gelée de l'hiver) et le 4 et surtout au cours du weekend du 10 et du 11 décembre où il gèle à -3 puis -5 degré pour des maximales limitées à 4 et 3°. Un temps on a cru que l'hiver 2022-2023 ne reprendrait pas à son compte l'affligeant sweetness as usual de ses prédécesseurs. Surtout que le froid résista un peu plus que prévu dans la journée du 12 avant d'être percuté de plein fouet puis balayé par l'indéfectible train de la douceur subtropicale et ses orages railleurs dans la soirée. Une ultime tentative de refroidissement s'est opérée entre le 16 et le 18 décembre mais le seuil de la gelée n'a même pas été approché et par la suite les températures n'ont cessé de monter jusqu'au dernier jour de l'an (19°) après un Noël déjà printanier (18°.)

À Salies de Béarn comme ailleurs, l'année se termine donc sur ce constat irréfragable, il fait de plus en plus chaud et de plus en plus sec, on nous demande en haut lieu de baisser le chauffage, de rogner sur nos modestes trains de vie et de nous adapter, de nous adapter toujours plus, de nous adapter sans cesse. Or, les vieux de la vieille comme moi et tous ceux de bon sens le savent, il y a des limites physiques à l'adaptation des hommes, des écosystèmes et du vivant. Au rythme actuel même la nature aura toutes les peines du monde à s'adapter au réchauffement climatique qui connaît une accélération terrifiante depuis 10 ans. Dans la vieille Europe, naguère si propice et prospère, pour la première fois de l'ère moderne notre agriculture nourricière a donné de graves signaux de détresse, le monde est au bord de la rupture et cet été, au bord de mon ruisseau, je n'ai pu réprimer quelques larmes en regardant les vairons morts, dévorés par les frelons asiatiques, dans le lit asséché. Jamais du haut de mes presque 52 ans je n'avais vu mon ru à sec, pas même en 1989 et 1990. Au lieu de nous exécuter connement et de consentir encore et encore des sacrifices au nom d'une adaptation aussi inatteignable qu'injuste pour sauver LEUR monde, il m'est avis que nous devrions plutôt administrer un énorme coup de balai à tous ces pantins carriéristes, inutiles et pire que tout... Malveillants !!!!! Et pas seulement en France car ces forces obscures et cette classe nuisible qui sont à la manoeuvre sévissent de concert aux quatre-coins de la planète...

 

Adishatz !