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Adishatz,

L'année touche à sa fin, la saison des cèpes aura sombré bien avant. Pour la première fois depuis plusieurs années les Marteroets n'auront pas honoré de leur présence discrète mais tellement appréciée la période des fêtes et c'est à peine si les tout derniers, bien amochés, ont vu le 2 décembre. Depuis, tous les efforts consentis et les kilomètres parcourus n'en ont pas vu un seul se dresser sur mon chemin.

À vrai dire, si un mauvais pressentiment m'habitait dès le troisième weekend de novembre alors que les effectifs déclinaient très rapidement, il n'en demeure pas moins que ces dernières semaines de l'année sans Marteroets et dans une indigence fongique rare me font l'effet d'une interminable agonie après une saison bien poussive et il me tarde, comme à bien d'autres sans doute, que vienne 2019 pour tourner la page.

Puisqu'il faut avancer des raisons à cette sortie ratée, j'ai beau examiner mes relevés météorologiques attentivement je ne vois rien qui justifie une cessation d'activité fongique aussi brutale sur le plan climatique. Le petit coup de froid de fin-octobre ayant fait illusion nous vivons depuis dans une douceur indigne, d'un niveau sensiblement comparable à celle qui prévalait à la même époque en 2015 où les cèpes, thermophiles y compris, s'étaient remontrés fin-novembre puis entre Noël et début-janvier malgré des épisodes de gelées intercalés. Certes nous avons essuyé quelques brefs passages de très fortes pluies mais dans un passé récent on a observé que les Marteroets pouvaient les surmonter si quelques jours de grand beau temps tiède leur succèdaient. Exactement le type de temps qui fut notre lot ces dernières semaines. Peut-être pourrait-on invoquer l'absence de (faibles) gelées dont l'occurence a parfois sur le mycélium l'effet de l'éperon sur le baudet. Mais de toute évidence la misère présente trouve sa source ailleurs. Pour la première fois de la décennie la pousse des Marteroets a coïncidé avec la grande pousse des aereus et des aestivalis. Débutant vers le 17 octobre elle s'est avérée particulièrement productive et sa durée, plus d'un mois sans discontinuer, est également remarquable. Tout incline donc à penser que le mycélium est entré en repos, épuisé, après avoir dit sa messe.

D'où il ressort qu'après son coup d'éclat rédemptoire de la Toussaint la saison 2018 des cèpes s'est éteinte comme elle a vécu, au grand désespoir de bien des amateurs.

Adishatz