be-20-10-18-03

Adishatz,

Mes précédents messages étaient pétris de scepticisme et matinés de pessimisme légitimés par l'indigence chronique des premiers mois de la saison des cèpes 2018. À l'heure où je m'adresse à vous l'automne a pris meilleure tournure, les pluies de la première quinzaine d'octobre en sont la cause et nous tenons enfin quelques réponses.

Un premier passage pluvieux est advenu en Béarn et pays limitrophes (32 mm à Salies) au cours du weekend des 6,7 et 8 octobre après quelques semaines de grand beau temps chaud et sec quoique tardif. Puis un second entre le dimanche 14 et le lundi 15 (30 mm auquel il convient d'ajouter 7 mm d'averses orageuses intervenues dans la semaine). Quelques jours avant ce deuxième arrosage les observateurs attentifs regagnaient un peu en optimisme en voyant poindre les premiers rosés des prés, vesses de loup, meuniers et lépiotes.

Il semble que les premières pluies n'aient en général pas été suffisantes à déclencher la pousse, juste à raviver le mycélium, car les premiers cèpes que je trouvais le mercredi 17 avril, étaient des bouchons d'aestivalis (en troupe) et de Marteroets (edulis) isolés.

On notera aussi que dans les premiers jours de la levée, entre le 17 et les 22 octobre, les Marteroets ou cèpes de Bordeaux constituaient le gros des troupes mais aussi les plus gros spécimens, ce qui inclinerait à penser que le mycélium de ce cèpe atypique se tenait prêt à fructifier avant les autres.

À partir du 22 octobre, sans doute faut-il aussi y voir la signature du réchauffement et de l'assainissement des sols à la faveur de belles journées très douces, les cèpes thermophiles (aereus et aestivalis) commencent à se montrer un peu partout, parfois en nombre, l'honnêteté s'empressant de préciser que cette pousse réconfortante parce que longtemps tenue pour incertaine, ne s'est jamais généralisée. De nombreux bas-fonds par exemple, mais aussi des pans entiers de bois habituellement prolixes n'ont pas délivré le moindre boletus au grand désespoir de ceux qui y avaient leurs habitudes. De sorte que, même au maximum de la pousse des thermophiles le roi Marteroet a gardé l'avantage.

Le froid tant redouté a déboulé à partir du 27 octobre, à cette échéance je soupirais d'aise en constatant que la pousse des cèpes noirs et des cèpes d'été était lancée et battait son plein. En l'absence de gelées et dans la mesure où les pluies galciales furent faibles et suffisamment espacées pour impacter sensiblement la température des sols, le mycélium a poursuivi son oeuvre sans fléchir jusqu'au 3 novembre, après quoi les effectifs d'aereus et d'aestivalis ont décliné rapidement avant de déposer les armes le 10. Après cette date seuls les Marteroets, bien qu'en déclin également, sont restés en piste jusqu'au weekend des 17 et 18 novembre, devenant rarissime passées ces dates.

Il ressort des semaines écoulées que la période sèche intervenue entre le 15 août et fin-septembre a vraisemblablement suffit à remettre une saison bien mal engagée sur les rails, lui offrant une sortie plus honorable, comme souvent, à l'époque de la Toussaint. Pour la suite et la fin du millésime, plus concrètement les semaines qui nous séparent du 31 décembre, voire un peu plus si les conditions météorologiques l'autorisent, on est un peu dans l'expectative quant au comportement du Marteroet sur lequel reposent tout au grande partie de nos espoirs de cueillettes. L'hypothèse d'une nouvelle grande pousse de ce cèpe me semble hautement improbable car le mycélium a beaucoup donné. Une fin d'année franche de Marteroets jusqu'à extinction me semble également peu probable car cette espèce s'invite systématiquement à nos fêtes de fin d'année depuis quelques saisons. En même temps, on ne peut totalement écarter l'idée que le mycélium se soit assoupi après avoir dit sa belle messe. Nous serons promptement fixés.

Adishatz !