baer-01-08-18-02

Adishatz,

Près d'un mois s'est écoulé depuis mon dernier article et déjà l'année négocie le grand virage qui nous conduit vers la Toussaint et les heures sombres de la basse saison. Ces dernières semaines n'ont vu aucune évolution notoire dans mon terroir si ce n'est que la sécheresse s'est nettement enkystée dans le paysage. C'est à peine si les pluies orageuses modérées des 5 et 6 septembre ont accouché d'une petite pousse de cèpes noirs en deuxième quinzaine et favorisé l'éclosion de quelques oronges jusqu'à ces derniers jours. À noter toutefois que de belles pousses sont observées en ce moment-même dans certains secteurs du Béarn qui ont connu un orage plus conséquent le 12.

Des facteurs diamétralement opposés aboutissant parfois aux mêmes effets la sécheresse en cours est un frein aussi puissant à l'activité fongique que le fut jusqu'au début du mois d'août une ambiance trop pluvieuse sur des sols déjà trempes. Au passage, je ne vous cacherai pas que je ne vois jamais d'un très bon oeil l'occurence d'un trimestre mai - juin - juillet trop pluvieux et frais (ou pas trop chaud), d'une part parce que le passé climatique récent témoigne de retournements radicaux de configuration en Béarn, avec établissement d'un temps très sec en août - septembre - octobre pour la grande saison des champignons (ce fut le cas par exemple en 1985, 1988 et 2001). Et d'autre part parce que je soupçonne ces belles saisons pluvieuses et douces de favoriser la reproduction du mycélium de certaines espèces sans passer par le stade champignon.

La situation est à peine plus souriante en montagne où les cèpes de Bordeaux sont pour l'instant peu abondants et dans leur très grande majorité contenus au-dessus de 1200 mètres d'altitude par les températures très élevées qui caractérisent ce mois de septembre. On peut encore avoir de belles pousses dans les pentes en octobre à condition qu'il pleuve assez mais il va falloir compter avec le froid au fur et à mesure qu'on approchera de novembre.

En plaine l'absence de pluies récentes reporte à la mi-octobre au plus tôt toute espérance de pousse, sous réserve bien sûr qu'il pleuve cette semaine ce qui pour l'heure n'est pas prévu. En réalité selon les climatologues il faudrait attendre la période du 10 au 15 octobre pour voir enfin la situation se débloquer et le ciel se lâcher. Mais à cette échéance lointaine il faudrait aussi compter sur des températures beaucoup plus fraîches car le froid serait en embuscade. Autant dire que la saison 2018 pourrait se terminer en queu de poisson pour les cèpes thermophiles, les sols se refroidissant trop rapidement. Mais même en l'absence de refroidissement sensible et durable rien ne dit que les cèpes noirs et les cèpes d'été sortiraient en masse dans mes terres nord-béarnaises. C'est qu'aucun des facteurs de grande pousse ne me semble réuni cette année, la chaleur estivale fut constante mais jamais accablante (contrairement à 2003, 2013, 2015 ou 2016 par exemple) et la sécheresse des sols ne s'est installée que très tardivement, impactant peu le cycle des arbres. Dans ces conditions une poussée modérée me semble plus probable.

Dans tous les cas je reste sur l'intuition qui m'habite depuis les premières heures d'un printemps cafouilleux, le Marterouët ou cèpe de Bordeaux, beaucoup plus hygrophile et moins sensible au froid, pourrait bien porter à lui seul le lustre de toute une saison. À moins qu'il ne soit d'humeur aussi boudeuse que ses deux frères.

Adishatz !