be-16-09-17-03

Adishatz,

Il est des intuitions dont on aimerait qu'elles ne se vérifient jamais. Je me souviens d'un matin de fin juillet où, alors que la belle pousse de cèpes déclinait à vue d'oeil, je me levai avec ce sentiment aussi funeste qu'étrange que la grande roue nous entraînait vers des temps moins favorables. Et l'amateur éclairé sait à quel point un changement de temps très en amont peut faire dérailler une saison bien partie. Dans les faits, ce mauvais pressentiment est en passe de se vérifier au-delà de tout ce que je pouvais imaginer.

Ce dimanche 17 septembre, près de trois semaines ont passé depuis les premières pluies orageuses qui ont rythmé la fin du mois d'août et la perplexité le dispute désormais à l'attente vaine et fébrile. Il faut se rendre à l'évidence, pour l'heure les cèpes sont extrêmement rares dans mes coteaux du nord-Béarn et rien n'indique qu'il s'en trouvera beaucoup ces prochains jours. Cette indigence qui affecte d'autres zones géographiques du grand sud-ouest nous interroge d'autant plus que de ce même grand sud-ouest nous parviennent des photos de cueillettes faramineuses.

Sur les raisons de ces disparités il semble que les cèpes poussent fortement là où l'été 2017 est resté torride et sec jusqu'aux orages de fin-août, débouchant sur un choc thermique considérable. Ce n'est pas le cas par exemple dans mes terres, où le retour d'un flux zonal atténué dès la première décade de juillet, générateur de pluies orageuses assez espacées mais copieuses, et favorisant de nombreuses journées grises, n'a que très temporairement été remis en cause à la marge, par les dernières remontées d'air chaud du mois d'août qui ont accablé l'intérieur du pays, les orages des derniers jours de l'été météorologique survenant alors sur des sols encore humides et insuffisamment réchauffés. À l'absence de stress hydrique et à la faiblesse du choc thermique initial, si choc thermique il y eut, il faut ajouter la récurrence de pluies soutenues et bien froides tout au long d'une première quinzaine de septembre peu ensoleillée. Sans négliger le fait que le mycélium n'aime guère les sols saturés d'eau d'une part, et que ce même mycélium nécessite un bon mois et demi de récupération entre deux pousses majeures..

Et voilà comment tout ce weekend j'ai arpenté des bois vierges de cèpes et où les champignons se comptent d'autant plus que le moindre bouchon est pris en charge illico par des patrouilles d'arions. Les aereus sont rarissimes, les aestivalis à peine plus nombreux, minuscules, tous en quête de lumière et de chaleur hypothétique aux confins de ma propriété, comme ils font en novembre à l'accoutumée. Finalement, la découverte des premiers Marterouëts 2017 dans les rares endroits de mon cru où ils se montrent, fait un peu oublier la disette.

Pour la suite, rien n'est perdu mais le doute a repris du service. Il faudrait que ces douches froides cessent enfin, que le soleil reprenne la main, qu'il assèche un peu puis réchauffe sensiblement les sols, et que s'ouvre une bonne période de beau temps chaud, pour que le mycélium se remette en train. C'est ce scénario qui pourrait se mettre en place en seconde partie de semaine prochaine. Mais encore une fois, rien ne dit que cela suffirait à notre bonheur. C'est que parmi tous les termes complexes de l'équation subsiste une inconnue de taille : on ne peut exclure que le mycélium ait fructifié en quantité satisfaisante au mois de juillet et qu'il n'éprouve plus le besoin de produire beaucoup de cèpes cette année. Nul doute que les prochaines semaines nous permettront d'y voir plus clair.

Adishatz