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Adishatz,

Il m'était impossible de faire un sort à la saison des champignons 2017 avant d'avoir célébré comme il se doit ce jour historique du 17 avril où, en pleine tourmente familiale, le très Haut-Béarn m'avait offert mes premières morilles coniques.

Les frimas du mois de janvier ont eu rapidement raison des derniers géotropes vitrifiés au bord des chemins et dans les ripisylves et considérablement réduit l'activité fongique du plein-hiver. Les pézizes écarlates se sont faites très discrètes et il a fallu patienter jusqu'en dernière décade de février pour apercevoir les premières cupules de pézizes veinées.

Dès la mi-mars les mousserons sortaient en nombre dans les faubourgs de Pau où j'ai mes habitudes et jusqu'à la mi-mai je répertoriai de nouvelles mousseronnières dans l'agglomération à la faveur des averses. Cette abondance du divin bossu dans la cité d'Henri IV n'a d'égal que son extrême rareté dans mes terres où mes trouvailles ne doivent guère excéder 25 à 30 sujets de la dernière décade de mars aux derniers jours de mai.

Faut-il y voir la signature d'un mois de janvier rigoureux, pour la première fois depuis longtemps la saison des ascomycètes printaniers s'est avérée particulièrement intense. Dans mon terroir, les premières morilles communes me sont apparues le 25 mars, comme en 2016, précédées de quelques jours par les verpes coniques et surtout les morillons en troupes assez denses et de plusieurs semaines par les pézizes veinées également plus nombreuses.

La saison des morilles fut assez courte à basse altitude, l'inévitable pic de chaleur de la première quinzaine d'avril étant passé par là, mais plus productive et intéressante que les précédentes. Entre le 25 mars et le 19 avril, date de ma dernière trouvaille, ma petite morillère totalise à minima 80 morilles. C'est nettement en dessous des meilleurs millésimes de la décennie 2000 mais un chiffre qui n'avait plus été atteint depuis le printemps 2010. On regrettera simplement qu'une fois de plus les premières remontées d'air chaud du mois d'avril soient venues stopper dans son élan une pousse qui montait fortement en puissance en première décade.

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Tant et si bien que ma première excursion dans les fonds de vallées pyrénéennes, en deuxième quinzaine d'avril évita de justesse une bredouille retentissante, les morilles de ripisylves ayant prématurément été rejetées en amont par les températures élevées et une végétation trop avancée. Mais à cette époque, comme certains ont pu le lire, j'avais déjà trouvé mon bonheur beaucoup plus haut.

Et ce d'autant plus qu'oûtre les morilles coniques, ce printemps 2017 me donna également de rencontrer à plusieurs reprises un autre champignon mythique et particulièrement discret, l'hygrophore de mars, dont le chapeau émerge à peine du tapis de feuilles et d'aiguilles des hêtraies-sapinières.

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Ma dernière morille conique remonte au 9 juin, peu de temps avant que surviennent les premiers cèpes de sapins.

Dans mes coteaux, les cèpes n'ont pas attendu le mois de juin. Si les gelées scélérates de la deuxième quinzaine d'avril les ont probablement retardés de quelques semaines, les premiers aestivalis pointaient timidement le 14 mai.

Rapidement je constatai que sans qu'on puisse parler de pousse, les cèpes se montraient en assez grand nombre, au cours des jours et des semaines suivantes, ce qui n'était pas pour me déplaire. Dans le fil des trouvailles, les premiers cèpes noirs me sont apparus le 12 juin, coïncidant avec un début de réchauffement des températures.

La première véritable pousse de l'année, quoique modeste, s'est mise en place entre le 14 et le 18 juin. Elle a bien vite succombé à l'épisode de chaleur caniculaire contemporain, de sorte qu'après le 21 juin, plus rien n'y paraissait.

Mais c'était reculer pour mieux sauter. En effet les très fortes pluies orageuses survenues dans les derniers jours de juin ont généré un choc thermo-hydrique très important sur un sol surchauffé et dès le 6 juillet les premiers cèpes minuscules étaient visibles par endroit. Cette levée a très rapidement pris de l'ampleur et les remontées de cueillette dans mon terroir étaient impressionnantes. Les nouvelles pluies intervenues en fin de première décade ont favorisé une recrudescence de la pousse à l'approche du 14 juillet où les cèpes ont commencé à se montrer dans des bois jusque là restés à l'écart. On note que les cèpes d'été formaient le gros des troupes, comme en 2016, les sols étant sans doute un peu froids pour aereus, raison pour laquelle les fonds de vallée et les bois en versant nord ont été faiblement concernés. Et on comprend mieux pourquoi il a fallu attendre la dernière décade de juillet pour voir les premières oronges percer timidement, hormis quelques jolies troupes localisées, alors que les cèpes réduisaient sensiblement la voilure.

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Les pluies itératives et assez froides de l'été 2017 ont avantagé le couple cèpe d'été - girolles au détriment de la paire cèpe noir - oronge. Les premières chanterelles communes sont apparues vers le 14 juillet, non seulement se multipliant jour après jour dans leurs placiers habituels mais encore en conquérant de nouveaux. Tandis que les cèpes se firent bien plus discrets après le 25 juillet, jusqu'à la fin du mois d'août la fièvre jaune s'empara des bois pour notre plus grand bonheur.

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À la faveur d'une hausse graduelle et modérée des températures, ce même mois d'août a favorisé une pousse d'oronges en sourdine, quelques spécimens étant signalés de façon localisée et presque toujours dans les meilleurs placiers.

La suite de la saison et notamment la période qui court de début-septembre à la fin de la première décade d'octobre conserve à mes yeux une grande part d'incertitude quant à sa teneur singulière et assez décevante. Les habituelles pluies d'orages de fin d'été sont-elles intervenues trop tôt pour un mycélium de cèpes qui s'était beaucoup employé jusqu'à la fin du mois de juillet ? La chronologie de ces mêmes orages qui ont éclaté dans les tout derniers jours du mois d'août a-t-elle amoindri l'indispensable choc thermique intervenu sur des sols déjà moins chauds qu'au sortir des étés précédents ? Trop de pluie s'ajoutant à l'eau déjà présente dans le sol a-t-elle nui à la pousse ? Au fur et à mesure que nous avancions dans ce mois de septembre humide, votre serviteur faisait grise mine, surtout que les arions s'en donnaient à coeur joie. Finalement, la pousse s'est mieux organisée en dernière décade du mois, avec le retour d'un temps plus sec et de températures plus élevées. Son intensité resta nettement en deçà de celle du mois de juillet mais suffit amplement à mon bonheur. C'est aussi à cette époque qu'apparurent les premiers Materouëts ou cèpes de Bordeaux dans leurs meilleurs placiers.

Paradoxalement, cette pousse automnale a été plus favorable aux oronges qu'aux cèpes, tout étant question de proportion, dont les effectifs ont décliné rapidement en première décade d'octobre. La saison des aereus et des aestivalis s'est achevée très tôt dans mes terres, le dernier spécimen m'apparaissant le 21 octobre alors que le premier géotrope ou tête de moine, espèce d'arrière-automne et de début d'hiver se dressait déjà fièrement près d'un ruisseau qui longe ma propriété le samedi 14.

Ce sont ces fiers géotropes qui ont tenu la saison 2017 en vie jusqu'après la mi-novembre, à une époque où beaucoup se demandaient légitimement si malgré le froid ambiant, après les fortes pluies récentes, il se trouverait au moins quelques Marterouëts.

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En guise de réponse, les edulis ont fait montre de capacités de résistance hors du commun à des conditions très défavorables (gelées, pluies diluviennes très froides et ensoleillement très déficitaire). Les premiers bouchons sortaient à l'unité le 18 novembre. Sans qu'on puisse parler de pousse, 2017 ne supportant aucunement la comparaison avec 2016 sur ce plan, de forts jolis spécimens m'apparurent au cours du week-end suivant, notamment le samedi 25, jour où j'ai enfin mis la main sur des Marterouëts poussés sous arbres indigènes de mon terroir.

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Toutefois les fortes gelées intervenues au cours du premier week end de décembre ont mis un coup de frein plus sévère aux valeureux edulis. J'en trouvai encore quelques uns sénescents le samedi 2 décembre puis un, admirable, protégé du gel par les feuilles le samedi 9.

Au sortir de ce week-end tout inclinait à penser que la messe était dite pour les cèpes et je me consolais avec les géotropes qui continuaient à pousser de plus belle et les premiers pleurotes en huître qui faisaient banquet sur un peuplier mort au fond de mon coteau.

Et c'est dans ce contexte que survint l'ultime sursaut, le prodige, le 26 décembre. Lancé dans une longue randonnée digestive, j'avais décidé de jeter mon dévolu sur un petit bois lointain afin de vérifier une intuition qui m'habitait depuis fort longtemps. Bien m'en prit car c'est à cet endroit que je débusquai, sous de gros chênes près d'une clairière, mon tout dernier Marterouët de la saison à l'heure où je rédige. Trouver quelques cèpes de Bordeaux pendant les vacances de Noël était devenu une habitude ces dernières saisons, mais cette année un seul spécimen relevait déjà de l'exploit.

Adishatz !

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