baes-27-09-17-08

Adishatz,

Le mois d'octobre s'en va lentement et cela fait bien dix jours que trouver un cèpe lors d'une sortie en forêt relève de l'exploit alors que l'époque de la Toussaint n'en était pas avare ces dernières années. Sur la période écoulée depuis mon article précédent seule la troisième décade de septembre avec le retour de conditions climatiques un peu plus ensoleillées et surtout plus douces aura pour un temps extirpé le chercheur de sa morosité, les aestivalis et les aereus se montrant enfin dans certains placiers tandis qu'edulis déclinait rapidement. La pousse est restée faible à modérée, même si très localement sous certains arbres j'ai pu observer des cèpes en familles nombreuses. Elle est très en deçà des pousses automnales récentes et ne souffre aucune comparaison avec sa devancière du dernier mois de juillet.

Quelques cèpes se sont encore montrés lors des trois premières semaines d'octobre, créatures des rares passages pluvieux d'un mois bien sec, surtout sur le plan de l'hygrométrie, mais les cinq doigts d'une main suffisaient à compter les trouvailles journalières. Depuis le 21 octobre, date de mes derniers boletus, le Béarn tout entier semble frappé d'une indigence fongique rare. C'est du moins ce que donnent à penser mes récentes grandes sorties terrain en montagne comme en forêts du piémont, sanctionnées en tout et pour tout d'un cèpe de sapin rabougri. L'observation cet après-midi de chanterelles en tube en troupes denses dans une pessière du Nord-Béarn et l'apparition dès la mi-octobre des premiers clitocybes géotropes inclineraient presqu'à penser que 2017 a refermé la page des cèpes et ouvert celle des champignons de fin de saison. Toutefois, l'expérience des dernières années, notamment 2015, nous presse de garder un oeil sur les bois, d'autant plus que le cèpe de Bordeaux n'a pas encore donné sa pleine mesure, lui l'adepte des jours ténébreux de novembre.

Sur les raisons de cet automne médiocre, les hypothèses sont nombreuses qui loin de s'exclure pourraient bien avoir conjugué leurs efforts. Pour ce qui est du seul mois d'octobre 2017 il me semble en tout premier lieu que les récurrences anticycloniques génératrices de flux de sud bien chauds et un taux d'hygrométrie très bas nous auront porté un lourd préjudice, d'abord en essoufflant la pousse qui montait tant bien que mal en puissance fin septembre, puis en décourageant rapidement les vélléités mycéliennes après les arrosages suivants. Toutefois les spécificités climatiques de ce mois d'octobre n'expliquent pas à elles seules pourquoi nous restons sur notre faim. D'autres moteurs sont tombés en panne ou ont moins bien fonctionné : en beaucoup d'endroits le choc thermique fin août a été moindre car le faible ensoleillement de l'été n'a pas permis au sol de se réchauffer suffisamment après les orages de juillet d'une part, et d'autre part ces mêmes pluies estivales ont mis fin au stress hydrique de la végétation dû à la sécheresse des premiers mois de l'année et à la période de surchauffe du 20 juin. Or le stress hydrique (surtout répétitif) est considéré comme un des facteurs principaux de grosses pousses ultérieures. On connaît la suite, la pousse des cèpes thermophiles a peiné à décoller dans le courant du mois de septembre parce que la température de sols détrempés par des abats d'eau en flux de nord ne parvenaient pas à remonter suffisamment et le mois d'octobre a fait le reste. Reste une autre hypothèse, autrement plus difficile à vérifier mais néanmoins passionnante, le mycélium avait amplement fait ses affaires au cours de la grande poussée de juillet et la pousse d'automne, même avec des conditions optimales, n'aurait été qu'un appoint. Le fait que les régions qui ont le plus souffert de la chaleur et de la sécheresse jusqu'à fin août aient été le plus à la fête ces deux derniers mois me semble aller dans ce sens.

Pour la suite tout va dépendre des conditions climatiques et du besoin de fructifier du mycélium. On peut raisonnablement estimer que le cèpe de Bordeaux est loin d'avoir dit son dernier mot. Novembre s'il est suffisamment pluvieux et pas trop froid, dans une ambiance moins déshydratée que celle qui est notre lot au présent, finira bien par lui ouvrir une tribune, jusqu'en moyenne montagne sous les hêtres. Ces même conditions pluvieuses et humides sont également requises pour motiver nos deux compères thermophiles aestivalis et aereus, s'y ajoute une exigence de taille : que la douceur persiste ou que le froid ne soit que passager et superfitiel, ce qui est loin d'être évident à cette époque. Plus raisonnablement je considère que nous devrions revoir quelques cèpes des beaux jours en 2017, mais ce serait plutôt sous la forme d'une révérence que d'une pousse.

Adishatz !