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Adishatz a tots,

La saison 2014 qui vient de s'achever, crée un précédent dans l'histoire de la mycologie "maison" et de terrain des quarante dernières années en déjouant totalement, qui s'en plaindra, les projections pessimistes que j'avais publiées il y a quelques mois devant un hiver désespérément, obstinément doux. Encore qu'il y a des disparités à l'intérieur de zones et de terroirs proches voire limitrophes (certains confrères distants de moins de 100 kilomètres ont traversé une saison au mieux médiocre), démonstration est faite désormais qu'on peut trouver quantité de cèpes sur la base d'un non-hiver. Si nous gardons pour hypothèse de départ que les cèpes et la plupart des champignons ne poussent jamais autant que lorsque le mycélium a été malheureux, il conviendra de nous interroger plus bas sur les raisons de cette abondance de cèpes en Béarn des Gaves, en vue de prendre en compte de nouveaux critères dans l'établissement des projections.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à forciori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest, ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver dernier, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des deux derniers hivers.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui du site de la chaine meteo qui fournit un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps validé par dame nature au sortir de l'hiver autorisera une projection fongique un peu plus affine.

Un début d'hiver 2014-2015 et des prévisions saisonnières plus encourageants...

Au sortir d'un automne 2014 qui nous a longtemps fait craindre le pire le climat est retombé sur ses pieds début-décembre avec tout d'abord une période de faible froid assortie de quelques gelées, puis, dans les tout derniers jours du mois, une vague de froid modérée alignant plusieurs nuits de gel entre -6 et -8 degrés. Les hivers alternant des périodes de gel sévère avec d'autres offrant des maximales à 10 degrés et multipliant les petites gelées nocturnes, le tout sous un ciel suffisamment ensoleillé, semblent être de très bon présage, non seulement pour les cèpes, mais déjà pour les morilles après la mi-mars. Sur ce plan l'hiver 2014-2015 semble donc, à l'heure où je rédige, nettement plus conforme à son rang que ses devanciers.

Il se conforme d'ailleurs en tendant à les surpasser, aux prévisions saisonnières qui tablaient sur un "hiver standard" à potentiel plus froid en février. Selon les dernières mises à jour, la dernière décade de janvier et le mois de février seraient effectivement nettement plus froids. Et nous ne pouvons qu'espérer que les faits vérifient ces prévisions lointaines car il nous faut encore de sévères gelées et jours de gel pour céder sans restriction à l'optimisme.

On note enfin pour l'heure l'absence de vents violents depuis le mois de novembre, dont j'ai écrit plus haut les dommages qu'ils causaient sans doute à la relation arbre-champignon et une pluviométrie moindre comparativement aux deux hivers précédents

Saison des cèpes 2015 : une première tendance ?

Les températures nocturnes observées ces dernières semaines et les prévisions saisonnières plus froides pour les deux prochains mois, si elles se vérifient, placent d'emblée la saison des cèpes (et des morilles) 2015 sous de meilleurs auspices, surtout si le printemps et l'été sont suffisamment chauds et ensoleillés. Il convient donc de suivre attentivement l'évolution des températures dans le courant de l'hiver, sans négliger le fait que d'autres facteurs climatiques comme les vents violents voire la "noyade" peuvent aussi semer du bonheur pour nos paniers en mettant le mycélium à rude épreuve...

Je vous donne rendez-vous dans un mois environ pour faire le point sur l'évolution de l'hiver et la mise à jour de ces projections qui en découlent...

Adishatz !