Superbes cèpes d'été juvéniles...

Adishatz,

Au train où vont les saisons je n'aurai bientôt plus assez de superlatifs pour caractériser l'allant de ces cèpes qui nous époustouflent et nous enthousiasment chaque année un peu plus. C'est si vrai qu'après avoir établi un record de précocité le 18 avril, le printemps 2015 est entré résolument dans les annales sans jamais fléchir.

Désormais, ceux d'entre vous qui font l'impasse sur le versant printanier de la saison sauront à quoi s'en tenir. Sous certaines conditions un printemps peut être d'une productivité propre à faire blêmir de jalousie certains automnes. Avant la grande pousse de la deuxième quinzaine de juin dont je parlerai plus tard, tout le mérite du millésime 2015 tient en ce qu'il prend appui sur des précipitations sommes toutes modérées. À ce sujet on peut considérer que l'alternance de périodes de beau temps ensoleillé, chaud et sec avec des intermèdes de pluies et d'orages qui fut le scénario majoritaire a été le catalyseur de ce prodige.

Après les trouvailles du 18 avril loin de s'enrayer, le processus mycélien s'est installé dans la durée tout en montant graduellement en puissance à la faveur des bonnes pluies de la dernière décade d'avril. Ce mois a battu tous ses records statistiques, quantité de cèpes mensuelle, nombre de cèpes trouvés au cours d'une journée d'avril. L'irruption de la chaleur et l'avènement d'un temps plus sec en première décade de mai, loin d'effaroucher les aestivalis, a précipité un nouveau record de précocité avec quelques aereus de ci de là à la date du 13 mai. Mais les températures des sols étaient encore un peu justes concernant cette espèce et l'établissement d'un temps plus perturbé en flux de nord-ouest entre le 14 et le 26 mai a mis temporairement fin aux vélléités des têtes noires.

Il n'en fut pas de même concernant aestivalis, lequel sut merveilleusement tirer parti de ces conditions climatiques. En dernière décade de mai, une véritable petite pousse généralisée se mit en place. C'est alors qu'on put voir des petites troupes de cèpes d'été un peu partout. Et quelles ne furent pas ma jubilation et mon émotion en découvrant de nouvelles places dans les bosquets qui ceignent notre maison.

Ne laissant à ses adeptes ni ne s'accordant aucun répit le "printemps des cèpes 2015" est encore monté d'un cran à partir du 6 juin qui vit le retour durable des aereus dans la ronde.

Puis, alors que les premiers jours du mois avaient été très chauds et secs, une séquence de pluies diluviennes entre le 10 et le 17 juin a fait verser la saison 2015 dans le rêve éveillé. Mais là commence un autre prodige qui motivera un article ultérieur.

Sur les raisons de cet improbable printemps en sous-bois, je suis encore plongé dans mes analyses rétrospectives. Il faut bien admettre que les premiers cèpes en ont surpris beaucoup au sortir d'un mois de mars très frais et pluvieux. D'ordinaire une telle performance faisait suite à un mars plutôt sec, ensoleillé et chaud favorisant des sols à bonne température très en amont. Cette fois, la température du sol a dû atteindre le seuil d'activation du processus quelques jours seulement avant le premier bouchon. Ce qui m'amène à m'interroger sur le fait que, finalement, contrairement à tout ce que nous pensions, à toutes superstitions, idées reçues et communément admises, les hivers très pluvieux puissent être les facteurs déclenchant de saisons mirifiques et précoces si un printemps suffisamment ensoleillé, chaud et sec se met rapidement en place. Ceci vaudrait en tout premier lieu pour boletus aestivalis dont les premières occurrences de 2015 inclinent à penser que le mycélium était prêt à fructifier dès les premiers beaux jours. Outre la saison 2014 du même tonneau, cette réflexion nouvelle se nourrit de souvenirs très anciens profondément enfouis dans ma mémoire : à la fin des années 1970 les hivers béarnais étaient très pluvieux, à peine moins que les crus actuels. Enfant, je me souviens des premiers cèpes adultes trouvés fin-avril dans notre bois mitoyen, le seul qui m'était donné d'arpenter à l'époque.

Voilà, sans certitude aucune, les hypothèses évoluent, s'enrichissent, se nuancent ou se contredisent à permanence. Il faudra que je publie en synthèse une mise à jour de mes propres avis sur le sujet. En attendant, que la saison est belle !

Adishatz...