baer-29-06-15-76

Adishatz,

Je me souviens d'un temps très ancien, profondément enfoui dans les soubassements de mon existence, où de délectables petites poires jaunes, à peine tâchées de rose ou de rouge, donnaient le coup d'envoi de l'été, cet intervalle de bonheur et d'insouciance qui rythme l'enfance des hommes. Chaque année, au solstice de juin, mes grand-parents m'envoyaient cueillir ces fruits succulents et jûteux à l'ombre du grand figuier derrière la citerne, dans un bourdonnement incessant et presque enivrant de frelons, de guêpes et d'abeilles...

Aujourd'hui, cela fait bien longtemps que le divin poirier n'est plus. Le figuier s'est étalé de tout son long comme entrainé de guerre lasse par le fardeau de tant de fruits portés. Et le temps sans merci a emporté mes anciens au cimetière de Saint Martin pour la grande nuit des braves tandis que notre petit paradis de Haut-Bernés a été vendu.

À dire vrai, les cèpes au présent me laissent trop peu de temps pour me retourner vers le passé, tellement les saisons en sont fécondes depuis 2003 et les anachronismes se multiplient jusqu'à en devenir une habitude depuis juillet 2011...

Reste que la pousse mirifique qui s'est amorcée en sud-Aquitaine vers le 20 juin et a perduré jusqu'au 5 juillet dans la fournaise de cet été commençant fera date, non seulement de par sa productivité mais encore et surtout du fait de sa précocité...

Dans le contexte d'un printemps exceptionnellement prolixe en cèpes déjà évoqué ici-même, cette pousse est la créature des fortes pluies qui se sont abattues un peu partout en Aquitaine autour du 10 juin... Les prémisses en étaient perceptibles dès le 20 juin avec la naissance de nouveaux bouchons. Jusqu'au 27 juin les effectifs de jeunes aestivalis furent prédominants, puis à partir du 28, avec la montée des températures de l'air et du sol les aereus prirent l'avantage, fournissant le gros des troupes. Les très fortes chaleurs eurent raison de cette pousse héroïque vers le 5 juillet où je trouvai les derniers cèpes noirs. On notera au passage qu'il n'y eut pas d'oronges.

Les températures très élevées et l'hygrométrie très basse auront sans doute écourté et amputé cette levée de cèpes d'une bonne semaine. Contrairement à juillet 2014 d'ailleurs les bois en versants sud et les hauteurs bien exposées furent rapidement hors d'état de produire le moindre bolet, lesquels se replièrent dans les bas-fonds frais et les veines de ruisseau. Cette pousse n'en reste pas moins exceptionnelle pour l'époque, la plus forte que j'aie jamais observée au premier semestre...

Adishatz !