mv-24-03-18-02

 

Adishatz,

Alors que l'hiver consciencieux, commence à empiéter nettement, pour ne pas dire lourdement, sur le printemps, le souvenir heureux des 25 mars 2016 et 2017 m'a dicté de chausser mes grôles contre vents et rincées et de me projeter à travers mes coteaux nord-béarnais qui étaient encore en proie au gel et aux averses de neige cette semaine, ce qui du reste n'est pas forcément un mauvais présage pour la saison des cèpes.

Au tout début de mon périple était un passage souterrain creusé sous une route flanqué d'énormes blocs de soutènement apportés des Pyrénées et dissimulé par une importante haie de laurelles et de troënes. La détermination du quêteur naturaliste se nourrissant parfois de succès d'étape la découverte à cet endroit de jeunes pézizes veinées, proches cousines des morilles, sur la terre affleurant entre les rochers, me confirma dans l'idée que j'avais bien fait de braver les intempéries.

 

dv-02

 

Les jonquilles s'en vont doucement, les asphodèles se rendent au rendez-vous d'avril, en attendant je me suis arrêté pour photographier une microstation d'anémones sylvie qui présentent l'avantage d'être bleues comme la variété montagnarde quand l'espèce-type en plaine est blanche.

 

as-02

 

Une bonne heure plus tard me voici à pied d'oeuvre, dans cette ripisylve aussi luxuriante que secrète qui chaque année me gratifie des premières. Temporairement la pluie a cessé. Frayant son chemin entre les frênes et les ormes agités par le vent, un soleil pâle et evanescent court sur les carottes sauvages, les mercuriales, l'ail des ours et le lierre terrestre. Des populations de lamiers pourpres, de ficaires fausse renoncule et d'orties ont jeté leur dévolu sur les parcelles les plus humides tandis que les anémones et les isopyres faux-pygamon ont investi le talus plus thermophile de la rivière mère de ce petit monde merveilleux.

Me voici donc vouté, les yeux rivés au sol, déambulant lentement, presque penaud à l'idée de déflorer cet écosystème, de longues minutes à tourner en rond et inspecter minutieusement le sol du moindre bouquet d'arbres. Les premières places à l'intérieur se sont montrées intransigeantes, le froid récent y a toute sa part, et je comprends vite que la réussite de ma démarche repose sur le talus du cours d'eau, là où l'onde quoique menaçante crée un microclimat thermorégulé.

Dès lors je n'aurai plus à chercher longtemps. Après quelques instants à sonder le talus les premières morilles minuscules m'apparaissent près des racines des ormes. Puis d'autres dans le sable qui cherchent à se dissimuler sous des fougères. Je découvrirai encore deux ou trois ébauches de morilles un peu plus loin sur les racines d'un frêne comme placées sous la protection d'une petite verpe conique.

 

vd-01

 

Ces toutes petites morilles nées dans la semaine accusent le léger retard pris par la saison dû aux vagues de froid et au déficit d'ensoleillement de cette fin d'hiver. Découvertes un jour plus tard en raison de mes disponibilités, les premières morilles de mars 2017 et 2016 étaient déjà un peu plus grandes et plus nombreuses. Mais la semaine qui vient verra d'autres naissances et il faudra sans doute attendre la mi-avril pour tirer les premiers enseignements de cette pousse 2018. Pour l'heure la saison est lancée et pour la première fois depuis des années les projections météorologiques à moyen terme laissent espérer qu'elle soit longue et prolixe.

Adishatz !

 

mv-24-03-18-04