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Adishatz,

Ensoleillement peau de chagrin, pluies fréquentes et froides, températures le plus souvent frisquettes, c'est un bien triste printemps qui est notre lot, sur le plan météorologique, à l'ouest de la Garonne et au fur et à mesure que l'on se dirige vers la Bigorre, le Béarn et le Pays Basque. Et cette situation, si elle perdurait, ne serait pas sans m'inquiéter quelque peu pour la suite de la saison des cèpes. Même si l'hiver assez froid reste un bon présage il nous faudrait à minima une bonne période sèche et un été chaud pour assûrer un automne correct dans les bois.

À l'heure où je rédige, on en est très loin. Le vent armé de pluies violentes du dernier weekend a couché le pâturin des champs ruisselant sous la bruine de ce matin de fin mai et les lourds nuages bas coiffent le grand peuplier de Domercq sur les hauteurs de Lasbordes. L'entame de la saison des cèpes est à l'image de ces conditions climatiques dominantes. Les cèpes sont extrêmement rares pour l'instant et peinent à dépasser la taille d'une noix, soit qu'ils sont dévorés très jeunes par les arions que ce climat avantage considérablement, soit qu'ils pourrissent par excès d'eau. Dans ce contexte, on n'abandonnera pas tout espoir en observant que mes premières trouvailles datent du 8 mai, ce qui reste une date assez précoce, les saisons 2011 et 2014 sous de tout autres cieux faisant exception et pour tout dire un peu illusion. Le comportement des cèpes ces prochaines semaines avec des températures un peu plus élevées (espérons) nous permettra de mieux évaluer le potentiel de la saison.

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Ceci étant posé, en mycologie comme en bien d'autres domaines le malheur des uns fait le bonheur des autres. Pendant que les cèpes cafouillent et se noient en plaine les morilles coniques dansent tout là-haut dans les sapinières pour le plus grand bonheur des initiés. Certes, il ne faut pas craindre de braver la pluie, les orages, la grêle, et parfois même la neige, mais cette année les belles mitres brunes et pointues ne sont ni ingrates ni avares et c'est une émotion intense que de les apercevoir sur une banquette de mousse au pied des sapins, dans quelque clairière bordant les torrents, en lisière ou sur quelque piste de débardage.

Configuration à front renversé donc par rapport aux saisons de la décennie en cours qui voyaient les cèpes pavanner en plaine et les morilles chassées prématurément des Pyrénées par la chaleur. Pour les semaines qui nous séparent du mois de juillet la pousse des coniques devrait jouer les prolongations en misant sur l'altitude face à l'élévation contenue des températures. Dans un même temps les cèpes devraient quelque peu s'enhardir dans nos plaines et coteaux.

Adishatz !