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Adishatz,

Il y a quelque chose de grippé et finalement d'assez inquiétant en ce début de saison 2021 des cèpes dans nos terres béarnaises. Non pas tant que le premier aestivalis me soit apparu le 28 mai, mais surtout que depuis les chapeaux peuvent passer plus de dix jours sans se montrer et les rares pousses sont pour l'instant particulièrement éphémères et modestes. Je signale au passage, pour ceux qui ne fréquentent guère les réseaux sociaux et les forums dédiés que dès les derniers jours d'avril et début mai on a pu voir quelques photos de trouvailles isolées en provenance de Gironde et des Landes où les sols sablonneux sont plus réactifs que notre argile.

Dans mon terroir, après la première découverte fin mai, le bilan en ce 29 juin est bien maigre, une bonne vingtaine de cèpes débusqués en deux pousses, la première très faible aux alentours des 9 et 10 juin et la seconde un peu plus fournie entre le 16 et le 20 juin avec hier soir, le premier bouchon de cèpe noir. Cette indigence est d'autant plus étonnante et préoccupante que les épisodes pluvieux ont été particulièrement copieux en juin et la vague de fortes chaleurs de la fin de la première quinzaine aurait dû favoriser une pousse significative et durable.

Pour ce qui est des causes de ces débuts difficiles on peut s'entendre sur le fait qu'un mois de mai bien pluvieux et manquant cruellement de soleil après un avril très frais ont très longtemps différé la réalisation de températures de sol suffisamment élevées dans la durée (12 degrés s'agissant des cèpes d'été) pour que le mycélium s'active et nous gratifie de ses premiers bolets. Cela vaut d'ailleurs pour les premiers jours du mois de juin. Mais par la suite, le fait que la salutaire bouffée de chaleur et les nouveaux abats d'eau consécutifs n'ont finalement pas permis un réel décollage de la saison dans la durée ne manque pas de m'interroger et pour tout dire m'inquiète un peu. Alors que les mois de mars et avril avaient été très secs, à présent nos sols sont hydratés par une succession de pluies orageuses et les embellies sont trop courtes pour leur permettre de sécher. Et cette abondance en eau rend notre mycélium paresseux.

Pour la suite la survenue d'un été (très) chaud et sec suffirait sans doute à sauver la grande saison automnale mais à l'heure où je rédige les dernières projections saisonnières à ma disposition ne vont pas trop dans ce sens. À défaut de sécheresse, gageons que de bonnes périodes chaudes feraient l'affaire, c'est en elles que résident nos raisons d'espérer...

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En contrepartie ce climat très humide et assez chaud qui fut le nôtre fait le bonheur des inconditionnels de la girolle, qu'on voit fleurir un peu partout dans les publications des réseaux sociaux. Occasion pour moi de finir sur une trouvaille exceptionnelle vendredi dernier dans la propriété familiale. Soudain, passant sous un grand prunier sauvage adossé au vieux hangar de mon grand-père, à ma grande surprise j'avise une tâche de girolles. Surprise redoublée par le fait qu'en examinant de plus près je prends conscience qu'il s'agit de girolles améthystes, une sous-espèce jamais rencontrée dans mon terroir à plus de 20 kilomètres à la ronde et qu'il faut aller chercher dans les grandes hêtraies du piémont en amont d'Oloron et plus haut sous les sapins. Alors, levant les yeux vers le grand sapin pectiné pyrénéen planté à quelques mètres par mes aïeux je me suis dit : "que les girolles y aillent si les cèpes n'y peuvent aller..."

Adishatz

PS : Joli pied de nez de la nature, quelques heures seulement après la publication de cette article, entrant dans mes bosquets pour ma visite quotidienne de bon voisinage, quelques forts jolis bouchons se dessinaient parmi les feuilles mortes. Depuis une belle pousse est en cours dans les pays gascons...