baes-26-04-15-17

 

Adishatz a tots,

La saison 2015 qui à l'heure où j'écris, n'a peut-être pas encore délivré ses derniers cèpes, a surpris les observateurs de par son démarrage précoce et l'intensité exceptionnelle de son premier semestre, même si la rigueur de l'hiver et la vague de froid de la première décade de février étaient de bons présages. Quoi que la sécheresse qui a prédominé à partir de l'été et les températures du sol devenues trop froides depuis la fin du mois de septembre malgré des mois de novembre et décembre extrêmement doux n'ont pas permis la pleine expression du potentiel mycélien des cèpes thermophiles sur lesquels portent mes projections dans mes coteaux où edulis est très rare, l'intensité de la saison ne s'est jamais démentie et on a même vu de vaillants aestivalis ressortir après Noël. On peut donc considérer que les projections saisonnières pour l'exercice 2016 ont été validées dans les grandes lignes.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à fortiori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches (stress hydrique) sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest (la saison 2009 en Béarn fut excellente), ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver 2014, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des hivers 2012-2013 et 2013-2014.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui des sites de la Chaine Météo ou de Météo-Villes qui fournissent un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps vérifié au sortir de l'hiver puis lors du premier semestre autorisera une projection fongique un peu plus affine, dans la mesure où les accidents climatiques survenant après le mois de juillet semblent impacter davantage la saison suivante que celle en cours.

Un première moitié d'hiver 2015-2016 exceptionnellement douce, sèche et ensoleillée...

Malgré un net rafraîchissement dès le 1er septembre, des gelées extrêmement précoces à la mi-octobre, les mois de novembre et de décembre 2015 se sont avérés désespérément secs et doux, et le coup de froid et les pluies diluviennes de la dernière décade de novembre n'y ont rien changé. Si une tendance sèche à priori, appelle généralement de bonnes surprises, encore que de bonnes pluies sont nécessaires aux végétaux durant la basse saison, les hivers doux, voire très doux, en l'absence totale de gelées et de froid, ne promettent en rien le bonheur, que ce soit en sous-bois à la saison des cèpes, où dans les ripisylves au printemps des morilles. Si l'on ajoute qu'à cet instant de l'hiver aucune tempête majeure ou série de tempêtes modérées ne sont venues inquiéter le mycélium dans sa relation à l'arbre hôte, seule la tendance sèche pourrait jouer en notre faveur.

Jusqu'à il y a quelques jours, les tendances saisonnières pour la suite et la fin de l'hiver n'étaient pas pour nous avantager, les modèles s'obstinant dans la douceur exceptionnelle et le flux zonal à perpétuité. Et puis une lueur d'espoir s'est fait jour le 1er janvier, certains calculateurs entrevoyant la possibilité d'une période froide en France à partir du 15 janvier. Nous sommes encore en attente d'informations quant à ce scénario, car il va de soi que l'arrivée du froid arrangerait grandement nos affaires. Faute de quoi il nous faudra scruter anxieusement les premières semaines du printemps.

Saison des cèpes 2016 : une première tendance ?

Les températures observées ces dernières semaines et les prévisions très douces à long terme, si elles se vérifient, n'invitent guère à l'optimisme quant à la future saison des cèpes. Il faudra alors reporter tous nous espoirs sur un printemps chaud et sec (comme en 2014) présentant le risque de majeur de sacrifier la saison des morilles, ce qui devient une fâcheuse habitude depuis 2011. L'occurence de  vents violents ces prochaines semaines pourrait se substituer au froid et semer du bonheur pour nos paniers en mettant à leur façon le mycélium à rude épreuve, mais c'est une perspective autrement plus inquiétante...

Je vous propose de prendre date vers le 5 février afin de faire le point sur l'évolution de l'hiver et la mise à jour de ces projections qui en découlent... À cette échéance nous disposerons d'une radioscopie plus complète de l'hiver pour étayer nos projections.

Adishatz !