C'était au temps où Noël illuminait encore l'horizon des simples mortels de toute sa portée symbolique. Où l'élection du frêle conifère qui égaierait de ses parures la douce parenthèse des fêtes motivait un transport familial parmi les bois environnants. Au temps où le nombre de Noëls des enfants envolés se comptait en autant de sapins grandissant dans le parc attenant.

Un jour de décembre, un père de famille du piémont oloronnais entraina toute sa tribu à travers les sylves qui coiffent les Pyrénées voisines afin d'y prélever le héros des festivités.

Début janvier, l'arbre fut obséquieusement replanté dans la pelouse, chaussé de cette bonne terre noire des montagnes que l'on avait eue la sagesse d'emporter avec ses jeunes racines...

Le temps s'écoula, emportant avec lui les Noëls des enfants envolés vers la vie. En héritage, un beau sapin blanc prenait ses aises dans l'azur du piémont, que l'on voyait se balancer au gré des brises et des bourrasques.

Un jour d'automne, c'était au milieu des années 1990, la femme fit part à l'homme d'une découverte ravissante, une colonie de jolis champignons rouges à points blancs, portant collerette gracile sur le haut du pied, venait d'établir ses quartiers auprès de l'arbre. Longtemps, aux rivages de la Toussaint, chaque année on put y contempler un merveilleux ballet d'amanites tue-mouches.

Si bien qu'à l'automne 2002 chacun de s'interroger : pour la première fois depuis longtemps, les demoiselles n'étaient pas au rendez-vous des défunts... De fait, il fallut attendre la fin du mois de novembre... Et un matin, pour le plus grand émerveillement de l'homme et de la femme, vieillissants, un magnifique cèpe de Bordeaux luisait au soleil contre les racines de l'arbre. Un seul cèpe, mais dès lors, chaque année il en reparut, toujours plus nombreux et gaillards...

Au petit matin du 24 janvier 2009, le beau sapin blanc gisait au sol, terrassé par la tempête Klaös, mettant fin à la plus délectable des magies de Noël...