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Adishatz,

Le froid qui vendredi après-midi, 26 novembre, poussait ses lourds nuages, ses bourrasques et ses averses de grêle vers les Pyrénées aura au moins eu l'heur de résorber les dernières poches d'espérance dans les plaines gasconnes. Encore que la plupart d'entre nous n'en nourrissaient plus de grandes depuis le 10 novembre. La saison des Marteroets 2021 est à ma connaissance la plus pingre depuis au moins 10 ans et la déception de cette fin de saison ternie est d'autant plus grande que la pousse des thermophiles quelques semaines auparavant avait été très belle, au moins localement. Mais avant de tenter d'expliquer comment nous en sommes arrivés là je vous propose un petit retour sur la chronologie de mes dernières semaines dans les bois.

Cette année les cèpes thermophiles n'ont pas joué les prolongations, je trouvai mes derniers, à l'unité, entre le 16 et le 26 octobre. On est très loin des années précédentes où les cèpes d'été, à tout le moins, se montraient encore parfois après la mi-novembre.

En dernière décade d'octobre, de façon extrêmement localisée, circonscrite à un seul bois à la configuration très particulière car fortement pentu, orienté nord-nord-est et donc peu visité par le soleil à cette époque tardive, a eu lieu une petite pousse de Marteroets, probablement mise en train par les pluies du début du mois et les nuits frisquettes des semaines suivantes. Mais ma santé fragile ne me permettra de découvrir que des cèpes pourris à cet endroit dans les touts derniers jours du mois. Pendant tout ce temps tous mes autres placiers sont restés déserts.

Après une attente assez longue, malgré une belle pousse de girolles vers la Toussaint, les pluies de fin-octobre et des premiers jours de novembre ont fini par trouver preneur. Mais ce sont les Tête de moine, clitocybes géotrope, qui se sont montrés en premier, le 10 novembre. Le lendemain, commençant quelque peu à accepter l'hypothèse d'une saison "sans", je finis par dégoter un premier bouchon de Marteroet au terme d'une quête de plus de 3 heures. Cette découverte eu le mérite de me redonner un peu de coeur à l'ouvrage même si j'avais compris depuis un moment qu'il faudrait se satisfaire de peu.

Au cours des jours suivants, jusqu'au 26 novembre, le scénario fut assez immuable. Partout où je passais l'immense majorité des placiers, dont certains si prolixes à l'accoutumée, étaient désespérément vides. Contraste saisissant avec ce ou ces rares arbres au pied desquels on pouvait voir un groupuscule de cèpes de Bordeaux, parfois fort beaux. Je note que la croissance de ces Marteroets était très lente à cause des températures assez basses, tant et si bien que le 26 novembre, quelques uns parmi les derniers en lice avaient pourri sur pied.

Depuis ce week-end on peut considérer que la saison des cèpes a vécu, un chanceux pourra encore trouver quelque edulis miraculé mis en route avant le 26, mais les sols sont désormais trop froids pour permettre de nouvelles naissances. Les amateurs se contenteront donc des Tête de Moine, des pieds de mouton, de différentes chanterelles et pour les chanceux des pleurotes en huître.

Pour tenter d'expliquer cette issue assez décevante il faut commencer par préciser que chez le passionné les folles espérances égarent parfois le raisonnement. Je me souviens qu'au mois d'octobre, alors que le roi des cèpes était déjà fort difficile à trouver, nous avions mis cette rareté sur le compte de la sécheresse hygrométrique causée par des récurrences anticycloniques, étant entendu qu'aucune des espèces de cèpes, à fortiori le cèpe de Bordeaux, n'apprécie un taux d'hygrométrie trop bas dans la durée. Surtout si celui-ci se double de températures assez élevées. Peu avant la Toussaint les conditions météorologiques ont nettement changé, outre de fortes pluies débordant amplement sur les premiers jours de novembre, dans un atmosphère bien rafraîchi, les semaines suivantes ont été marquées par des brouillards persistants, d'abondantes rosées matinales et quelques passages pluvieux brefs et modestes, avant une fin de mois beaucoup plus arrosée. Or ce type de temps, d'ordinaire très favorable aux Marteroets n'a que très légèrement infléchi le cours de sa saison, inclinant donc à penser que le ou les facteurs limitants de la pousse serai(en)t à chercher en amont. En l'état, tout selon moi accuse le manque de chaleur de l'été, le millésime 2021 ayant été un des plus ternes des quinze dernières années sur ce plan. Or le Marteroet est le moins thermophile des trois principaux cèpes de plaine et ses pousses automnales les plus vigoureuses font souvent suite à des étés marqués par de fortes chaleurs et des épisodes de sécheresse. Tout ce qui a sans doute fait défaut cette année.

Dans ces conditions chacun trouvera vite à se consoler en se disant l'affaire était sans doute pliée avant d'avoir commencé. En considérant aussi que de temps en temps une saison contrariée aide à apprécier les meilleures à leur juste valeur. J'espère que les fortes pluies en cours nous vaudront quelques Têtes de moine supplémentaires et je vous donne rendez-vous sous peu pour les bilans de fin d'année.

Adishatz !

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