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Adishatz,

Le soir allongeant les ombres en ce mois d'août finissant le moment est choisi pour dresser un bilan des semaines écoulées et surtout tenter de nous projeter vers le restant de la saison.

Pour commencer, que les amateurs soient rassurés, sauf évènement contraire tel que sécheresse extrême et interminable, l'automne 2021 ne sera pas sans cèpe, l'été qui s'achève ayant balayé les scénarios les plus sombres que légitimait encore la fin du printemps. En effet, depuis mon article du 29 juin, quelques heures après sa publication même, dans des conditions le plus souvent défavorables, températures assez fraîches, grisaille persistante et faible ensoleillement, sans jamais être en mesure de rivaliser avec l'activité des étés précédents, les cèpes n'ont jamais abdiqué totalement, se montrant intempestivement et à l'unité dans le courant des mois de juillet et d'août. La seule petite pousse significative survenue dans mon terroir remonte à la période du 29 juin au 10 juillet. C'est durant cet intervalle qu'il me fallut chaque jour les doigts des deux mains pour compter les trouvailles. Par la suite elles furent isolées et assez souvent à jours passés jusqu'à la fin du mois d'août.

Je signale au passage que mon secteur du Nord-Ouest Béarn n'a pas été soumis au régime de précipitations abondantes qui a sévi en allant vers le Piémont oloronnais et les vallées début-août et de ce fait est resté à l'écart de la belle pousse qui a animé ces secteurs en deuxième décade. À cette nuance près que j'ai tout de même trouvé quelques rares troupes de cèpes au pied de tel ou tel arbre en bordure des chemins ou des bois le 13 août.

De toute évidence le manque de chaleur ambiante et le faible ensoleillement agissant comme un frein à l'élévation de la température des sols furent les principaux facteurs limitants de la pousse des cèpes ces dernières semaines, les oronges qui, est-ce un hasard, reparaissent timidement ces derniers jours après que le climat s'est asséché à la mi-août, et depuis un peu réchauffé, étant également bien rares. Inversement, les girolles, bien en vue jusqu'au 15 août, ont déserté depuis.

Si nous devions nous en tenir au seul déroulement du printemps et de l'été météorologiques pour tenter de nous projeter vers la fin de la saison des cèpes, je vous dirais que les élèments plaident pour un automne médiocre, les fortes chaleurs durables et les périodes sèches (suffisantes à causer un stress hydrique aux arbres et au mycélium), qui sont habituellement les meilleurs gages de pousses ultérieures conséquentes, ayant soigneusement boudé la Gascogne jusqu'à ces dernières semaines. Toutefois, il faut surveiller attentivement l'évolution du climat au cours du mois de septembre qui approche. La saison 2014 entre autres, ayant en effet montré qu'un mois de septembre très chaud et très sec, même après un été "pourri", pouvait accoucher d'une pousse de cèpes mirifique au retour de la pluie dans le courant du mois d'octobre.

Le froid de la basse-saison, en fonction de son intensité, peut aussi impacter plus ou moins sensiblement la teneur de la saison des cèpes au cours des mois suivants. Nous avons connu une première quinzaine de janvier assez rigoureuse en Béarn et Gascogne, ce qui ne s'était pas produit depuis quelques hivers et sans pouvoir quantifier, il n'est pas exclu que ce facteur joue un peu en notre faveur ces prochaines semaines.

À voir enfin si le mycélium a pu former tous les cèpes qu'il projetait au cours de l'automne 2020. Phénomène aussi difficile à évaluer à notre niveau qu'intéressant car une théorie circule, portée entre autres par certains spécialistes. Qui tiennent qu'il peut y avoir report d'une année sur la ou les suivantes lorsque la pousse a été avortée, bridée ou écourtée par les aléas climatiques. Même si cela ne me semble pas être le cas au vu de la chronologie de la fin de la saison 2020 il se pourrait donc que la pousse automnale si elle a lieu, soit abondée de quelques bolets supplémentaires selon ce mécanisme.

Pour terminer, une grande incertitude prévaut concernant la saison des Marteroets, ou Cèpes de Bordeaux, qui obéissent à un cycle un peu différent. On s'accorde à considérer que plus encore que pour leurs homologues thermophiles les étés (très) chauds et (très) secs favorisent des pousses vigoureuses du roi lorsque la pluie revient en abondance et que les températures ont bien baissé parfois même jusqu'à Noël. Sur ce seul critère l'évidence commande de dire que l'affaire est plutôt mal engagée. Inversement, plusieurs spécialistes du cycle des cèpes soutiennent que le cèpe de Bordeaux se montre davantage à l'automne lorsque les mois de mai et juin ont été pluvieux, ce en quoi cette année il ne lui a rien manqué. Tout bien pesé il s'avère donc très difficile de dégager une tendance concernant cette espèce et les semaines qui viennent nous aideront peut-être à y voir clair.

Adishatz...