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Adishatz,

Cela devient une fâcheuse habitude, à force de confinements au faîte de la saison, je ne puis vous restituer qu'une photographie très imparfaite du printemps 2021 des morilles dans le Sud-Ouest et plus particulièrement les Pyrénées Atlantiques.

Outre les limitations de déplacements qui ont signé un net coup d'arrêt dès le 5 avril pour tous ceux qui comme moi habitaient à plus de 10 kilomètres des montagnes et de leurs vallées la sécheresse qui a sévi presque en continu de la mi-février aux derniers jours du mois d'avril s'est avérée un facteur extrêmement limitant de la pousse et même l'avènement d'un mois de mai pluvieux et frais n'est jamais parvenu à infléchir la tendance lourde au fur et à mesure que les mitres gagnaient l'altitude.

La très grande douceur des mois de février et mars a favorisé un démarrage précoce à très basse altitude et jusque dans les premiers escarpements de la basse-montagne, et même de la moyenne. Alertés par l'écho de trouvailles isolées dans le département en première quinzaine du mois nous nous lançâmes dans une quête exploration le 20 mars qui fut très rapidement couronnée de succès. Il faut noter au passage que toutes les sorties opérées entre le 20 mars et le 5 avril en Béarn et Pays Basque avaient ceci de commun que presque toujours les morilles étaient isolées ou en tout petit nombre dans un même placier et ne se montraient aux plus courageux qu'au prix de plusieurs kilomètres de marche. Avec de temps à autre mais trop rarement l'émotion de découvrir une tâche plus importante de quelques dizaines d'individus là où subsistait un peu d'eau, au creux d'un sentier en pleine montagne ou à l'ombre des herbes hautes au pied de tel ou tel frêne.

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C'est du reste ce qu'il m'advint le 25 mars dans la petite morillère de mon terroir qui me sert d'étalon. Pour la première fois depuis que j'arpente cette ripisylve étriquée la quasi totalité des placiers n'ont pas consenti la moindre morille. Etonnamment 68 morilles ont poussé autour d'un même frêne entre ma première visite et celle du 4 avril avant de périr exténuées par la chaleur. À vrai dire c'était le dernier endroit où elles pouvaient encore venir au monde car la végétation terriblement en avance régnait sans partage partout autour.

Paradoxalement la sécheresse drastique qui nous accompagna jusqu'au 25 avril aida grandement à ronger notre frein durant ce nouveau confinement. Car de toute évidence il ne pouvait pas se passer grand-chose du côté des ripisylves malgré des températures fraîches et donc potentiellement favorables, une fois n'est pas coûtume.

Après la fin des limitations le 3 mai, chacun put reprendre tant bien que mal le fil de sa saison. Mais notre sortie aux morilles coniques du 5 s'avéra décevante, malgré le plaisir de la liberté retrouvée et de quelques fort jolis sujets rencontrés, la moyenne montagne nous apparaissant à son tour bien sèche pour la saison. Cette relative déconvenue doublée de weekends d'intempéries nous conduisit à abdiquer. Et, curieux pied-de-nez de la nature, c'est au cours d'une sortie orchidées le samedi 12 juin qu'un de nos jeunes accompagnateurs trouva les trois dernières dans un des rares endroits restés suffisamment humides et frais du sentier.

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Pour expliquer l'indigence de la saison des morilles coniques en altitude en dépit de l'installation d'un temps pluvieux dès la fin du mois d'avril, il me semble important de rappeler ce qui suit : nous nous contentons trop souvent de relever la quantité de précipitations recueillie par nos pluviomètres pour prédire et estimer l'ampleur d'une pousse de champignons. C'est oublier un peu vite que le facteur hygrométrique (humidité de l'air) est aussi très important comme certains spécialistes l'ont décrit bien mieux que moi. Une bonne pluie suivie d'une hygrométrie trop basse n'accouchera pas d'autant de champignons que la même bonne pluie suivie d'une hygrométrie suffisamment élevée. Et ceci vaut pour bien des espèces, les morilles, mais aussi les cèpes...

Adishatz