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Adishatz,

Le rideau est tombé tel un couperet, du moins pouvait-on croire, sur la saison des champignons 2020, le jeudi 29 octobre comme le président annonçait à la télévision le nouveau confinement, ou plutôt notre privation de loisirs et de vie sociale. Au fur et à mesure qu'avançait l'allocution monocorde, à partir de 20 heures je notais que les courbes de fréquentation de mon blog s'inversaient et que les statistiques s'effondraient alors que nous étions encore en période de pousse, certes sur le déclin, dans les département gascons. Preuve que pour beaucoup d'entre nous, désormais éloignés des bois, coupés et même privés de la nature, comme piégés par des choix d'organisation économiques et géographiques très anciens dont toute l'année 2020 accuse la folie et l'absurdité, la saison était terminée.

Le coup fut rude à encaisser, même pour un campagnard réactif comme moi, un peu restreint dans ses libertés et espaces habituels. On renonce à certains placiers trop lointains et exposés, on redécouvre des chemins et des sentiers perdus dans le profond de bois inextricables où aucun humain n'a dû s'aventurer depuis Philippe de Dieuleveult. On se souvient des délicieuses trompettes des morts qui ont leurs quartiers dans ces solitudes et on relègue un peu les cèpes, jamais totalement toutefois car leurs emplacements ne sont jamais très loin des sentiers de promenade...

Et de toutes façons les cèpes n'ont pas leur pareil pour se rappeler à votre bon souvenir, car les cèpes se jouent de la folie des hommes et de leurs empêchements. C'est tellement heureux ! Le 11 novembre, alors que la première décade avait marqué la fin de la pousse d'octobre, les trouvailles se comptant à l'unité espacés de plusieurs jours, me transportant dans un de mes placiers à "têtes de moine" (clitocybe géotrope) au creux de mes ruisseaux, voilà qu'au pied d'un châtaigner en vis-à-vis de ma chambre, mon regard accroche sur le chapeau d'un magnifique cèpe d'été émergeant des feuilles déchues. Cet aestivalis était le premier d'une fort jolie petite pousse de novembre toujours en cours, quelques minutes plus tard j'en trouverais deux autres splendides sous un chêne de mon terrain, et bien davantage au cours des jours suivants sur les bordures et dans les bois clairs et bien exposés des collines environnantes, jusqu'à découvrir, chose plus étonnante, deux ou trois tout jeunes cèpes noirs (plus thermophiles et donc moins fréquents en novembre) sur un bardeau de ma propriété.

Pour les puristes je note que les Marteroets ou cèpes de Bordeaux n'ont pas reparu dans mes terres depuis la grande pousse d'octobre, ce qui ne manque pas d'interroger. Peut-être les températures sont-elles encore un peu trop élevées pour cette espèce, et surtout j'ai dans l'idée qu'ils n'apprécient pas les conditions de sécheresse atmosphérique qui sont finalement notre lot après la parenthèse de temps très perturbé et frais du 25 septembre au 15 octobre. Concernant la résurgence des cèpes thermophiles, il faut croire que le mycélium n'avait pas pu dire sa messe en totalité et que les conditions météorologiques actuelles, de plus en plus récurrentes ces dernières années de novembre à février, lui permettent de jouer les prolongations. À l'heure où j'écris 2020 ne compte plus que 20 unités de retard sur la saison 2006 qui paraissait, il y a quelques jours encore, intouchable...

La suite et la fin de l'exercice 2020 ne manquent donc pas de suspens. Outre l'enjeu de savoir si dans un ultime sursaut le retard sur 2006 sera comblé, la question d'un hypothétique retour des Marteroets dans le bal me semble plus intéressante. Le changement de temps de ces derniers jours pourrait bien prêter le flanc à un chassé-croisé en sous-bois, la révérence des cèpes thermophiles coïncidant avec le retour de Sainte Hélène de l'empereur edulis. Pour l'heure ce qui me semble acquis est que les pluies récentes sont trop faibles pour autoriser une véritable pousse. Il nous faudra donc surveiller l'évolution des conditions météo ces prochaines semaines pour en savoir plus.

Quoi qu'il en soit on garde le moral et on ne lâche rien... Comme les cèpes !

Adishatz !