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Adishatz,

C'est un premier semestre à nul autre pareil qui vient de s'achever et comme on aimerait qu'il n'ait pas de descendance. Pour nous, mycophiles et simples quêteurs d'omelette, presque toujours adeptes de sorties aussi discrètes que solitaires ou en comités plus que restreints, de préférence aux antipodes de toute habitation et promiscuité ordinaire, la mesure de confinement total compréhensible partout ailleurs, apparaissait d'autant plus absurde et discutable que pour beaucoup elle rendait totalement impossible notre loisir et exutoire favori.

 

 

Habitant que je suis de la campagne profonde des confins de Salies et de Sauveterre où on peut déambuler de longues heures au gré des kilomètres sans croiser personne en chemin ou au fin fond des bois, je n'ai guère eu à me soucier de l'observation stricte de ces règles dans ma vie quotidienne qu'une politique plus intelligente invitait à décliner en fonction des fortes disparités régionales et locales qui sont le lot de notre pays aujourd'hui.

De mon logis, il m'eut de toutes façons été impossible d'aller admirer le peu que je pouvais de morilles sans outrepasser sensiblement la fameuse règle des 1 heure d'exercice physique par jour à moins de 1 kilomètre du domicile. Je transgressai donc une première fois le 20 mars, à travers les bois les plus retraits et touffus, en prenant soin d'éviter les grands axes de circulation. Je me souviens toutefois d'une fillette, perchée sur son tricycle, qui me regardant passer à pas pressés devant son portail me demanda : "Tu vas à la pêche ?" Ce à quoi je répondis, un peu confus : "non, je vais me promener au bord du gave". Quelques minutes plus tard, parmi la consoude tubéreuse et les isopyres faux Pygamon, je découvrais mes 4 premières morilles 2020, avec cinq jours d'avance sur les saisons précédentes, faisant suite à un hiver exceptionnellement doux.

La précocité des morilles n'était rien à côté de celle de la végétation, foisonnante, et il y a fort à parier que cette dernière explique en grande partie la rareté des premières, déjà qu'elle rend notre traque particulièrement ardue et vite décourageante. Au 3 avril je dénombrerai péniblement 15 jolies morilles supplémentaires dans ma ripisylve, 2 encore le 10 avant que la chaleur, comme bien souvent ces derniers mois d'avril, ne vienne bien trop tôt baisser le rideau sur une saison de plaine particulièrement faible de mon côté, faute de pouvoir pousser mes randonnées à une journée de marche aux confins de mon territoire.

Environ un mois plus tard, le 6 mai, au grand mérite et à la force des mollets, je trouverai mes 4 seuls vieux mousserons de la saison à basse-altitude, en montagne ce serait une autre histoire, plus heureuse.

C'est du reste en altitude, le 13 mai, soit deux jours après la Libération, que nous retrouvâmes enfin les mitres brunes et coniques des morilles, visiblement retardataires, car là aussi la saison qui avait près d'un mois d'avance avait grandement mis ses pas dans ceux du confinement. Une nouvelle et ultime expédition collégiale, le 21 mai, s'avéra plus concluante, avec découverte de jolis placiers à morilles un peu plus haut, ces deux sorties étant sanctionnées par de belles cueillettes un peu chanceuses de mousserons.

 

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Un début de saison contrarié, un début de saison amputé donc, mais un début de saison quand même... Et sous peu je vous parlerai des cèpes.

Adishatz !