DSC01341

Adishatz,

J'écris souvent des champignons, et plus particulièrement des cèpes, à la croisée des chemins entre la connaissance et la passion. Et si la seconde est intacte, la première reste à consolider. Les jours qui ont suivi mon précédent article n'ont marqué aucune inflexion significative dans la marche de la saison, les cèpes thermophiles continuant à se montrer en petites troupes et de façon très localisée. Seule la journée du 25 octobre rompt l'atonie ambiante en donnant à voir les tout premiers bouchons de Marterouëts de l'automne.

Mais avant cette date, un nouveau passage pluvio-orageux copieux est survenu du 22 au 24 (près de 40 mm). Bien plus que celui des 14 et 15 octobre il semble que celui-ci ait eu un rôle déterminant pour la suite et la fin de notre saison fongique car il était assorti de pluies froides dans un air bien rafraîchi et par conséquent du choc thermique qui se faisait tant désirer jusqu'alors.

Ceci étant posé, je dois à l'honnêteté de préciser qu'à la date du 29 octobre j'avais déjà fait mon deuil de la saison des aereus et des aestivalis et reporté toutes mes espérances sur les seuls Marterouëts. Or c'est ce même jour que, juste avant de partir sur les traces de la valeur refuge des cépassèrs, les premiers bouchons des deux autres espèces sont apparus dans mes placiers familiers en nombre bien plus significatif que précédemment.

Alors tout est allé très vite et les événements se sont précipités, la pluie surtout. Pour la première, et unique fois de la saison, une véritable pousse de cèpes s'est mise en place à la charnière des mois d'octobre et de novembre. Les 3 espèces ont poussé simultanément, au moins en première décade, dans leurs placiers respectifs. La pousse des thermophiles est montée très rapidement en intensité dans les tout premiers jours du mois de novembre, leur mycélium semblant pris dans une course de vitesse contre les pluies diluviennes et froides qui abaissaient chaque jour un peu plus la température des sols tout en les saturant d'eau. Malgré cela, jusqu'au 10 - 11 novembre les cèpes noirs et cèpes d'été que je découvrais encore en assez grand nombre quotidiennement étaient encore de fort bonne tenue. Par la suite, je trouverai surtout des spécimens imbibés d'eau, des bouchons morts-nés jusqu'au 17 novembre, plus rien en dernière décade.

Les pluies exceptionnelles et bien froides de ce mois de novembre ont incontestablement écourté et amoindri cette pousse de cèpes thermophiles qui avec de meilleures conditions aurait apporté une touche finale somptueuse à la décennie, mais de toutes façons, même les Marterouëts dont chacun connaît pourtant la robustesse et les remarquables capacités de résilience aux intempéries d'arrière-automne ont fortement accusé le coup. Frémissante le 25 octobre, leur pousse a été moindre que l'an dernier, culminant entre le 6 et le 15 novembre, déclinant rapidement par la suite, les trouvailles, souvent en piteux état, se comptant sur les doigts d'une main et s'espaçant de plusieurs jours après le 20. À l'heure où j'écris mon dernier Marterouët date du 6 décembre et sans certitude aucune, il n'est pas évident que j'en trouve un autre avant la fin du mois.

Je retire un sentiment mitigé et un peu inquiet de ce dénouement en queue de poisson. Par le passé, des gelées précoces nous avaient déjà coûté des pousses à pareille époque, je me souviens aussi de belles cueillettes de cèpes au chapeau coiffé d'une pellicule de givre début-novembre. Mais c'est bien la première fois que la pluie nous joue un pareil tour, une première dont on se passerait. Des jours et des heures à guetter l'accalmie, fût-ce une demi-heure à la pause méridienne ou au crépuscule, pour me ruer dans les bois vicinaux plongés dans la pénombre et détrempés afin de sauver ce qui pouvait l'être. Parfois même des journées entières sans pouvoir mettre les pieds dans les bois. Difficile dans ces conditions de prendre la pleine mesure de la pousse et de soigner les photos sous peine de rentrer rincé.

Cette pousse de novembre 2019, bien que ne s'étant pas généralisée (certains placiers parmi les meilleurs n'ont pas vu le moindre cèpe, d'autres quelques uns) a gonflé des effectifs en quantité légèrement supérieure à bien des pousses automnales antérieures et permet à elle seule à 2019 de se faire pardonner son indigence chronique pour figurer au rayon des saisons médiocres. On a connu beaucoup mieux mais on se souvient aussi qu'il y a eu bien pire. Pour la suite et la fin, l'ultime suspens, de l'ordre de l'anecdotique, tient dans la capacité des Marterouëts à reparaître un peu après la douceur de la semaine dernière. Il est vrai qu'on avait bien vite pris l'habitude d'en trouver jusqu'au soir de l'an.

Adishatz !