baer-17-10-19-03

Adishatz,

Voilà bien trois semaines que je retarde le moment où je m'adresserais de nouveau à vous. Et j'en profite pour remercier toutes les personnes qui restent fidèles à mes lectures dans les années fastueuses comme dans l'indigence présente. Bien que je ne manque jamais de matière pour alimenter mes réflexions il faut bien convenir qu'en cette année 2019 finissante les bois béarnais et sud gascons, à quelques exceptions près font tout leur possible pour décourager les passions.

Septembre s'en est allé sans un cèpe dans mes bois coutumiers et plus d'un mois s'est écoulé entre le 28 août et le 8 octobre avant que trois chapeaux tant aimés reparaissent sous les châtaigniers. Pour circonstance atténuante, dans le prolongement de la dernière quinzaine d'août, les trois premières semaines du mois ont été chaudes et particulièrement sèches et ce seul motif suffit à expliquer ce début d'automne calamiteux qui nous rappelle qu'au tout début du 21° siècle nous avons aussi connu des automnes sans cèpe.

L'affaire a pris une mauvaise tournure à partir de la dernière décade de septembre. Certes, la pluie est revenue, mais souvent de façon trop espacée et en quantité insuffisante, nous privant vraisemblablement du fameux choc thermohydrique ultérieur, surtout que le taux d'hygrométrie entre les brefs arrosages étaient trop faibles pour favoriser une vraie pousse de cèpes. Il en résulte que les cèpes ont été très rares dans mes terres jusqu'à l'heure où j'écris, une trentaine de cèpes noirs tout au plus, à raison de dizaines de kilomètres de marche hebdomadaires. Depuis le 8 octobre je n'ai débusqué que 4 cèpes d'été disposés aux antipodes de mon terroir et les Marterouëts sont invisibles. Seules de rares oronges dont nous nous demandions si elles reparaîtraient cette année ont égayée mes randonnées de la semaine dernière.

Sur les causes de cette indigence rare dont on espère qu'elle n'est pas irréversible alors que 2019 clôture une décennie mirifique en sous-bois, outre les séquences météorologiques limitantes de ce début d'automne, je note d'une part que 2019 emprunte beaucoup à 2018 tout en penchant nettement du mauvais côté des lignes de tension nécessaires à une belle saison fongique. Le printemps et le mois de juillet ont été pluvieux, mais un peu moins que l'an dernier, alors que des printemps plus secs semblent garants de plus belles pousses, surtout si l'été est chaud. La forte pluviométrie qui prévalait jusque mi-août a très longtemps prévenu tout stress hydrique alors que la chaleur est sagement restée bien en deçà des valeurs cataclysmiques qu'on a pu relever partout ailleurs en France. Et pour finir, la période de grand beau temps qui s'est établie après le 15 août, je répugne à parler de sécheresse pour qualifier une séquence de 4 à 5 semaines presque sans pluie, a été nettement moins longue et drastique qu'en 2018. Il est à redouter qu'arbres et mycélium n'ait jamais réellement été mis à la peine cette année et que ce soit la principale raison de la rareté.

Sans minimiser toutefois de fortes marges d'incertitude, qui sont pour nous autant d'espérances. Lesquelles devraient être levées très vite, au moins serons-nous fixés, car les très fortes pluies du début de la semaine dernière ont enfin changé la donne. Et le mycélium ne peut plus jouer la montre. Il m'est avis que si les cèpes thermophiles ne sortent pas de façon significative dans tous les bois sud-gascons qui ont été suffisamment arrosés, çà sentira définitivement le roussi pour 2019 et chacun pourra gentiment se tourner vers les préparatifs de Noël en attendant le printemps prochain. Encore que les Marterouëts, c'est toujours une autre histoire.

Adishatz !