baes-30-06-19-01

Adishatz,

Difficile de parler champignons devant un monde qui prend feu au fur et à mesure qu'il gravit les marches de l'enfer. L'été que nous laissons derrière nous ne laisse guère de doutes sur le fait que nous avancions à grand pas vers l'horreur climatique et je suis presque un peu gêné de vous relater les derniers mois de notre saison fongique dans ces conditions.

Curieusement l'ouest du Béarn n'a été affecté que très temporairement et à la marge par les deux vagues de chaleurs monstrueuses qui ont fait voler en éclat le climat de la France et bouleversé ses paysages, d'abord l'arrière-pays méditerranéen fin-juin, puis les grandes plaines du Nord et bien au-delà fin-juillet. L'installation de fortes chaleurs que je qualifierai de "saisonnières" dans le cadre d'un été ensoleillé mais émaillé de bonnes pluies orageuses jusqu'au 15 août s'est accommodée de la sortie régulière de quelques cèpes à l'unité et autres espèces comestibles dans mes terres jusqu'à la fin de ce même mois.

Deux séquences de pousse, c'est un bien grand mot, scinde notre été : la première traverse une grande partie du mois de juillet sur la lancée du mois de juin, avec un faible pic entre le 17 et le 18 avant d'être stoppée net par les prémices de la deuxième canicule le 22 juillet. La deuxième débute le 6 août, avec un ersatz de pousse jusqu'au 11, puis les cèpes continuent à sortir héroïquement jusqu'au 28. À noter qu'à la même période, d'autres secteurs du Béarn et du département qui ont bénéficié de très forts arrosages ont connu une ou plusieurs pousses (beaucoup) plus conséquentes dont il a été question dans les groupes facebook... si ce n'est trop !

Concernant les cèpes je concluerai en disant qu'ils n'ont pas démérité dans un contexte bien défavorable. L'été 2019 reste l'un des plus piètres au soir d'une décennie exceptionnelle mais ne présume en rien de l'issue de la saison.

Et je me suis fort vite consolé en constatant le magnifique été des girolles dans mes bois de la mi-juillet et la fin-août. Le regain de cette espèce initié en 2014 semble se confirmer après des décennies de déclin fort inquiétant. Ce qui aide un peu à oublier que dans un même temps, les oronges ont persisté dans leurs caprices, sortant le 14 août (chaque année un peu plus tard), boudant nombre de leurs placiers et cela va de soi, en comité restreint. Il m'apparaît de plus en plus évident que les étés chauds et orageux avantagent la paire cèpes d'été - girolles, tandis que les étés chauds et secs préparent mieux le terrain aux oronges et aux cèpes noirs.

Pour la suite et la fin de la saison, on est dans le doute raisonnable, pas dans l'inquiétude. Finalement 2019 ressemble fortement à 2018 à la même époque et j'aurais pu céder à la paresse en reproduisant les arguments de l'an dernier. La sécheresse, quoi qu'un peu tardive, qui s'est installée dans le courant du mois d'août est une bonne nouvelle pour nos paniers (sous réserve qu'il pleuve à temps bien entendu). La seule différence à mes yeux tient dans les températures, on a eu un net refroidissement dès les premiers jours de septembre, notamment des nuits bien fraîches et cet élément pourrait temporairement favoriser une sortie de quelques "Marterouëts" ou cèpes de Bordeaux isolés la semaine prochaine avant que la hausse des températures ne régularise la situation.

Adishatz !