mv-15-04-19-09

Adishatz,

Des berges totalement décapées, dévastées et retaillées, des arbres de tout gabarit arrachés et emportés sur des centaines de mètres puis plaqués pêle mêle contre leurs congénères miraculeusement restés debout, des tonnes de sable, de graviers et de galets soulevés par l'onde en furie et déposés au beau milieu des meilleures places, c'est peu dire que j'ai longtemps redouté le pire en découvrant le spectacle de ma ripisylve dans les premiers jours de mars. Comment le mycélium des morilles avait-il pu survivre à un tel cataclysme ? Et la tendance sèche qui a prévalu jusque dans les premiers jours d'avril n'était pas pour retirer au pessimisme ambiant.

Finalement, c'est avec un grand soulagement que je trouvai mes quatre premières morilles de la saison le 4 avril. Leur stade de développement incline à penser que ces pionnières étaient nées vers le 24 ou 25 mars comme les années précédentes, mais en bien moins grand nombre car leurs emplacements, habituellement généreux, avaient été en grande partie disparu sous l'effet des crues de juin 2018.

Le changement de temps radical des premiers jours d'avril 2019, avec net refroidissement et retour de bonnes pluies, se prolongeant dans le courant du mois, a impulsé un second souffle de vie à la saison, de nouvelles mitres pointant entre le 10 et le 12 avril, d'autres se faisant jour jusqu'à la date du 25 où je dénombrai mes dernières.

La saison 2019 des morilles des arribères béarnaises ne déroge en rien à la tendance lourde de la décennie depuis 2011. On se situe très en deçà du résultat médian de la décennie précédente et seul 2017, après un janvier bien froid, approche les 100 spécimens. Toutefois, vu le contexte, on se consolera en constatant que le mycélium a survécu à l'inondation séculaire de juin 2018 et en se disant aussi que 2019 parvient à stabiliser les chiffres par rapport aux saisons précédentes alors que d'excellents placiers fortement endommagés ou détruits n'ont pas vu pointer la moindre mitre.

Pour finir, quelques mots sur un printemps des mousserons qui s'est avéré encore plus famélique que le précédent, une seule trouvaille casuelle fin avril en bord de route. Ce ne sont pourtant pas les rincées diluviennes dont ce champignon raffole qui ont manqué.

Adishatz.