bonne-année-2017

            

Je me souviens de mon enfance, quand dans le voisinage, dans nos campagnes, les gens vivaient heureux du peu qu'ils avaient, sans jamais fermer les portes à clef ni clôturer leurs propriétés. Les limites se marquaient sans barbelés, presque virtuellement, avec quelques pierres judicieusement enterrées à chaque angle. Las hites ou las osques, c'est ainsi qu'on les appelait. C'est à peine si on les apercevait à la surface du sol. Chacun se promenait chez l'un ou chez l'autre, mû par un code d'honneur et les dégradations étaient rares, essentiellement l'oeuvre d'un étranger au quartier.

Peu à peu les temps ont changé. Certes, en invitant les humains à accumuler des biens matériels dans les maisons et de nouveaux outils pour les travaux extérieurs, la société de consommation et le vent de modernisation racoleurs apportèrent un peu de confort intérieur et un soulagement dans le travail. Mais ils attisèrent aussi la méfiance et la convoitise dans le coeur de l'humanité. Au fur et à mesure que les armoires et les demeures se remplissaient, que les campagnes se vidaient à cause de l'exode rural, la peur et l'isolement jetaient des verrous et des clôtures.

Aujourd'hui, cette société de consommation et l'empire, pour tout dire, la dictature du désir immanent sous lequel les décideurs nous tiennent ont profondément transformé l'ame du peuple qui vit dans un mirage, une utopie malsaine. Le bonheur absolu, "l'épanouissement personnel" et le but même de nos existences seraient la jouissance sans entrave ni censure morale. Consommer, se bâfrer sans cesse et le plus possible, nourriture, objets, êtres... Et tout individu, tout groupe humain qui défend l'idée d'une modération par le rétablissement de limites et de règles dans les rouages du monde en vertu d'enjeux politiques, économiques, éthiques, sociaux ou environnementaux, passe aussitôt pour un empêcheur de danser en rond, un obstacle au plaisir, un censeur, dans le contexte d'une idéologie néoliberale dominante qui honnit et rejette toute forme d'autorité, notamment éthique, au nom d'une (pseudo)liberté absolue.

Loin d'assurer le bonheur et la sérénité de la grande majorité de nos contemporains assis sur des conditions de vie et de travail décentes, le système économique en place les tient de fait dans un état de frustration perpétuel tout en les maltraitant de plus en plus dans la réalisation de tous les produits qu'il leur demande d'acheter et de consommer, cela va sans dire. Tout cela dans le contexte d'une mise en concurrence économique des "classes inférieures" à l'échelle planétaire et au prix d'une pollution qui va toujours en augmentant, avec de graves conséquences sur la santé humaine, les écosystèmes et l'épée de Damoclès du réchauffement climatique qui peut aboutir à une extinction de masse.

Depuis quelques temps toutefois, les consciences s'éveillent, de plus en plus de gens se lèvent et remettent en question les dogmes de notre époque. Certes, quelques mesquins embusqués s'évertuent à détourner l'attention des véritables causes de nos maux, en désignant des boucs émissaires, les immigrés, les indigents "assistés", pour l'essentiel. En dressant les exploités les uns contre les autres ils veulent retarder l'effondrement du système qui leur assura l'aisance à la sueur de nos fronts. Malgré cela un nouvel ordre du monde est en train de naître autour de nous au fur et à mesure que germent des initiatives individuelles ou collectives et que leurs porteurs se regroupent pour les viabiliser. Un monde plus respectueux des hommes et de la nature parce que plus conscient enfin de l'impact de ses activités, un monde plus fraternel aussi avec la réactivation des vieilles solidarités mécaniques campagnardes élargies et fluidifiées par Internet, un monde qui cherche à rompre l'isolement ou la juxtaposition auxquels la société de consommation condamnait chacun en réalité, en jouant l'individu contre le groupe.

Bien qu'indispensable, la victire de cet ordre nouveau est loin d'être acquise. Les ennemis sont très nombreux, puissants, leurs valets ont pignon sur rue, dissimulateurs et aux ordres. Ils détiennent la plupart des médias, financent les campagnes électorales pour être payés en retour, ils utilisent leurs relations politiques pour faire voter des lois, passer des réformes avec des objectifs précis : marteler leurs idées et couper l'herbe sous les pieds à toute forme de résistance, défendre leurs intérêts, renforcer leur suprématie et s'enrichir encore. Dans ce grand combat planétaire, au printemps, chaque citoyen français aura son mot à dire, ou plutôt son petit suffrage à exprimer. Fidèles lecteurs de mon blog ou visiteurs occasionnels, je suis incapable de vous dire quel serait le bon choix et ce n'est pas mon tempérament. Toutefois, si vous êtes demandeur d'un bon critère d'élection, choisissez la ou le candidat qui vous semble le plus à même de rendre à notre monde ses limites sans lesquelles le pire devient probable.

Bonne année 2017 à toutes et à tous !