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Adishatz a tots,

La saison 2015 qui m'aura délivré son dernier cèpe d'été le 9 janvier, pulvérisant son propre record du 31 décembre (un edulis) et laissant désormais à plus de 15 jours l'ancien record de 1989 pour l'espèce estivale, a surpris les observateurs de par son démarrage précoce et l'intensité exceptionnelle de son premier semestre, même si la rigueur de l'hiver et la vague de froid de la première décade de février étaient de bons présages. Quoi que la sécheresse qui a prédominé à partir de l'été et les températures du sol devenues trop froides depuis la fin du mois de septembre malgré des mois de novembre et décembre extrêmement doux n'ont pas permis la pleine expression du potentiel mycélien des cèpes thermophiles sur lesquels portent mes projections dans mes coteaux où edulis est très rare, l'intensité de la saison ne s'est jamais démentie et on a même donc vu de vaillants aestivalis ressortir après Noël. On peut de ce fait considérer que les projections saisonnières pour l'exercice 2016 ont été validées dans les grandes lignes.

Prédire avec précision l'intensité d'une saison, sa chronologie et la quantité totale de bolets que celle-ci délivrera relève pour l'instant de l'impossible ou du charlatanisme. Reste que la nature gratifie les naturalistes appliqués et assidus, de menus signaux autorisant à en dégager quelques tendances lourdes. Ma méthode, loin d'être infaillible car rudimentaire et écartant d'autres paramètres que pour la plupart, je ne suis pas en mesure d'appréhender et donc d'intégrer, tenait, il y a peu encore, que la courbe d'activité et de fructification du mycélium de cèpes serait plus ou moins inversement proportionnelle aux courbes de températures de la saison creuse. Autrement dit, plus un hiver sera rigoureux, plus nous aurions de chances de trouver de cèpes au cours des mois suivants, notamment au printemps et en été, plus un hiver sera indolent, plus il serait à craindre que nos paniers volent au vent. Le rendu des dernières saisons 2013 et 2014 interroge cette hypothèse qui semblait se vérifier in situ depuis de nombreuses années en établissant que d'autres facteurs peuvent se substituer au froid en tant que moteurs du cèpe. Il ne fait plus de doute en effet que les cèpes peuvent pousser abondamment en l'absence totale de froid hivernal. Le froid reste bien un des propulseurs les plus fiables de la saison des cèpes (il est significatif au passage que son absence depuis deux hivers nous a privés de morilles au printemps), à fortiori les gelées tardives qui déclenchent des pousses fin-avril ou début-mai, et semble régler le tempo du printemps. Mais en son absence, d'autres facteurs extérieurs peuvent presser le mycélium de fructifier. Les bienfaits de périodes (très) chaudes et (très) sèches (stress hydrique) sont ancrés dans la culture empirique du champignon depuis des lustres et validés par l'expérience. Il convient à présent d'intégrer le vent violent, qu'il s'agisse des tempêtes exceptionnelles comme Lothar et Martin en 1999, ou Klaos le 24 janvier 2009 dans le Sud-Ouest (la saison 2009 en Béarn fut excellente), ou de tempêtes "classiques" à répétition comme celles qui ont caractérisé l'hiver 2014 et dans une moindre mesure 2013, à la liste des facteurs susceptibles de provoquer une vive réaction vitale du mycélium. Cette idée ne date pas de l'hiver 2014, elle chemine en moi depuis l'été 2010, saison exceptionnelle aux Pyrénées, où j'ai cueilli des kilos de cèpes sur les crêtes et les versants sud, sous les hêtres et les sapins mutilés et grièvement blessés par la tempête Xynthia au mois de mars. Les vents violents doivent fragiliser voire briser la relation mycélium-racines des arbres, et ceci s'aggrave sans doute dans le cas de sols détrempés et instabilisés par les pluies diluviennes qui furent notre lot au cours des hivers 2012-2013 et 2013-2014.

Pour dégager et actualiser mes projections, je me fonde sur des données climatiques "maison", enregistrées, et je m'efforce d'intégrer les projections climatiques saisonnières actualisées et publiées régulièrement par certains services tels que celui des sites de la Chaine Météo ou de Météo-Villes qui fournissent un outil intéressant pour tout mycologue afin d'ouvrir des perspectives à plus long terme dans le courant de la saison froide. Au final, seul le temps vérifié au sortir de l'hiver puis lors du premier semestre autorisera une projection fongique un peu plus affine, dans la mesure où les accidents climatiques survenant après le mois de juillet semblent impacter davantage la saison suivante que celle en cours.

Un hiver 2015-2016 désespérément doux, dans un premier temps très sec puis très pluvieux...

Malgré un net rafraîchissement dès le 1er septembre, des gelées extrêmement précoces à la mi-octobre, les mois de novembre et de décembre 2015 se sont avérés désespérément secs et doux, et le coup de froid et les pluies diluviennes de la dernière décade de novembre n'y avaient rien changé. Dès le 1er janvier cependant on a vu revenir la pluie en force et les mois de janvier et février affichent un excédent mensuel proche de 200%. Concomitamment quoi que les températures ont perdu de leur superbe depuis la fin de l'année 2015, aucune vague de froid significative n'est venue infléchir la tendance générale d'un hiver beaucoup trop doux. Où les gelées sont restées rares et la seule journée froide que j'aie comptabilisée remonte à fin novembre. En deuxième quinzaine de février et en ce début de mois de mars la déception est d'autant plus grande que l'on sent bien que le froid est à l'offensive sans parvenir à s'imposer. Si dans un passé récent, des saisons mirifiques en cèpes ont démontré que ces derniers réagissaient fort bien aux basses-saisons très pluvieuses pour peu que les printemps suivants soient assez ensoleillés et chauds, les hivers doux, voire très doux, en l'absence totale de gelées et de froid, ne promettent en rien le bonheur, que ce soit en sous-bois à la saison des cèpes, où dans les ripisylves au printemps des morilles. Et il convient d'ajouter qu'à la date où j'écris aucune tempête majeure ou série de tempêtes modérées ne sont venues inquiéter le mycélium dans sa relation à l'arbre hôte au pied des Pyrénées, ce qui n'est pas pour nous déplaire au demeurant. Autant dire que rien ne semble jouer en notre faveur pour l'instant.

Pour les deux prochains mois, les tendances saisonnières dont nous disposons et qu'il convient d'appréhender avec beaucoup de réserve, persistent à nous prévenir d'un temps globalement frais, pour ne pas dire froid, et (très instable).

Saison des champignons 2016 : pour la première fois depuis 2010 le temps pourrait avantager les morilles au détriment des cèpes...

Sur la foi de ces projections saisonnières, dont il faut reconnaître qu'elles avaient vu juste concernant l'hiver, la poursuite d'un temps pluvieux à caractère de giboulées dans une ambiance fraîche voire froide pourrait enfin créer les conditions d'un beau printemps des morilles depuis les plaines jusqu'en altitude (si tant est que ces dernières ont un impérieux besoin de vivre ce qui n'est pas la moindre des énigmes) tout en repoussant les premiers cèpes au mieux en dernière décade d'avril, localement, voire en mai.

La mission du printemps qui s'ouvre s'annonce d'autant plus délicate qu'après un aussi faible hiver la mise en place d'une période (très) chaude et (très) sèche, dans la durée, avant l'été, semble indispensable à motiver une bonne tenue de la saison des cèpes. Il va donc de soi que si la tendance (très) humide et (très) fraîche devait se prolonger en mai et juin, la situation pourrait rapidement sentir le roussi. Même si le seul été 2013 chaud et sec avait suffi à assurer une très belle pousse automnale après 8 mois exécrables de déluge et de fraîcheur.

Adishatz !