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Adishatz,

Glissant sur les coteaux, les nuages ténèbreux venus de l'océan déversaient leur crachin lancinant qui invitait à garder le chaud de la tannière. C'est dans cet environnement peu engageant que je me suis élancé samedi 20 décembre en début d'après-midi, à travers les chemins boueux et glissants de la campagne nord-béarnaise. Il convient de préciser que quelques infos glanées la veille sur Internet m'avait mis en transe et me portaient dans l'effort.

Parvenu au faîte de la colline d'un village des environs, mis en préalerte par des sons de cors dans le lointain, je fus un temps dépité à la vue de processions de chasseurs qui se postaient sur les allées et les bordures qui ceignent la sylve prometteuse vers laquelle je me hâtais à deux bons kilomètres encore. Impossible de risquer la mitraille pour quelques cèpes hypothétiques...

Très vite, je me rangeai à l'avis d'une petite voix intérieure qui me suppliait de changer mon projet en obliquant vers les sylves d'un autre village qui m'avait déjà comblé depuis le mois de novembre. Et me voilà donc reparti pedibus sur la route tandis que le crachin s'était mu en un rideau de pluie drue...

Pour si surprenant que cela puisse vous apparaître, un chant allègre montait en moi au fur et à mesure que les hauteurs du bourg s'affinaient sous les cieux chagrins, comme une eau souterraine, tout en contension. Il faut vous dire que depuis longtemps j'ai fini par ne plus douter que Dame Nature envoie parfois des messages à qui sait les décrypter, comme d'interposer ces chasseurs pour vous dérouter et vous donner à comprendre que votre intérêt est ailleurs.

Parvenu au dit village, à l'orée du bois, je balaie la petite route du regard pour m'assurer que nul ne m'a vu. Personne ! D'un bond je franchis le bardeau qui me sépare des premiers arbres en contrebas. Et là d'emblée je vois le premier, qui sourd des feuilles détrempées à trois mètres. Alors, avant même que je décelle son frangin, non loin de là, comme une libération, l'allègresse me submerge pour le reste du jour. Sans peine j'en trouverai quatre autres, la plupart jeunes et fermes. Mais un seul eût suffit à ma conclusion : cette année les jolis cèpes de Bordeaux ont décidé de passer les fêtes de fin d'année dans nos bois et je ne serai pas de ceux qui bouderont leur plaisir.

Adishatz !

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