baer-26-08-14-21

Adishatz,

Le mois d'août finissant a revêtu les cieux de ce grand bleu profond qui nous prévient que l'été est sur le départ et que nous sommes rendus aux portes de ce grand mois de septembre où tout s'embrase ou dépérit.

Contre toutes nos espérances folles, les semaines parcourues depuis la pousse appréciable de la première quinzaine de juillet n'ont opéré aucune modification, fût-ce à la marge, quant aux tendances isolées très tôt dans l'été. Après avoir déclenché la pousse en induisant un choc thermo-hydrique vigoureux sur un sol préchauffé par le printemps, notamment la première quinzaine de juin, bien chaude, deux épisodes de puissants orages, particulièrement le dernier, survenu le 5 juillet 2014, ont circonscrit cette même pousse aux seules lignes de crêtes et versants suffisamment élevés et bien exposés de nos coteaux, tout en avortant et décourageant l'activité mycélienne en versant nord et dans les fonds de coteaux, où les températures du sol étaient subitement devenues trop froides, ou par "noyade" dans les grandes étendues boisées planes où les sols peinent davantage à évacuer leurs surplus de pluviométrie. Il y a bien eu une très légère embellie sur ce point, entre le 14 juillet et la première décade d'août, où une infime hausse des températures a vu les cèpes poindre à l'unité dans ces secteurs délaissés, ainsi que de trop rares oronges. Mais, pour la première fois depuis des décennies, le mois d'août, sur lequel nous savons habituellement pouvoir compter pour compenser les déboires de juillet, a été très rapidement repris dans un flux zonal frais et dynamique et les trop rares journées sèches et éclaircies intercalées (je n'ose pas utiliser le vocable ensoleillées) furent bien impuissantes à compenser les effets castrateurs induits par des averses et des orages à répétition sur des sols déjà trop froids.

Il en résulte donc une configuration singulière s'agissant de l'activité du mycélium dans le courant de l'été. Sans atteindre le niveau de début juillet, toutes les semaines écoulées m'ont livré quelques cèpes noirs et cèpes d'été sur les mêmes places bien chauffées, presque quotidiennement. Toutefois, les trouvailles s'amenuisent depuis le 15 août parce que même là, à force d'abats d'eau froide, les sols commencent à accuser la baisse des températures.

Tournant le dos à ce mois d'août et à cet été qui ne fut jamais, il nous faut désormais reporter toutes nos espérances sur le mois de septembre. Et les vieux briscards qui me lisent savent combien il peut s'avérer un faiseur de roi, un bienfaiteur des causes désespérées, transformant les citrouilles en carrosse. L'histoire climatique récente est peuplée de grands mois de septembre ensoleillés et chauds, soit dans la continuité de l'été, soit en rupture avec celui-ci. 1985, 1987, 1990, 2005, pour n'en citer que quelques uns d'illustres. Seul un septembre de cet acabit me semble à même de réparer les méfaits de l'été en asséchant enfin nos sols et en redonnant suffisamment de hauteur à leurs températures, les prédisposant à ce fameux choc thermique et hydrique ultérieur, indispensable à lancer la saison chez certains de mes confrères qui languissent de trouver leur premier cèpe tout comme à relancer la mienne, privilégié que je reste... Sans cela, nous trouverons bien quelques cèpes à la fortune des averses de l'automne, notamment des edulis, qui semblent avoir goûté ces conditions humides, mais je crains que le résultat final soit alors bien en deçà des espérances que le printemps avait levé...

Adishatz !