baer-13-07-14-09

Bonjour à tous,

La fatigue liée à un mal coriace qui ne me laissait aucun répit depuis près de trois mois, la lassitude générée par les petites luttes intestines et autres crasses mesquines qui broient les hommes et ravinent notre institution, presque toujours à l'insu du public, que l'on abuse et berce de zuaves paroles... Et pour finir, cette invraisemblable pousse de cèpes qui a rempli mes trois premières semaines de vacances. Me voici de retour après plusieurs mois d'abstinence. Si ne sommes-nous que des hommes ?

Avant de m'attarder sur ce mois de juillet considérable, il est indispensable de glisser deux mots sur le printemps 2014. Lequel, dans la continuité de la découverte précoce des premiers cèpes, le 23 avril, s'est avéré particulièrement productif et prometteur, proposant aux amateurs de jolies trouvailles d'aestivalis souvent postés sur les bordures, c'est une particularité de cette saison... Pour les aereus, il aura fallu attendre début juin, avec l'orientation des températures à la hausse, mais les noirs sont restés bien discrets en juin. C'est à cette époque qu'on a aussi vu poindre les premières girolles, en troupes nombreuses à la faveur des orages. Ce dernier printemps souffre volontiers la comparaison avec son illustre devancier, 2011, l'apparition des premiers bouchons et les pousses plus significatives observées en mai coïncident.

Puis, alors que les cèpes continuaient à se montrer joliment, les météores se sont attachés à placer la saison 2014 en orbite. Des orages exceptionnels ont déversé des hectolitres d'eau sur mes coteaux les lundi 23 et mardi 24 juin. De nombreuses girolles en tête d'épingle se mirent alors à croître presqu'à vue d'oeil de sorte que sous deux jours le sol de nos bois en fut localement tapissé. Simultanément on vit éclore des bouchons de cèpes, dans une grande majorité des aestivalis, un peu partout, précurseurs d'une pousse de grande ampleur.

C'est dans ce contexte, alors que les jours qui suivirent furent relativement frais et assortis de nouveaux arrosages modiques, que survint, l'improbable, un deuxième orage exceptionnel, accompagné de pluies torrentielles et cette fois localement gréligène, le mardi 1er juillet 2014. Dans l'ambiance douce et humide de fin septembre ou d'octobre qui caractérisa la première quinzaine de juillet, il n'en fallait pas davantage pour que les cèpes, se croyant en automne comme en juillet 2011, se missent à lever en masse et très rapidement dans les bois, d'abord les aestivalis puis les aereus. Je fus en effet frappé par la célérité de croissance des spécimens, gagnant plusieurs centimètres par jour. Ces cèpes étaient de grande qualité, certains n'étant véreux que dans le pied et très souvent récupérables. Cette pousse occupa toute la première quinzaine de juillet et déborda amplement tout en s'étiolant jusqu'en fin de deuxième décade, avec une luxuriance de girolles comme l'Entre-deux-Gaves n'en avait pas connue depuis au moins 20 ans. Combien de fois me suis-je ému, émerveillé, devant ces parterres de girolles surgis sur des territoires qu'on leur croyait perdus, d'autres encore où on en avait jamais vues. Quoi qu'il advienne, 2014 restera un millésime exceptionnel pour la girolle et après des décennies d'insoutenable déclin, voici que lève enfin un formidable espoir pour cette espèce...

Il n'en va pas de même pour l'oronge, qui ne s'est guère montrée tout au long de ce mois de juillet, les principaux sujets étant découverts en dernière décade, coïncidant avec la remontée graduelle des températures. C'est à cette époque-là qu'on vit aussi les aereus descendre en petit nombre dans les bas-fonds humides et frais, jusque sur les berges des ruisseaux où seuls de rares aestivalis, espèce moins thermophile, avaient daigné venir au cours des trois premières semaines du mois. Ceci illustre en quoi juillet 2014 ne se peut raisonnablement comparer avec juillet 2011 (certes survenu en deuxième quinzaine). Le second orage torrentiel aura probablement éteint toute vélléité de grande pousse dans ces vastes étendues de bois fraîches et humides, en provoquant une chute des températures du sol en dessous du seuil d'activité, et que le trop faible ensoleillement des jours suivants, lui-même neutralisé par de nouvelles averses, n'a jamais pu compenser, déjà que le printemps 2014 n'a pas été aussi chaud que son concurrent, loin s'en faut.

Au final, il est important de noter que juillet 2014 a toutefois nettement devancé son homologue de 2011, ce qui n'est pas un mince exploit, sur les caps exposés, les bois perchés en haut des coteaux autour des lignes de crête, tous ceux qui ont pu bénéficier d'un ensoleillement suffisant en continu depuis le printemps, même si, là-aussi, on note qu'aereus est minoritaire, ce qui n'est pas anodin...

Ce soir, alors que la saison est loin d'être terminée, nous ne pouvons que nous réjouir en constatant que ce millésime 2014 sur la teneur duquel un hiver trop doux nous avait laissés dubitatifs, s'inscrit d'ores et déjà dans la lignée des bons crus précédents. Qui vient de s'octroyer la plus belle pousse depuis plus de trente ans en première quinzaine de juillet...

Adishatz !