Ce que nous appelons béatement "dérapage" est cet intervalle où l'individu, simple mortel ou politique, abandonnant le masque du discours convenu et des civilités, laisse transpirer la laideur répugnante de ses pensées profondes. Pour le simple mortel, la sincérité relève le plus souvent des conversations privées ou de comptoir, à l'emporte-pièce. Le politique lui, sait pertinemment que laisser filtrer ses passions, de préférence les plus haïssables, lui attire immédiatement la sympathie des masses silencieuses qui dans le cadre privé ou sur le zinc pensent comme lui. Il y aurait donc bien moins de "dérapages" que de viles spéculations dans les rares instants de vérité de certains politiques. Reste que lorsqu'une gamine d'Angers s'autorise à traiter une ministre de la République de "guenon" en lui jetant une banane, c'est bien que d'innombrables "dérapages" privés et publics ont conflué en amont pour légitimer cette attitude. Et de fait, de nombreux français pensent désormais que Taubira et tous les gens de couleurs dont elle est devenue tout à la fois l'emblème et la victime expiatoire ne sont pas tout à fait des hommes. Pour l'avenir, c'est bien cela qui est terrifiant...