En ce soir d'octobre, quand depuis quelques jours, sous l'azur immuable du ciel s'instille un air plus vif qui blanchit nos guérets, force est de reconnaître que les dernières semaines se sont avérées particulièrement ingrates envers les chercheurs de nombreuses régions de plaine, n'offrant que de rares cèpes isolés aux plus heureux et acharnés. Des apports hydriques trop disparates et insignifiants dans un contexte de flux de sud très chaud et sec prolongé restent l'explication la plus recevable à cette période d'indigence fongique. Sans oublier que les pluies d'orage plus consistantes des tout premiers jours du mois étaient vraisemblablement survenues trop peu de temps après la grande pousse de septembre alors que le mycélium éprouvé par cette fructification massive était en phase de "recharge". Enfin, si les cèpes n'ont pas refait surface dans le courant de ce mois d'octobre, c'est peut-être aussi en vertu de cette théorie personnelle à laquelle j'accorde de plus en plus de crédit, que finalement ce même mycélium aurait délivré la quasi-totalité de ses spores sur la seule dernière décade de septembre.

Ainsi résumé et ficelé tout inclinerait à conclure que le lustre de 2013 tient à une poignée de jours de septembre et qu'à l'avenir, cèpes de Bordeaux mis à part, il ne se trouvera plus rien dans nos sylves de plaine. Si la raison et l'expérience nous dictent de ne pas écarter ce scénario minimaliste, de nombreux éléments se dressent contre la résignation gagnante qui, loin de raccrocher les bâtons, nous invitent à garder un oeil sur nos bois, au moins tant que le gel n'aura pas tout éteint. Certes cette longue séquence de vents de sud a pu décourager les plus téméraires des cèpes, mais elle a aussi contribué à rehausser la température des sols jusqu'à des niveaux tout à fait compatibles avec une pousse automnale. L'absence totale et le retard pris par certaines espèces obligées de l'époque, les amanites panthères et phalloïdes, les clitocybes, les tricholomes (dont le saponacetum qui chaque automne obnubile mes sous-bois), les clavaires, les coulemelles et les tue-mouches sur les places à edulis, attesteraient même plutôt des sols encore trop chauds et/ou déshydratés pour une pousse, du moins jusqu'au rafraichissement nocturne de ces derniers jours. Or, alors que l'astre à l'oblique peine désormais à percer la feuillée et à sécher les sols de ses rayons, avec le retour de températures très douces en première quinzaine de novembre et la prévision de copieux arrosages jusqu'en début de semaine prochaine, dans le cadre de la grande pousse générale retardée, l'hypothèse d'un retour des cèpes noirs et des cèpes d'été, depuis un modique chant du cygne jusqu'à un scénario époustouflant à la novembre 2011, est fort probable...

Adishatz !