Ce soir, dans la paix du couchant, le soleil réfractait ses tons ambrés à travers les cirrus grisonnants. Je rentrai placidement à Hauguernes, rasséréné par une longue promenade dans la campagne béarnaise d'octobre. Soudain, comme j'arrivai à une croisée de petites routes vicinales, le mugissement d'un véhicule en furie me mit en alerte. Je m'arrêtai sur l'accotement devant l'impétuosité d'une conductrice surgissant d'un virage au volant d'une grosse berline noire.

Puis je repris mon avance, quelque peu décontenancé et songeur, devant ce genre de comportement où l'inconscience le dispute à la muflerie et à l'incivisme. Parvenu au sommet du virage, je vis une petite chose gisant sur le bord de la chaussée. D'emblée il m'apparut qu'il s'agissait d'un petit oiseau. Au fur et à mesure que je m'approchais, il me sembla qu'il bougeait encore. Sur place je reconnus un rouge-gorge, qui tentait désespérément de reprendre ses esprits puis son envol dans une lutte vraisemblablement perdue d'avance. Emu, je soulevai délicatement l'infortuné, le tenant un instant dans le creux de ma main et caressant son doux plumage duveteux. Alors, sentant ce petit coeur meurtri battant à se rompre, avant de le laisser reposer dans l'herbe de la prairie mitoyenne, je lus dans ses yeux de jais toute l'absurdité d'un monde violent, égocentré, et qui de plus en plus se grise de sa puissance.

Hélas, sur ce point comme sur bien d'autres, cela fait bien longtemps que je ne doute plus qu'un homme est ce qu'il fait, rarement ce qu'il dit...

Adishatz !