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Ceux qui me lisent s'en souviennent, le 16 décembre 2012, au crépuscule d'un automne ténébreux et boueux, où tout prédisposait corps et âmes aux festivités de Noël puis à l'hivernage, une mousseronnière anachronique et prodigieuse a fait irruption dans ma petite vie de naturaliste attentionné en disposant au pied d'une aubépine, près d'une petite route de l'Entre-deux-Gaves, une dizaine de mousserons bonhommes et colorés, transfigurant fortuitement un après-midi de promenade maussade et sollicitant mes neurones d'une foule de questions, autant d'objets d'études dont je m'étais épanché ici dès le premier article : cette mousseronnière, baptisée Cambòt, était-elle exclusivement automnale ? Ou bien, les mousserons y reparaîtraient-ils en plein hiver s'il n'était pas trop rigoureux ? Et dans ce cas, y en aurait-il encore au printemps, qui reste leur saison dévouée ? Enfin, quelle serait l'évolution de cette mousseronnière au fil du temps, les Saint George s'y montreraient-ils par exemple au cours des prochains automnes ? C'est qu'à l'euphorie de la découverte le disputait déjà la stupéfaction et la volonté de comprendre...

Depuis ce dimanche 16 décembre en habits de lumière, près de cinq mois ont passé où j'ai vogué de surprise en surprise et d'émerveillement en émerveillement...

Quelques saillies de mousserons solitaires en janvier et février suffirent à démontrer que Cambòt n'observait pas de trève hivernale. En vertu de quoi le 12 mars, juste avant la tempête de neige qui ensevelit nos coteaux, je cueillais une dizaine de sujets de belle taille, préalablement repérés le 3 février, minuscules, l'introduisant ainsi dans le cercle fermé des mousseronnières bifères.

 

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Après la fonte des neiges, en deuxième quinzaine de mars, l'herbe des accotements entrant en croissance rapide, j'eus la faiblesse de penser que plus aucun calocybe n'aurait l'aplomb de défier une végétation luxuriante et désormais haute de 30 centimètres. Je sous-estimais en cela la pugnacité et la vaillance des mousserons de Cambòt. Le 14 avril, comme je partais photographier les ascomycètes printaniers près des sources d'un cours d'eau, croisant à proximité, l'instinct commanda de passer au peigne fin les massifs de pâturin et de gratteron au pied de l'aubépine et du barbelé. Bientôt je les vis, sept Saint George rondouillets en cours de croissance dans l'herbe grasse, attestant la capacité de cette mousseronnière de soutenir trois fructifications massives, depuis la fin de l'automne jusqu'au début du printemps, sans compter les taxons isolés découverts en janvier, février puis fin-mars.

 

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Pour l'heure, la dernière prouesse de Cambòt date du 29 avril. Ce soir-là, galvanisé et ne m'étonnant plus de rien, revenant de prospection, je me pris à fouiller sous les branches basses enchevêtrées et à examiner les hautes herbes de l'autre côté de l'aubépine quand j'en avisai huit. Un facétieux était juché sur le tronc de l'arbuste...

 

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En quelques mois la nature a donc répondu à la plupart de mes interrogations au sujet de ce prodige. Seul l'avenir dira si cette merveilleuse petite mousseronnière, productive et vraisemblablement pérenne, remettra le couvert, chaque année, à commencer par l'automne prochain...

 

Adishatz !