Une piètre saison des espèces hivernales :

Le déficit hydrique de 2011, malgré un décembre plus arrosé, puis la grande vague de froid de fin-janvier et surtout de la première quinzaine de février 2012, la douceur des fêtes de fin d'année et des premières semaines n'y ayant manifestement rien changé, l'hiver fut bien ingrat envers ses espèces inféodées, les pézizes veinées et autres oreilles de Judas, venues en troupes moins nombreuses, plus tardivement (à partir de mi-janvier), avant d'être stoppées par le gel en pleine croissance.

Mousserons à la traîne, morilles à la peine :

Le millésime 2012 des morilles et des mousserons ne laissera pas de souvenir impérissable à la plupart d'entre nous. Les frimas de février coïncidèrent avec le rétablissement d'une sécheresse drastique sur de nombreuses régions de France et jusque dans ses vieux jours, par une ambiance de plus en plus chaude, le mois de mars fut presque exsangue.

Dans ce contexte extrêmement défavorable les premiers mousserons juvéniles pointèrent dans leurs appartements lors des tout derniers jours de mars. Pour les morilles je dus attendre le 8 avril pour déceler ma première mitre parmi les pousses d'orties. Le lendemain, du bassin d'Arcachon, me parvenait une nouvelle qui leva bien des espoirs, mon ami Fabrice venait de trouver ses premiers cèpes. Il s'en était donc fallu de peu que le seigneur des forêts vînt avant l'amoureuse des mariages à la crème du printemps.

Avec le retour de pluies abondantes et de températures plus frâiches et donc plus conformes aux normales saisonnières en première décade d'avril, la croissance des petits mousserons de fin-mars fut hâtée et la plupart vinrent à maturité dans les parages du 20 avril. Toutefois, d'autres naissances avaient eu lieu entretemps, à la faveur des fortes pluies, de sorte qu'il se trouvait encore quelques mousserons retardataires fin-avril et début-mai sur mes coteaux de l'Entre-deux-Gaves. La saison des Saint George 2012 reste médiocre, quoique légèrement meilleure en effectifs que 2011.

L'inventaire est encore plus sinistré s'agissant des morilles. Ces dernières, majoritairement venues à maturité en dernière décade d'avril, quoique de fort belle composition, fructifièrent en comité restreint pour la troisième année consécutive. Quelques retardataires y paraissaient encore en première décade de mai...

Des cèpes contrariés mais d'attaque :

Les trouvailles de Fabrice, dès le 9 avril en bord de Leyre, corroborées par mes propres rencontres de nombreuses amanites épaisses et vineuses à cette échéance, abondèrent mon optimisme à l'aube d'une saison que beaucoup guettaient avec scepticisme, redoutant l'année blanche après le millésime exceptionnel.

De fait, le déluge réfrigéré d'avril aura amputé la saison d'au minimum trois semaines de fructification tout en ravivant nos doutes. Finalement, je découvris mon premier cèpe le 17 mai, après quelques journées de chaleur croissante et les premiers orages de printemps.

Les deux dernières semaines de mai virent percer quelques cèpes sporadiques, exclusivement des aestivalis, puis avec le mois de juin, à la faveur d'arrosages copieux et de températures modérément élevées, la fructification prit de l'ampleur.

Le 10 juin, je trouvai mon premier pinophilus en forêt d'Issaux, le 15, ce furent les 3 premiers aereus près de la maison.

Les trois premières semaines de juillet 2012, sur la lancée d'un mois de juin à la productivité modique mais constante, s'avérèrent tout aussi prometteuses en sous-bois, les cèpes continuant à venir au gré des averses et de températures amènes.

Du 20 au 26 juillet, suite à arrosage plus conséquent, une pousse estivale d'intensité modérée troubla la paix des couverts tout en ravivant nos souvenirs de l'été 2011. Aereus et aestivalis plastronnaient un peu partout dans les sous-bois de l'Entre-deux-Gaves lors du premier coup de chaleur significatif de fin-juillet.

Puis, défiant toute probabilité et vraisemblance, une poussée remarquable d'aereus coïncida avec le premier pic caniculaire des 7, 8 et 9 août. Des cèpes noirs splendides se jouaient de la torpeur à l'ombre de nos châtaigniers. Si bien qu'au faîte de l'été, sans soutenir aucunement la comparaison avec son illustre prédecesseur, d'abord que les conditions climatiques ne l'autorisaient absolument pas, 2012 se trouva momentanément en tête des saisons de la "normalité" et le scénario rêvé d'un deuxième millésime anthologique de rang, gagnant en probabilité, faisait alors tourner la tête à plus d'un passionné.

Après le 10 août, la sécheresse, les épisodes caniculaires itératifs, la saison marqua durablement le pas et la montagne d'Issaux, déjà que l'entame y avait été très poussif, ne fut jamais en mesure de prendre le relai, si ce n'est une pousse d'aestivalis un peu plus vigoureuse, aux environs du 14 août, lors d'une sortie collégiale avec l'ami Fabrice.

Les cèpes reparurent dans l'Entre-deux-Gaves durant la première décade de septembre, consécutivement à un cumul de précipitation approchant 40 mm fin-août. il s'agissait très majoritairement d'aereus et, au cours du week-end des 8 et 9 septembre, une fructification massive fut observée dans les versants exposés au nord ainsi que les bas-fonds humides, générant çà et là des colonies mirifiques de cèpes noirs par dizaines sous quelques chênes isolés. Cette pousse localement époustouflante mais globalement modérée car ne parvenant jamais à se généraliser à tous les bois, notamment ceux des hauteurs bien exposées, se prolongea jusqu'à la fin du week-end des 15 et 16 septembre en plaine.

Dans la deuxième quinzaine de septembre, les edulis des hautes sapinières d'Issaux, entre 1100 et 1700 mètres d'alt., qui avaient commencé à pousser en première décade, me fournirent un merveilleux prétexte à oublier le tarrissement des aereus et des aestivalis de l'Entre-deux-Gaves. Flanqués de quelques pinophilus, leur grande saison battit encore le plein en première décade d'octobre, avant de décliner dans le courant du mois comme ils dévalaient les pentes vers l'étage montagnard et celui, inférieur des aestivalis resté désespérément inoccupé cette année encore.

Le week-end des 29 et 30 septembre vit l'amorce d'une nouvelle pousse en plaine. De fait, comme sa devancière cette dernière, tout en montant en puissance avec l'avance d'un mois d'octobre de plus en plus arrosé, ne gagna jamais pleinement les bois thermophiles.

Finalement, alors que les pluies diluviennes du week-end des 19, 20 et 21 octobre avaient suscité énormément d'espoir à l'horizon de Toussaint et de Novembre, alors même que ces espoirs étaient abondés par l'avènement enfin étendu à tous les bois, de colonies de cèpes miniatures à partir du jeudi 25 octobre, le froid et le gel précoce et persistant qui déboulèrent à partir du samedi 27 éteignirent progressivement toute espérance au fur et à mesure qu'ils figeaient les jeunes cèpes qui sortaient encore de l'humus. Il se trouva bien quelques spécimens jusqu'au 9 novembre dans mes petits bois alentours, d'autres encore dont un aereus de 1kg dans quelques chênaies très productives de Burgaronne jusqu'au 17, mais nous eûmes beau scruter, les frimas précoces et les pluies d'arrière-automne ont eu raison des ardeurs de Monsieur Cèpe et 2012, quoiqu'excellente, ne fut donc jamais en mesure de rivaliser avec son aînée.

De retour à Issaux le 14 novembre, je fus heureux de déterrer encore 5 edulis vers 800 mètres d'altitude sous les hêtres et les bouleaux. Le 21 les cèpes n'y paraissaient plus mais je regagnai mon antre avec un joli fond de panier de girolles et de trompettes.

Après cette date, la fin de saison se déroula exclusivement en plaine avec les grands classiques des jonchées de feuilles, les trompettes de la mort, très en jambe ainsi que les chanterelles cendrées (habituellement très discrètes en plaine), les pieds de mouton et les chanterelles en tube, égaux à eux-mêmes. Vers la fin du mois je dégotai une jolie poëlée de girolles tardives sous quelques hêtres résiduels.

Et puis, rompant l'atonie de cette morne agonie, il y eut ce trait de génie, ce dimanche16 décembre des ténèbres surgi, où, sous une aubépine, en bordure de la petite route d'Orion, parti randonner sans plus rien attendre, je dégotai 10 mousserons de printemps dont la beauté le disputait à l'invraisemblable.

Le grand ballet fongique 2012 ainsi cloturé et magnifié, lui tiendra-t-on rigueur d'avoir un peu écourté la représentation des cèpes si tel était le prix ?