Dieu est mort sous les pavés de mai 68 et il nous est apparu plus confortable de trousser la morale dans nos mouchoirs de poche. Tour à tour, les idéologies et les projections collectives se sont amuies devant la séduction de l'individualisme avant que de se fracasser sur le mur des réalités, de l'intempérance et de l'insatisfaction chroniques. Bientôt, il a été demandé à l'école de la République de se borner à formater la jeunesse en simple rouage, en boulon d'un mécanisme économique aberrant qui l'écrase et la broie du poids de toute son iniquité. À présent le culte de l'argent s'est substitué à toute autre transcendance et la valeur de nos vies se mesure presqu'à la seule aune de notre compte en banque. Et tous de pousser des cris d'Orfraie devant le délitement d'une société où les filouteries grandissantes vont bon train et où les auteurs des crimes les plus abominables vantent leurs prodiges sur Internet. C'est qu'on s'est bien gardé de nous dire : comment un boulon, dans un monde sans "dieux", sans repères structurants, sans projet de vie et sans éducation émancipatrice, pourrait-il avoir une éthique ?