Le pic de chaleur du mercredi 27 juin marque à n'en pas douter le coup d'arrêt de l'envol printanier des cèpes 2012 en terres gasconnes et invite chacun de nous à se retourner et à tirer les enseignements de ce premier temps fort où s'ébauchent déjà les grandes tendances de la saison.

Un démarrage extrêmement précoce...

La fin de l'hiver 2011-2012, après la grande vague de froid de février, ainsi que le mois de mars, furent caractérisés par une météorologie exceptionnellement ensoleillée, sèche et chaude, surtout en mars. Dans ce contexte, l'irruption des premiers orages, début-avril, donna à 2012 de briller. Dès le 9 mon confrère et ami, Fabrice, m'envoyait quelques photos d'aestivalis trouvés en bord de Leyre près du bassin d'Arcachon, battant d'une semaine son record personnel de précocité. Cette prouesse me conforta dans l'idée que 2012 ne serait pas une saison "blanche" comme il en surgit parfois après un millésime exceptionnel. Pour ma part, je devrais patienter davantage...

En avril ne te découvre pas d'un filament mycélien...

C'est qu'en ce premier semestre particulièrement contrasté et déjanté, les pluies froides se sont invitées en Béarn sans leurs orages précurseurs. De ce fait, tout processus fongique en dormance (hormi les habituels mousserons et morilles), nous n'eûmes pas l'heur de certains confrères girondins.

Mai referme la parenthèse... lentement !

Dans les derniers jours d'avril, timidement, durant la première décade de mai, plus franchement, toujours sous le règne de l'instabilité, le flux d'altitude a viré au sud-ouest et les températures ont regagné des étages plus conformes à la saison. Un pic de chaleur à 35 degrés, remarquable pour une première décade de mai, fut même enregistré le 9. Est-ce lié, en vertu du fameux "choc thermique", je trouvai mes premiers cèpes le 17 mai, en bordure d'un sentier orné de laiche glauque, exactement au même endroit que les tout premiers de 2011. La date de cueillette du ou des premiers cèpes, peut-être ceux qui me lisent régulièrement le savent-ils, recelle une information capitale de mon point de vue. Plus les premiers sortent tôt en saison, surtout si les petites pousses suivantes sont fréquentes et vigoureuses, plus j'y lis la signature d'une saison prometteuse. Sur ce plan, 2012 s'inscrit dans la fourchette médiane des bonnes saisons, avec qui plus est, cette circonstance atténuante des pluies froides d'avril, particulièrement défavorables.

Par la suite, le mois de mai, toujours contrarié climatiquement, se signala néammoins par une lente intensification des effectifs ainsi que leur propagation à davantage de stations.

Un mois de juin réconfortant et prometteur...

Finalement, l'occurence de puissants passages orageux et la stabilisation, enfin, des températures à des niveaux plus appréciables, avant le coup d'arrêt du mercredi 27, créèrent les conditions d'un mois de juin particulièrement riche et prometteur en sous-bois. En première quinzaine, sûrement faut-il y voir la signature de températures (notament celles du sol) encore un peu justes, je trouvai presqu'exclusivement des aestivalis (cèpes d'été) mais en quantités appréciables. Seuls quelques confrères de l'intérieur de la Gascogne, notamment Lot-et-Garonne, eurent l'heur de publier quelques photos de jolis aereus (cèpes noirs) trouvés à cette échéance. Pour ma part je rencontrai les premiers spécimens de cette espèce thermophile sur les esplanades à partir du 10... Avec l'élévation graduelle des températures, la proportion de têtes noires dans les cueillettes s'infléchit nettement à la hausse au cours de la dernière décade et tout incline à penser qu'après le coup de chaud de mercredi, cette espèce prédominera tout l'été.

"Cartographie mentale" des stations :

Les stations ayant déjà produit des cèpes en 2012 recoupent à plus de 95% la carte de celles qui avaient déjà commencé à fructifier en 2011, s'agissant des aereus comme des aestivalis. Je note cependant, non sans un certain bonheur, une extension de mes boletières à cèpes d'été à de nouveaux arbres limitrophes où je n'en avais jamais débusqué à ce jour. En contrepartie, des pans entiers de bois pourtant excellents, n'ont pas encore connu de cèpes cette année, à l'instar de l'an dernier.

Analyse des forces en présence et premiers essais de projection pour la suite de la saison :

De l'avis de beaucoup, malgré des conditions climatiques fort différentes et à ce jour nettement défavorables, 2012 soutient plutôt bien la comparaison avec sa devancière 2011 et fait même pour l'instant mieux que d'autres millésimes anthologiques. Reste que le manque de chaleur et d'ensoleillement (ce dernier très important car le rayonnement direct impacte bien davantage et bien plus directement la température du sol que la température de l'air ne le fait par "contamination") doublés de la récurrence de pluies fraîches en provenance de l'Atlantique empêche le plein épanouissement d'une saison fongique au potentiel réel. De toute évidence, ce que l'an dernier j'avais dénommé "fureur de vivre", ce besoin impérieux de fructifier intrigue toujours en sous-sol et on peut maintenant être pleinement rassûrés sur le fait que 2012 ne sera pas l'année blanche aux pieds de sa grande soeur que d'expérience, nous pûmes à priori redouter. Cependant, la précarité des conditions climatiques empêche ce potentiel de s'exprimer pleinement et la saison d'enchainer ses cycles. Les cèpes d'été restent en cale dans nos plaines quand ils devraient plastronner dans les versants Pyrénéens au rythme des orages de chaleur, les cèpes noirs ne parviennent pas à prendre réellement leurs quartiers, les girolles apprennent à se tenir debout et les oronges sont inexistantes. Autant dire que les semaines qui s'ouvrent seront climatiquement déterminantes : soit l'été s'installe enfin, avec son cortège de belles journées ensoleillées et chaudes, ses périodes de températures caniculaires et ses séquences de sécheresse entrecoupées d'orages bienfaiteurs, auquel cas 2012 sera enfin en situation de nous montrer ce dont il est capable sans bride à la grande saison, soit la saison météorologique va son train erratique et poussif, alors 2012 poussera ses cèpes au mieux, avec l'allant d'un asthmatique et nous laissera sur cette incertitude qu'on ne saura jamais ce que ce millésime aurait produit avec le concours d'un climat plus amène.

Cèpes de montagnes ou montagne de cèpes ?

En guise de conclusion, voici un petit bilan succint de mes premières expéditions cépières en forêts de montagne. Comme en plaine, la pluie froide (et vraisemblablement la neige) a retardé la sortie des premiers cèpes de près d'un mois en altitude. Néammoins, les premiers pinophilus étaient là fin-mai, isolés, et après un démarrage dans la première décade de juin, les aestivalis investissaient les pentes avec un allant prometteur en deuxième quinzaine. Ma première grande sortie à Issaux, le 25, fut couronnée d'un franc succès avec 4 kilos de cèpes splendides.

Adishatz !