Si de par sa précocité et sa rigueur, l'hiver 1985-1986 est resté gravé dans les registres des climatologues et la mémoire de certains anciens comme l'un des plus grands du 20° siècle, le poids des années écoulées depuis lors et l'absence relative de phénomènes climatiques marquants, ont progressivement déféré aux oubliettes l'époustouflant mois d'avril de ce même hiver dont il est bel et bien l'apothéose.

De fait, après la forte vague de froid qui s'était progressivement étendue à toute la France dans la première quinzaine de février 1986, ponctuée de gelées entre -10 et -20 degrés un peu partout, à tous, l'hiver avait semblé sur le départ, offrant des températures nettement plus douces sous un soleil regaillardi.

Sur la lancée, le mois de mars, copieusement ensoleillé et sec, accrédita l'idée d'une victoire effective du printemps sur les frimas, où l'on dépassa couramment les 20 degrés avec quelques pics à 25 degrés tout au long du mois.

Et voila qu'au cours des journées des 4 et 5 avril 1986, dans le sillage d'une perturbation atlantique, une invraisemblable coulée froide s'engouffre sur toute la France. Dans le déferlement des giboulées de grésil, les températures s'effondrent durablement sur le pays. Bientôt il gèle à l'intérieur des terres jusqu'à -5 degrés et la plupart des températures maximales, sous la bise glacée, peinent à dépasser 5 degrés. La neige refait son apparition, tombant quotidiennement dans les giboulées et tenant même au sol en plaine près des reliefs.

J'ai le souvenir prégnant de la journée du samedi 26 avril 1986 où, derrière les vitres du collège Félix Pécaut de Salies de Béarn, éberlués nous regardions tomber les flocons par -4 degrés. Jamais il ne me fut donné de revoir chute de neige et gel aussi sévère à une époque aussi tardive de l'année. Le froid ne desserra réellement son emprise qu'à partir du 28 avril. Etrangement, le 13 mai 1986, les premiers cèpes sourdaient de terre...

Reste que les chiffres sont têtus. Une dizaine de jours avec gelées, quinze jours où les températures maximales n'excèdent pas 10 degrés, deux jours où l'on n'atteignit même pas 5 degrés et dix journées encore où nous vîmes voltiger quelques flocons de neige. Ce mois d'avril dont la température maximale moyenne fut de 10°,9, est à Salies de Béarn le mois d'avril le plus froid depuis cinquante ans. Il laisse même loin derrière tous les mois de mars de la période.