Après nous avoir longtemps fait redouter le pire et désespérer, l'hiver 2011-2012 a fini par rompre avec l'indolence trompeuse de ses premières semaines. Après un refroidissement par palier dans la dernière décade de janvier, une vague de froid exceptionnelle a sévi en Béarn comme en France et dans le reste de l'Europe entre le 1er et le 13 février. Sur la période du 30 janvier au 23 février j'ai dénombré 25 gelées dont 13 inférieures ou égales à -5 degrés, 4 gelées inférieures à -10 degrés dont -12 les 8 et 12 février 2012 ainsi que 6 journées sans dégel. Les sols sont restés gelés en profondeur pendant une bonne dizaine de jours et ne furent protégés en aucune manière de la morsure du gel par la neige qui fit une apparition très brève à Salies de Béarn le dimanche 5 février.

L'agression constituée par cette vague de froid sans équivalent chez nous depuis décembre 2001, infléchit nettement à la hausse mes projections pour la saison des cèpes 2012 en Béarn, et le moral des observateurs s'en trouvera d'autant plus amélioré que jusqu'à fin-janvier l'absence totale de froid l'enfonçait dans la sinistrose. S'il n'est pas permis d'affirmer que 2012 égalera l'exceptionnel millésime 2011, tout porte désormais à penser que 2012 sera une très bonne, voire une excellente année à cèpes, avec apparition précoce, début-mai, voire courant-avril si le temps l'autorise, des premiers bolets, poussées printanières prometteuses et assez intenses. Il est peu probable en revanche que l'été soit en mesure de réitérer la poussée pléthorique de son prédécesseur. Pour ce faire il faudrait envisager un scénario climatique identique, avec fortes pluies et températures d'octobre au coeur de la saison estivale, configuration extrême qui ne s'est produite qu'en 1987 et 2011. Il faudra donc vraisemblablement attendre la mi-août, et plus assûrément les mois de septembre-octobre pour goûter aux joies de la grande pousse tant espérée.

Au sortir d'un hiver particulièrement mordant, la nouvelle saison des cèpes 2012 pourrait aussi s'appuyer sur certains bois et secteurs de bois dont j'ai noté ici-même qu'ils avaient cruellement, et assez inexplicablement d'ailleurs, fait défaut à la gloire de 2011.

Ces projections sont élaborées à partir de mes observations de terrain, tant climatiques que mycologiques de plus de 30 années à Salies de Béarn, et sont susceptibles de s'affiner ou d'évoluer radicalement au cours de l'hiver. Notez aussi que certains facteurs climatiques inhérents à la saison, intervalles de sécheresse et de chaleur suivis d'orages ou, à contrario, belle saison (trop) humide et fraîche, sont susceptibles d'infléchir, dans des proportions secondaires mais non négligeables à l'échelle de votre panier, à la hausse pour les premiers, à la baisse pour les secondes, le processus de fructification des cèpes. Je vous donne rendez-vous fin-mars pour une projection plus affinée, surtout si de nouveaux facteurs climatiques l'exigent...