Ce dimanche, en fin de matinée, malgré quinze jours de sécheresse et de chaleur intenses, mon instinct de chercheur de cèpe me hélait vers une bordure de chênes et de châtaigniers qui ceint notre propriété. Comme j'approchai, j'aperçus qu'un ramasseur de châtaignes investissait déjà l'emplacement. Goûtant fort peu la promiscuité forestière, je me déroutai vers d'autres parcelles où la densité de la végétation et les îlots de fraîcheur et d'humidité qui y survivaient me laissaient encore quelque espoir.

Après avoir battu en vain quelques chênes tapissés de lierre près de la veine d'un ru, je rebroussai chemin. C'est alors qu'au creux d'un bardeau, quoique boursouflé par la chaleur, j'avisai un splendide cèpe noir.

Galvanisé par cette trouvaille tardive, je décidai d'achever ma ronde matinale en prospectant un bouquet d'arbres qui délimitent notre prairie. Il y a là un grand chêne abritant sous ses ailes deux jeunes châtaigniers d'une trentaine d'années. Quoique je n'y ai jamais confondu le moindre cèpe, irrépressiblement je suis aimanté par ce genre d'endroits où, continuellement, Dame Nature intrigue en sous-sol.

C'est ainsi qu'hier, au pied du deuxième châtaignier, entravé par les lianes de clématites et à peine perceptible parmi les débris et autres feuilles déchues concolores, encore écrasé par la lumière d'octobre, je discernai un vieux cèpe d'été aux tempes grisonnantes, actant la naissance d'une nouvelle station, d'un nouvel espoir. Je baptisai l'endroit "l'espèr", l'espoir en occitan...

Cette naissance, qui me causa une vive émotion et une joie instantanée, entérine l'entrée de 2011 dans les années de légende de la mycologie et du cèpe. Dans ma petite vie de passionné, seuls 1986 et 2006, avaient pu, par le passé, acter la naissance de nouvelles stations, de nouveaux espoirs...