Cela ne nous consolera pas, mais voilà qu'en France, nous découvrons stupéfiés, que nous ne sommes pas les seuls à connaître quelques difficultés avec nos minorités ethniques. Sous nos yeux, le vaste écran de fumée du multiculturalisme et du différencialisme, chers aux ultralibéraux de Margaret Thatcher, est en train de voler en éclat dans les rues des villes anglaises...

Certes, un monde qui fonctionne bien et va de l'avant, ouvert de coeur et main tendue, a besoin que les gens se mélangent, que les cultures se croisent et s'embrassent, mais depuis 40 ans, nos pâles politiciens nous enjôlent de belles paroles, quand de fait, ils assistent impuissants au regroupement de populations exogènes, résultant dans la plupart des cas d'une fuite de la misère économique quand le monde aurait besoin d'une émigration positive...

J'entends par émigration positive une démarche personnelle résultant d'un attrait réel pour la culture et le mode de vie du pays d'accueil, tout autant que pour les perspectives d'épanouissement personnel économique et social que ce dernier laisse entrevoir. Depuis des décennies hélas, trop de gens viennent s'aigrir chez nous, chassés par la seule indigence que leur promet leur pays d'origine... C'est là, je le crains la source de bien des déceptions car une émigration ne peut guère réussir sur le seul critère économique.

Quant aux pays d'accueil et à leurs dirigeants, tout autant de gauche que de droite, il y aurait urgence à ce qu'ils cessent leurs discours lénifiants visant à endormir et dérouter les consciences. Ils auront probablement à répondre devant l'Histoire, si très vite, ils ne mettent pas tout en oeuvre pour que quiconque entend unir son destin à celui d'une nation, y trouve les conditions d'une vie digne et émancipatrice.

Nous ne pouvons pas continuer ainsi à laisser espérer des gens, d'où qu'ils viennent, en un avenir meilleur dans nos pays, si nous ne sommes pas capables de leur offrir les conditions minimales nécessaires à une vie décente, à savoir un travail si possible épanouissant et correctement rémunéré, un logement salubre et un accès facilité à la Culture émancipatrice car universelle...

Au lieu de quoi depuis quarante ans, beaucoup, y compris à gauche, se satisfont de laisser des populations s'entasser et croupir dans les quartiers de nos villes, aux minimas sociaux et sans réelles perspectives d'avancement et d'intégration, comme dans l'antichambre de nos trains de vie et de nos civilisations. D'où un sentiment partiellement légitime d'exclusion, de rejet, d'où un fort ressentiment à notre endroit et peut-être aussi chez certains la tentation de la débrouille et de la révolte...

Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de société multiculturelle. Toute société tentée ou gangrennée de multiculturalisme se dissout inévitablement en une juxtaposition de communautés ethniques, régionales, religieuses, ..., autonomes, peu perméables les unes aux autres, mûes par une logique de compétition et volontiers rivales, voire belliqueuses. Le multiculturalisme signe en creux renonciation, impuissance à tenir au-dessus de tout notre destin et nos valeurs communs. Il n'est d'ailleurs pas anodin que ce vocable irrigue les discours de nombre de nos tribuns en ces temps troublés et incertains où la tentation peut être grande d'abandonner le citoyen en rase campagne, perdu au pied du ciel, à son triste sort, libre d'avancer à l'aveugle ou de retourner à ses origines, à son identité primaire.

Pour conclure je dirais que parfois le bon sens commanderait de tout raser et de tout reconstruire sur des bases assainies, mais au degré où nous en sommes des malentendus et des antagonismes, il est probablement trop tard... Il fut un temps où, toutes proportions gardées, on n'invitait les gens à sa table que si l'on avait la certitude de pouvoir les combler. Aujourd'hui, hélas, tout se passe comme si, faute de pouvoir s'affranchir des postures et autres stériles affrontements idéologiques, nous laissions des millions de nécessiteux du monde entier continuer à confluer sous nos lattitudes, remplis de folle espérance quoique sans réel projet de vie, sans bien mesurer les conséquences d'autant de déceptions, d'impasses et de casses humaines...